Interview d’André-François Ruaud
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de André-François Ruaud
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : André-François Ruaud
Date de parution : février 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : février 2007

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André-François Ruaud veille sur la destinée des éditions Les Moutons Electriques depuis trois ans. Bilan et perspectives…

Actusf : Tout d’abord, faisons un premier bilan. Les Moutons Electriques ont 3 ans. Le bilan est-il positif ? Es-tu satisfait ? Quels sont les livres qui ont le mieux marchés ?
André-François Ruaud : Disons que le bilan est mitigé quoique nous restions sereins. Les livres de moyen format ne se vendent pas tout à fait assez pour être rentables de manière significative, c’est un problème. Nous avons enregistré du bénéfice sur les deux exercices comptables, en fait, mais trop peu pour dégager ne serait-ce qu’un demi-salaire, donc sans être en danger l’entreprise n’est pas encore pérennisée. Niveau réussites, le "top five" actuellement c’est en ordre décroissant : le "Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux" (presque épuisé), "L’Hypothèse du lézard" (le livre autour d’Alan Moore), "Sunk" de Calvo & Colin, "Les Nombreuses vies d’Hercule Poirot" (qui cartonne !) et "Les Nombreuses vies d’Arsène Lupin" (presque épuisé aussi). Ensuite, les bonnes ventes sont les deux David Calvo (auteur "culte") et le premier roman de Laurent Queyssi, "Neurotwistin’" (une agréable surprise).

Actusf : Le choix des couvertures et de la maquette est plutôt bien vu je trouve mais assez peu courant. Comment tes livres trouvent-ils leur place dans les librairies ?
André-François Ruaud : C’est très variable... Pour parler clairement, sur 26 bouquins parus en fin d’année dernière, 14 étaient rentables, 10 pas rentables et 2 plantés grave. Les Moutons sont encore tout petits et peinent à être assez visibles en librairie, surtout depuis l’été dernier où un véritable marasme s’est installé dans les rayons. Mais je ne pense pas que nos couvertures nous desservent : au contraire, je crois qu’elles nous rendent plus remarquables. D’ailleurs, nos livres et collections qui marchent globalement le mieux sont ceux qui présentent vraiment un fort caractère d’originalité ! Je peux donc te dire qu’on va à partir de la fin d’année développer encore plus cette particularité, ne plus proposer que des livres que personne ne fait.

Actusf : Parlons de Fiction. La revue a un vrai succès critique. Beaucoup d’internautes nous en disent du bien. Est-ce que cette formule marche ?
André-François Ruaud : a commence à prendre, oui. Et c’est bien : justement, nous nous étions donnés depuis le début cinq tomes pour voir comment ça marche, essayer de nous installer. Nous avons un vrai déficit d’abonnements (la revue ne sort sans doute pas assez souvent pour cela), c’est un problème, mais les ventes en librairie atteignent bientôt un niveau correct.

Actusf : La couverture du prochain change un peu.
André-François Ruaud : Tu trouves ? Alors attend de voir celle du tome 6 ! Elle changera beaucoup plus.

Actusf : Est-ce le signe que la revue va évoluer ? Et si oui dans quel sens ?
André-François Ruaud : On a changé le papier de la couverture (ce blanc très granuleux du tome 4 a beaucoup séduit, donc on le garde), la maquette vient aussi de prendre un bon coup de jeunesse (à partir du tome 5) et tout évolue, bien sûr, tout le temps : une revue n’est pas une chose figée, nous avons toujours de nouvelles envies ! Notamment, la part graphique est beaucoup plus importante depuis le tome 4 : plus d’illustrations, quelques BD, trois portfolios...

Actusf : Vous venez de mettre sur le site un numéro "spécial" de Fiction en téléchargement gratuit. Comment l’idée est-elle née et quel est l’objectif ?
André-François Ruaud : Ah ah, c’est la faute à Daylon ! Bon, en fait j’y pensais depuis un petit moment et le graphiste Daylon, infiniment plus branché web que moi, m’a grandement encouragé à le faire. L’idée c’est bien sûr de faire la promotion de "Fiction" : permettre à tout le monde découvrir la revue en toute liberté, gratuitement. Les auteurs contactés ont tous accepté très volontiers et le résultat de cette "expérience" sera à coup sûr très intéressant, car pour le moment ça c’est encore très peu pratiqué en France.

Actusf : Qu’est-ce qu’on trouve dans ce numéro spécial web ? Le choix des nouvelles s’est fait comment ? C’est représentatif selon toi de la revue ?
André-François Ruaud : J’ai essayé que cela soit complètement représentatif, ça oui : la structure de ce tome spécial est celle d’un tome "normal", l’équilibre est respecté entre les différents genres, il y a les deux chroniques régulières, des illustrations, un éditorial rédigé comme d’habitude de manière collégiale par la rédaction - presque tout, quoi. J’ai sélectionné les nouvelles à la fois dans un souci d’équilibre entre SF et fantasy, et en fonction des auteurs que je connaissais personnellement et auxquels je pouvais donc demander leur autorisation. Ça c’est organisé très facilement, en fait : la nouvelle de Langford
m’avait beaucoup marqué - et j’avai déjà correspondu avec lui. La nouvelle de Stoddard est selon moi un chef-d’œuvre de fantasy - et l’auteur m’avait écrit l’autre jour pour me remercier de cette publication. Ah, et puis j’ai ajouté une nouvelle inédite dans "Fiction" - je me suis dit que cela ferait un argument de découverte de plus. J’avais traduit dans le temps cette très belle petite nouvelle de Mark Bourne pour un projet qui ne s’était pas fait. C’était l’occasion de la sortir de mon ordi.

