Interview de Claude Mammier
de Claude Mamier
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Claude Mamier
Date de parution : décembre 2009 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Actusf : Après Les Contes du Vagabond, vous poursuivez dans le Bar de partout votre exploration des histoires des différents pays que vous avez traversé. Y a-t-il un pays qui vous a marqué plus que les autres ?
Claude Mamier : Voilà une question que l’on me pose souvent, à laquelle je suis bien incapable de répondre... Tous les pays qui figurent dans ces deux recueils m’ont marqué, sinon je n’aurais pas pu écrire sur eux. Et comme je le dis à la fin du « Bar de Partout », bien d’autres pays m’ont frappé, mais je n’ai pas su les traiter, et je le regrette souvent. Chaque endroit a quelque chose à offrir, dès lors qu’on y vient avec les yeux et les oreilles ouverts.

Actusf :
Vous êtes allé dans beaucoup de lieux différents, lesquels sont-ils plus porteurs d’histoires ?
Claude Mamier : Même question, même réponse... On pourrait dire, pour résumer, que chaque pays a ses contes, ses histoires, sauf qu’en fait, chaque culture (ou ethnie, ou ce qu’on veut) à l’intérieur d’un pays a ses propres histoires, qui peuvent par contre être les mêmes – ou presque – que celles d’un autre groupe du pays d’à côté. Euh... C’est clair, ce que je dis ? Tout est un énorme mélange. Un joyeux bordel d’histoires. Et de gens. Les gens ont aussi leurs histoires, personnelles : c’est de cela dont parle le dernier recueil.

Actusf : Y a-t-il d’autres pays que vous souhaiteriez visiter ?
Claude Mamier : Plein ! Sans compter les pays où je suis déjà allé, et que, à mon avis, je n’ai fait qu’effleurer. Citons par exemple l’Inde et le Brésil, véritables pays continents, dont je n’ai vu que des bribes. Pour les pays où je n’ai vraiment jamais mis les pieds, voyons... Chine, Mongolie et Russie, côté Asie. Une bonne partie de l’Afrique. Le Chili, côté Amérique du Sud. L’Islande, plus « près » de chez nous. Une bonne palanquée d’îles plus ou moins paumées. J’adore les îles, les archipels. Personne ne court, sur une île. Ça ne sert à rien. Y’a pas loin où aller.

Actusf :
D’où vous est venue l’idée du Bar de Partout, ce lieu qui rassemble tous les autres ?
Claude Mamier : Les bistrots, c’est génial. C’est un lieu de rencontre extraordinaire. Malheureusement, comme j’ai entendu un chansonnier le dire il y a peu, de plus en plus de bars ferment, remplacés par des succursales bancaires ou des agents d’assurance. C’est bien triste. Et puis plusieurs de mes auteurs préférés ont usé de ce genre d’endroit pour y placer des gens qui racontent des histoires : Gaiman, dans Sandman (l’auberge où s’abritent les gens pris dans une tempête de réalité), Stephen King, qui nous a déjà entraînés plusieurs fois dans son étrange club de New York. Oui, le bistrot, c’est un beau lieu pour raconter des histoires. Il faudrait remettre ça au goût du jour.

Actusf :
Chaque histoire met en scène un personnage et un décor différent, cela vous a-t-il posé problème dans l’approche de l’écriture ? N’était-ce pas trop difficile de passer d’un personnage/lieu à l’autre ?
Claude Mamier : L’écriture du recueil a été très éclatée. Certaines nouvelles ont été écrites dès que j’avais quitté le pays en question, alors que d’autres ont attendu de longs mois, voire même le retour en France. Les histoires s’écrivaient quand elles étaient prêtes, quand j’estimais avoir pris le recul nécessaire. Le plus dur, en fait, c’était d’avoir l’impression, une fois le dernier mot écrit, d’avoir respecté les personnages. Beaucoup d’entre eux existent, comme je le dis à la fin du bouquin. J’avais besoin d’arriver au moment où je n’aurais pas honte de montrer le texte aux gens concernés, si l’occasion se présentait.

Actusf :
En lisant les différentes nouvelles, on est frappé par leur côté très évocateur. A tel point que chacune pourrait peut-être se résumer à une photo. Etre accompagné d’un photographe a-t-il eu une influence dans l’écriture ?
Claude Mamier : Je ne pense pas que la présence de mon camarade photographe ait influencé mon écriture. En tout cas, je suis heureux que tu trouves les textes évocateurs. Ce qui fait la différence, à mon avis, c’est simplement d’avoir été sur place. Ça change tout. Pour écrire sur un endroit donné, un jour sur place peut remplacer des monceaux de documentation.

Actusf :
Toutes les histoires du recueil sont ancrées dans le présent, ce recueil est-il aussi un moyen pour vous de parler de l’actualité ?
Claude Mamier : De l’actualité, je ne sais pas. Des gens, oui. Du monde qui chie grave. Des gens qui crèvent, ou survivent, dans des situations ahurissantes. Et encore, je ne suis pas un correspondant de guerre, je n’ai pas été dans les pires endroits. On pourra aimer le livre ou non, le trouver bien écrit ou pas, la seule chose que je demande au lecteur, c’est de ne pas oublier que tout (ou presque) est vrai. Et que ça fout les boules.

Actusf :
Parmi les histoires recueillies, avez-vous hésité au moment de prendre ce qui figure dans le Bar de partout ? Comment se sont opérés vos choix ?
Claude Mamier : Comme dit précédemment, c’est plus ma capacité à écrire les histoires ou pas qui a décidé, plutôt qu’un quelconque choix conscient. J’ai quand même essayé de fournir une large palette géographique, France comprise, pour montrer que ça chie partout, sous notre nez comme aux antipodes. La merde, te dis-je.

Actusf :
Quels sont vos projets ?
Claude Mamier : J’ai écrit assez peu de science-fiction jusqu’à présent – genre une demi-douzaine de nouvelles. J’aimerais m’y atteler davantage, dans une optique d’anticipation à court et moyen terme. J’ai plusieurs idées de novellas qui me travaillent. Et puis je continue à donner des spectacles de contes, de-ci de-là, pour faire vivre les histoires traditionnelles recueillies pendant le tour du monde.

Tony Sanchez