Interview de Fabien Clavel
de Fabien Clavel
aux éditions
Genre : Fantasy

Auteurs : Fabien Clavel
Date de parution : septembre 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Le mythe nous aide à développer en nous une aire d’imaginaire, de fantaisie...

La Dernière Odyssée inaugure la nouvelle collection de fantasy pour la jeunesse aux éditions Mango. A cette occasion, Fabien Clavel a accepté de nous en dire un peu plus sur son parcours et sur sa relation aux mythes.

ActuSF : Eurydice dès votre premier livre, tout le panthéon et les figures grecs dans la Dernière Odyssée… Vous semblez familier de la mythologie grecque ; comment l’avez-vous découverte ?
Fabien Clavel : J’ai découvert la mythologie grecque au cours de mes études, notamment en cours de langues anciennes. Les textes antiques font constamment référence à ces histoires merveilleuses qui frappent l’imagination. La familiarité est donc venue petit à petit, à force de fréquentation. Une fois qu’on a entendu parler deux ou trois fois du même personnage mythologique, on a envie d’en savoir plus sur lui…

ActuSF : Et l’Odyssée  ? Quand l’avez-vous lue pour la première fois ? De quel(s) autre(s) de ses personnages auriez-vous aimé raconter l’histoire ?
Fabien Clavel : J’ai vraiment lu l’Odyssée assez tard, en classe préparatoire, il y a une dizaine d’années. Je devais passer un oral et j’ai choisi un sujet en rapport avec l’Iliade et Hector qui m’a, en quelque sorte, forcé à lire le texte intégral. Avant, je reculais devant l’ampleur de ce monument littéraire. J’avais peur de ne pas aimer, de ne pas savoir apprécier. Et ça a été un enchantement. J’ai lu l’Odyssée dans la foulée (je connaissais déjà l’histoire via le film avec Kirk Douglas), mais, des deux poèmes, l’Iliade reste de loin mon préféré, sans doute parce qu’il s’agit d’une aventure collective, alors que celle de l’Odyssée est plus individuelle, au mieux familiale. Pour moi, l’œuvre centrale est l’Iliade qui raconte une partie de la guerre de Troie. L’Odyssée est une sorte de suite narrant le retour de l’un de ces guerriers. Or on sait qu’il devait exister de nombreuses épopées qui racontaient les nostoï, les retours des guerriers chez eux. Je suis donc allé chercher le héros le plus improbable dans le catalogue des navires où Homère détaille les troupes en présence. J’ai trouvé Niréus et il m’a immédiatement plu par son côté looser. C’est un héros, mais il ne possède que trois navires ; il est très beau, mais moins qu’Achille... Pour accentuer l’effet, je l’ai même affublé d’une cicatrice. Une fois muni de mon héros, j’ai inventé mon propre retour en me documentant sur les apparitions de Niréus, dans différentes œuvres antiques, peu connues, qui viennent compléter
l’Iliade.

Le héros qui me fascinait le plus dans l’Iliade était Hector, en raison de sa grande humanité. Il est montré souvent au sein de sa famille, sa femme, son fils, son père (cet aspect est très bien rendu dans le film Troie de Wolfgang Petersen, qui m’a relancé dans la lecture d’Homère). Le problème est qu’il meurt à la fin. Ulysse a vécu d’autres aventures qu’on ne trouve pas dans l’Odyssée, mais à présent, mon point de vue sur lui est mitigé car c’est un personnage très ambigu. L’autre héros antique dont je voulais raconter l’histoire n’appartient pas au cycle troyen : il s’agissait de Thésée, sur lequel j’envisageais d’écrire un roman. J’ai d’ailleurs réutilisé dans La Dernière Odyssée du matériel prévu pour ce vieux projet en sommeil.

ActuSF : Que pensez-vous que des mythologies de civilisations disparues puissent apporter au lectorat du XXIe siècle ?
Fabien Clavel : On en revient toujours à l’Antiquité, quel que soit le moment, quelle que soit la matière. Les mythologies, et en particulier la mythologie gréco-latine, auront toujours à apporter parce qu’elles forment un vivier inépuisable. Il y a déjà un tel art du récit, de la dramatisation, une telle richesse dans ces fictions qu’on ne peut y rester insensible. D’autre part, le mythe est un mode de représentation du monde ; avec son côté excessif, incroyable, il nous aide à accéder à la pensée symbolique et à développer en nous une aire d’imaginaire, de fantaisie, sans pour autant se substituer au réel : une manière comme une autre d’échapper à la folie ou au désespoir. Il me semble frappant que la psychanalyse, par exemple, ait tiré l’une de ses principales leçons du mythe d’Oedipe, avec le fameux complexe qui lui est associé. Enfin, contrairement à une tendance de notre époque, les mythes ne sont ni provocateurs, ni bien pensants. Ils ne réclament pas de ce bon sens qu’on met à toutes les sauces. Ils sont, tout simplement. C’est un matériau malléable qui s’adapte et résiste à tout.

