Interview de Franck Ferric
de Franck Ferric
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Franck Ferric
Date de parution : novembre 2009 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : Vous venez de publier La loi du désert, aux éditions du Riez. Un roman que l’on pourrait qualifier de post-apocalyptique, mais les évènements qui ont transformé notre planète restent très flous... Pourriez-vous les éclairer ?
Franck Ferric : Les évènements ayant provoqué la propagation du désert restent flous car ils se sont déroulés bien des générations avant l’époque à laquelle vivent les héros de La Loi du désert. Il ne reste pas grand chose de précis à ce sujet dans la mémoire d’hommes désormais surtout préoccupés par leur propre subsistance et qui sont majoritairement issus de familles de colons miséreux, de déracinés analphabètes. Ce qu’on peut néanmoins en dire (et en résumant un peu beaucoup, hein), c’est qu’il y a d’abord eu un longue désaffection des hommes pour leur terre, suivie de quelques décennies de guerres liées au contrôle des ressources naturelles et aux sauvegardes de lignes de frontières malmenées par les déplacements de réfugiés de tous poils. Puis le soleil s’est mis à cogner (vraiment) plus fort. Lentement, le désert s’est installé, obligeant les gens à se déplacer vers des régions vivables pour se rassembler dans de grandes cités censées offrir plus de sécurité face aux bandes et à la poussière. L’instabilité politique, la destruction de l’économie, des infrastructures, des appareils de production et l’épuisement des ressources ont conduit à un oubli progressif d’une bonne part de la culture et de la technologie passée. Les sociétés se sont alors réorganisées, avec plus ou moins de bonheur, prenant la forme de cités autonomes parsemant le désert, protégeant jalousement leurs maigres ressources et leurs systèmes politiques fragiles. Jusqu’à finalement se refaire la guerre.

ActuSF : Comme dans Croisière sans escale de Brian Aldiss, les habitants de ce monde semblent avoir « oublié ». La mémoire est une pierre angulaire de votre roman. Pensez-vous que notre société a tendance à oublier trop facilement et qu’elle se met ainsi en danger ?
Franck Ferric :
Les historiens ont beaucoup écrit sur la faculté des civilisations humaines à apprendre de leurs erreurs ou à les répéter. Je ne sais pas parmi eux qui a raison ou bien tort (même si j’aurais plutôt tendance à penser qu’un homme restera toujours pareil à un gosse qui sait ou son père cache son flingue : il aura toujours tendance à vouloir le sortir pour aller faire le malin avec et obliger le voisin à lui filer ses jouets, et restera tout prêt à oublier ses leçons de bonne conduite du moment qu’il se persuade – ou qu’on le persuade – que c’est bon pour lui). La mémoire et sa perte sont effectivement des thèmes centraux de La Loi du désert. Mais le propos du bouquin n’est pas de faire de la cyclologie à quatre sous, ni de prétendre qu’il faille s’agenouiller devant le souvenir des sacrifices, valables ou pas, de nos aïeux (j’aime bien Brassens quand il chante Les Deux oncles), ni de glorifier un passé soit-disant plus sage que le présent. Je pense que les sociétés oublient, que c’est inévitable et même sûrement salutaire. Il n’y a que les elfes de Tolkien pour ne jamais rien oublier, et je n’ai pas l’impression que ça les rende heureux pour autant : les gobelins plus marrants qu’eux.

ActuSF : La musique a un rôle discret mais est néanmoins omniprésente dans La loi du désert. A-t-elle été d’une grande influence sur votre œuvre ?
Franck Ferric : Elle a une influence sur tout ! Pour moi, une journée sans musique est une journée foirée. La Loi du désert a été écrite sur pas mal de morceaux de blues (Mississipi John Hurt, Leadbelly, Joplin…)

ActuSF : On a comparé votre roman a un road movie, analogie que j’approuve. Une autre influence ou une forme délibérée ?
Franck Ferric : Une forme délibérée avant tout. La route est en quelque sorte de fil conducteur des trajectoires des deux frères, une manière pour eux de comprendre les choses : il leur faut l’un comme l’autre quitter leur milieu pour comprendre ce qu’ils veulent vraiment, et au final qui ils sont. Le road trip était une forme qui servait ce que j’avais l’intention de raconter.

ActuSF :  A quel personnage de La loi du désert vous identifiez-vous le plus ? On pourrait avoir le sentiment que chacun des membres de cette famille sont un peu les différentes facettes d’un seul et même personnage qui se questionnerait sur sa place dans la société...
Franck Ferric :
Humm… Bingo ! Mais si j’avais un choix à faire, je préférerais avoir la liberté de me retrouver dans la peau de Riot.

ActuSF :
Les "lieux mythiques" comme la cité de la Lanterne sont un archétype courant dans la science-fiction, la fantasy mais également nombre de textes religieux... Un thème de notre inconscient collectif ?
Franck Ferric : Le lieu mythique est bien sûr un thème très présent dans l’inconscient collectif, puisqu’on le trouve dans toutes les sources (mythologiques, religieuses, historiques, artistiques, politiques…) des cultures humaines et qu’il y revêt la fonction de « lieu de mémoire » collective. Il y a sans doute dans La Lanterne un peu de la Tour de Babel, du phare d’Alexandrie et de sa bibliothèque (qui conservait les originaux des livres faisant escale au port, tout comme le bibliothécaire de la Lanterne garde les histoires des paumés qui y échouent).

ActuSF :
Pouvez-vous d’ores et déjà nous divulguer quelques informations sur une suite à La loi du désert ? Travaillez-vous sur d’autres projets en parallèle ?
Franck Ferric :
Je doute qu’il y ait jamais une suite directe à La Loi du désert : les choses qui ont été laissées en suspend à la fin de l’histoire l’ont été sans prévision qu’elles soient un jour expliquées, et je préfère ne pas savoir ce que les deux frangins sont devenus : c’est leur affaire. En revanche, je crois ne pas en avoir encore terminé avec les Blafards : ce sont de fichus revanchards qui réclament leur part de soleil. Donc une autre histoire se déroulant quelque part dans le désert de Salina est fort possible (à vrai dire, c’est en chantier). À part ça, niveau preview : un roman parlant d’un égoutier qui rencontre d’anciens dieux sur la mauvaise pente, qui devrait sortir en 2011. Et des nouvelles, ici et là (aux éditions Argemmios notamment). Et ça ira bien pour le moment.

Julien Morgan

Interview conduite par mail les 23 et 24 septembre 2009.