Interview de Clélie Avit
de Clélie Avit
aux éditions Lattès ,
collection MSK
Genre : Interview

Auteurs : Clélie Avit
Date de parution : juin 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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A l’occasion de la sortie de "Sanctuaires", la suite de la série "Les Messagers des vents" chez MSK, nous avons posé quelques questions à son auteur, Clélie Avit.

Actusf  : Depuis quand écrivez-vous ?
Clélie Avit : Concrètement, cela va faire près de 4 ans. Le 1er livre que j’ai écrit était "Les Messagers des Vents" mais, ne trouvant d’éditeur, je suis passée par un concours pour me faire connaître. Du coup, j’ai écrit un roman totalement différent, "Je suis là", avec lequel j’ai remporté le concours. À partir de là, tout s’est enchaîné, le roman est devenu un best-seller traduit dans plus de 25 pays. Grâce à ce succès, j’ai pu éditer "Les Messagers des Vents".
 
Actusf  : Quels sont vos auteurs préférés ?
Clélie Avit : Ouf ! J’ai le droit d’en citer plusieurs ! Parce que je suis loin d’en avoir un seul !
Pour commencer, je dirais Terry Goodkind (L’épée de Vérité), qui m’a fait découvrir la fantasy avec un plaisir immense. J’affectionne aussi particulièrement Robin Hobb (L’apprenti assassin - La Cité des Anciens), qui m’impressionne par la richesse de ses univers.
J’ai eu l’immense plaisir de rencontrer James Dashner (Le Labyrinthe) au salon du livre de Paris, cette année. J’ai découvert un homme simple, dynamique et profondément sympathique dont l’écriture rythmée est un presque devenu un modèle. Pour finir, je citerai aussi Stephenie Meyer, mais pas pour sa saga "Twilight". "Les âmes vagabondes" est l’un des rares romans que j’ai lus où l’auteur a su intégrer des longueurs indispensables et, surtout !, faire en sorte que le lecteurs ne se lassent pas, même dans ces longueurs. C’est un véritable talent !
 
Actusf  : Comment est née l’histoire des Messagers des Vents ?
Clélie Avit  : Tout est parti d’un rêve. Je me suis réveillée un matin, une scène d’affrontement dans la tête, avec deux héros, leurs acolytes et leurs ennemis, dans un lieu bien particulier. Toute la scène y était. Je trouvais qu’elle aurait été parfaite pour un roman de fantasy.
Et le rêve est resté. Un jour, deux jours, trois jours, quatre jours. Le quatrième jour, je n’ai plus tenu. Je me suis dit "Et pourquoi pas moi ?" J’ai allumé mon ordinateur et commencé à écrire, comme ça, de but en blanc, sans plan ni rien. J’avais juste cette scène en tête.
Pour l’anecdote, cette scène se situe aujourd’hui à la fin du 2ème tome !
 
 
 
Actusf  : Comment voyez-vous les deux héros ?
Clélie Avit : Mes deux héros, Ériana et Setrian, sont, par définition, deux personnages sans qui la saga ne pourrait absolument pas fonctionner, mais pour qui la présence des autres est indispensable. Ils sont le moteur principal, les catalyseurs de tout ce qui gravite autour d’eux. Ils ne sont pas l’histoire, ils la font. Et c’est à partir de cela que j’ai conçu leurs personnages. Chaque chose qui se produit, chaque choix scénaristique a toujours un intérêt, une utilité pour la trame. Rien n’est laissé au hasard et tout se rapporte à eux d’une façon ou d’une autre. Ils sont de véritables piliers dans mon écriture et c’est aussi le rôle que je leur ai donné dans l’histoire.
Ériana, qui part plus ou moins de rien, d’une vie de persécution et de fuite, se retrouve au centre d’une prophétie qui lui échappe, apte à manipuler une énergie dont elle n’a jamais entendu parler. Malgré son ignorance, ses réticences, beaucoup de choses vont s’articuler autour d’elle. Des choix colossaux ne reposeront plus que sur SES épaules. C’est un personnage perspicace, mais aussi très instinctif, dont la lucidité et l’esprit d’indépendance accentuent son côté profondément humain. Elle est toujours dans cet équilibre entre ce qui est subi et ce qui est choisi : écouter les prophéties ou pas, penser à la communauté ou à l’individu. Et c’est son instinct qui choisit !
Setrian, pour sa part, est l’un des personnages les plus intelligents de cette saga, au sens premier du terme. C’est un personnage de faits, de réflexion et d’analyse. Il est loin d’écouter son instinct, en tous cas jusqu’à rencontrer Ériana. Mais il va apprendre à s’en remettre à elle et c’est ce qui est intéressant avec lui : on suit l’évolution de sa personnalité au fil des pages. Beaucoup de lectrices me disent qu’elles sont tombées amoureuses de lui. J’en suis plus que ravie (je dois aussi avouer avoir un faible pour lui) car, à certains moments, Setrian peut être assez agaçant avec ses réactions trop réfléchies. Son évolution est donc très appréciée. Son rôle de maître et de "responsable" s’atténue pour devenir celui du partenaire indispensable, tout en restant dans la cohérence. C’est quelqu’un qui apprend à faire confiance et c’est sur cette confiance que repose tous les liens entre les personnages.
 