Actusf : Autre grosse actu en ce début d’année, Fournaise de James Patrick Kelly. Un court roman. C’est la première fois qu’il est traduit en France. Peux-tu nous dire qui est ce bonhomme et de quoi son livre parle ?
André-François Ruaud : Pour le dictionnaire de Jacques Goimard, cette sublime Arlésienne, j’ai rédigé une entrée sur les "générations perdues" de la SF. Kelly s’inscrit dans l’une de ces générations perdues : il est de ces auteurs qui, ayant démarré entre la fin de la spéculative fiction et le début du cyberpunk mais sans s’inscrire dans le courant "néo-classique" majoritaire, s’est trouvé un peu paumé, un peu en dehors de la réussite commerciale. C’est pourtant un auteur passionnant, grand nouvelliste entre autres ("Fiction" publiera un jour ou l’autre de ses nouvelles). Et puis, ce court roman ça a carrément été un coup de cœur pour moi : au point que j’en ai acheté les droits dès le mois de sa sortie ! Et que je l’ai co-traduit. Je prévois de publier un autre roman de Kelly en 2009.

Actusf : Il y a aussi un space-opéra australien : La Route des Confins de A. Bertram Chandler. Même question, qui est-il et de quoi parle son livre ?
André-François Ruaud : a, c’est plutôt le pendant "patrimoine" des Moutons : c’est le premier volume (lisible séparemment) d’une saga de space opera classique, débutée en 1967. Dans l’histoire du space op, c’est un peu le "chaînon manquant" du point de vue français, puisque Chandler n’avait quasiment jamais été traduit chez nous. Les premiers romans sont parus à l’époque où Star Trek démarrait et l’ambiance en est très proche. C’est de l’aventure maritime, mais transposée dans l’espace, et avec énormément d’astuce : par exemple, Chandler se débrouille toujours pour ne pas avoir à décrire d’ennuyeuses batailles. Et puis il n’est ni réac ni bégueule, ce qui est agréable.

Actusf : Dans les nouveautés, il y a une vraie volonté apparemment de développer le site web des Moutons. Quel est l’objectif : attirer plus de lecteurs, fidéliser les existant ?
André-François Ruaud : On ne saurait mieux dire ! Nous avions toujours pensé qu’il fallait qu’à terme un tel site acquière un aspect un peu "webzine", pour être vivant. Et pour tout dire, en revenant ainsi à ta première question, la déception aux Moutons c’est surtout que la VPC ne se développe pas tellement. J’espère qu’avec un site plus attrayant, plus de gens auront envie de nous commander directement les ouvrages.

Actusf : L’avenir passe selon toi par le net ?
André-François Ruaud : C’est un palliatif à l’effondrement des ventes en librairie, sans doute. En attendant le tout-téléchargement, j’imagine.
 

Actusf : Parles-nous des parutions à venir. Quel est le programme des prochains mois pour les Moutons ?
André-François Ruaud : Eh bien, après un début d’année très SF, le deuxième trimestre va être très fantasy : le deuxième roman de Léa Silhol, ô combien attendu, un p’tit nouveau sur lequel guignait aussi Mnémos (Jean-Philippe Jaworski) et un David Calvo de retour du côté du merveilleux.

Actusf : Sur le plan personnel, on a pu lire une version remaniée des Ombres sous la Pluie il y a quelques mois. Continues-tu à écrire ou les Moutons te prennent tout ton temps ?
André-François Ruaud : Je ne suis pas tout seul, heureusement. J’arrive donc à écrire aussi pour moi : je bosse actuellement sur mon deuxième roman, la suite de la "Cité d’en haut", sur un essai sur l’histoire de la culture SF, et sur une révision de traduction pour Folio.

Actusf : Beaucoup sont alarmistes sur la situation des genres de l’imaginaire en France. Quel est ton point de vue ? Ca va mal docteur ?
André-François Ruaud : S’il n’y avait que l’imaginaire... Mais c’est tout le livre qui est sinistré. On vit une période charnière, c’est une banalité de le dire. Quand on sait qu’il y a une quinzaine d’année, un best-seller c’était 100 000 exemplaires et que c’est aujourd’hui 10 000... Ceci dit, il y a des solutions. En particulier les micro-tirages : l’imprimeur des Moutons s’équipe cet été d’une grosse chaîne numérique, qui permettra de faire des tirages de 50 ex en 50 ex et également de rendre rentables des tirages à moins de 1000 exemplaires. C’est ainsi que les Moutons préparent deux essais monographiques, sur Anderson et Heinlein. Impossible autrement.

Actusf :
Dernière petite question, on fête cette année les 70 ans de la mort de Lovecraft. Cet auteur représente-t-il quelque chose pour toi et si oui quoi ?
André-François Ruaud : Je ne suis pas du tout fan de Lovecraft... Désolé ! Ceci dit, j’avais essayé d’obtenir pour les Moutons les droits de la colossale biographie par Joshi, un monument génial, mais l’éditeur américain s’en fichait. Dommage : ce livre est fascinant, passionnant.

Jérôme Vincent

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