Interview autour du Baron noir
de Laurent Girardon et Olivier Gechter
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Steampunk

Auteurs : Laurent Girardon , Olivier Gechter
Couverture : Olivier Souillé
Date de parution : février 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Olivier Gechter vient de signer une novella steampunk chez Céléphaïs, "Le Baron noir". Nous vous proposons ici une triple interview : en plus de l’auteur, Laurent Girardon, éditeur, et Géraud Soulié, illustrateur, ont répondu à nos questions.

Actusf : Bonjour à tous les trois, pourriez-vous vous présenter ? Et avant de s’attaquer au roman proprement dit, chacun d’entre vous peut-il nous éclairer sur les motivations qui lui ont donné envie de devenir auteur, éditeur, illustrateur et nous expliquer de quoi est fait votre quotidien ?
Olivier Gechter : Pourquoi suis-je auteur ? Bonne question. Ça commence par l’amour des livres bien sûr, le goût de raconter des histoires depuis tout petit, l’envie d’imiter les auteurs qui me plaisaient et de dépasser ceux qui m’énervaient... Quand mon camarade Vincent m’a défié de participer à un concours de nouvelles en 2001, il ne savait peut-être pas que le matériau qu’il sollicitait était si inflammable que ça. Toujours est-il que j’ai gagné le concours et que je n’ai plus arrêté d’écrire depuis.
 
Au quotidien, avant d’écrire, j’ai une famille, un métier dans l’industrie et quelques hobbies. Autant dire que les journées sont chargées. Du coup, je ne couche mes textes sur le papier que dans les transports en commun ou dans les bars, le temps d’un café ou d’un plat du jour. Mais dès que je fais la vaisselle, marche d’un point à l’autre ou prends une douche, je réfléchis à ce que je vais écrire.
 
Ah ! Et puis il m’arrive de temps à autre de dormir !
 
Je crois que je vais mourir d’épuisement assez jeune. ;o)
 
Laurent Girardon : Bonjour, je m’appelle Laurent Girardon, je suis devenu « éditeur » après un parcours dans l’ingénierie culturelle. Tout d’abord en créant la revue Black Mamba en 2005 avec un groupe d’amis illustrateurs. Notre démarche éditoriale était de défendre les arts et littératures dits populaires via un média papier ouvert tant à l’écriture qu’au visuel, de découvrir et faire découvrir de futurs talents, qu’ils soient écrivains, illustrateurs ou scénaristes...
 
En 2010, sous l’impulsion de Jacques Fuentealba, ami auteur et collaborateur régulier de nos revues, fut lancé un projet d’anthologie thématique : Légendes ! Forts de ce premier ouvrage qui a trouvé un écho plutôt favorable dans le milieu (Prix Imaginales de la meilleure nouvelle), nous avons décidé de continuer dans cette voie en ouvrant une collection de romans et recueils. Aujourd’hui, Céléphaïs tend davantage à développer cette collection, pour ne plus être perçu uniquement comme un éditeur de périodiques. 
 
En pratique, je gère seul à Montpellier toutes les tâches administratives de notre petite maison d’édition. Je m’entoure évidemment de nombreux collaborateurs pour les parties artistique et éditoriale, qui sont souvent des habitués ayant œuvré sur Black Mamba, Héros ou Kazoum
 
La ligne éditoriale est assez connectée à celle des revues et je marche essentiellement au coup de cœur. D’une manière générale, j’essaie de publier des ouvrages qui correspondent à mes goûts en matière de fiction, même si parfois il est bon de s’affranchir de ses affinités personnelles pour aller vers des textes plus profonds, ou qu’on pense convenir à un public précis. Mais je ne trahirais jamais mon idéologie pour une stratégie purement commerciale ou en faveur du pedigree flatteur d’un auteur. 
 
