Interview d’Ayerdhal sur Transparences (2004)
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de Yal Ayerdhal
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Yal Ayerdhal
Date de parution : avril 2004 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : avril 2004

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Petite interview pour la sortie de Transparences

Nous : Comment est née l’idée de ce roman ?
Ayerdhal : En lisant la série Les futurs mystères de Paris de Roland C Wagner (L’Atalante).

Nous : Qu’est-ce qui vous attirait dans l’idée de la transparence ?
Ayerdhal : La parabole avec la misère.

Nous : Avec Transparences, vous revenez au polar après L’homme aux semelles de foudre. Etait-ce une envie de revenir à ce genre ou bien le polar (thriller) s’est-il imposé de lui-même pour cette histoire ?
Ayerdhal : Même si j’ai majoritairement écrit de la science-fiction, je ne me suis jamais senti aucune limite de genre. Avant toute chose, je suis romancier. J’essaie de trouver la meilleure adéquation entre ce que j’ai à dire et la façon de l’exprimer.

Nous : Transparences est un roman assez long mais surtout touffu. Vous a-t-il demandé beaucoup de documentation et dans quels domaines ?
Ayerdhal : J’ai effectivement consacré pas mal d’heures à la documentation dans beaucoup de domaines différents. Cela va du plan du downtown de Chicago (dont je ne me suis finalement pas servi) à la victimologie, en passant par Echelon, la NSA et les connexions entre les agences de renseignement.

Nous : Votre dernier roman remonte à quelques très longs mois maintenant, excepté les Cybione chez J’ai Lu. En tout cas Transparences vous a demandé apparemment beaucoup de temps. Que s’est-il passé ? Son écriture a-t-elle été difficile ?
Ayerdhal : On peut dire que j’en ai bavé, en effet. Aujourd’hui le bouquin pèse 550 pages, mais j’en ai écrit plus de quinze cents. Il a fallu faire des choix drastiques, tailler dans la masse, restructurer, lisser… et se débarrasser des incohérences nées des chapitres supprimés.

Nous : Comment présenteriez-vous ce livre à quelqu’un qui ne l’aurait pas encore lu ?
Ayerdhal : Stephen, psychologue spécialisé en criminologie, compulse pour Interpol les dossiers relatifs aux crimes en série des vingt dernières années, à la recherche d’éventuels liens entre des affaires enterrées et une vague internationale de meurtres à caractère psychotique. Il tombe sur le dossier d’Ann X, une gamine de douze ans qui a assassiné ses parents, diplomates américains, et un couple de leurs amis à Berlin en 1985. Il dresse son profil et essaie de savoir ce qu’elle est devenue. Ce qu’il découvre l’amène à remettre en cause toutes ses certitudes, professionnelles comme privées.

Nous : La psychologie est un des thèmes majeurs de votre roman. Pourquoi avoir axé votre roman sur ce côté ? Comment avez-vous procédé pour avoir cette approche avec vos personnages ?
Ayerdhal : Difficile de ne pas traiter de psychologie alors que le personnage principal est psychologue et qu’on suit l’histoire à travers son regard, non ? Quant à l’approche, je me suis contenté de beaucoup lire et d’interroger un psy sur sa façon de percevoir son boulot, sa vie et les autres. Le plus difficile a été de jongler avec le vocabulaire d’un psy, qui se constitue de mots que tout le monde connaît mais chargés d’un sens différent, parce que je voulais rester suffisamment précis, donc crédible, et lisible à la fois. Sur ce point aussi, il a fallu faire des choix douloureux.

Nous : En lisant Transparences, on est frappé par l’évolution des personnages principaux. Naïs comme Stephen changent beaucoup comme souvent finalement vos personnages. Cette transformation était-elle voulue au départ où s’est-elle imposée au fur et à mesure de l’écriture ?
Ayerdhal : Dans la vraie vie, les vrais gens évoluent en fonction des événements, des rencontres, des lectures parfois, bref de nombreux éléments sur lesquels ils n’ont, dans le meilleur des cas qu’une maîtrise relative. J’essaie de faire la même chose avec mes personnages.

Nous : Y’a-t-il eu des romans ou des films qui vous ont apporté des idées ?
Ayerdhal : Pas consciemment en tout cas, mais c’est inévitable.

Nous : Ann X ressemble beaucoup au personnage d’Elyia Nahm (Cybione). Est-ce voulu ? Est-ce le genre de personnage féminin que vous appréciez ? Et comment la présenteriez vous ?
Ayerdhal : Ann ? C’est une nana complètement asociale qui manie les armes blanches avec maestria et qui tue quand d’autres se contenteraient d’un coup de gueule ou d’un procès. Il me semble qu’on est ici assez loin d’Elyia. Le seul rapprochement qu’on peut faire entre elles, c’est qu’elles peuvent être ou paraître qui elles veulent et qu’elles sont insaisissables. Je pourrais avoir de l’admiration pour ce qu’est Elyia, je ne pourrais qu’éprouver du respect pour ce que devient Ann.

Nous : C’est une nouvelle fois une œuvre plutôt engagée. Aviez vous envie de bousculer un peu le lecteur, de lui transmettre ce fameux message dont on parle tant dans certains romans ? Et surtout que vouliez vous dénoncer ?
Ayerdhal : Eh ! Mais ils me traitent de délateur, le Jérôme et la Laure ! Sans dec, j’espère qu’il y a suffisamment dans ce bouquin pour provoquer quelque réflexion, voire quelque prise de conscience, mais je n’ai rien à dénoncer, parce que je ne voudrais surtout pas être un fabricant de prêt-à-penser. Je veux juste montrer et mettre en perspective, particulièrement dans le domaine de la manipulation.

Nous : La manipulation entre puissants et services secrets est au cœur de votre roman et la fin peut éventuellement porter à polémique. À quel genre de réaction vous attendez-vous de la part des lecteurs ? Avez-vous d’ailleurs déjà eu des réactions de lecteur ? Qu’en ont-ils pensé ?
Ayerdhal : Je ne sais pas trop quoi répondre. Le livre ne paraît que dans une semaine et les seuls retours que j’ai pour l’instant sont ceux d’amis, qui me connaissent très bien, et de professionnels (éditeurs, auteurs, libraires, critiques) qui se sont plus attachés au texte dans sa globalité qu’à l’un ou l’autre des éléments qu’il présente. De toute façon, je ne crois pas qu’une question ouverte puisse occasionner la moindre polémique, à part pour ceux qui lui trouveront une réponse verrouillée à double tour grâce à la magie de l’ignorance et de la désinformation.

Nous : Quels sont vos projets ?
Ayerdhal : Je bosse sur un space opera. Je réfléchis à une fiction politique assez proche de Demain, une oasis. Je commence à envisager un mainstream sur les années soixante-dix. J’accumule des infos pour un truc à mi-chemin entre la biographie et le roman historique autour de Flora Tristan. Je titille une vieille idée de fantasy. Je taquine un plan BD avec Gilles Francescano. Je rêvasse avec Pierre Bordage sur ce que pourrait être notre collaboration.

Laure Ricote