Interview d’Ugo Bellagamba
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de Ugo Bellagamba
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Ugo Bellagamba
Date de parution : mars 2003 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mars 2003

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Nouveau venu dans la science fiction, Ugo Bellagamba vient de publier son premier recueil de nouvelles aux éditions du Bélial. L’occasion pour nous de poser quelques questions à cet auteur aux histoires ambitieuses et innovantes...

Nous  : Faisons un peu connaissance, quand êtes vous tombé dans la science fiction ? Y-a-t-il eu un livre ou un élément déclencheur ?
Ugo Bellagamba : En fait, c’est la science-fiction qui m’est tombée dessus :-) Mais, c’est assez difficile à dater. Il y a eu des éléments "préparateurs" tels que les livres de mythes et légendes grecs, romains, indiens, chinois ou du monde entier, que mes parents m’ont offert, immédiatement suivis des Contes d’Andersen et des Histoires extraordinaires de Poe. Quant aux éléments déclencheurs, en faisant un effort de mémoire, je dirai pêle-mêle Niourk de Stefan Wul, Les Robots d’Asimov, Les voyages électriques d’Ijon Tichy de Stanislas Lem, et un bouquin de Philippe Ebly (dans la collection bibliothèque verte), La grande peur de l’an 2117, qui se trouve toujours dans ma bibliothèque, vingt ans plus tard. Quant au cinéma, comme tout le monde je pense, 2001 pour la métaphysique de l’espace, et l’Empire contre-attaque pour le scénario de Brackett et la fameuse réplique : "Je suis ton père".

Nous  : Quand avez-vous commencé à écrire ?
Ugo Bellagamba : La toute première histoire que j’ai écrite était une aventure de Conan le Barbare, absolument pas originale (en quelque sorte un plagiat bien immature). J’étais en sixième et j’écrivais sur un petit cahier d’écolier orange à gros carreaux que j’ai perdu dans un déménagement. Ensuite, j’ai continué à écrire des histoires, le plus souvent pour mes amis. Il y a eu notamment un roman, impubliable mais plein de coeur, qui les mettait en scène sous l’apparence d’alter-égos transfigurés qui s’affrontaient, très classiquement, entre Ordre et Chaos. Je n’ai commencé à écrire "professionnellement ", c’est-à-dire en retravaillant mes textes à partir dupremier jet, qu’il y a cinq ans.

Nous  : Y’a-t-il un ou des auteurs qui vous ont particulièrement marqué ?
Ugo Bellagamba : Je dirai volontiers Frank Herbert pour Dune, Isaac Asimov pour Fondation, Robert Silverberg pour la plupart de ses romans et de ses nouvelles, surtout ceux qui relèvent de l’uchronie (j’attends la parution en France de Roma Aeterna avec rien moins que de la fébrilité), et, last but not least, Cordwainer Smith pour l’extraordinaire cycle des Seigneurs de l’ Instrumentalité, que je relis régulièrement. En dehors de la science-fiction, mon auteur favori est, sans hésitation, Jorge Luis Borgès.

Nous  : Pourquoi avoir à vos débuts choisi le pseudonyme de Michael Rheyss ?
Ugo Bellagamba : Avant tout, par jeu. Et aussi, parce qu’un certain Thomas Day m’avait assuré, par malice ou par conviction (allez savoir) que c’était une bonne idée. Je voulais " jouer " à Stefan Wul, Kurt Steiner.etc. Alors, Michael Rheyss, c’était marrant, ça faisait tout sauf italien. On aurait dit un nom d’anti-héros tout droit sorti d’un roman de Moorcock, ça me plaisait bien. Ensuite, lorsque mon troisième texte, l’Apopis républicain, a reçu un accueil favorable, j’ai réfléchi à mon engagement dans l’écriture et j’ai repris mon véritable nom. Ce sera désormais Bellagamba. Mais, croyez-le, ou non, il y a encore des gens qui se demandent ce qu’est devenu Michael Rheyss !

