Interview d’Edouard Brasey
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de Edouard Brasey
aux éditions ActuSF
Genre : SF
Rédaction : Edouard Brasey
Date de parution : mai 2006 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mai 2006

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Merci M. Brasey pour cette interview

ActuSF : Ce double prix, c’est une consécration, une reconnaissance. Comment le vivez-vous ?
Edouard Brasey : C’est vrai que c’est bien, d’autant plus que c’est le premier prix littéraire que je reçois. Et alors pour le premier, j’en ai deux. En plus, j’ai été récompensé par des Chats bottés et il se trouve que le Chat Botté est mon conte de fées préféré. J’aime beaucoup ça : avec un chat, l’on arrive à devenir roi et épouser une princesse. Alors avec deux chats, on devient pape peut-être.
C’est bien précisé dans l’intitulé du prix, ils récompensent un travail collectif.
L’aventure de l’encyclopédie du merveilleux qui comporte au moins dix volumes dont deux déjà publiés. C’est une rencontre au départ entre l’auteur (en l’occurrence moi) l’illustrateur, les iconographes et le maquettiste qui s’est occupé de l’ouvrage. Il a été décerné à un projet qui comme tout projet était ambitieux, était risqué, qui a déjà été récompensé par le succès commercial du premier tome. Puis maintenant par cette double reconnaissance, d’une part le prix spécial du jury pour un livre qui échappe aux différentes catégories prévues : ce n’est pas uniquement de l’illustration, ce n’est pas du roman. Et le prix Claude Seignolle de l’imagerie c’est une transmission . Claude Seignolle, il a 90 ans, on se téléphone de temps en temps, on s’envoie nos bouquins. C’est la mémoire du XX e siècle puisqu’il a commencé assez jeune à inventorier les croyances et légendes de sa région et en même temps il a été auteur de livres fantastiques, de nouvelles. Je me sens un peu dépositaire de cette transmission à mon tour parce que je fais un peu comme lui dans le sens où je ne fais pas du collectage comme lui a pu le faire parce que l’époque s’y prête moins pour mille raisons. J’essaie de reprendre ce fonds, ce patrimoine, ce folklore, de légendes et de mythes pour les mettre à disposition du public. Et en même temps, j’écris et j’écrirai de la fiction. Mais la fiction est également inspirée de tout ce fonds patrimonial.
Donc pour moi ces prix ont vraiment un sens. Ca fait plaisir bien sûr sur le plan de l’ego on est toujours heureux d’être récompensé. Mais plus que ça ça un sens c’est à dire que ça encourage et que ça accrédite un projet qui est un projet à long terme.

ActuSF : Vous êtes aussi conteur. Ecrire des livres et conter : y a-t-il une différence de rapport à l’histoire ?
Edouard Brasey : Je suis devenu conteur lorsque j’ai commencé à travailler justement sur le monde de la féérie. Auparavant je n’étais ni conteur ni comédien, j’étais purement dans l’écrit. Ca ne m’avait jamais traversé l’esprit d’aller sur scène. En travaillant sur le monde de la féerie, j’ai eu l’occasion de faire des conférences en tant qu’invité dans des bibliothèques ou ailleurs. Et donc je parlais du sujet ou d’autres sujets. Et je me suis rendu compte que quand je racontais les histoires, les gens m’écoutaient avec des sourires béats comme des enfants alors que lorsque je parlais du sujet, il y avait toujours quelqu’un pour dire : mais ça ça n’existe pas ou Vous y croyez ? Vous n’y croyez pas assez. On rentre très vite dans des débats qui n’ont aucun intérêt. Finalement j’ai continué en me disant, je vais faire des conférences contées. Je vais pas parler du sujet, je vais raconter l’histoire. Faisant cela, j’ai été confronté à des conteurs. J’avais une idée des conteurs complètement rétrograde : pour moi les conteurs étaient des vieux messieurs avec un chien et une pipe au coin du feu. Du coup je me suis beaucoup intéressé à l’oralité de cette façon là. Et il y a eu un moment où j’ai eu moi-même l’occasion de faire des stages de conte, d’apprendre un peu l’oralité et puis de me produire après sur scène, de grandes scènes même parfois.