Actusf  : Est-ce qu’Ériana vous ressemble un peu ?
Clélie Avit :Oh que oui, elle me ressemble ! Surtout en ce qui concerne l’esprit d’indépendance ! Également pour l’esprit d’analyse critique de chaque situation et le côté instinctif. Finalement, ce sont ses trois traits de caractère principaux et je souhaitais avoir une héroïne dont je pouvais parler sans le moindre souci. Après tout, elle est l’héroïne principale, il fallait qu’elle soit parfaitement crédible. On passe tellement de temps avec elle, avec ses réactions, ses impressions, ses émotions, qu’il me fallait du vécu. Un auteur est comme un acteur, il change de rôle dès qu’un personnage prend la parole. Pour Ériana, l’enjeu était gigantesque, alors je l’ai fabriquée à partir de moi. Enfin... seulement pour le caractère. Car elle doit bien mesurer 15cm de plus que moi et je ne leur aurais pas dit non, à ceux-là !
 
 
Actusf : Comment avez-vous fait évoluer le personnage d’Eriana ?
Clélie Avit : Quand le lecteur commence avec Ériana, il comprend qu’elle ne sait pas grand-chose... comme lui, finalement ! Ériana est donc devenue mon repère au milieu de l’histoire, ma façon de tout faire découvrir aux lecteurs. C’est grâce à elle que l’on comprend. Il fallait la faire grandir. D’ignorante, la faire passer à "savante". De lui faire lâcher son indépendance pour lui apprendre à vivre en communauté.
Chaque événement est là pour la faire évoluer. La rencontre avec Setrian, la découverte de la Cité des Vents, de la prophétie. Toutes ces personnes auxquelles elle se retrouve confrontée. Finalement, Ériana apprend à se servir de tous ses acquis développés dans la solitude pour les mettre au service de la quête dans laquelle elle se lance. Elle quitte son isolement mais pas son esprit critique, elle abandonne ses peurs mais pas son sens de l’analyse. Elle affronte qui elle est vraiment, finit par l’accepter et ça, ce n’est pas rien !
Je suis bien évidemment obligée de mentionner le sentiment amoureux qu’elle va développer au cours de l’histoire. Ériana est initialement bien loin de tout ça et pourtant, au milieu de ce qui se produit, les sentiments apparaissent. Pas de façon gratuite ! Encore une fois, leur existence sert la trame complète de la saga. Mais rassurez-vous, je ne les fais pas tomber amoureux parce que c’est "pratique". Ça semblait juste tellement évident au bout de quelques chapitres... Il était impossible de passer à côté !
 
Actusf : Votre monde est séparé en quatre territoires reliés aux quatre éléments, comment l’avez-vous construit ?
Clélie Avit : Chaque territoire devait être au plus près de son élément. Mettre celui des Vents au milieu d’une plaine était idéal. Celui des Terres dans la montagne et celui des Eaux près de l’océan, une évidence ! Au fur et à mesure, la carte se complexifiait dans ma tête. Les Feux ont été rapprochés du sud, bien séparés du reste par une autre contrée. Les détails géographiques comme les lacs, les marais, ont été ajoutés un peu au hasard, et je me suis servie de leur existence pour l’histoire, en m’autorisant toutefois à les déplacer de quelques kilomètres, si nécessaire.
Je suis un auteur très visuel. Chaque scène se déroule dans ma tête. Je raisonne plus comme un réalisateur, passant d’un plan à un autre, d’une prise de vue à une autre. Je ne peux vous citer le nombre de fois où j’ai fait un tour d’hélicoptère mental au-dessus de la Friyie ! Après, il a bien fallu prendre un papier et un crayon pour dessiner tout ça. Mais pour en arriver à la carte glissée dans le 2ème tome, j’ai dû faire appel à un dessinateur, sinon, ça aurait été une catastrophe !
Pour ce qui est du monde "énergétique" que j’ai créé, là, j’ai laissé la place à mon imagination, presque sans limite, tout en gardant un esprit scientifique (je suis chimiste, à la base). Les quatre éléments étaient une bonne base, mais je ne voulais pas de "magie". C’est pour ça que je parle d’énergie, de "inha". Il fallait donc des "actes magiques" plus subtiles et plus fins que de simples "tours de magie". De là, sont nées les douze (treize, en réalité) natures de inha. C’est dans ces natures que reposent les plus grands mystères. J’ai voulu garder ce mystère, sans mettre en avant le côté "magique". Pour mes personnages, il est naturel de converser par la penser ou de pouvoir guider les émotions de quelqu’un. Si on veut vraiment trouver une similitude avec notre monde, je dirais que chaque nature repose sur l’empathie. Mais alors une empathie supra-ultra-développée !
 
Actusf : Qu’est-ce que vous pouvez déjà nous dire sur le troisième tome ?
Clélie Avit  : Je peux dores et déjà vous dire que l’élément concerné sera les Feux ! En même temps, quand on a lu le 2ème tome, c’est plutôt évident...
Comme j’aime donner une identité différente à chaque tome, le 3ème traitera la quête différemment. Il y est question des Feux sans se rendre dans le territoire de cet élément. En réalité, nous passons la quasi totalité du livre dans le territoire de la Na-Friyie. Les rouages politiques de l’ennemi seront dévoilés, puisqu’on passe la moitié du roman avec le Velpa (cela va sans dire que certains personnages principaux y seront détenus, je vous laisse deviner lesquels !). On en apprendra aussi beaucoup sur les origines d’Ériana et celles-ci en surprendront plus d’un.
C’est l’avant-dernier tome, celui où il faut préparer la lutte à venir. Il est temps d’arrêter de jouer et de se battre à dix contre des centaines.
Et pour ceux qui ont lu le livre, ce que tous craignaient et désiraient à la fois arrivera…