Nous  : Dans votre recueil de nouvelles, les trois récits sont tournés vers la quête d’un ailleurs, et dans deux cas, quasiment d’une utopie. C’est un thème qui vous inspire plus particulièrement ?
Ugo Bellagamba : C’est une évidence que je ne nierai pas. L’utopie est l’un de mes sujets de prédilection. Ainsi, d’ailleurs, que l’uchronie qui, comme la définissait le Grand Larousse, à la fin du 19e siècle, n’est autre que " l’utopie appliquée à l’Histoire ". La plupart de mes textes ont une dimension utopique et/ou uchronique. Il y a trois raisons à cela. La première est que je considère la science-fiction comme une littérature " cousine " de l’utopie. On peut certes critiquer ce point de vue, mais à mes yeux, la science-fiction a pris le relais de l’utopie, à partir du moment où la science a remplacé le politique comme moteur de la cité idéale, au cours du 19e siècle. L’auteur qui incarne le mieux ce " passage de témoin ", c’est H. G. Wells, dont les plus grands romans relèvent à la fois de la SF et de l’utopie, je veux parler bien sûr de La Machine à Explorer le Temps et de Quand le Dormeur s’ éveillera. Quant aux " dystopies " (ou contre-utopies) du 20e siècle, elles sont toutes des romans de science-fiction : Le meilleur des Mondes d’Huxley, 1984 d’Orwell, Fahrenheit 451 de Bradbury, etc. L’engouement actuel pour l’uchronie est, au-delà du jeu sur l’Histoire, compréhensible dans un genre enclin à revenir sur son propre parcours, l’une des expressions de ce "lien " pluriel entre courant utopique et thématiques SF. C’est la clef de mon attachement à la SF et de mon envie d’en écrire.

Nous  : Comment est née l’idée de chacun des trois textes ?
Ugo Bellagamba : L’Apopis républicain, le plus ancien des trois, est né de deux choses : d’une part, l’admiration que mon grand-père italien, un général féru d’histoire militaire, avec lequel j’avais de nombreux " débats " politiques, vouait aux conquêtes et à l’Empire de Napoléon, et d’autre part, l’envie d’écrire une uchronie futuriste qui mêlerait étroitement histoire et conquête spatiale. La " connexion " est venue de deux éléments : la parution d’un volume illustré au sujet de l’expédition d’Egypte de Napoléon, et l’annonce du lancement de la sonde Cassini-Huygens à destination de Titan, le principal satellite de Saturne. Je me suis posé la question suivante : qui aurait dirigé une expédition humaine sur Titan, si l’empire napoléonien s’était pérennisé grâce à la religion égyptienne ? La dimension politique s’ est immédiatement greffée sur cet univers : qui auraient été les combattants de la liberté, de la République, dans ce contexte impérial ? Quelle cible auraient-ils choisie en priorité ?
Dernier Filament pour Andromède, le dernier texte du recueil, est né, quant à lui, d’un clin d’oeil et d’un défi narratif. Clin d’oeil à la nouvelle d’Asimov, La dernière question, dans le recueil Le Robot qui rêvait, dans laquelle, l’humanité, à divers stades de son évolution, demandait à un ordinateur toujours plus puissant, si l’entropie (la mort programmée de l’univers) pouvait être inversée (je vous laisse découvrir sa réponse). Le défi narratif consistait à écrire un texte qui se passerait à l’extrême fin des temps et qui, pour cette raison, ne mettrait pas en scène des personnages à proprement parler, mais des êtres d’énergie pure dont les actes ne seraient en définitive que l’illustration de mon propos thématique. En somme, je voulais flirter avec l’abstraction. Pas d’enjeu matériel, juste un face-à-face entre l’énergie et le savoir, avec, en filigrane, l’instinct de conservation de l’humanité.
La Cité du Soleil est, pour moi, le plus important des textes formant le recueil. C’est, délibérément, un jeu sur l’utopie et le réel, comme j’ai toujours voulu en écrire. De plus, c’est ma première incursion littéraire dans un univers contemporain, qui, pour cette raison, puise assez largement dans mon vécu universitaire et personnel. A l’origine de La Cité du Soleil, il y a mon mémoire de D.E.A. que j’ai rédigé sur le texte éponyme de Tommaso Campanella, en ayant la chance de travailler directement sur des sources italiennes (à cette époque j’étais en programme Erasmus à Rome). Mes origines latines ont rencontré, à cette occasion, mon attrait pour l’utopie. Je voulais en faire le sujet de ma thèse, mais cela n’a pas été possible. Alors, naturellement, tôt ou tard, La Cité du Soleil devait resurgir dans mon imaginaire. En dernière limite, ce texte est également dicté par un hommage du coeur à l’histoire et à la parfaite lumière de la Provence. Quant à l’amour... je le garderai pour moi.