Pour répondre à votre question, ce sont deux façons complémentaires de transmettre ce fonds patrimonial. Même si ce sont au départ les mêmes histoires, le fait de les écrire c’est une chose qui effectivement fige les histoires qui en même temps permet d’arrêter les choses avec tous les détails possibles, c’est un compte rendu qui se veut fidèle de l’histoire. Dans le conte il y a cette oralité qui est écrite mais pas de façon littéraire, qui s’écrit au fur et à mesure. Je ne connais pas mon texte par cœur. Il y a des conteurs qui sont plus dans une voie d’acteurs dans le sens où ils connaissent leurs textes. Ils le travaillent beaucoup et ils le disent en quelque sorte. Moi je l’écris avant effectivement pour avoir la structure du conte mais quand je suis sur scène je ne sais pas du tout de quelle façon je vais le raconter et très soucvent j’improvise. Cette improvisation n’est pas quelque chose que j’ajoute moi pour me rendre intéressant. Le conte se raconte à sa façon. Le conteur est dans une transe chamanique, il est possédé par les dieux. Au moment où l’on est sur scène, l’on est pris par cette force. Le conte vous joue des tours : il va arrêter l’histoire que l’on connaît et il va faire une incise avec l’histoire que l’on ne connaît pas. L’on doit raconter ce que le conte nous demande. Des fois ça m’est arrivé, pas systématiquement de partir dans des directions que j’ignorais. Les gens étaient ébahis parce que c’était bien mais quand j’ai arrêté je n’avais aucun souvenir de ce que j’avais dit. C’est aussi un des rares moments où l’on est confronté directement à un public. Donc pour moi c’est important de faire les deux.

On n’est pas très nombreux. Il y a des conteurs de talent qui parfois transcrivent leurs spectacles mais qui n’écrivent pas de livre. Et puis il y a des auteurs qui peuvent parler de leurs livres mais qui n’ont pas fait de scène. En revanche pour citer les plus grands il y a Henri Gourgaud par exemple qui depuis 20 ou 30 ans écrit des romans et par ailleurs fait des spectacles. Pour moi c’est bien ce genre de modèles c’est comme les deux chats, c’est deux bottes qui permettent d’avancer.

ActuSF : Par rapport aux contes, quand vous faites des spectacles, vous inventez les histoires ou vous vous réappropriez des contes tirés de recueils d’Anatole Le Braz, d’Alain Le Goff, ou de Bruno de la Salle ?
Edouard Brasey : Au départ je puise dans l’imaginaire folklorique mais aussi les récits littéraires dans des transcriptions modernes car je ne suis ni médiéviste ni universitaire, je ne lis pas l’ancien français. Il y a de nombreuses sources de documentation. Mais je pars aussi d’histoires qui m’ont été racontées par d’autres, auteurs ou conteurs qui m’ont donné leur version d’un texte qui avait disparu. Je les transpose.
Dans mes spectacles de conte, j’aime bien le processus de l’enchâssement. Je travaille beaucoup sur cette structure, j’ai été aidé en ça par Pascal Quéré qui travaille cette construction dans les mille et une nuits. Je prends un récit-cadre dans lequel il y a des contes qui viennent. Donc là bien sûr je fais ma structure avant pour savoir où je vais.

Il y a des contes traditionnels mais au fur et à mesure que je les dis ils se transforment. Quand je compare avec la trace écrite que j’avais au départ, ça s’est complètement éloigné, j’ai rajouté des choses mais sans complètement le vouloir.

Je n’arrive pas à travailler seul je sais qu’il y a des conteurs qui se racontent l’histoire mais moi je n’y parviens pas. Je ne peux faire mes répétitions qu’en public donc je me lance et je fais confiance au conte à partir d’histoires que je connais.
Je n’utilise pas les transcriptions qu’ont faites les conteurs d’aujourd’hui parce qu’au départ je ne les connaissais pas. J’ignorais ce répertoire de l’oralité. J’avais suffisamment d’histoire par mes sources, j’avais fait des recherches.
Je trouve parfois dommage que des conteurs racontent des contes très connus et racontés par d’autres conteurs. J’ai assisté à une veillée de conteurs amateurs et sur la dizaine de participants, deux racontaient La Soupe aux cailloux. Alors qu’il y a mille histoires qui méritent d’être retrouvées et retransmises par le racontage.

