Interview d’André Ruellan
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de André Ruellan
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : André Ruellan
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : octobre 2001

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Rencontre avec un auteur qui a marqué son temps...

Actusf : Que pensez-vous des Utopiales ? Ce mélange des arts et des différentes SF vous paraît-il fertile ?
André Ruellan : Evidemment oui, la SF est une forme d’expression qui utilise toutes les voies possibles : la littérature, le cinéma, la bande dessinée, la peinture, la sculpture… Plus il y aura de rencontres de ce type, plus la SF s’enrichira.

Actusf : Avez-vous envie de rencontrer quelqu’un en particulier ?
André Ruellan : Brian Aldiss et Christopher Priest sont tous deux de très grands auteurs de SF mais malheureusement nous avons des problèmes de communication, je parle très mal anglais…

Actusf : Lisez-vous des auteurs de SF actuels ?
André Ruellan : Je dois avouer que je ne lis plus beaucoup et il m’est difficile de donner une appréciation sur ce que je n’ai pas lu. Cependant Brussolo m’a marqué particulièrement à cause de son caractère de poésie spontanée.

Actusf : Vos livres ont fait les beaux jours du Fleuve Noir et sont régulièrement réédités. Est-ce que cela vous touche encore ?
André Ruellan : Cela me fait très plaisir de les voir réapparaître assez souvent comme une balle de ping-pong que l’on lâche au fond de l’eau et qui transperce la surface. Bien qu’ils ne soient pas présents en permanence, c’est très agréable d’en voir un de nouveau disponible.

Actusf : La série des pseudonymes, Kurt Steiner, Kurt Wargar, Kurt Dupont… cela venait d’où ?
André Ruellan : Quand j’ai commencé à écrire au Fleuve Noir, beaucoup d’auteurs français utilisaient des noms anglo-saxons, pour me démarquer j’en ai pris un allemand. A l’époque la signature appartenait à la maison d’édition donc si je voulais écrire ailleurs, il m’en fallait d’autres. Et comme pour l’histoire de la parcelle d’âme que l’on vous prend en vous photographiant, j’ai préféré conserver mon nom et vendre un leurre. Il y a toujours quelque chose de diabolique au Fleuve (rires)…

Actusf : Les romans de Kurt Steiner sont reconnaissables car ils ont toujours des conclusions totalement imprévisibles. Est-ce fait consciemment ?
André Ruellan : Il arrive que cela soit voulu et que cela existe dans la construction préliminaire mais parfois ça s’impose d’une façon imprévue. Mes romans me demandent en général beaucoup plus de temps à construire qu’à écrire. Par exemple Tunnel et Mémo m’ont demandé pas moins de deux ans de réflexion (pas en travaillant 16 heures par jours tout de même !) et la rédaction m’a pris environ trois mois chacun.

Actusf : Comment vous organisez-vous ? Vous astreignez-vous à écrire certaines périodes de la journée comme le font d’autres auteurs ?
André Ruellan : Jamais, je n’aime pas la coercition même lorsque c’est moi qui me l’impose.

Actusf : Quel est le roman dont vous êtes aujourd’hui le plus fier d’avoir écrit ?
André Ruellan : Ca c’est une question difficile… Comme je ne suis pas spécialement modeste (sourire), il m’en vient plusieurs à l’esprit : Tunnel, Mémo, Le disque rayé, Ortog… Brebis galeuses aussi, j’y tiens beaucoup… C’est, je crois, ces cinq là que je préfère en SF.

Actusf : Vous est-il arrivé de relire vos propres romans ?
André Ruellan : Oui et j’ai été étonné. Je m’explique cette surprise par le point de vue d’Héraclite : " Un homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, car la seconde fois, ce n’est plus le même fleuve et ce n’est plus le même homme ". Je suis devenu complètement extérieur et je me demande comment j’ai pu écrire ça.

Actusf : Content ou déçu ?
André Ruellan : Content, mais j’ai juste l’impression de lire quelqu’un d’autre, surtout pour mes romans d’angoisse.

Actusf : Comment vos proches ont perçu votre carrière d’écrivain ?
André Ruellan : Ils n’ont pas très bien compris, c’était marginal à l’époque. Ecrire des histoires fantastiques et de science-fiction, ça ne pouvait pas passer pour un travail sérieux.

Actusf : Et aujourd’hui le comprennent-ils ?
André Ruellan : Je ne crois pas parce qu’ils sont morts…

Actusf : … La SF est-elle moins marginale, a-t-elle acquis ses lettres de noblesse ?
André Ruellan : Elle n’a pas acquise de lettres de noblesse, elle est relativement acceptée et même utilisée, on dit maintenant " instrumentalisée ". C’est à dire que son sort ressemble à celui du surréalisme : tous deux ont été assez vite utilisés dans les spots publicitaires* pour vendre tout et n’importe quoi, cela ne veut pas dire qu’elle est plus lue.

Actusf : A propos d’utilisation, Valerio Evangelisti dans un article paru dans le Monde Diplomatique fait un constat alarmant sur la récupération de la SF par l’extrême droite italienne…
André Ruellan : Je l’ai lu, ce n’est pas exactement de la récupération, c’est un… vol de véhicule, ça devrait être puni par la loi. La SF est tout sauf fasciste à quelques rares exceptions près.

Actusf : Est-ce que vous avez peur que vos œuvres soient détournées ?
André Ruellan : Interprétées d’une manière délirante ? Même par des délirants, c’est toujours gênant, c’est un rapt.

Actusf : La réédition de Mémo (1985) chez Folio SF annonce-t-elle votre retour à l’écriture ?
André Ruellan : J’y songe sérieusement cependant j’ai peur de m’avancer en disant oui. Je suis un peu prisonnier des scénarios sur lesquels je travaille régulièrement avec Jean-Pierre Mocky. Il reste rarement inactif, nous venons de terminer une adaptation d’un polar de Frederic Brown " La bête de miséricorde " qui vient de sortir sur les écrans la semaine dernière. Nous avons d’autres projets en cours mais j’espère arriver un jour à échapper à ce tortionnaire (rires) afin de me lancer dans un nouveau roman. Il faut de la volonté mais c’est faisable.

Actusf : Les idées sont déjà là ?
André Ruellan : Oh la oui ! Beaucoup… (l’auteur ne semble pas désirer en dire plus, le mystère restera donc entier)

Laure Ricote