Dans le petit paysage foisonnant de l’imaginaire - assez réduit en fin de compte - les auteurs et éditeurs se fréquentent pas mal, et les nouvelles plumes émergentes sont vite remarquées. Nombreux sont ceux qui débutent par le fanzinat, les webzines ou les revues semi-pro comme Black Mamba. Sans parler d’auteurs « Maison », j’affectionne tous ceux qui ont une logique professionnelle dans l’édition et qui, à force de rigueur et de constance par la publication de nouvelles, se forgent un bagage pour passer à la vitesse supérieure, celle de la novella ou du roman. Je conçois toujours un livre comme une aventure coopérative et je tiens à ce que l’auteur donne son avis, qu’il participe à la création du livre, de la couverture à la maquette intérieure. Même si la décision finale m’appartient à tous les niveaux, ce travail de médiation est primordial. La quête du bon tapuscrit est à la fois excitante et jouissive lorsqu’elle aboutit. Il n’y a rien de plus jubilatoire que de matérialiser et défendre un texte qui paraîtra quelques mois plus tard. 
 
Géraud Soulié : Bonjour à tous, je m’appelle Géraud Soulié a.k.a Operion. J’ai 25 ans et je suis un jeune illustrateur auto-entrepreneur depuis novembre 2012. Actuellement, je travaille en majorité pour un studio de jeu vidéo montpelliérain (Swing swing Submarine) en tant que graphiste, illustrateur et animateur 2D. Depuis peu et grâce à Laurent Girardon je commence à créer des illustrations pour l’édition. L’illustration, l’animation et la création de concept sont une passion et je me suis débrouillé pour en faire mon métier. Mon quotidien n’est pas moche pour le moment, je dessine à peu près toute la journée et j’essaie de garder la tête froide pour trouver des clients et des contrats pour en vivre.
 
 
Actusf : Olivier comment t’est venue l’idée de ce roman ? Comment as-tu travaillé ? Combien de temps cela t’a-t-il pris (du premier jet à la version finale) ?
OG : L’idée a commencé par une vague envie d’écrire du steampunk, cela me taraudait depuis quelques années (depuis Les Confessions d’un Automate Mangeur d’opium de Mathieu Gaborit et Fabrice Colin). Puis il y eut une discussion dans un salon, devant un stand, et le constat que si le steampunk était à la mode, les auteurs français n’en écrivaient pas beaucoup.
 
L’envie était devenue une démangeaison, mais il manquait encore un petit quelque chose pour que je me jette à l’eau. Une idée par exemple...
 
Et puis, quelques jours après le salon, je me suis assis dans le métro face à un homme d’une cinquantaine d’années. Il était rondouillard, rouquin avec la raie au milieu, une vieille mallette de médecin sur les genoux, un costume vert démodé depuis les années trente, avec une montre gousset et des guêtres ! En plus, il avait un air malsain, un vrai bonheur. J’ai passé la journée suivante à imaginer des histoires autour de ce Lex Luthor steampunk, et à réfléchir au héros qui lui servirait de Némésis.
 
La même semaine, je rencontrai Laurent au salon du livre où il me parla de son envie d’éditer des novella steampunk. 
 
Je lui ai vendu mon histoire comme si elle était à moitié écrite (je mens comme un arracheur de dents parfois) et je courus me mettre au travail. 
Chez moi "courir" signifie "réfléchir sans presque rien écrire pendant trois mois". 
 
Je voulais d’abord comprendre comment l’histoire pouvait changer de façon à m’offrir un XIXe siècle en avance de 100 ans sur la technologie à vapeur sans recourir à des artifices fantastiques. Cette réflexion que je détaille dans la postface, m’a permis de trouver le point d’inflexion de mon uchronie. Ce fut le plus gros du travail préparatoire je pense. J’en ai déduit les impacts de mes modifications sur l’histoire de France, j’ai placé quelques personnages célèbres dans le schéma (Ader et Niels par exemple) et j’ai mis au point un ton "d’époque". Sortir une intrigue à partir de là n’a pas été très compliqué.
 
Je n’ai pas mis en scène l’homme du métro, finalement, mais il ne perd rien pour attendre ! 
 
Je consacrai tout mon temps libre de l’été à l’écriture proprement dite. Ma façon d’écrire par palier, avec des relectures-réécritures que j’effectue à certains jalons, a fait que mon premier jet était très proche de la version finale. Laurent l’a découvert à la rentrée dernière et son retour enthousiaste m’a fait du bien. Je me suis quand même penché deux mois sur le lissage final avec quelques bêta-lecteurs. Tout le processus, depuis la démangeaison du début à la remise du tapuscrit bon pour édition, a dû prendre 7 ou 8 mois. 
 
