Interview d’Orson Scott Card
( 1 )
de Orson Scott Card
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Orson Scott Card
Date de parution : mars 2007 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mars 2007

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Orson Scott Card est un géant. Avec les cycles d’Alvin le Faiseur et d’Ender, il a donné deux classiques à la science-fiction. A l’occasion de la réédition d’Enchantement chez Points Fantasy, nous avons eu l’occasion de lui poser quelques questions.

Actusf : Parlez-nous d’Enchantements. Comment est née l’idée de ce roman ?
Orson Scott Card : Au début, c’était un projet de film. Peter Johnson, avait tourné une brève scène dans laquelle un homme d’aujourd’hui trouvait La Belle au Bois Dormant en train de dormir dans une forêt. Ce n’était pas encore une histoire. Mais l’image était puissante ! Nous avons alors décidé que j’écrirais d’abord un roman et qu’il serait ensuite développé en scénario. C’est ce qui a donné la première impulsion pour écrire le livre. Je dois donc la première image du livre à quelqu’un d’autre. Mais tout le reste est de moi ! 
 

Actusf : Il reprend un conte de fée. Est-ce une matériel parfait pour un écrivain ? Une bonne base pour écrire un roman ? Et pourquoi ?
Orson Scott Card :

Le problème avec les contes de fées transformés en histoire moderne, c’est qu’ils sont en général très caricaturaux. Ils ne font pas de gras . Mais dans un roman,on a le temps de développer les idées, les situations et surtout, les personnages et leurs relations. Heureusement je n’ai pas utilisé La Belle au Bois Dormant comme seule source de mon histoire en fait, c’est à peine si je l’ai utilisée. J’ai surtout étudié des livres des contes folkloriques juifs et russes pour m’imprégner des deux cultures.

Les histoires traditionnelles juives semblent toutes centrées autour d’une seule situation : Quelqu’un a brisé un serment ou un engagement et tout va mal jusqu’à ce qu’il revienne à ce premier serment prêté devant Dieu. Un homme a promis de se marier avec une jeune fille se marie avec une autre, et rien ne va plus tant qu’il ne divorce pas pour se mettre avec sa revenir avec sa promise. Je pense que c’est plutôt une source d’ennuis, mais ça semble plutôt bien remettre les choses d’aplomb dans les contes populaires.

Les contes russes sont très différents. Ils suivent les mêmes genres de thèmes que ceux des contes folkloriques d’Europe de l’Est mais seulement dans le premier le tiers ou premier quart de leur histoire. Quand l’innocent fermier (ou son troisième fils...) résout les énigmes ou arrive à battre le méchant magicien pour devenir le gendre du roi en épousant sa fille, c’est à ce moment là que les ennuis commencent. Parce qu’elle ne veut pas se marier avec lui ! Et tout de suite elle se débrouille pour essayer de le faire assassiner et épouser celui qu’elle veut.
C’est l’idée de base d’Enchantement. Cette histoire est bien plus russe qu’un européen ne pourrait le croire au premier abord.


Actusf : Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce ou ces contes ? La belle au bois dormant ?
Orson Scott Card : L’idée n’était pas vraiment de transposer La Belle au Bois Dormant dans un décor contemporain. Je voulais surtout en profiter pour montrer le contraste entre les valeurs d’une autre époque et les nôtres. De bien des manières, nous nous sommes améliorés. Même si nous avons oublié certaines choses que nous aurions dû préserver.

Quand j’écrivais l’histoire, ce qui m’intriguais le plus c’était la relation entre un homme et une femme qui sont légalement mariés et n’en viennent que progressivement à s’aimer. En fait il y a une sorte de tension entre eux. Ils sont mariés mais ne pourront coucher ensemble que lorsque leurs émotions seront là. C’était irrésistible pour moi. C’est probablement le livre le plus « sexuel » que j’ai écrit.


Actusf : Pourquoi avez-vous choisit Baba Yaga ? Et qu’est-ce qui vous attirait dans son caractère ?
Orson Scott Card : O
Il n’est pas question de choix avec Baba Yaga. Elle va et vient comme elle veut l’entend et n’en fait qu’à sa tête. Dès lors que vous faites appel à la magie dans une histoire qui se passe en Russie, vous ne pouvez pas échapper à Baba Yaga. Je pensais que vous l’aviez compris !

Actusf  : Quel était l’aspect le plus intéressant ou le plus compliqué dans le caractère d’Ivan, le héros d’Enchantement ? Et Katerina ?
Orson Scott Card :
En fait, Ivan et Katerina n’étaient pas un défi du tout. Je suis tombé amoureux des deux immédiatement, et je n’ai pas eu de difficulté à savoir ce qu’ils allaient faire. C’est l’Ours et Baba Yaga qui m’ont donné du fil à retordre, et je ne vous parle même pas des chefs du village russe médiéval. Comment allaient-ils agir ? Ça, la recherche ne peut pas vous le dire. Donc j’ai dû me reposer sur mon imagination et faire appel à ma compréhension des différentes cultures... J’espère que je suis parvenu à les rendre tout aussi crédible qu’étanges.

