Interview de Christophe Lambert
( 1 )
de Christophe Lambert
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Christophe Lambert
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Age minimum : 1 ans
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : janvier 2003

Lire tous les articles concernant Christophe Lambert

"Si je pensais avoir toutes les réponses clés en main, je ferais de la politique et pas de la littérature"

Actusf : Vous dites être tombé accros de la science-fiction en regardant La guerre des étoiles. Est-ce que cela vous semblait évident par la suite d’écrire justement de la science-fiction ?
Christophe Lambert  : Oui. Encore que La guerre des étoiles soit plus une aventure initiatique classique (avec un design futuriste) qu’un récit de "vraie" science-fiction. J’ai toujours aimé la quincaillerie qui va de pair avec la SF : les vaisseaux, les rayons laser, les extra-terrestres… Maintenant que j’en ai un peu fait le tour, je m’intéresse davantage à une SF à vocation sociologique ou philosophique, sans pour autant oublier le suspense et l’action qui sont quand même mes grands dadas. C’est Denis Guiot, mon directeur de collection chez Mango, qui m’a encouragé à explorer ces voies, nouvelles pour moi.

Actusf : Pourquoi avez-vous choisi d’écrire pour la jeunesse ? Et avez-vous l’intention d’écrire un jour, un roman pour des lecteurs adultes ?
Christophe Lambert : C’est un peu un hasard. Mon intrusion dans le milieu jeunesse remonte à 1996, quand j’ai appris par une amie que Hachette cherchait des polars dans la collection Vertiges. J’en étais à un moment de ma vie où je me posais pas mal de questions. Je n’arrivais pas à percer dans le cinéma, j’étais loin d’avoir le niveau en dessin pour faire de la BD… Il me restait l’écriture. Comme je suis plutôt solitaire, sédentaire et que j’avais déjà écrit des centaines de trucs pour mon plaisir perso, ça me convenait très bien. J’ai tenté ma chance en envoyant un synopsis et un premier chapitre… Et ça a marché grâce à Eric Biville (j’en profite pour le remercier). J’ai bien peur que cette époque où un inconnu pouvait signer un contrat chez un grand éditeur sur présentation d’un simple synopsis soit révolue… Après j’ai enchaîné les romans. On dirait un conte de fées, hein ? Ceci dit, j’avais quand même passé des années à galérer dans l’audiovisuel. Quant au roman adulte, j’en ai déjà écrit un chez Flammarion : Les étoiles meurent aussi. J’aimerais bien alterner "jeunesse" et "adulte" comme le font Jean-Marc Ligny et Joëlle Wintrebert. Je me console en me disant que, quand j’écris pour la collection Autres mondes, je ne suis pas enfermé dans un carcan jeunesse à proprement parler, car ces histoires s’adressent à tous les publics.

Actusf : Dans la littérature jeunesse, on vous considère comme un des auteurs les plus prometteurs. Est-ce que cela ne vous fait pas un peu peur ?
Christophe Lambert  : Je vous rassure, c’est une pression très raisonnable. On est loin de J.K. Rowlings ! Bien sûr, je n’ai pas envie de décevoir tous les gens qui ont dit ou écrit des choses gentilles sur mon travail ces derniers temps. C’est plutôt positif et stimulant tout ça…

Actusf : Justement, vous parlez de J.K. Rowlings, que pensez-vous du succès des aventures d’Harry Potter  ? Quelles sont, selon vous, les répercussions (bonnes ou mauvaises) sur la littérature jeunesse ?
Christophe Lambert  : Ce succès me paraît mérité. J’en ai lu trois et je trouve les intrigues très bien ficelées, même si la structure de l’ensemble est répétitive. L’idée de génie, c’est d’avoir couplé un élément fantastique (les sorciers) avec quelque chose de très concret (l’école). Notez que Monstres et Cie ou Men in black fonctionnent sur des concepts de cet acabit. Évidemment, tout le monde essaye de reproduire la recette comme cela avait déjà été le cas, il y a quelques années avec Chair de poule… C’est un peu inévitable. Il y a eu les aventures de Peggy Sue de Brussolo (un super raconteur d’histoires, soit-dit en passant), une héroïne qui était présentée comme le Harry Potter made in France. Enfin, c’est l’impression que le marketing en donnait. Il est normal que les éditeurs cherchent à faire des coups de temps en temps. Il faut bien vivre. Cela ne me gêne pas du moment que, en parallèle, ils ont une politique de fond cohérente, une identité, des projets sur le long terme… Mais bon, c’est juste mon point de vue ; je ne me sens pas spécialement autorisé à faire la morale aux gens.

Actusf : Dans votre nouvelle La compagnie de l’air, tirée du recueil Demain la terre de la collection Autres mondes (Mango), vous dénoncez l’indifférence vis-à-vis des problèmes de pollution. La littérature de science-fiction est-elle pour vous un moyen de faire passer des messages ?
Christophe Lambert : Il s’agit plus d’exposer un problème (ici, la soumission des besoins vitaux de l’homme aux lois du marché), d’ouvrir un espace de réflexion, que de passer véritablement un message. Si je pensais avoir toutes les réponses clés en main, je ferais de la politique et pas de la littérature. Je ne crois pas que la SF ait le monopole des messages, bien au contraire. Mais il est vrai que la SF a une dimension peut-être plus humaniste que les autres genres parce qu’elle s’intéresse souvent au devenir de l’homme à grande échelle.