Nous  : Pour l’instant, vous avez essentiellement signé des nouvelles. C’est parce que vous vous sentez plus à l’aise seul pour la forme courte ?
Ugo Bellagamba : Je me permets de rectifier. J’ai signé quelques nouvelles, mais surtout des " novellae ". Et je revendique pleinement la " novella " (une longue nouvelle, chapitrée, qui raconte une histoire complète, reposant sur un univers autonome, et qui peut se lire d’une seule traite) comme ma forme de prédilection. Je ne me sens pas très à l’aise dans la forme courte, où je manque de place, et le roman m’inquiète un peu par sa longueur, qui multiplie les risques de répétition et d’essoufflement. Le caractère " hybride " de la novella me convient parfaitement : on peut y développer une véritable thématique et la faire reposer sur des personnages et une intrigue à part entière. C’est un bon équilibre. Le roman, je n’y suis venu, jusqu’à ce jour, que par l’intermédiaire de la coécriture, même si je travaille actuellement à un roman en solo. Mais, croyez-le ou pas, la tournure que prend ma réflexion à ce sujet, ressemble furieusement à un ensemble de trois novellae :-)
Nous  : Petite exception bien sûr, L’école des assassins avec Thomas Day. Que vous a apporté cette collaboration ?
Ugo Bellagamba : Oh, ce n’est pas une " petite " exception. La collaboration avec Thomas Day, qui est, osons la métaphore, aussi différent de moi que l’aube peut l’être du crépuscule, a été une étape importante de mon parcours dans l’écriture. Travailler à ses côtés, partager ses techniques narratives pour mieux formaliser les miennes, associer nos " points forts " tout en essayant de gommer nos " points faibles " respectifs, a été une expérience des plus enrichissantes. Si positive, que nous avons renouvelé l’expérience, pour un deuxième roman à quatre mains, qui sortira prochainement chez Mnémos. Je crois fermement que ces textes n’auraient jamais été aussi aboutis, si nous les avions écrits chacun de notre côté. La coécriture permet de prendre plus de risques.

Nous  : Thomas Day fait une préface à la fois élogieuse et critique. Elogieuse parce qu’il dit que vous êtes sur les traces de Robert Silverberg. J’imagine que ça fait plaisir ? En même temps, il dit que vos personnages manquent un peu de densité. Etes vous d’accord ? C’est quelques choses auquel vous faites attention ?
Ugo Bellagamba : Je répondrai en même temps à ces questions. La préface que Thomas m’a fait l’honneur d’écrire pour mon premier recueil, est savoureuse pour moi, car elle est à l’image de son auteur : hors normes, provocatrice, excessive par essence. En l’espèce, j’aimerais croire que je suis sur les traces du grand Silverberg, car il reste pour moi un modèle absolu, celui d’un auteur qui a réussi à associer la clarté du style avec l’ambition du propos. Quant à mes personnages, en toute honnêteté, je cherche toujours à construire le personnage le moins archétypal qui soit, aussi tiraillé qu’il est possible entre des motivations antagonistes. Je ne parlerai pas de Dernier Filament. dont le but est justement inverse, mais de Laura de La Cité du Soleil et de Trismégista de L’Apopis. Laura est au confluent tourmenté de l’amour et de l’utopie ; Trismégista est pris en tenaille entre la politique et la morale. Bien sûr, il me reste des progrès à accomplir, mais, voyez-vous, je considère que c’est plutôt une très bonne nouvelle.

Nous  : Dernière question, quels sont vos projets ?
Ugo Bellagamba : Innombrables, évidemment. Guidé par un enthousiasme maladif, j’ai toujours plus de projets que je ne peux en assumer. Je citerai en vrac : l’écriture d’une novella pour la revue Bifrost, afin d’honorer une vieille promesse, l’écriture d’un roman uchronique à quatre mains avec André-François Ruaud, un projet fou avec des Johan Héliot, Xavier Mauméjean et Thomas Day, et enfin, un roman solo, une uchronie évidemment, sur les croisades et les templiers, inspirée de Tancrède, un opéra de Campra.

Jérôme Vincent