ActuSF : Vous évoquiez tout à l’heure Les Mille et Une Nuits et vous y avez consacré un très beau livre aux Edition du Chêne. Vous allez puiser dans différentes cultures ?
Edouard Brasey : J’adore raconter les Mille et Une Nuits c’est l’un de mes répertoires préférés. Pourquoi je ne sais pas, peut-être parce que c’est un environnement plus exotique. Comme j’aime bien l’enchâssement et les incises et que le texte est conçu comme ça, ça permet beaucoup plus de conter des petites histoires.
Donc quand je contais dans les mêmes lieux, avec Les Mille et Une Nuits je contais des contes différents et proposait au public des trajets en leur disant " est ce que vous voulez qu’on parte du Caire ou de Bagdad ? " On risque au final de se retrouver au Caire ou à Bagdad quand même mais comme le point de départ est différent, les contes seront différents. Ou alors comme je poussais les portes des contes des Mille et Une Nuits, je disais "ça c’est la porte de la magie, on la pousse ou on ne la pousse pas ? ". Si on la pousse, il y a un conte qui est derrière mais si on ne la pousse pas, on continuera et il y aura d’autres contes ailleurs. Et les contes qu’on abandonne on ne les retrouvera pas forcément. C’était intéressant comme façon de faire car cela permettait soi- même de se perdre aussi car à force d’ouvrir des portes, il faut les refermer après.

Par ailleurs, il y a un grand conteur des Mille et Une Nuits qui ouvre les portes mais ne les referme pas. Cela dit ça reste intéressant car on ne sait pas la fin des histoires comme on ne sait pas la fin des vies non plus. Par exemple on rencontre des gens, on apprend quelque chose mais on ne sait pas ce qu’ils deviennent. On n’a jamais la fin de l’histoire en réalité dans la vie. Alors, pourquoi finir les contes, pourquoi finir les histoires ? Donc c’est bien parfois de rester sur des choses qui ne sont pas terminées.

ActuSF : Vous parliez tout à l’heure du travail collectif et de l’illustration. Dans la plupart des livres que vous avez publiés il y a une très belle iconographie. Pour vous c’est important ? Comment travaillez vous avec les illustrateurs ?
Edouard Brasey : En fait mes premiers livres sur le sujet n’étaient pas illustrés. J’ai toute une série chez Pygmalion notamment. Mais j’avais demandé à l’éditeur d’illustrer mais il n’a pas voulu. J’ai trouvé ça dommage car ce monde de féerie c’est justement le monde de l’imaginaire donc c’est le monde de l’image mais pas n’importe quelle image. Il y a une tradition du monde de l’imagerie avec de très belles toiles comme celles des Pré-Raphaëlites, de Rackham, principalement les anglais qui racontent déjà cet univers là et ça ne fait pas double emploi avec le texte au contraire.

En plus, il y a de jeunes illustrateurs de talent qui parviennent à peindre dans la tradition des anciens. Sandrine Gestin c’est ce qu’elle fait, elle peint à l’huile. Et il y a aussi les enluminures. On est là aussi dans une transmission d’un savoir. C’est vrai que depuis quelques années je publie plutôt des livres illustrés car il s’agit de somme et de synthèse de mythologie. Et je pense qu’il faut être aidé par l’image pour entrer dans ce monde là car sinon c’est rébarbatif. Non seulement l’illustration est importante mais aussi le choix dans la maquette et ce coté parchemin du papier.
J’avais ce genre d’idées depuis très longtemps mais les éditions du Pré aux Clercs je n’avais pas trouvé d’éditions qui soient d’accord avec moi et qui sache le faire bien. En fait c’était l’idée de reproduire les anciens livres et les grimoires. Ca ne vaut pas dire que je ferais toujours des livres illustrés.
Par exemple, toujours au Pré aux Clercs je vais diriger une collection à partir de 2007 une collection nouvelle de contes mythologiques avec différents auteurs dont Patrick Caudal et Bruno de la Salle et d’autres conteurs, et là ce ne sera pas illustré. Ce sera orné quand même, pour enjoliver le texte. Mais ce ne sera pas illustré car, au contraire, cela desservirait le texte. Car dans le conte on évoque des images, on ne les montre pas. Ici, l’idée c’est ça : retrouver une forme littéraire des contes mais qui viennent de la tradition orale pour pouvoir les transmettre.

