Interview de Corinne Guitteaud sur l’Uchronie
de Corinne Guitteaud
aux éditions

Auteurs : Corinne Guitteaud
Date de parution : octobre 2014 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :


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Corinne Guitteaud est l’éditrice des éditions Voyel’. A l’occasion de la sortie de "1993 ; échappée rouge" de Marianne Stern, nous lui avons posé quelques questions autour de l’Uchronie.

Actusf : Bonjour Corinne, on peut dire que les éditions Voy’el aiment l’uchronie : entre La plume du Quetzalcóatl, ce nouveau roman et la future sortie papier de la Brigade des loups de Lilian Peschet ! Songez-vous à ouvrir une collection dédiée ? Peux-t-on s’attendre à d’autres sorties dans un avenir proche ?
Corinne Guitteaud : En effet, nous avons plusieurs uchronies qui sortent en ce moment chez Voy’el, mais hélas, pas assez pour créer une collection. C’est bien dommage, mais l’écriture d’uchronie n’a rien de simple.
 
Comme je l’expliquais encore sur le stand de Voy’el lors du festival Cidre et Dragons cette année, il ne suffit pas de choisir un point de divergence, il faut ensuite rester cohérent par rapport aux bouleversements que l’on met en place, choisir de manière judicieuse ce que l’on garde ou pas du fil historique initial, et développer ensuite un univers à la fois familier et différent.
 
Pour l’instant, nous avons trouvé trop peu d’auteurs qui réussissent ce délicat exercice, malgré l’appel à textes que j’avais lancé à la fin du printemps dernier.
La bonne nouvelle, toutefois, c’est que Marianne Stern nous a déjà soumis une suite à 1993 que j’espère lire dès que j’aurai deux minutes.
 
Actusf : Peux-tu nous parler de 1993, Echappée rouge et de son auteure à la fois en tant qu’éditrice et que lectrice ? Acceptes-tu également de revenir sur sa très belle couverture ?
Corinne Guitteaud : Eh bien, j’ai été ravie que nous recevions une uchronie et après acceptation de celle-ci par le comité de lecture, je me suis chargée de la relecture et de la correction (du coup, s’il reste des coquilles, c’est entièrement de ma faute… on l’a pourtant bien relu et relu et relu et… bref). Ce livre me parlait d’autant plus que j’ai moi-même passé neuf ans en Allemagne quand j’étais enfant (mon père, militaire à l’époque, a aussi fait deux séjours à Berlin) et que du coup, la Chute du Mur a pour moi ici une résonnance particulière. Enfin, pour tout dire, Chute du Mur, il n’y en a point ici, puisque c’est le point de divergence choisi par Marianne pour son uchronie. Le travail avec Marianne a consisté principalement a traqué les maladresses mais j’en ai aussi profité pour apprendre deux ou trois choses sur les avions (par exemple que certains avions pouvaient avoir un volant et pas un manche). Et puis toute l’ambiance du livre m’a replongé dans pas mal de souvenirs aussi. La Guerre Froide, ça n’évoque plus rien pour mes élèves, alors que la menace d’une guerre nucléaire a tout de même plané sur mon enfance et que notre présence en Allemagne était aussi liée à la Guerre Froide. Je suis aussi assez curieuse de découvrir la suite. En termes de cohérence, Marianne a su garder le cap et conserver l’esprit général de l’époque. On croit sans difficulté à l’univers qu’elle a créé. 
 
Concernant la couverture, elle a été réalisé par Sébastien Chabaud dont j’avais pu admirer le travail pour les Pousse-Pierre, chez nos collègues des Éditions du Riez. Sébastien a en effet un style très reconnaissable, je trouve, et il a très bien rendu l’ambiance du livre. En outre, quand j’ai reçu 1993 de chez l’imprimeur, j’ai fait « wow ! » en découvrant la couverture en vrai. C’est une chose de la voir sur écran mais je trouve qu’elle ressort encore plus dans la version papier. Je pense que les lecteurs apprécieront d’avoir le livre dans leurs mains et j’espère que cette couverture convaincra les libraires de donner sa chance à ce livre car il le mérite vraiment, pas seulement par son contenant, mais aussi par son contenu.
 
 
Actusf :  Acceptes-tu de faire le point sur les éditions Voy’el après vos multiples péripéties ?
Corinne Guitteaud : On est encore là et j’ai envie de dire que c’est déjà bien beau ! Autant dire que l’année 2014 a été rude pour nous. Nous avons pu changer de diffuseur et de distributeur et récupérer notre stock dans l’urgence, avec pas mal de déconvenues au passage.
 
Nous sommes pour l’instant satisfaits du travail de CED-CEDIF et Pollen. Nous avons aussi développé un partenariat avec Séma Diffusion, grâce à qui nous pouvons être présents sur des manifestations en Belgique et qui fait preuve d’un sérieux appréciable après nos déboires. Mais les soucis avec Lokomodo pèsent encore sur notre fonctionnement et nous continuons de marcher sur des œufs.
 
