Interview Will McIntosh sur Notre fin sera si douce
de Will McIntosh
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Will McIntosh
Date de parution : juin 2014 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Après plusieurs nouvelles traduites en français dans la revue Galaxies, c’est au tour du premier roman de Will McIntosh d’être proposé aux lecteurs français : Notre fin sera si douce.

Actusf : On vous découvre en France avec Notre fin sera si douce. Quels sont vos auteurs favoris ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire de la science fiction ?
Will McIntosh : Je suis fan de science-fiction depuis que je suis gamin. Je pense sincèrement qu’aimer la SF est quelque chose de codé dans nos gènes. Les robots, les monstres, le futur m’ont toujours attiré, d’aussi loin que je me souvienne. J’ai grandi en lisant Ray Bradbury, Robert Silverberg, Heinlein, Le Guin. Ma passion pour l’écriture est arrivée bien plus tard. J’ai commencé à écrire à 30 ans bien tassés, au départ surtout comme une blague. J’avais fait un rêve autour d’une idée de SF intéressante et j’ai pensé que cela pourrait être amusant de le transformer en une histoire. Je n’ai jamais arrêté d’écrire après ça. C’est quelque chose que j’ai adoré faire et qui ne me lasse jamais. Dès que j’ai un peu de temps libre, écrire est la première chose qui me vient à l’esprit.
 
Mes auteurs favoris, en plus de ceux déjà mentionnés, sont Stephen King, Michael Bishop, Connie Willis, Nick Horny, China Miéville et Richard Russo. Ce que je lis est un mélange de fiction et de SF.
 
 
Actusf : Comment est née l’idée de ce roman ?
Will McIntosh : Je voulais écrire sur une apocalypse qui m’aurait semblé réaliste, avec des personnages non préparés à l’effondrement de leur civilisation. D’ailleurs, cet effondrement n’aurait été ni net ni dramatique. Si cela devait nous arriver, je pense que ce sera de cette manière : nous ne nous rendrons compte que notre civilisation est en train de s’effondrer qu’une fois que cela aura commencé depuis plusieurs années.
 
 
Actusf : Comment voyez-vous Jasper ?
Will McIntosh : Immature. Idéaliste et gentil, mais émotionnellement immature pour quelqu’un d’une trentaine d’années, du moins au début. J’ai trouvé qu’il ferait un personnage intéressant car, justement, il n’est pas du tout prêt à affronter ce qui va se passer.
 
 
Actusf : Jasper cherche l’amour dans un monde au bord du gouffre. Vous aviez envie d’un peu d’espoir dans la science fiction ?
Will McIntosh : Que Jasper soit à la recherche de l’amour était le leitmotiv du roman. Notre fin sera si douce a commencé sous forme de nouvelle, dans Interzone Magazine. C’était l’histoire d’un homme se rendant à un centre de rencontres, à la recherche d’une petite amie, alors qu’autour de lui les gens sont en train de mourir. Je voulais explorer cette idée que, même si tout est en train de s’effondrer, les gens ne sont pas nécessairement abandonner les choses qu’ils voulaient quand l’économie était encore sur les rails. Durant une apocalypse, certains continueraient de se sentir seuls et de chercher une âme sœur. La nourriture et la sécurité ne seraient pas uniquement les choses qui nous manqueraient mais également le cinéma, le rouge à lèvres ou bien Internet.
 
 
Actusf : Il a une trentaine d’années. Vos trentenaires en 2023 sont-ils différents de ceux d’aujourd’hui ?
Will McIntosh : Non : je m’attendais à ce qu’ils soient comme les trentenaires d’aujourd’hui que je connais. Certains personnages, la plupart en fait, sont fortement inspirés de gens que je connais. Je leur ai demandé leur permission avant tout.
 
 
Actusf : Parlez-nous de la drogue, le Dr Bonheur. De quoi s’agit-il ?
Will McIntosh : Dr Bonheur est un virus créé par un groupe de scientifiques peu scrupuleux qui rend les gens continuellement heureux et incapable de la moindre violence. C’est la réponse des scientifiques pour ralentir l’effondrement de la civilisation.
 
 
Actusf : En mettant en scène cette drogue, vous aviez envie de mettre en garde les lecteurs contre ce que l’on nous vend et qui est censé nous rendre plus heureux ?/span>
Will McIntosh : Je voulais garder une position neutre sur la finalité du virus : est-il bon, mauvais ? C’est au lecteur d’en décider. C’est vrai, les personnes infectées agissent bizarrement mais elles restent humaines, capables d’empathie pour ceux qui souffrent. Mais en même temps, je voulais que ce soit parfaitement clair qu’il y a un prix à payer pour cet état de béatitude. Cela entraîne un changement radical.
 
 
Actusf : Hitchers et Love Minus Eighty ne sont pas encore traduits en France. De quoi parlent-ils ? 
Will McIntosh : Dans Hitchers, un demi-million de personnes sont possédées simultanément par des morts, la plupart par des gens qu’ils ont connus. L’histoire se concentre sur un jeune caricaturiste qui se retrouve possédé par son autoritaire de grand-père.
 
Love Minus Eighty, basée sur la nouvelle « Lunes de gel », parle d’amour courtois dans le futur. On y suit les vies croisées de six personnes à la recherche de l’amour dans un monde où les réseaux sociaux ont une place prépondérante. Un des personnages tombe amoureux de la femme qu’il a tuée accidentellement et lui rend visite dans une ferme de rencontres cryogéniques. Rien d’officiel encore n’a été annoncé mais un scénario est en cours d’écriture !
 
 
Actusf : Un petit mot sur votre nouvelle « Lunes de gel1 » qui a reçu les prix Asimov et Hugo. Quelle importance ont eu ces deux prix sur votre carrière d’écrivain ?
Will McIntosh : « Lunes de gel » est principalement responsable de m’avoir donné le courage de quitter mon poste à l’université pour écrire à plein temps. Honnêtement, j’ai été stupéfait quand elle a été nommée pour le Hugo puis l’a remporté. Personne ne me connaissait et pourtant, des lecteurs ont voté pour ma nouvelle. Quand les gens disent que le Hugo n’est rien qu’un concours de popularité (il y a une controverse à ce sujet en ce moment même), cela me fait bien rire.
 
 
Actusf : Sur quoi travaillez-vous ? Quels sont vos projets ?
Will McIntosh : Defenders sera publié aux USA et au Royaume-Uni en mai. Je suis impatient de voir ce que les lecteurs vont penser de ce roman, qui a été optionné par la Warner. En plus de celui-là, j’ai deux autres livres sur le point d’être terminé. L’un, The Broken World, est un roman pour adultes qui parle d’un homme se réveillant, sans aucun souvenir, dans une petite partie de New York flottant dans les airs. L’autre, Midnight Blue, est un roman young adult basé sur une nouvelle qui est parue dans Asimov’s il y a quelques années.
 
Merci pour ces questions passionnantes. J’espère que les lecteurs français apprécieront Notre fin sera si douce !
 
 
1 Parue dans la revue Galaxies n° 11, janvier 2011

Jérôme Vincent