 
Actusf : Laurent qu’est-ce qui t’a donné envie de l’éditer ? Peux-tu nous en dire plus sur le processus de création du roman à ton niveau d’éditeur ?
LG : Cela fait plusieurs années que je connais Olivier, et que j’apprécie sa plume. Nous sommes à peu près de la même génération, et nos influences sont communes (jusqu’aux pâtisseries orientales…). L’envie de collaborer ensemble est une vieille histoire, soldée par deux refus de nouvelles proposées pour Black Mamba. Je ne sais pas comment l’exprimer justement, mais inconsciemment j’ai toujours attendu d’Olivier autre chose qu’une simple nouvelle à chute dans BM, quelque chose de plus fort et ambitieux. Lorsqu’il m’a présenté en détail son projet steampunk, j’ai compris que les aventures du Baron Noir correspondaient à ces attentes. J’ai mis une option sur la novella et j’ai attendu… 
 
Début septembre je recevais le tapuscrit et après une première relance d’Olivier (les éditeurs aiment tant se faire désirer…) je me suis plongé avec délice dans les aventures d’Antoine Lefort. Ma décision a été très rapide, le premier jet étant déjà très abouti. L’écriture d’Olivier est très visuelle, pratiquement cinématographique. Jouissant d’un rythme soutenu, de personnages hauts en couleur et d’un background captivant, la mission était amplement remplie. J’ai de grandes ambitions pour cette série, vraiment. C’est un peu notre Brigade Chimérique
 
Niveau processus de création, nous avons pris le temps de la relecture pendant que je demandais à Sandrine Scardigli la correction du texte. Sandrine connaît bien Olivier, avec lequel elle émule souvent. Ce genre de relation est un plus pour un éditeur. 
 
Pour l’illustration de couverture, j’ai choisi de faire confiance à un jeune dessinateur qui m’avait proposé son book peu avant la validation du projet : Géraud Soulié. Un choix que nous ne regrettons pas, tant Géraud s’est investi formidablement dans le projet. La couverture est primordiale, elle peut légitimer ou décrédibiliser un ouvrage, une vraie épée de Damoclès. La composition de Géraud exprime, à mon avis, tous les ingrédients et l’ambition de cette série steampunk, avec force et détails. Et de plus il est montpelliérain !
 
Le reste est allé très vite car faire un livre n’est pas très compliqué (c’est plutôt le commercialiser qui l’est !). Je me suis occupé de la PAO et après plusieurs feedbacks entre la correctrice et l’auteur nous sommes arrivés à un BAT final. Les cartons arrivent demain, c’est pour dire… En ce moment je m’occupe de préparer sa mise en place en librairies, la com’, etc. 
 
 
Actusf : Géraud peux-tu nous expliquer, pas à pas, comment tu as créé la couverture ?
GS : En ce qui concerne la couverture, j’ai commencé par discuter avec l’auteur afin de savoir s’il avait déjà une idée précise sur la couverture et sur les thèmes qu’il souhaitait mettre en avant à travers celle-ci. Une fois cet échange fait j’ai commencé à lire la novella d’Olivier pour récupérer tout ce qu’il me fallait pour poser l’atmosphère et l’ambiance qui colleraient le plus avec l’histoire. Ensuite, une fois l’univers cerné j’ai pu faire mes premières propositions de composition, ce qui inclut placement des lumières, position du personnage et construction de l’arrière-plan. Après avoir eu la validation de Laurent et d’Olivier j’ai pu attaquer à dessiner la ligne finale et ensuite mettre en couleur une fois toutes les valeurs posées. Pour finir j’ai posé une dernière passe de détail et effets pour rendre le tout cohérent. Dans tout le processus de création j’ai toujours fait part de mes croquis ou rendus pour que ce soit bien clair et pour gagner un maximum de temps.
 
