Interview de Christophe Lambert
de Christophe Lambert
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Christophe Lambert
Date de parution : septembre 2008 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : Tout d’abord que représente pour toi Tolkien et le Seigneur des Anneaux ? Quand l’as-tu découvert ?
Christophe Lambert : Pour moi, Tolkien est le pape de la fantasy, THE référence. Mais je dois confesser qu’il m’a fallu m’y reprendre à plusieurs fois avant d’accrocher au SDA. J’ai essayé vers 15 ans (et stoppé ma lecture au bout de cent pages). Nouvelle tentative deux ans plus tard (entretemps, j’avais vu le dessin-animé de Ralph Bakshi). Nouvel échec. En fait, je bloquais toujours au même endroit : les chansons, les champignons, Bombadil, etc… (des passages que j’ai appris à apprécier en vieillissant). La troisième tentative fut la bonne (quelques années plus tard : j’avais 24 ans). Gros, gros choc. On ne peut qu’être estomaqué par l’ampleur de l’œuvre et l’impression de « réel » qui s’en dégage. Aucun autre écrivain n’a réussi à rendre un monde imaginaire aussi tangible. J’ai relu le SDA trois fois depuis ce choc initial. Sur le podium des livres-mondes, je classerais « Dune » et « Hypérion » un peu derrière. Pas loin, mais derrière…

ActuSF :
D’où vient l’idée de mettre en scène Tolkien dans un livre ? Et surtout pourquoi ? Qu’est-ce qui t’intéressait chez l’auteur pour en faire un personnage ?
Christophe Lambert : L’idée d’utiliser Tolkien m’est venue quand j’ai décidé de transposer mon intrigue initiale durant la période « 2nde Guerre Mondiale » (ma première intention était de projeter les Elfes… au Vietnam). Ce qui m’intéressait, c’était d’avoir un raconteur d’histoires embarqué dans une mission qui possède tous les attributs de la quête initiatique classique. Je voulais que mon héros s’interroge à la fois sur son œuvre (en 42, Tolkien était en pleine rédaction du SDA) et sur les évènements rencontrés dans la jungle birmane.

ActuSF :
Comment met-on un tel "monstre sacré" en scène ? En bossant beaucoup la documentation ?
Christophe Lambert : Oui. Biographie, correspondance… C’est la base. Il n’y a pas de « recette secrète ».

ActuSF :
Comment as-tu fait pour l’imaginer bouger, parler, agir ?
Christophe Lambert : Tolkien, c’est vraiment « Mr tout-le-monde ». Il tond son jardin, il corrige ses copies, il lit des histoires à ses gamins. Je n’ai aucun mal à me projeter dans un pareil bonhomme. Je suis très « pépère » de nature, comme lui ;-)

ActuSF :
N’avais-tu as peur de commettre un sacrilège ? Ou de froisser ses fans ? D’ailleurs comment ont-ils accueillis le livre ?
Christophe Lambert : C’est un peu à double-tranchant ce genre de trucs. On se dit : « Tolkien comme héros, cela va aiguillonner la curiosité des fans ». En même temps, ils risquent aussi de hurler au scandale… Bref, je ne sais pas du tout ce que ça va donner, au final. Dans les forums, certains puristes qui n’avaient pas encore lu le livre redoutaient un truc mercantile, ou potache, voire déploraient que les Elfes fussent réduits (je cite) au rang de « Terminators sylvains »… Les Tolkienophiles qui on lu le roman depuis cette mini-polémique semblent plutôt séduits et rassurés, maintenant je m’attends aussi à des réactions moins positives. On verra…

ActuSF :
Pourquoi l’avoir envoyé en pleine jungle asiatique ? Pourquoi avoir choisit ce décor ?
Christophe Lambert : J’ai eu un flash : des Elfes avec des arcs, dans la jungle, accompagnés de militaires armés de mitraillettes. Je ne sais pas d’où c’est venu. J’ai vu WINDTALKERS après ce flash (et de toutes façons, dans le film, les Navajos ne sont pas en indiens mais bien en treillis, rangers, et C°). J’aime bien mélanger un visuel « archaïque » avec un visuel « moderne ». J’avais déjà fait le coup dans LA BRECHE et ZOULOU KINGDOM.