Actusf : Votre description du quotidien n’est pas franchement aussi belle que dans les contes. Pourquoi avez-vous décidé d’être aussi "réaliste" ?
Orson Scott Card :
Il n’y a que dans les versions françaises des contes que la vie quotidienne est merveilleuse ! Les anglais (et donc, bien sûr, nous aussi les américains ayant hérité de la tradition littéraire anglaise), ont pris les contes français, les ont entièrement dépouillé de toute leur beauté pour la remplacer par d’horribles détails, affreusement réalistes et durs. Quand j’étudiais les romances anglaises du Moyen Âge, c’était toujours le cas. Les versions françaises avaient un récit assez réduit en proportion du spectacle qu’il y avait et de la beauté de l’écriture. Les versions anglaises avaient moins de style mais traitaient plus des motivations des personnages et donnaient plus de détails sur les événements. Dans les versions anglaises, vous ne savez pas trop comment chacun est habillé, mais vous en savez plus sur leurs les tourments qu’ils traversent.

Je pense que c’était l’expression d’une différence fondatrice dans nos traditions littéraires. Les lecteurs français aiment savourer le style de l’écriture et l’éclat des descriptions alors que les lecteurs anglais veulent couper court, pour aller directement au cœur de l’action, et comprendre comment et pourquoi les événements se produisent.

A vous de me si c’est toujours vrai. Je ne l’espère pas parce que bien sûr, mon roman est dans la tradition anglaise. J’aimerai penser qu’il y a de la beauté et de la noblesse dans l’histoire comme je l’ai écris.


Actusf : Avez-vous eu besoin de documentation pour ce livre et si oui comment avez-vous fait ?
Orson Scott Card :
Il se trouve qu’à cause des noms russes dont j’avais fait usage dans mon cycle de la Terre des origines, j’ai eu l’opportunité de faire la connaissance d’une étudiante américaine qui faisait des études de russe. Je lui ai immédiatement demandé de m’aider sur la manière dont mes personnages allaient s’exprimer ou sur les noms qu’ils pourraient porter. Elle m’a aussi permis d’éviter les erreurs dans la manière dont je décrivais la culture russe (en fait, ukrainienne surtout).

Au-delà de ça, tout est venu des livres — Histoire russe, contes populaires russes et juifs, la culture. J’ai triché en faisant de la famille d’Ivan des juifs non-religieux. Ca m’a permis de ne pas être obligé inclure de coller au calendrier religieux et la culture juif orthodoxe.

Actusf : Vous vous investissez beaucoup dans la formation en littérature. Est-ce que travaillez avec ces auteurs vous apporte quelques choses dans votre propre travail d’écrivain ?
Orson Scott Card : De meilleurs livres à lire.

Actusf : Quel conseil pourriez-vous donner à des apprentis écrivains français ?
Orson Scott Card :
Ca dépend de ce qu’ils veulent faire. S’ils veulent écrire pour les lecteurs français, je n’ai qu’assez peu de conseils à donner – ils savent mieux que moi ce qui intéresse et ce qu’attendent les lecteurs français. Mais s’ils souhaitent écrire dans l’optique de se voir traduits et publiés dans les pays de langues anglaises, alors j’ai écrit quelques livres qui peuvent aider à expliquer les attentes culturelles des lecteurs américains. Par exemple, pour eux, la narration à l’imparfait est perçue comme « littéraire » et pour la plupart d’entre eux, cela semble artificiel. Mais cette narration est beaucoup plus naturelle pour les français. Et les traducteurs la préserveront dans la version anglaise. Ce qui rajoute des barrières supplémentaires.

Franchement je ne crois pas qu’il faille vraiment écrire avec en tête l’idée d’être traduit. Les écrivains donnent leur meilleur quand ils écrivent pour pour les lecteurs qui partagent leur culture. Après, si quelqu’un d’une autre culture trouve ça suffisamment intéressant pour être traduit et publié, tant mieux ! Mais vous devez être honnête avec vous-même et parler aux gens que vous connaissez.
 

Actusf : Il y a deux ans, vous avez travaillez sur un comics : Ultimate Iron Man. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous aimeriez en faire d’autres ?
Orson Scott Card : Je travaille toujours sur Iron Man ! Marvel Comics a vraiment été patient avec moi. J’ai également à écrire les adaptations du Prophète Rouge et Patience d’Imakulata qui devraient rapidement être publiés par DabelPro, distribué by Marvel. Ces livres devraient contenir dans leur format « compilé » les histoires originales de mon univers de la Stratégie d’Ender. J’aime les comics et je projette d’en écrire d’autres. Sans compter que d’avoir mes travaux adaptés dans cette forme, c’est meilleur marché que d’en faire des scénarios pour des films (ricanement).
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Jérôme Vincent

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