Interview de Florence Magnin
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de Florence Magnin
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Florence Magnin
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : février 2002

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La (re)naissance d’une dessinatrice polyvalente

Actusf : Comment est née l’idée de votre dernière bande dessinée, L’héritage d’Emilie ?
Florence Magnin : Cela a été un long processus, j’ai moi-même du mal à me l’expliquer. La décision de faire le scénario en plus du dessin remonte à plusieurs années. J’ai commencé à écrire sans aucune idée de l’histoire. Je savais juste que je voulais une intrigue fantastique et je connaissais le thème je voulais traiter. J’ai ensuite laissé aller le crayon remplissant une pile énorme de cahiers de croquis et de notes. En fin de compte je suis arrivée avec une histoire beaucoup trop compliquée pour les éditeurs. Il a donc fallu que je reprenne mon projet, que je l’élague. Le résultat final n’a strictement plus rien à voir avec mes premières notes. Je ne peux donc pas vous dire : je suis partie de telle idée précise. Mais c’est vrai que c’est quand même toujours un peu fantastique, toujours onirique. Et c’est basé plus ou moins sur l’Irlande, les thèmes celtiques

Actusf : Le fait de ne pas avoir pris de scénariste, est ce un choix ?
Florence Magnin : Oui. Je crois que c’est un désir que beaucoup de dessinateurs ont à un moment ou à un autre. Quand on travaille sur un album, c’est tentant. On se dit : " et si c’était mon histoire qu’est-ce que cela donnerait ? L’aurais-je géré de la même manière ? ". Ce sont des questions qui sont toujours en suspens. Dans mon cas, j’ai commencé tard la bande dessinée. Si je voulais être scénariste, il fallait que je le fasse maintenant. Sinon ma volonté risquait de se perdre.

Actusf : Parlons de l’Irlande qui est très présente dans votre album…
Florence Magnin : Au départ je suis passionnée par la musique celtique et plus particulièrement par la musique irlandaise. Comme j’en écoute beaucoup, de fil en aiguille je me suis intéressée au pays. J’ai alors lu des livres d’histoire et de photo. J’avais donc une petite connaissance à la fois historique et mythologique de l’Irlande et des pays celtes en général. Cet album était l’occasion de le mettre un peu en évidence. Ceci dit dans le premier volume, Le domaine Hatcliff, ce n’est si pas évident. Il n’est pas vraiment centré sur l’Irlande. L’action s’y déroule mais c’est tout, même si certains thèmes sont issus du folklore irlandais.

Actusf : Votre dessin et votre histoire ont-ils été influencés par votre voyage en Irlande ?
Florence Magnin : Oui un petit peu. Essentiellement au niveau des paysages et des maisons. On les verra sans doute plus par la suite. Disons que pour l’instant mon voyage n’a vraiment compté sur le plan graphique mais plutôt au niveau de la démarche intérieure.

Actusf : Nous en sommes pour l’instant au premier tome mais le scénario est-il déjà finit ou vous n’avez pas encore répondu à toutes les questions qui sont posées ?
Florence Magnin : Toutes les questions ont des réponses, ça c’est sûr. Maintenant, reste à savoir de quelle manière je vais les positionner. J’ai une idée mais il y a toujours des surprises. Par exemple sur ce premier album, Emilie est le personnage principal. Mais parmi les personnages secondaires qui gravitent autour, il y en a un qui se détache dans les dédicaces et dans le peu de réaction que j’ai pour l’instant. C’est le personnage du fantôme de la reine qui est dans le Cairn. C’est assez curieux car pour moi il est complètement anecdotique. Et pourtant il a pris une place importante dans l’esprit des lecteurs… Je voulais de toute façon raconter son histoire brièvement, tout au plus en quelques lignes. Là je vais peut-être m’étendre un peu. Cela me permettra d’avoir une échappée sur un univers situé très loin dans le temps et en décalage avec l’intrigue.

Actusf : Vous avez déjà eu des retours de lecteurs ?
Florence Magnin : Un tout petit peu seulement. Disons que globalement ça a l’air de plaire. Mais la dédicace est un espace un peu trompeur car il est rare d’y rencontrer quelqu’un osant vous dire qu’il n’a pas aimé. Disons que ça fait du bien et que cela donne une petite idée au fil des critiques.

