Interview de Catherine Dufour
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de Catherine Dufour
aux éditions ActuSF
Genre : Fantasy

Auteurs : Catherine Dufour
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Parution en vo : mars 2002

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En deux romans, Catherine Dufour a montré que la fantasy française pouvait aussi être joyeusement déjantée et follement drôle. Rencontre avec une auteur qui nous promet encore beaucoup d’éclats de rire.

Actusf : Comment êtes vous tombée dans la littérature ?
Catherine Dufour  : Comme beaucoup, à un âge trop tendre pour réellement m’en souvenir. J’ai lu des trucs un peu benêts jusqu’à 9 ans, jour béni où mon père m’a filé Les hommes stellaires de Leigh Brackett. J’ai commencé à écrire dès que j’ai pu, de la poésie surtout. Pour moi, la poésie est le degré premier de l’écriture, comme la paire de cerise sur l’oreille est le degré zéro de la bijouterie : fraîcheur et évidence.

Actusf : Y a t il des livres et des auteurs qui vous ont marquée ?
Catherine Dufour  : Bien sûr ! Tout le temps. Heureusement. De Shambleau de Catherine Moore à American psycho de Brett Easton Ellis, en passant par Les liaisons dangereuses de Laclos. Mais je brûle systématiquement ce que j’ai adoré. Par exemple, fut un temps où je m’empiffrais de Michelet et de Barbey d’Aurevilly, et je n’arrive vraiment plus à comprendre ce que je leur trouvais. J’ai aussi eu des relations haine/haine avec des auteurs comme Nietzsche, dont je ne pouvais pas lire 3 pages sans envoyer le bouquin contre le mur. Résultat, je passais mon temps à me lever pour aller le ramasser et continuer à le lire.

Actusf : Qu’est ce qui vous a donné envie d’être écrivain ?
Catherine Dufour :Je ne crois pas qu’on écrit parce qu’on en a envie, mais parce qu’on en a besoin. Je croise tous les jours sur le net des gens qui ont 10 fois plus de talent que moi, si on se réfère à la dizaine de pages qu’ils ont bien voulu pondre. Tapez " Kronik à Machin " ou " faqnopi " dans n’importe quel moteur de recherche et vous verrez ce que je veux dire. Seulement voilà, vous n’en lirez jamais davantage de la part de ces gens là, parce qu’ils n’ont pas besoin d’écrire. Quant à savoir pourquoi j’en ai besoin, moi personnellement, je n’ai pas encore réussi à savoir. Je suppose qu’il vaudrait mieux demander à un psychiatre.

Actusf : Pourquoi avoir choisi d’écrire de la fantasy humoristique ?
Catherine Dufour :A cause de Terry Pratchett ! Ca faisait des années que j’étais en quête d’un nouveau " Grand Auteur ", pleurant mes enthousiasmes défunts. Et je " L "’ai rencontré ! Joie, pleurs de joie ! De rire, plutôt. Quelqu’un capable d’illustrer le terme " maladresse " par " il ne trouverait pas son cul avec ses deux mains " mérite une statue.

Actusf : Votre humour et votre style fait en effet parfois penser à Terry Pratchett justement, la comparaison vous agace-t-elle ou au contraire vous fait-elle plaisir ?
Catherine Dufour :Bien sûr qu’elle me fait plaisir. D’ailleurs je lui ai piqué tous ses jeux de mots. Je l’ai prévenu, évidemment. Soyons claire : Pratchett n’est pas qu’un sac à humour british. Il arrive à insuffler une humanité à ses livres et une vie à ses personnages. C’est un auteur complet.

Actusf : La figure de la Mort dans " L’ivresse des providers " est-elle un hommage à Pratchett ?
Non. Sa Mort est un personnage complexe et attachant, la mienne est une névropathe à jeter. D’ailleurs elle finit par se faire jeter. Reste à savoir si la poubelle tiendra.

Actusf : Tout en ayant une veine assez humoristique, vos deux premiers livres chez Nestiveqnen sont assez différents. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ces deux histoires ?
Catherine Dufour :Blanche neige est une sombre revanche contre la niaiserie nuisible des contes de fée, quoiqu’en dise Bettelheim. Alors que l’Ivresse est la découverte hallucinée d’un Nouveau Monde virtuel.

Actusf : En effet, si le premier volume était plutôt axé sur les contes, le second est plutôt orienté vers les nouvelles technologies. Peut-on en déduire que c’est un monde qui vous intéresse ?
Catherine Dufour :D’abord, c’est le domaine où je travaille. Ca aide. Et puis, que cette boite en plastique banalement moche soit capable de vous relier à wattmille inconnus me fascine. J’ai découvert un réseau farci de gens parfaitement géniaux. Et du pourcentage habituel de crétins, bien sûr.

Actusf : Avoir publié deux livres a-t-il changé quelque chose dans votre vie ?
Catherine Dufour :C’est en train. Là, par exemple, au lieu d’être chez moi à faire des collages, je suis ici à répondre à vos questions. Se faire lire est assez étrange. Si j’osais, je dirais que c’est plutôt indiscret. Ecrire pour être lue est bizarre, aussi. J’ai longtemps écrit sans aucune ambition éditoriale. Mais comme j’ai actuellement le nez dans les changements qu’ont provoqué le fait d’être publiée, je ne peux pas vous répondre plus précisément.

Actusf : On vous sait novelliste (notamment pour Oxymore dans " Lilith et ses sours "), faites vous une différence dans l’écriture en format court et en format long ?
Catherine Dufour :La même qu’entre raconter sa vie et citer une anecdote. Par contre, le plaisir d’écrire est le même. Et il n’y a que ça qui m’intéresse, au fond.

Actusf : Quels sont vos projets ?
Catherine Dufour  : Le tome 3 de Quand les Dieux buvaient, d’abord. Un dossier Pratchett dans " Faeries, la revue fantasy de Nestiveqnen, ensuite. Et d’autres projets beaucoup trop inaboutis pour que je puisse en parler sans leur porter la poisse, pour peu que Dieu me prête vie et quelques heures par jour pour dormir.

Jérôme Vincent