Interview de Camille Brissot
de Camille Brissot
aux éditions

Auteurs : Camille Brissot
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :


Achetez-le en numérique !

Lire tous les articles concernant Camille Brissot

Camille Brissot est une jeune auteur dont le dernier roman chez l’Atalante flirte sérieusement avec la science fiction, imaginant un monde bouleversé par les catastrophes climatiques et une héroïne réduite à l’état de fantôme. Interview découverte.

Actusf : Pour commencer pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours littéraire. Quels sont les auteurs qui vous ont marqué ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?
Camille Brissot : J’ai commencé à écrire tôt, des nouvelles, d’abord, qui sont progressivement devenues des romans. Puis, à l’âge de quinze ans, j’ai contacté un auteur dont j’aimais beaucoup la plume pour lui demander s’il accepterait de lire un de mes textes. J’avais déjà soumis quelques manuscrits à des éditeurs et engrangé plusieurs refus, et je sentais que j’avais besoin d’un œil neutre pour me permettre de progresser. L’auteur en question était Pierre Bottero, qui venait tout juste de publier les deux premiers tomes d’Ewilan. Il a accepté, a apprécié le texte et m’a aidée à le corriger, et deux ans plus tard, le roman paraissait aux éditions Rageot. 

Pierre Bottero fait donc évidemment partie des auteurs qui m’ont marquée, autant pour ses livres que pour sa personne. Il s’ajoute à une longue liste : Tolkien, Rowling, Pullman, Bordage, Barjavel, entre autres.

Actusf : Comment est née l’idée de Dresseur de Fantômes  ?
Camille Brissot : Tout est parti d’un cauchemar dans lequel je me voyais devenir fantôme, invisible aux yeux des autres. Les sentiments de panique et de solitude étaient si forts qu’à mon réveil, il m’a semblé important d’essayer de les coucher sur papier. J’ai donc commencé à écrire, et les personnages de Valentine et Théophas sont apparus, presque d’eux-mêmes. Ce n’était cependant qu’une ébauche, sans histoire ni univers réel. J’ai ensuite laissé le texte reposer, l’oubliant un moment. C’est en retombant sur ces quelques premières pages que l’idée m’est venue de placer mes deux personnages dans un monde rétro-futuriste, qui me permettait d’entremêler de multiples fils d’influence.
 
Actusf : Il s’est passé quatre ans depuis votre précédent roman chez Rageot. Dresseur de Fantômes a été un peu plus long que d’habitude à écrire ?
Camille Brissot : L’écriture a en fait été plus rapide que d’habitude, car j’ai eu la chance d’obtenir une bourse d’écriture du Centre National du Livre. A la fin de mes études, j’ai donc pu repousser ma recherche d’emploi de quelques mois et les consacrer entièrement à l’écriture. Le processus éditorial a par contre mis ma patience à rude épreuve... Le roman est passé par entre de nombreuses mains avant d’arriver enfin chez l’Atalante.

Actusf : Parlez-nous de Théophras et Valentine. Comment les voyez-vous ?
Camille Brissot : Il s’agit pour moi d’un couple à la fois très soudé et complémentaire : Valentine et Théophras parcourent le monde ensemble depuis de longues années, ils se connaissent donc extrêmement bien, et il existe entre eux un profond respect ainsi qu’une grande admiration l’un pour l’autre. Ce n’est pas une passion brûlante, c’est un amour enraciné, consolidé.
En brisant leur quotidien, l’empoisonnement de Valentine et son retour sous forme de fantôme ne vont faire que renforcer ce lien. Cela agit également comme un élément révélateur, mettant en lumière la force et la détermination de Valentine, mais aussi la fidélité totale et la sensibilité de Théophras, qui cache des failles héritées de son enfance.

Actusf : Le monde décrit dans le livre a connu de grands changements par rapport à celui que l’on connait. Comment l’avez-vous imaginé ?
Camille Brissot : Qui dit aventuriers dit monde à explorer, et qui dit monde à explorer dit monde neuf, ou redessiné. C’est sur cette seconde option que je suis partie en me lançant dans l’écriture du roman : une série de catastrophes climatiques inexpliquées était pour moi la meilleure façon de pouvoir récréer un univers tout entier, très personnel mais toujours connecté à notre monde, et donc pas complètement étranger pour le lecteur. On retrouve donc une planète modifiée, avec des terres ayant été englouties par les océans, d’autres ayant émergées des eaux, des courants et des vents profondément perturbés. Sur de larges portions du globe, ainsi que dans les airs, l’électricité a disparu - hommage au Ravage de Barjavel -, provoquant l’abandon des avions et des cités aériennes, et le retour aux anciens moyens de transports.
Des bribes d’inspirations et des images que j’avais mis de côté depuis des années se sont ensuite greffées à cette trame. Cela faisait longtemps, par exemple, que je caressais l’idée de mettre en scène un cirque volant.

Actusf : Vous avez souvent des duos de personnages dans vos romans. Ce sont les liens qui unissent les personnes qui vous intéresse particulièrement ?
Camille Brissot : Exactement. En tant que lectrice, j’accorde une importance particulière à la voix d’un personnage ainsi qu’à sa façon d’exister dans une relation : l’histoire aura beau être passionnante, si les personnages semblent stéréotypés, si l’on ne peut pas adhérer à leurs ressentis ou à leurs émotions, alors ce sera raté. J’écris donc toujours à partir d’un personnage. L’intrigue, le décor, tout cela se crée ensuite autour, mais le personnage constitue un canevas de départ.
A côté de cela, partir d’un duo permet d’ancrer le lecteur dans une histoire qui a commencé bien avant la première page du roman, puis de lui faire ressentir plus finement les évolutions des personnages : au travers des yeux du premier, on perçoit mieux les évolutions du second, et vice versa.

Actusf : En lisant votre bibliographie, on ne peut s’empêcher de faire le lien entre Le coeur à l’ouest par exemple et votre vie d’étudiante à Lyon. Comment avez-vous évolué avec vos romans ?
Camille Brissot : J’ai commencé à écrire sans y réfléchir, allant logiquement vers des genres que j’aimais lire. Les Héritiers de Mantefaule, mon premier roman, se passait donc dans un monde médiéval fantastique, peuplé de chevaliers et de sorcières. Je m’y amusais à inverser les codes du genre en mettant en scène une jeune fille chevalier et un garçon davantage tourné vers les arts - simplement parce que je m’agaçais de ne pas trouver ce type de personnages dans mes lectures. Ensuite, j’ai voulu enchaîner sur des projets de fantasy plus ambitieux, qui sont tous tombés à l’eau parce que je n’avais ni les épaules ni le vécu nécessaire, je crois, pour que cela fonctionne. On m’a alors conseillée d’écrire des choses plus sincères, plus proches de moi. L’idée ne m’enthousiasmait pas énormément, mais j’ai essayé, en puisant dans ce que je connaissais de près - mon quotidien d’étudiante, notamment -, et j’y ai trouvé une manière de libérer mon écriture. Ce qui me permet aujourd’hui d’expérimenter de nouveaux genres, tout en gardant en fil conducteur la volonté de travailler sur des personnages vrais, crédibles.
 
Actusf : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ?
Camille Brissot : Je viens de boucler les corrections d’un roman flirtant avec le fantastique (encore quelques fantômes au programme !), qui devrait paraître chez Rageot début 2015. A côté de cela, je travaille également sur un petit roman jeunesse. Et si tout va bien, je m’attellerai ensuite à l’écriture d’un texte qui se passera dans l’univers de Dresseur de Fantômes, et qui suivra les aventures de deux de ses personnages secondaires.
 

Jérôme Vincent