ActuSF : Justement, pour cette future collection, quelle a été l’idée de départ ? Etait ce un besoin, une demande d’un public ? Comment vous est venue cette idée de remettre des contes antiques au goût du jour ?
Edouard Brasey : C’est avec l’éditeur , Jean Louis Fetjaine ,qui m’avait confié L’encyclopédie du merveilleux à rédiger qui m’a dit " tiens j’aimerais bien faire une collection de conte ". En fait, au départ, j’ai un peu hésité. Je me suis dit " une collection de contes, il y en a déjà. Les gens qui sont intéressants dans ce domaine, ils publient déjà. Alors qu’est ce qu’on va faire de mieux ? " Et comme je devais trouver des auteurs, et de préférence de qualité je n’étais pas du tout sûr de mon fait.

Et j’ai été agréablement surpris car quand j’ai commencé à contacter différents conteurs j’ai constaté que non seulement ils n’étaient pas publiés mais qu’ils désiraient l’être C’était le cas, par exemple de Patrick Caudal. Avec lui tout s’est mis en place au bon moment. Avec Bruno de la Salle, j’ai été aussi surpris car il a une très bonne réputation et il dirige CLIO (Centre Littéraire d’Initiation à l’Oralité) à Vendôme. Alors il publie mais en petite édition au sein du CLIO. Il m’a dit qu’il était d’accord pour être publié et donc ça va se faire aussi. Il y a aussi un spécialiste de Tristan et Iseult et du monde irlandais qui va faire un livre sur les Fées d’Irlande. Donc là je me suis dit " s’il y a une telle urgence chez les conteurs et le monde de l’oralité, il doit y avoir une urgence aussi du coté des lecteurs. " De fait, on en a reparlé avec l’éditeur et le diffuseur et ils pensent que c’est une très bonne idée. Les collections qui existent déjà comme au Seuil marchent très bien et donc il y a de la place. A partir du moment où on publie ce que ne font pas les autres, ça risque de bien marcher. Ce sera sur du long terme, ce n’est pas la même politique que le Da Vinci Code. Le but c’est de constituer une mémoire en fixant et en sauvant de l’oubli et en mettant à la connaissance du public, des œuvres qui sont totalement méconnues. Par exemple, l’épopée de Gilgamesh qui est très belle n’est pas complètement connue du grand public. Et si on en prend une version universitaire, elle est un peu aride. En revanche avec une narration contée, travaillée pour l’oralité puis retravaillée pour le texte on va avoir un texte somptueux et passionnant. Cela va permettre aux jeunes lecteurs de fantasy d’aborder des œuvres qui appartiennent au patrimoine de l’humanité mais qui sont aussi passionnantes que les œuvres de fantasy.

