Interview d’Alex Cruz
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de Alex A. Cruz
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Alex A. Cruz
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : octobre 2004

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Alors que le premier tome de Seed sort en Janvier aux éditions des Humanoïdes Associés, nous avons contacté Alex Cruz pour une petite interview de présentation.

Actusf : Tout d’abord pour commencer, on vous connaît assez peu en France, parlez-nous de votre parcours en bande dessinée ? Sur quelles séries peut-on vous retrouver ?
Alex Cruz  : Seed marque en fait mes débuts comme auteur de bandes dessinées. Mais travailler dans ce secteur a toujours figuré au nombre de mes aspirations. Finalement la vie m’a conduit de la BD au théâtre et du théâtre au cinéma. Où j’ai découvert l’écriture. Si bien que l’écriture de scénario m’a ramené à la bande dessinée mais en tant qu’éditeur. J’étais rédacteur en chef des publications américaines pour les Humanoïdes associés. En fait j’ai été un des premiers éditeurs à travailler sur les plus récentes incarnations de Métal Hurlant. Et cette expérience, travailler avec des auteurs comme Alexandro Jodorowsky et des artistes tels que Jose Ladronn, Marc Riou et d’autres encore, m’a vraiment donné l’envie d’essayer d’écrire des BD.

Actusf : Comment est né le projet Seed ?
Alex Cruz  : D’abord je dois dire que j’ai grandi en lisant des comics américains. J’ai arrêté d’en lire à l’université pour des raisons financières et dans l’intervalle j’ai découvert des films : les films de David Lynch, de Stanley Kubrick, des frères Quay, de Caro et Jeunet, de David Fincher et d’autres. Et le temps de revenir aux comics américains, j’avais perdu ma naïveté je suppose. Les comic étaient encore bons, il y en avait même d’excellents mais dans l’ensemble quelque chose manquait ; une noirceur, un réalisme et même de l’absurde. J’ai cherché à remplir ce vide j’imagine. L’idée de Seed a jailli d’une fascination grandissante à cette époque pour les maladies physiques, les difformités, les anomalies génétiques, les maladies chroniques et dans une large mesure leurs opposés : j,les prédispositions génétiques pour être meilleur en maths en sports ou être plus beau, plus réactif, etc...Principalement les super pouvoirs du monde réel. Le message était cette idée étrange que dans les comics américains les personnages aux super pouvoirs ont plus tendance à faire le bien que le mal. C’est une idée admirable et ça correspond certainement à l’idée classique du héros ; mais dans son fond, c’est peut être juste moi qui suis cynique, l’idée est ridicule. Nous, en tant qu’humains faillibles, sommes tourmentés par des désirs égoïstes, des instincts basiques, des tas de faiblesses et des egos terriblement fragiles. En plus de cela qui n’a pas découvert qu’il avait un talent pour quelque chose qui ne rentre pas vraiment dans la catégorie " héroïque " ? Rapiner, falsifier, mentir, baiser, se battre ou manipuler les gens. Ces talents ne sont-ils pas aussi intéressants que le pouvoir de voler ou une force démesurée ? En outre, ce n’est pas une idée intéressante de donner à une personne foncièrement bonne, pas un héros mais une personne normale, convenable, un talent pour quelque chose de vraiment mauvais. Soyons honnête, est ce que les mauvais ne sont pas toujours plus intéressants que les gentils. Il y a un vieil adage hollywoodien qui dit si tu veux un bon héros, fais en un grand méchant. Voilà pourquoi Seed est fondamentalement consacré à des gens nés pour être des méchants essayant d’être gentils. Etre gentil c’est difficile : c’est un combat de chaque instant, pour tout le monde et pour ces personnages c’est une tâche herculéenne.

Actusf : Sur Seed vous travaillez avec un dessinateur français. Qu’est-ce qui vous a donné envie de tenter cette aventure transatlantique ?
Alex Cruz  : Tout le mérite pour ce duo revient à mon éditeur Philippe. Ca nous a pris beaucoup de temps pour trouver un artiste pour la série. A ce moment-là Les Humanoïdes associés étaient très déterminés à associer les auteurs américains avec les artistes européens et vice versa ; en dehors des super stars du catalogue des Humanoïdes associés, je ne connaissais pas grand-chose. J’avais vu le travail de Mark et Marc dans Miss et beaucoup aimé mais quand nous avons commencé, aucun des deux n’était disponible. Ils étaient en train de finir le 4ème album de Miss. Finalement après une année de recherches les choses se sont mises en place. Il a fait des planches d’essai et j’étais sous le charme.