ActuSF :
L’une des caractéristiques de ton intrigue, c’est bien entendu toutes les correspondances entre les aventures de Tolkien et le Seigneur des Anneaux. C’est d’ailleurs le plus amusant. Comment as-tu choisit tes clins d’œil ?
Christophe Lambert : La structure de la quête s’est imposée d’elle-même. Le monde ordinaire (l’Angleterre/Comté), puis l’appel de l’aventure (les émissaires du gouvernement/Gandalf), la découverte d’alliés (Chindits/communauté), l’entrée en territoire ennemi (Mordor/ Birmanie), les "gardiens du seuil" (Japonais/ cavaliers noirs), le ventre de la baleine (grottes/Moria), l’affrontement avec les serviteurs du dragon (hominidés/orcs) puis la confrontation finale avec le dragon (Chinte/balrog). Depuis « Beowulf », c’est toujours le même schéma autour duquel on brode à l’infini. Par contre, au niveau des clins d’œil improvisés, on trouve la mention de l’araignée, les réflexions de Tolkien devant un soldat ennemi mort ainsi que le parallèle entre Tatsuya (le Japonais capturé) et Gollum.

ActuSF :
L’un des reproches qu’on pourrait te faire, c’est que Tolkien est un peu à la traine du groupe de guerrier dans lequel il se retrouve. On a l’impression que tu l’as presque trop respecté, pas assez mis en avant. Est-ce qu’on se trompe ? Est-ce que c’est ton sentiment ?
Christophe Lambert : Je n’allais pas transformer Tolkien en Rambo, quand même. Outre la crédibilité, il y a aussi le facteur « identification ». Personnellement, je m’identifie plus à un « Mr tout le monde » un peu dépassé par les évènements qu’à un super héros. Dans LA BRECHE, les deux héros ne tirent AUCUN coup de feu de tout le bouquin, même lorsque ça explose dans tous les sens, à Omaha Beach. Ils se contentent d’essayer de survivre. Pour en revenir au COMMANDO, ce côté « héros à la traîne », c’est-à-dire non moteur, est complètement voulu. Je désirais avoir un personnage qui résiste le plus longtemps possible à la phase dite de « l’appel de l’aventure ». Evidemment, ça casse la dynamique, mais je trouvais que cela apportait une certaine originalité à l’ensemble. Et puis Tolkien me semble quand même bien mis en avant. C’est à mon sens le personnage principal du livre. On est très souvent de son point de vue.

ActuSF :
Autre petit reproche, on aurait aimé avoir plus de dialogues entre Tolkien et les Elfes. Pourquoi ne pas les avoir fait dialogué plus longuement ou plus souvent ? C’est voulu ou ça s’est imposé comme ça dans l’intrigue ?
Christophe Lambert : Je voulais que les Elfes restent mystérieux, distants, comme sur un piédestal. Ils se rapprochent des humains dans le dernier quart du livre, mais nous sommes alors plongés en pleine course-poursuite souterraine. Au niveau du tempo, je me voyais mal glisser des scènes de dialogues au coin du feu à ce moment là…

ActuSF :
Tu sembles avoir un faible pour l’Uchronie, vas-tu continuer dans cette voie ?
Christophe Lambert : Si les éditeurs sont intéressés par mes idées, oui. J’en ai une ou deux d’avance. Je pense en particulier à quelque chose centré autour du Las vegas des années 60...

ActuSF :
Et enfin, la question rituelle, quelles sont tes projets Christophe ?
Christophe Lambert : Une trilogie de fantasy jeunesse, coécrite avec Stéphane Descornes et un roman historique qui parlera des rapports ambigus entretenus par les Nazis avec le jazz, sous le IIIème Reich…

Jérôme Vincent