ActuSF : Vous parliez de Gilgamesh tout à l’heure. Vous allez donc explorer d’autres "matières" que le fonds européen. Vous avez déjà contacté des spécialistes d’autres cultures ?
Edouard Brasey : A priori j’ai contacté les gens que je connaissais donc effectivement dans un contexte français, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’autres auteurs. Mais je vais commencer avec des gens que je connaissais ou dont je connaissais le travail et que j’appréciais. Se pose aussi la question de la langue. Je vais être attentif à ce qu’il y ait une tenue littéraire de ces livres. A la fois pour que ce soit une transmission très légère, très agréable à lire. Pas précieuse mais avec une qualité, un ton chaque auteur aura son style à lui en gardant à l’esprit un des objectifs premiers : faire découvrir des choses totalement inconnues. Pour asseoir la collection, on va également sortir des livres sur des sujets plus larges. Par exemple dans les premiers, il y aura des contes sur les chats qui vont puiser dans les traditions égyptiennes, le matagot de Provence ou le chat des sorcières. Donc explorer une transversalité à partir d’un thème fédérateur, le chat.
Bruno de la Salle va faire Shéhérazade, donc directement sur l’Orient et en même temps dans une tradition que l’on connaît bien. Ou que l’on croit bien connaître ce qui va être intéressant dans cette version c’est que l’on connaît tous les Mille et une Nuits mais on ne les lit pas. Pourquoi on ne le lit pas ? Car soit on le lit dans le recueil de Galland du XVIIIe siècle qui est très expurgé, tout à fait adapté à la cour du roi mais qui n’a rien à voir avec l’esprit Mille et une Nuits. Ou on le lit dans des traductions plus récentes, des volumes extrêmement épais, extrêmement complexe dans lesquels on se perd un peu. En transcrivant ses spectacles, Bruni va faire un texte qui va être dans une unité de ton et de thème, qui par son choix de textes va permettre en 200 pages d’avoir l’esprit et l’ambiance des Mille et Une Nuits.
Il faut être vigilant et alterner le méconnu et le plus connu pour que la collection soit suffisamment porteuse et appréciée que les lecteurs puissent acheter des livres sur des sujets qu’ils ne connaissent absolument pas et qu’ils découvrent des choses nouvelles.

ActuSF : Cette nouvelle activité de directeur de collection vous permettra-t-elle de vous produire encore et de continuer à écrire ?
Edouard Brasey : Dans cette collection, je vais moi-même écrire des ouvrages. En premier lieu, un volume sur les contes d’amour courtois avec toutes les grandes légendes Lancelot, Tristan...
Je vais continuer l’Encyclopédie et puis d’autres projets que je peux avoir.
Pour ce qui est de mes activités de contacteur, je n’ai pas trop le temps d’entreprendre des démarches. Donc chaque fois que je suis contacté, que l’on me propose de faire un spectacle, je le fais parce que j’adore ça. Mais je n’ai ni le temps ni l’infrastructure (du style maison du conte, Clio) pour contacter les organisateurs ; je suis un peu le ludion même si je m’entends avec tout le monde, je ne suis raccordé à aucune école.
Il est possible que cette collection identifiée sur les contes relance mes activités. Est notamment prévue pour le lancement une soirée contes pour présenter la collection aux libraires, aux représentants.
Beaucoup de gens ne savent pas ce qu’est le conte, ils confondent ça avec la lecture et disent : Vous lisez vos contes ?
Pourquoi pas faire un festival en collaboration avec les auteurs conteurs impliqués dans la collection ? Ce serait une bonne idée mais pour l’instant, je ne sais pas.

ActuSF : Et transposer les contes en BD c’est une approche qui vous tente ?
Edouard Brasey : J’avais un projet comme ça. Ca m’intéressait beaucoup. Pierre Dubois qui faisait des scénarios m’avait dit tu devrais écrire des scénarios BD, je vais te montrer comment faire...
Et ça ne s’est pas fait parce que dans la bande dessinée, ce qui compte c’est le dessin. Or les dessinateurs de talent ont du travail pour plusieurs années à l’avance. Quand un dessinateur est embarqué dans une série, il est pris pour 6 ans donc c’est très très long.
Et comme je ne connaissais pas de dessinateur...
La BD c’est un autre monde en quelque sorte dans lequel les scénaristes à part les très connus sont un peu la cinquième roue du carrosse.
La mise en avant normale du dessinateur peut être très frustrante.
Je garde l’idée mais là aussi je voudrais qu’il y ait une rencontre avec un dessinateur et un éditeur. A ce moment là j’aimerais bien. Il y a le cinéma aussi...Il faut rêver.

Nathalie Ruas