Actusf : Le clonage, l’environnement, la manipulation des individus… Avez-vous tout de même des sujets tabous que vous ne voulez pas aborder dans vos livres ?
Christophe Lambert : Il y a quelques thèmes sensibles (la Shoah, par exemple) que j’aimerais traiter mais je n’ose pas, pour le moment, car je ne me sens pas assez mature dans mon travail. Certains sujets me rebutent pour d’autres raisons. Je pense aux sérial-killers, notamment. Je ne vois pas comment parler de ça sans titiller des choses assez nauséabondes chez moi ou chez le lecteur.

Actusf : Vous devez revoir des réactions d’enfants quant à vos romans. Comment les perçoivent-ils ?
Christophe Lambert : Il y a un commentaire qui revient assez souvent, c’est "Je l’ai lu d’une traite" ou "Je l’ai lu en deux fois" ou encore "J’avais envie de savoir la fin". Dans ces cas-là, je jubile parce que je sens que j’ai mis dans mille. Garder le lecteur captivé est un de mes objectifs principaux. Des critiques ? Il y en a assez rarement. Je pense que les enfants qui n’ont pas aimé n’osent pas trop le dire devant l’auteur…

Actusf : Quelles sont ou quelles ont été vos influences (littéraires, cinématographiques, musicales…) ?
Christophe Lambert  : Les plus évidentes sont cinématographiques : le ciné américain des années 70, pour être plus précis, m’a profondément marqué. J’ai aussi grandi avec la télé et les ancêtres des mangas (Albator, capitaine Flam, Ulysse 31) me passionnaient. J’adorais leur découpage. Je me rappelle que vers onze ans, j’avais écrit une novélisation d’un épisode du Capitaine Flam  ! En BD, j’étais fou d’Hergé, Martin et surtout Jacobs qui est pour moi le "Hitchcock de la BD" (à moins que Hitchcock ne soit plutôt le "Jacobs du cinéma"). Plus tard, j’ai découvert Moebius, Hermann, les scénarii de Van Hamme… Question romans, c’est Stephen King qui a, le premier, déclenché chez moi une passion pour les livres vers l’âge de quinze-seize ans. Avant, je n’étais pas un gros lecteur. Je ne devais lire que deux ou trois romans par an, en plus de ceux imposés par l’école… Je suis aussi un fana des bandes originales de films. Je dois en avoir une bonne centaine : beaucoup de Williams, de Goldsmith… J’ai de plus en plus besoin de musique pour trouver l’inspiration. Ah ! Il y a également une personne qui m’a beaucoup influencé : un professeur de mise en scène qui enseignait à l’E.S.R.A. (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) où j’ai passé trois ans : Jean-François Tarnowski. Il avait une aura incroyable. Je me suis intéressé à la psychanalyse grâce à lui…

Actusf : Avant d’écrire pour la jeunesse, vous réalisiez des courts-métrage. Aimeriez-vous un jour adapter un de vos romans en film ? Si oui, lequel ?
Christophe Lambert : Tous mes romans sont des films en puissance. Je les projette dans ma tête avant de les écrire. J’essaye, dans la construction et l’enchaînement des phrases, de reproduire une impression de découpage cinématographique. Comment présente-t-on le décor ? Partiellement, en plan serré ? En plan large ? Est-ce le point de vue du personnage ? Une description "objective" ? La réaction du personnage est-elle visible (un froncement de sourcil) ou intérieure ? Faut-il faire des phrases très courtes, télégraphiques, pour retranscrire un montage rapide ? Je me pose toutes ces questions de manière à mettre en scène le plus précisément possible le film mental de mon lecteur. Ai-je un roman préféré ? J’avoue que j’aime beaucoup Souviens-toi d’Alamo, sans doute parce que Alamo de John Wayne est mon film de chevet depuis plus de vingt-cinq ans…

Actusf : Quels sont vos projets ?
Christophe Lambert  : Petit frère, un roman sur les sectes et le clonage (sujet d’actualité !) que je viens d’achever doit sortir en septembre prochain chez Mango. Mon premier roman d’heroic-fantasy, Le dernier des elfes, sortira chez Bayard en même temps. Le troisième tome de mes chroniques d’Arkhadie, Les vaisseaux de la liberté est programmé pour le mois d’avril, toujours chez Bayard. Sinon, je viens de commencer un roman qui mêle pirates et extra-terrestres, avec mon ami Stéphane Descornes, pour Nathan. Et je me documente sur les gladiateurs en vue d’un projet d’aventures historiques chez Bayard… Bref, je n’ai pas trop le temps de m’ennuyer.

Actusf : Reste une petite question subsidiaire : qu’est-ce que vous vouliez devenir lorsque vous étiez enfant ?
Christophe Lambert : Dessinateur de BD.

Laure Ricote