ActuSF : Quelle créature mythologique vous fascine le plus ?
Fabien Clavel : J’ai une tendresse particulière pour le Satyre. J’aime son mélange d’humanité et d’animalité, à la fois homme et bouc. Il est inutile et joyeux, passe son temps à courir après les Nymphes ou bien à trinquer avec Dionysos. Il est l’expression même du désir sourd, et souvent brutal, que la civilisation essaye de canaliser. Et puis, il arrive parfois que le Satyre devienne Pan, c’est-à-dire l’univers. C’est un mélange de petitesse et de grandeur.

ActuSF : Quelle figure mythologique (sous sa forme première ou réactualisée) vous semble avoir connu la « carrière », la postérité la plus aboutie ?
Fabien Clavel : Plus qu’une figure, j’ai l’impression que c’est le mythe du Labyrinthe qui a connu la plus belle postérité. On le retrouve partout : au fond des mines de Germinal, comme dans L’Homme dans le Labyrinthe de Silverberg (qui est d’ailleurs en même temps une réécriture superbe du mythe de Philoctète), ou dans Harry Potter.

ActuSF : Pensez-vous qu’il y a des figures « mythologiques » dans notre société actuelle et si oui, vous y intéressez-vous ?
Fabien Clavel : La question est difficile. Parler de « figure mythologique » me semble relever de l’abus de langage dans notre société contemporaine. Pour qu’il y ait mythe, il faut d’abord qu’il y ait récit et que la force de ce récit l’emporte sur toute considération de vérité historique. Cela demande du temps pour que la vérité devienne plus floue ; il faut qu’un récit se développe autour d’une figure, soit repris par le plus grand nombre, corrigé, amendé et remanié sur des années, des siècles, comme les contes populaires, pour arriver à une forme de perfection. Un personnage réel comme Marilyn Monroe glisse vers le mythe car on ne sait plus très bien où situer la vérité de son histoire. En plus elle touche à des thèmes très forts comme l’amour, le pouvoir et la mort. Il faudrait regarder dans quelques centaines d’années pour voir s’il y a réellement un mythe qui se développe.

Quant aux icônes médiatiques, elles sont plus tournées du côté du divin et de l’image que de celui du récit et de l’humain. On a beaucoup d’éléments de type religieux, ce qui justifie le terme d’icône, mais ils ne sont pas porteurs de véritables récits, ce qui est indispensable pour parler de mythe. De plus, le mythe traite toujours de la condition humaine. Les dieux des Grecs et des Romains sont morts mais leurs histoires sont toujours là. Ulysse n’est pas porté en effigie sur un maillot mais tout le monde connaît plus ou moins son histoire. Donc, sur ces questions, je suis plutôt tourné vers le passé.

ActuSF : C’est le premier roman jeunesse que vous écrivez ? Quelles contraintes cela a-t-il imposées à votre façon d’écrire ?
Fabien Clavel : C’est effectivement ma première œuvre pour la jeunesse. La première, et la plus importante, contrainte a été la longueur du texte. Le roman jeunesse est bien plus court : cela oblige à limiter les fils narratifs, à accélérer l’action pour capter le lecteur au plus vite et ne plus le lâcher. L’avantage, c’est que cela s’écrit très vite et que c’est gratifiant pour l’auteur. D’un point de vue stylistique, cela oblige à peser plus précisément ses mots et ses effets pour essayer d’obtenir le même résultat en une phrase qu’en plusieurs paragraphes. En outre, j’ai légèrement simplifié certains mots de vocabulaire pour que la compréhension soit la plus immédiate possible. J’ai pratiqué une sorte d’épure du style qui m’a sans doute fait du bien.

ActuSF : Et pour finir, quels sont vos projets ?
Fabien Clavel : J’envisage d’écrire une ou plusieurs suites aux aventures de Niréus si Xavier Mauméjean est d’accord. J’y réfléchis actuellement. Cette incursion dans la littérature jeunesse m’a bien plu et, si l’expérience est concluante, j’espère pouvoir proposer d’autres manuscrits à l’avenir, dans d’autres univers. Sinon, j’ai un autre projet en cours chez Mnémos et, peut-être, un roman fantastique si les éditions 5eme Saison sont intéressées. Je développe également un site personnel (http://fabien.clavel.free.fr) dans lequel je me suis pas mal investi pour proposer des fiches sur chacun de mes romans, un abécédaire pour évoquer les thèmes qui me sont chers et des petits strips pour raconter la vie d’auteur d’une façon que j’espère amusante.

Nathalie Ruas