Il n’en reste pas moins que grâce à notre dernière campagne de crowdfunding, nous avons pu réunir suffisamment de fonds pour imprimer sereinement un nouveau livre illustré dans la continuité de ce que nous avons commencé avec les Grimoires de Maryline Weyl. Il s’agit de l’Heure Bleue avec des textes de Richard Ely et des illustrations d’Annick de Clercq.
 
Donc nous voyons la fin de l’année avec sérénité et nous nous préparons pour 2015. On a encore un peu de mal à ajuster notre fonctionnement par rapport aux exigences de notre diffuseur et de notre distributeur (CED-CEDIF et Pollen), ce qui fait qu’on va avoir un petit creux en début d’année dans les librairies, mais dès mars, on va pouvoir rebondir. Avant, nous travaillions dans l’urgence, avec parfois deux semaines entre le moment de l’envoi de la maquette à l’imprimeur et la sortie du livre. Là il faut plutôt compter 3-4 mois pour que le circuit de diffusion du nouveau titre soit mis en place. Ce n’est pas un reproche, mais juste un constat, qui nous oblige donc à procéder différemment.
 
Actusf : Et de ton côté, où en es-tu de l’écriture de ton uchronie napoléonienne ? 
Corinne Guitteaud : Ah ! Tu peux en parler de cette uchronie, puisque tu en es en grande partie responsable. Malheureusement, mes responsabilités auprès de Voy’el, plus mon boulot de prof font que je ne peux me consacrer pleinement à l’écriture qu’aux vacances scolaires (et encore !). Du coup, que ce soit pour cette uchronie (avec laquelle je me fais plaisir en flirtant avec la magie vaudoue et les croyances antillaises) ou d’autres projets, je ne peux pas dire que j’avance bien vite. J’ai écrit une bonne partie (plus de la moitié, d’après mes estimations) d’un premier tome qui s’intitule Les Aigles du Mississipi. Parfois, j’ouvre le fichier, en vain… les obligations de Voy’el m’appellent et je dois laisser les deux héros, Ange Guérin, un jeune Créole, et Chayton, un Sioux, pour me replonger dans le tumultueux monde de l’édition.
 
Actusf : Peux-tu nous parler du futur proche de Voy’el ? 
Corinne Guitteaud : Le futur très très proche, c’est notre participation au festival Scorfel fin octobre à Lannion, je suis ravie de retourner en Bretagne. Avec de la chance, je pourrai y proposer des exemplaires de l’Heure Bleue. 
 
Le futur plus ou moins proche, c’est le résultat de plusieurs AT que nous avons lancés (Rêves d’Afrique et Gwyzh, l’Héritage), c’est la parution de l’anthologie De la corne du Kirin aux ailes du Fenghuang dirigée par Aude Bourdeau et Cécile Duquenne. Je pense que quand les auteurs vont voir l’écrin que leur a préparé Priscilla Grédé, nouvelle illustratrice récemment arrivée chez Voy’el, ils auront de quoi être satisfaits. Je vous promets que vous allez en avoir plein les mirettes, car le livre comportera aussi des illustrations intérieures et peut-être un livre de coloriage.
 
Cécile Duquenne nous a déjà annoncé que le troisième opus de sa série des Nécrophiles Anonymes sera prêt pour le premier trimestre 2015 (donc pour Trolls et Légendes, festival auquel nous espérons participer l’an prochain.)
 
Les contrats ne sont pas encore signés mais nous aurons le plaisir de travailler de nouveau avec des auteurs que nous apprécions chez Voy’el et qui nous feront la joie de nous confier leurs livres.
 
Le comité de lecture de Voy’el a été réorganisé, sous la houlette de Frédéric Vasseur et, nous l’espérons, fonctionne beaucoup mieux et plus vite. On a encore des ajustements à faire mais cela devrait nous permettre de continuer à lancer de jeunes auteurs. Nous demandons d’ailleurs à ces derniers de bien vouloir suivre nos recommandations, avant tout destinées à nous faire tous gagner du temps.
 
Enfin, côté numérique, la collection e-courts va prochainement rouvrir ses soumissions, la collection y (dirigée par Morgan Crestel et Isabelle Wenta) lancera son antho « À voile et à vapeur » tant attendue (elle est en cours de relecture) et pour les fêtes, nous proposerons un produit pour lequel nous vous en dirons plus très bientôt. Nous espérons qu’il sera bien accueilli par le public.
 
Je tiens ici à remercier toutes les personnes qui nous ont exprimé leur soutien ces derniers mois. Cela nous a fait chaud au cœur. Je remercie aussi les associés de Voy’el qui continuent de me soutenir. La passion qui les guide à travers ce geste les honore.
 
Je terminerai par un regret, celui d’avoir vu disparaître dans la tourmente de 2014 nos collègues d’Argemmios. Ce qui leur est arrivé aurait pu nous arriver et leur disparition est un véritable gâchis.
 
Enfin, je souhaite bon vent aux collègues qui, comme nous, continuent contre vents et marées à faire vivre la petite édition. 

Bertrand Campeis