 
Actusf : Quels sont vos projets actuels et à venir ?
OG : De mon côté, j’ai commencé le deuxième volet des aventures du Baron. Cette nouvelle aventure démarrera quelques semaines après la fin du premier volet. Je traiterai un peu plus le côté politique de ma Seconde République bonapartiste. Je ne peux pas en dire plus pour le moment.
 
Je vais aussi faire un peu de promotion pour mon recueil de nouvelles qui vient de sortir chez Voye’l et bien sûr pour mon premier roman qui doit sortir en juin chez Asgard. Il s’agit d’un polar fantastique se déroulant dans le milieu de la voyance parisienne. Ceux qui ont lu le Ferrovipathe ou la Mousse ne devraient pas être dépaysés.
 
Vous pourrez me croiser à Bagneux au festival Zone Franche et au Salon du livre de Paris. J’irai aussi à Sèvres comme tous les ans (en invité ou pas, j’y vais toujours en voisin). Et bien sûr, j’irai dédicacer partout où Laurent me dira d’aller ! Ou presque !
 
Côté net, je zone sur Twitter, Facebook et Google+ et bien sûr, sur mon blog (http://gechter.org/blog).
 
LG : Nous sortirons trois livres cette année. Un recueil de textes de Jean-Louis Monod, Diables de quiproquos sortira pour Pâques, rassemblant une vingtaine de délicieuses nouvelles de genre, pour la plupart inédites en France. Géraud en peaufine l’illustration de couverture, diablement efficace !
On travaille également sur le deuxième opus de notre série de livres-jeux : Un livre dont tu es l’héroïne, qui s’adresse aux ados fans d’imaginaire. Stéphan Bilodeau et Gilles Saint-Martin nous emmènent cette fois-ci dans une Compétition mortelle, titre de l’ouvrage.
 
Toujours en jeunesse, Jean-Claude Di Ruocco, nous a écrit un roman de science-fiction tiré directement sa nouvelle publiée dans Black Mamba. Un univers qui rappelle Animal Farm
 
Un petit mot sur les revues, Black Mamba et Héros qui sont provisoirement en stand by, du fait que je suis seul à gérer l’affaire mais reviendront très bientôt, peut-être sous une nouvelle forme…
 
GS : Pour les projets à venir, je pense travailler encore un bout de temps avec le studio de jeu indépendant et continuer à dessiner des illustrations de couverture avec les projets de Laurent
 
 
Actusf : Où et quand a-t-on une chance de vous rencontrer, que ce soit dans la Vraie Vie ou sur le net ?
LG : L’information n’est pas encore totalement officielle mais nous allons ouvrir d’ici peu une librairie à Nîmes, spécialisée exclusivement dans le catalogue des éditeurs de Small Press : Céléphais Libr’Aire. Ce lieu fusionnera nos activités d’édition à un espace de vente d’ouvrages d’éditeurs indépendants de l’imaginaire. Le lieu idéal pour nous rencontrer dans la vraie vie… Acheter des livres de qualité et parler d’édition ! 
 
Sinon, nous serons présents à Bagneux, au Salon du Livre de Paris et aux Imaginales dans le prochain semestre. Et bien évidemment sur le net : celephais-editions.fr
 
GS : Sur internet je suis disponible soit via mon adresse mail (geraud.soulie@gmail.com) ou via mes blogs (http://operion.carbonmade.com et http://operionrog.blogspot.fr) voire même sur quelques forums (cfsl.net). Et pour ce qui est de la Vraie Vie, si vous êtes de Montpellier, je ne dis jamais non à un verre. :o) 
 
 
Actusf : Un dernier mot pour la route ?
OG : Je voudrais juste saluer mes bêta-lecteurs, qui me suivent depuis des années et remercier ActuSf pour le boulot extraordinaire qu’ils réalisent depuis plus de dix ans.
 
LG : Rendez-vous samedi 23 février à Bagneux pour Zone Franche 2013 avec la sortie en avant-première du Baron Noir, et Olivier qui dédicacera tout l’après-midi ! 
 
GS : Merci à Laurent de m’avoir donné une chance de pouvoir faire ça et de m’avoir fait confiance. 

Bertrand Campeis