Interview Thierry Di Rollo pour Les Solitudes de l’ours blanc
de Thierry Di Rollo
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Thierry Di Rollo
Date de parution : avril 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Début juin va sortir chez Actusf le 13e ouvrage de Thierry Di Rollo, un polar légèrement fantastique, Les Solitudes de l’ours blanc.

Actusf : Comment est née l’idée de ce roman ? 
Thierry Di Rollo : Comme toujours par le besoin d’écrire et l’envie de raconter. Là, j’ai trouvé cette histoire avec la jeune femme qui est le personnage principal. Et j’ai eu envie d’aller au bout avec elle. 
 
 
Actusf : C’est elle d’abord qui s’est imposée à toi dans la construction de ce récit ? 
Thierry Di Rollo : Oui. Le livre se centre autour de ce qu’elle a pu vivre, de ce qu’elle a pu être. C’est d’abord elle qui m’est venue en tête, avant le tueur à gages, même s’il a sa raison d’être bien entendu. 
 
 
Actusf : Quand tu dis « j’ai trouvé cette histoire », cela veut dire que tu cherches et qu’à un moment les idées s’imposent d’elles-mêmes ? Comment se passe le processus de création ?
Thierry Di Rollo : C’est un peu tout ça. Je peux me dire « tiens je veux écrire un polar et j’ai envie de voir, d’imaginer certaines scènes, certaines situations ». De ces envies découlent des images puis une espèce de cadre. Mais encore très très flou. Et puis le cadre finit par se préciser au fil des jours et devenir une histoire. Et à partir du moment où j’ai trouvé ce qui me donne envie d’aller du début à la fin, je commence à écrire. Donc l’étincelle, c’est une envie. Et puis lorsque je change de registre, il y a une sorte de défi. C’est aussi me dire « est-ce que tu es capable de le faire ? ».
 
 
Actusf : Changer de genre, ou de type d’histoire, c’est important ? 
Thierry Di Rollo : Quand ça fait un moment que tu écris, il faut penser à se renouveler parce que tu ne peux pas tout le temps écrire la même histoire (rire). Même si c’est très confortable. Mais sur le moyen et le long terme, ça devient stérile. Le premier qui m’a fait prendre conscience de cette nécessité de changement, c’est Olivier Girard, le patron du Bélial’. Après Les Trois Reliques d’Orvil Fisher, il m’a dit « si tu continues comme ça, tu vas finir par te répéter. Il faut que tu sortes de ce schéma dans lequel tu t’es enfermé ». J’ai compris qu’il avait raison. Il fallait donc passer à autre chose et c’était aussi une question de survie. Si tu ne changes pas, tu finis par ne plus écrire, par t’assécher toi-même. Donc, pour chaque idée, il y a désormais le désir de l’histoire mais aussi celui d’explorer quelque chose de nouveau, comme par exemple la fantasy avec Bankgreen
 
 
Actusf : Les Solitudes de l’ours blanc est un roman noir. Est-ce qu’avant de l’écrire tu as regardé des films, lu des livres... ?
Thierry Di Rollo : Non non, pas du tout. Avant tout, un roman pour moi c’est une ambiance. Ensuite, seulement, l’histoire se rajoute par-dessus. S’il n’y a pas d’ambiance, je m’ennuie très vite et je n’arrive pas à écrire. Et elle se crée autour des gens, de la manière dont ils parlent, ce qu’ils aiment, ce qu’ils détestent... Ça peut être un personnage un peu trouble, avec un passé un peu trouble aussi comme ceux du livre... Je ne vois pas l’intérêt de suivre un personnage s’il n’a pas d’aspérités, s’il est parfait comme dans ­certaines séries américaines. Ça ne m’intéresse pas. 
 
 
Actusf : La première scène du livre est celle d’une exécution. Elle est plutôt longue. C’est la première qui s’est imposée en terme d’écriture ? 
Thierry Di Rollo : Oui. C’est d’abord celle-là. Le roman, tel qu’on peut le lire, a été écrit dans la continuité. En fait, j’ai d’abord pensé à l’héroïne, puis au personnage masculin. Ensuite, j’ai fait le fil de l’histoire, et j’ai commencé la rédaction par cette première scène et de manière linéaire jusqu’à la fin. Il n’y a pas de rajout après coup. 
 
 
Actusf : C’est pareil pour tous les romans ? 
Thierry Di Rollo : Oui. C’est un peu comme les metteurs en scène. J’assimile beaucoup ce que je fais à du cinéma, parce que je construis les scènes dans ma tête avant de les écrire. C’est très visuel. 
Je construis le cadre, les mouvements des personnages, leur réaction au moment de parler... Il y a des metteurs en scène qui filment dans la continuité et d’autres qui font ça bout par bout en fonction de leurs contraintes. Moi je suis plutôt dans le premier cas. Comme la gestation de mes romans est longue, j’ai quand même le temps d’imaginer dans ma tête toutes les scènes. 
 
 
Actusf : Cette gestation dure combien de temps ?
Thierry Di Rollo : Ça dure en général au moins trois à six mois, pendant lesquels je n’écris pas, ou très peu de notes, pour caler un personnage par exemple. J’ai le plan entier dans la tête. Dès que l’envie de suivre un personnage est là, je commence. Mais il faut l’envie, sinon ce n’est pas la peine. Tu fais autre chose (rire). 
Pendant l’écriture par contre, je mets noir sur blanc des petites notes, des petits détails qu’il va falloir que je réajuste deux, trois chapitres en arrière. C’est une phrase ou deux en général. L’écriture, c’est le dosage de l’information... 
 
 
Actusf : L’histoire de ce roman est ramassée sur deux personnages sur lesquels on en sait finalement assez peu. Il n’y a pas de surplus, d’autres informations sur leurs habitudes, leurs amis, etc. Est-ce que, dans ton esprit, ils ont plus de « corps » ? 
Thierry Di Rollo : Non, pas plus que ce qu’il y a dans le livre. La question est intéressante parce qu’elle évoque la part de fantasme sur les personnages. Mais non, il n’y a pas plus que ce que j’en dis. Je ne crois pas... 
 
 
Actusf : Certains auteurs disent que leurs personnages sont presque des amis avec qui ils discutent, qui parfois leur soufflent leurs aventures... Quelle est ta relation avec les tiens ? 
Thierry Di Rollo : Non, pas chez moi. C’est personnel mais trop entrer dans un personnage, trop le fouiller, c’est le laisser moins libre. Je préfère ne pas tout savoir. Et quand je fais des ellipses dans un récit, elles existent aussi dans ma tête. Ça ne m’intéresse pas. C’est comme si pour moi le respect du personnage passait par sa liberté totale. Évidemment, je les crée mais c’est comme si je ne voulais pas qu’ils soient à moi. Je ne sais pas comment te l’expliquer mieux. Mais comme je n’aimerais pas non plus qu’ils sachent tout sur moi... 
 
 
Actusf : Est-ce que c’est pour ça que tu n’as que peu de personnages récurrents ? 
Thierry Di Rollo : Oui mais je me demande si ce n’est pas aussi lié à ma manière de voir la vie et à mes défauts. J’essaie toujours un peu de tenir à distance et au bout d’un moment d’essayer de m’en aller. Je ne sais pas pourquoi...

Jérôme Vincent

Retrouvez la suite dans Les Solitudes de l’ours blanc, à paraître chez Actusf le 6 juin et dès aujourd’hui en pré-commande.