Actusf : Vous êtes auteur de comics aux Etats-Unis. Avez-vous pensé votre scénario différemment pour cet album français ?
Alex Cruz  : Je ne m’en suis jamais préoccupé. Mon seul souci était d’écrire la meilleure histoire possible. De faire des caractérisations fluides et réalistes et d’écrire des dialogues crédibles mais pas ennuyeux. J’ai tenté d’y insérer autant de techniques qu’emploient mes auteurs américains préférés : ; Alan Moore, Grant Morrison, Frank Miller, Neil Gaiman, Brian Azzarello, Warren Ellis ; etc... Mais je dois dire que j’ai lu beaucoup de BD françaises à ce moment-là : La trilogie Nikopol, Le Lama blanc, Juan Solo, Miss, etc. L’utilisation de l’espace et du rythme est totalement unique et les artistes beaucoup plus habiles dans l’ensemble pour exprimer émotion, ton et personnalité dans leurs cases. Juste le nombre de cases dans une page. J’aime la compression du temps et du rythme dans une page européenne. Je ne saurais dire à quel point j’ai été frustré avec les comics américains et leur propension aux " splash pages " et à la décompression dans les pages des comics (moins de cases sur une page, moins d’ellipses et au final moins d’histoire par installation). Donc pour répondre plus succinctement à votre question, je n’ai pas altéré consciemment ma narration pour le public européen mais je crois que le style européen s’est immiscé dans le livre. En fait je crois que je rencontrerais un peu de résistance si c’était publié pour un lectorat américain qui n’a pas l’habitude d’autant de cases sur une seule page. J’ai peur d’avoir dépassé les limites, même pour les lecteurs européens.

Actusf : Comment jugez-vous le travail graphique de Marc Riou ? Correspond-t-il à vos attentes ?
Alex Cruz  : Son travail est fantastique. Je l’adore. J’étais d’abord un peu inquiet que certains de ses personnages semblent raides mais toutes ces peurs ont disparu quand j’ai vu les premières pages d’essai. Le travail de Marc et Mark sur Miss était si particulier et si brillamment encré que je savais que qu’elle que soit la direction qu’il prendrait, ce serait quelque chose de professionnel. Mais quand j’ai vu le style d’encrage qu’il employait et les couleurs qu’il voulait créer j’ai su que ça collait parfaitement. Je me suis mis à construire une histoire qui parcourt la planète. Je déteste la tendance des créateurs américains à tout situer aux Etats-Unis. Etant entendu que je peux écrire avec une plus grande authenticité sur les lieux où j’ai vécu ou que j’ai visité mais faire ça à chaque fois c’est de la pure paresse. Alors je me suis mis à voyager avec cette série. D’abord à l’intérieur des Etats-Unis mais dans les tomes suivants l’histoire va littéralement traverser le monde. Et Marc peut faire cela. Je l’ai vu dès ces fameuses premières pages d’essai : envergure, profondeur, inspiration... En fait je peux à peine attendre de voir ce qu’il a fait avec certains des endroits que je lui ai donnés pour le second livre.

Actusf : Seed vient tout juste de sortir dans l’hexagone. Comment le présenteriez-vous à quelqu’un qui ne l’aurait pas lu ?
Alex Cruz  : Je ne sais pas... Peut-être : " des super héros pour les fans de Clive Barker ". C’est un livre d’aventures, d’actions et d’horreur. Quelque chose comme Matrix mais avec de l’horreur à la place de la science-fiction. Dit comme ça, ça à l’air épouvantable. Lisez-le. Le dessin est magnifique. Les personnages sont complexes. Vous allez aimer.

Actusf : Avez-vous eu déjà des réactions autour de vous sur Seed ? Quelles sont-elles ?
Alex Cruz  : J’ai montré le script et quelques unes des toutes premières pages à des gens dont je respecte les opinions. Ils aiment, vraiment. Ca peut aller un peu trop loin pour certains mais il y a quelque chose de relatif. Les gens veulent voir ce qui se passe après. Je suis très impatient de leur montrer. Le temps est si long entre deux livres dans le système européen que j’ai vraiment le temps de donner naissance au second album. Il va en surprendre beaucoup. Si quelque chose vous a plus dans le tome 1 de Seed, vous aimerez le tome 2. Du moins je l’espère.

Actusf : Quels sont vos projets et quelles sont vos envies ?
Alex Cruz  : J’ai investi beaucoup de temps dans ma carrière cinématographique et si tout se passe bien de ce côté-là vous en verrez le résultat dans un futur proche. En ce qui concerne les comics j’ai vraiment très envie de lancer quelques autres séries . J’ai un certain nombre d’idées en tête et vraiment rien n’égale la liberté de création dont vous disposez dans les comics, j’espère donc qu’elles verront le jour. Des trucs délirants. Sombres et tordus, pour certains mais d’autres plutôt excentriques et drôles. Il y a pas mal d’artistes avec qui je meure d’envie de travailler. Au fond, je projette de me diversifier autant que je peux.

Nathalie Ruas