Interview de Claire Ubac
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de Claire Ubac
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Claire Ubac
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : octobre 2004

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A l’occasion de la sortie de son roman jeunesse, L’Histoire impossible à sécher, Claire Ubac a accepté de répondre à quelques questions. Entrevue avec un auteur plein de poésie...

Actusf Comment avez-vous commencé dans l’écriture ?
Claire Ubac : Par des poèmes dans un petit carnet recouvert de tissu à fleurs.

ActusfPourquoi avez-vous choisi d’écrire et plus particulièrement pour la jeunesse ? Avez-vous l’intention d’écrire un jour, un roman pour des lecteurs adultes, si ce n’est pas déjà fait ?
Claire Ubac : Mais je publie déjà des livres pour les adultes : pourquoi réserver les livres pour enfants aux seuls enfants ? Cela dit, j’ai publié un livre exclusivement pour adulte sous un autre nom il y a quinze ans. A l’époque j’hésitais à continuer dans le journalisme adulte, et par un concours de circonstances je me suis retrouvée rédactrice dans un magazine pour la jeunesse. Alors un prochain livre "que" pour adultes, pourquoi pas ?

Actusf Avez-vous des sujets tabous que vous ne voulez pas aborder dans vos livres ? Quelles sont les difficultés majeures lorsque l’on veut écrire un roman pour un jeune public ?
Claire Ubac : La question n’est pas qu’il y a des sujets tabous. La question est qu’en s’adressant à un jeune public, on assume la responsabilité de respecter des êtres en construction. C’est du simple bon sens que de se demander comment s’exprimer sans démagogie, mais aussi sans désespérer des êtres qui se savent vulnérables, et cela sur tous les sujets ; pas seulement quand il s’agit de sexe ou de la cruauté du monde contemporain. La difficulté majeure, pour moi, n’est pas tellement là, parce qu’en tant que mère et animatrice d’atelier en milieu scolaire, ce sont des questions que je me pose chaque jour dans mes relations vivantes avec les enfants. La difficulté est plutôt pour moi de rester en phase avec ce qui intéressera tel ou tel âge quand j’écris en direction de cet âge-là. Que ce ne soit pas trop complexe, dans le contenu et dans l’écriture.

Actusf Venons-en à vos romans. Dans Le Rat mangeur de noms, comment vous est venu l’idée de "jouer avec les mots, les noms" ?
Claire Ubac : Je fais, chaque jour, mes deux cent mètres de mots libres, ma musculation de calembours, mon ping-pong de verbes, mon footing d’endurance à la phrase. Le jeu avec les mots, c’est ma vie, alors... Des idées, il en vient sans problème, le difficile c’est de les mener au bout !

Actusf Simple curiosité, d’où vient le nom de Thélardosor ?
Claire Ubac : De Théodor mélangé à Nabuchodosor en y lardant un appétissant lardon.

Actusf Dans vos deux derniers romans, vous utilisez le principe d’une histoire dans une histoire. Comment vous est venu l’idée du récit à tiroir ?
Claire Ubac : J’ai fait des études universitaires de Lettres. J’ai aimé passionnément beaucoup d’oeuvres classiques utilisant ce principe, car il est très ancien, de faire raconter à des convives réunis au début du livre, des histoires fort différentes. Vous le trouvez aussi bien dans le Décaméron que chez Marguerite de Navarre que bien plus tard au XVIIIème et au XIXème -chez Maupassant, par exemple. Ce qui m’intéresse dans ce procédé, c’est qu’on peut faire passer des couleurs très différentes dans le même roman. Et puis il faut trouver un langage différent pour chaque personne : c’est très amusant à réaliser. Je l’ai utilisé aussi pour une adaptation de L’Île au trésor (Album Nathan illustré par François Roca) où cinq personnages du livre de Stevenson racontent chacun à sa façon l’histoire au lecteur.

ActusfLes contes fantastiques (ou légendes) sont très présents dans vos romans, d’où vous vient votre inspiration ?
Claire Ubac : Ils ne sont pas aussi présents dans tous mes romans. Et je n’ai pas utilisé de légendes pour l’instant : tout est inventé. Le fantastique fait partie de ma vie, comme d’autres aiment le mauve ou jouer au tiercé.

Actusf Pourquoi utilisez-vous le principe du conte ? Est-ce un moyen pour vous pour faire passer un message, une morale, des émotions ou juste un moyen pour faire rêver ?
Claire Ubac : En effet, je suis convaincue que la transposition dans un autre univers est un procédé plus efficace que le réalisme pur. Libéré d’être collé à la réalité, le lecteur a davantage le loisir de réfléchir, en tout cas c’est mon ambition de le lui proposer. Je ne conçois pas ce que j’écris juste pour distraire.

Actusf D’ailleurs, y a-t-il vraiment une morale dans vos histoires ? Ou chacun voit-il se qu’il veut y voir ?
Claire Ubac : Plutôt que de morale, je préfère parler de sens profond. J’en ai un à l’esprit quand j’écris et les lecteurs voient chacun le leur, ainsi que les commentaires me l’ont déjà prouvé.