Actusf : Le fait d’avoir publié ce premier album toute seule, c’est une libération, un soulagement ou juste une première étape vers autre chose ?
Florence Magnin : L’avoir fait est une petite victoire. Maintenant je ne connais pas encore le succès auprès du public. Il faudra attendre quelques mois. Mais je suis assez satisfaite d’avoir menée Le domaine Hatcliff à terme même si je me rends compte de toutes les petites erreurs dans le dessin ou dans le scénario. Mais c’est normal.

Actusf : Y-at-il une différence entre le travail d’illustration et le travail de dessinateur ? Travaillez-vous de la même manière
Florence Magnin : Ce sont deux choses vraiment très différentes. L’illustration est plus proche de la peinture même si on est au service de l’auteur alors que le tableau d’un peintre peut-être le résultat d’une démarche intérieure. La bande dessinée se gère complètement différemment. C’est pour moi assez proche du cinéma. Une BD fonctionne comme un film. Au niveau du scénario, au niveau des mouvements de caméra... Les termes que l’on emploi sont les mêmes. : contre plongée, travelling avant, zoom… Et puis bien sûr la BD comporte du mouvement. C’est ma difficulté. Venant de l’illustration j’ai tendance à faire des dessins un peu statiques.

Actusf : Vous avez utilisé la même technique de dessin ?
Florence Magnin : Non il y a une petite évolution. En lisant d’autres bandes dessinées, je me suis aperçue que c’était pas mal d’avoir un trait qui soit plus apparent, plus fort pour donner un peu plus de vie aux personnages. Pour les couleurs, j’ai utilisé surtout des encres au lieu de l’acrylique. C’est donc un peu moins lourd. On allége un peu tout en donnant plus de force.

Actusf : Il y a des dessinateurs auprès desquels vous êtes aller puiser des sources d’inspiration ?
Florence Magnin : En bande dessinée, il y en a plein. Je pourrais presque dire que dans toutes celles que j’ai lu j’ai appris quelque chose. Je suis en pleine formation au niveau de la BD. Mes premiers albums étaient vraiment de l’illustration mise au service d’un texte. Maintenant, je pense faire de la bande dessinée. Je pioche aussi dans le cinéma.

Actusf : Finalement vous avez réalisé de A à Z votre bande dessinée ?
Florence Magnin : Oui j’ai fais le scénario, le dessin, la couleur, l’encrage et le lettrage. Ceci dit, c’est loin d’être facile. Mais sur cet album, je voulais tout assumer, même les lettres. Pour moi c’était un tout.

Actusf : Cela a dû être long...
Florence Magnin : Cela a pris un an, ce qui est une durée normale. Mais j’ai dû arrêter complètement l’illustration alors qu’avant je faisais les deux en parallèle.

Actusf : Est ce un signe de reconversion ?
Florence Magnin : Oui. Si je peux continuer à ne faire que de la bande dessinée je ne dirais pas non. Mais encore une fois cela dépend des ventes. Si elles sont catastrophiques, on ne me laissera pas poursuivre… J’ai arrêté l’illustration car j’en avais un peu assez. Après vingt années j’estimais avoir assez donné.

Actusf : Des bruits de couloirs courent au sujet d’une réédition du tarot d’Ambre. Pouvez vous le confirmer ?
Florence Magnin : Non pour l’instant non. Je l’espère mais il n’y a rien de signé et de sûr. Je souhaiterais qu’il puisse renaître de ses cendres car c’était un gros travail. Et puis j’aime bien le tarot. Illustrer une carte c’est l’occasion de faire de petits dessins.

Actusf : Quels sont vos projets ?
Florence Magnin  : La suite de L’héritage d’Emilie. Le premier album soulève plein de questions. Il va falloir y répondre même si cela devrait prendre un certain temps. Surtout que je voudrais distiller un peu les réponses, les égrener le long des chemins… C’est mon projet immédiat. Par la suite, il y a d’autres idées de bandes dessinées.

Actusf : Avec d’autres scénaristes ?
Florence Magnin  : Non toute seule si je peux. Encore une fois cela dépendra des ventes. Si elles n’étaient pas bonnes il faudra que je trouve un autre éditeur. Mais nous n’en sommes pas là.

Pierre Demetz