Actusf Dans L’Histoire impossible à peindre, les sujets étaient plus légers. Pourquoi avez-vous décidé d’aborder un thème plus dur (la perte d’un être aimé) dans L’Histoire impossible à sécher ?
Claire Ubac : Ce n’est pas la façon dont je travaille de me dire : "Tiens aujourd’hui je vais aborder tel thème". C’est le thème qui me choisit. En ce qui concerne celui-ci, il y avait une histoire de famille douloureuse depuis trois générations qui m’a élue pour que j’en finisse avec elle. Ça sonne un peu mystique mais c’est pourtant ce qui s’est passé.

Actusf Pourquoi avoir choisi le principe d’un journal pour L’Histoire impossible à sécher. N’est-ce pas trop difficile de faire parler deux personnages différents ?
Claire Ubac : Quand je commence un nouveau manuscrit, le sujet impose la forme d’écriture, quasiment de soi-même, ce qui ne veut pas dire sans tâtonnement. Ici, c’était le journal à deux voix. Cela a été passionnant de réfléchir à la façon dont je pouvais faire entendre ces deux voix différentes et bien les distinguer. Si c’est réussi, cela va être aux jeunes lecteurs de répondre.

Actusf Vous devez recevoir des réactions d’enfants quant à vos romans. Comment les perçoivent-ils ?
Claire Ubac : Mes romans ne sont pas un bloc. Ils sont comme des personnes différentes et sont donc perçus différemment par différents lecteurs. Les réactions d’enfants ne sont pas très instructives parce qu’ils ne savent souvent pas analyser les raisons de leurs goûts. Ils aiment ou ils n’aiment pas, ou bien ils trouvent cela difficile ou au contraire "bébé". Je me trouve plutôt du côté difficile, j’en ai peur. Je le sais mais je ne vais pas renoncer à être exigente avec mes lecteurs, quoi qu’il en coûte.

Actusf Quelles sont ou quelles ont été vos influences (littéraires, cinématographiques, musicales) ?
Claire Ubac : Vous avez la place pour une anthologie ? Je lis beaucoup et je suis très cinéphile, la liste serait interminable ! Au hasard pour aujourd’hui, je citerais Gogol, Raymond Queneau et Henri Michaud, en cinéma l’expressionisme allemand, le réalisme italien, le cinéma français des années quarantes (Carné...). En musique, L’Enfant et les sortilèges de Ravel, Pierre et le loup de Prokoviev : un must ! J’ai été marquée enfant par la nouveauté de ton du Petit Nicolas de Goscinny ; je me surprends parfois à écrire une phrase qui en est une réminiscence. De même, je retrouve avec amusement cette influence sur d’autres auteurs jeunesse de ma génération. Mais, il y avait aussi le petit chef d’œuvre de Colette Vivier : La Maison des petits bonheurs, toujours réédité...

Actusf De façon plus générale, que pensez-vous du succès d’Harry Potter ?
Claire Ubac : Harry Potter est indéniablement une machine à lire de bonne facture, quoi que sans modernité : il pourrait avoir été écrit en 1930 sans qu’il soit besoin d’en changer une ligne... Certains expliquent justement son succès par ce côté frileux : les lecteurs ont besoin de se réfugier dans un monde douillet de nos jours menaçants. Cela posé, il y en a pléthore de livres aussi consensuels et moins connus : l’ampleur de son succès correspond plutôt aux critères mystérieux d’un phénomène de mode. Je parie que dans 50 ans, on ne le distinguera plus de la masse, et j’accepte de passer pour peu clairvoyante si ce n’est pas le cas !

Actusf Quelles sont, selon vous, les répercussions (bonnes ou mauvaises) sur la littérature jeunesse ?
Claire Ubac : Les bonnes : Les éditeurs français qui vous disaient devant un texte : "Horreur, vous en avez mis trop long, coupez-moi ce manuscrit au moins de moitié, les enfants n’ont plus le temps de lire !", ou encore : "Voyons, les enfants détestent les descriptions, vous le savez bien" ne pourront plus être aussi affirmatifs à l’avenir. Et aussi tout le monde a pu constater dans le métro ou sur la plage que la littérature soi-disant jeunesse est appréciée par des adultes.
Les mauvaises : Si Harry Potter est un phénomène de mode comme je le crois, il peut avoir la conséquence néfaste de mesurer la littérature à l’aune de la popularité : les enfants ont déjà tendance à confondre les auteurs avec des stars de football ou de télé-réalité. Or, en littérature comme dans tous les arts, la qualité ne se mesure pas au nombre de ceux qui l’apprécient. Ce n’est qu’un critère parmi d’autres, et même pas nécessaire.

Actusf Quels sont vos futurs projets ?
Claire Ubac : Je suis en train de finir le dernier volet de mes 3 histoires impossibles et en même temps je travaille à une surprise. Une surprise d’abord pour moi même.

Actusf Question subsidiaire : Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant ?
Claire Ubac : Pêle-mêle : écrivain-célèbre (notez que je faisais la même erreur que les enfants d’aujourd’hui !), hôtesse de l’air, comédienne de théâtre, mère de famille nombreuse, chef d’orchestre, tourneuse de pots d’argile, souffleuse de verre et bien d’autres que j’ai oubliés.

Laure Ricote