Interview de François Darnaudet
de François Darnaudet
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : François Darnaudet
Date de parution : février 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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François Darnaudet vient de signer un excellent roman chez Rivière Blanche : Trois Guerres pour Emma. Un roman plus historique que fantastique...

ActuSF : Comment est né ce Trois Guerres pour Emma ?
François Darnaudet :
C’est un roman qui arrivait naturellement après Le papyrus de Venise (chez Nesti) et Custer et moi (ActuSF). J’adore écrire (et donc vivre par procuration) des aventures situées à la fin du XIXè siècle. C’est mon siècle adoré ! La Commune de Paris et le massacre de Custer à Little Bighorn sont mes idées fixes préférées.


ActuSF :
Raconte-nous ce parcours qui te lie avec l’un des deux soldats français qui a combattu à Little Big Horn aux côtés du général Custer (l’un des deux héros du livre) ?
François Darnaudet :
Plusieurs réponses possibles à cette question. L’une des réponses qui serait ésotérique ou fantastique est contenue dans Custer et moi. Je laisse aux lecteurs férus de réincarnations et de mystères le soin de la découvrir en volant un exemplaire de Custer et moi dans les locaux d’ActuSF... Une autre réponse est suggérée dans Trois guerres pour Emma : les deux soldats français qui ont connu la dernière résistance de Custer à LBH ont réellement existé. L’un des deux était à coup sûr, les sources historiques le prouvent, un Communard. Il a survécu au massacre car il n’était pas dans les Compagnies de Custer mais dans celles du major Reno. L’autre, dont les origines restent floues, fait partie des 30 derniers soldats à avoir tenu le dernier losange autour de Custer. Un Français est donc mort aux côtés de Custer...


ActuSF : C’est une histoire qui te passionne puis qu’elle a déjà fait l’objet de plusieurs récits chez toi, et notamment Custer et moi publié chez Actusf. Est-ce que tu crois qu’avec Trois Guerres pour Emma tu en as terminé avec lui ?
François Darnaudet :
J’espérais en avoir terminé avec Custer, personnage obsessionnel qui me vient de l’enfance, un rêve étrange et fiévreux alors que j’avais la rubéole et dans lequel j’ai vécu la fin du Septième de Cavalerie, pistolet au poing. J’ai beaucoup parlé de Custer avec David Cornut, THE spécialiste de LBH. Et puis, je sens remonter la fièvre Custer. Je suis tombé par hasard (est-ce un hasard ?) sur le western de fantasy de Mark Sumner où Custer est un mage horrible, La Tour du diable (Pocket SF). Mon fils Boris avec lequel j’écris désormais des nouvelles de SFet F a lu le livre avant moi. Il a adoré ! Une idée de scénario de pure SF me travaille de plus en plus. Je me dis souvent : "Oublie Custer !". IL revient, tel un fantôme... Je crains de ne pas en avoir terminé avec lui. D’autant que la formidable illustration de couverture de Christophe Palma me donne à cauchemarder de nouveau...

ActuSF : La majeure partie du roman se situe juste avant et pendant la commune de Paris. Pourquoi avoir choisi cette période ? Qu’est-ce qui t’a intéressé dans ce moment clef de l’histoire ?
François Darnaudet :
J’ai une grande familiarité avec les 50 dernières années du XIX è siècle (réincarnation ?). J’adore les leaders de gauche de cette époque. Ce n’est pas un hasard si le steampunk est né autour du Londres de cette période. Un immense auteur comme Hervé Jubert situe très souvent ses romans à Paris à cette époque. J’aime les politiques, les peintres, les auteurs français qui hantaient la capitale dans ces années-là... j’aurais aimé prendre une cuite avec Verlaine, Vallès, Darien, Lissagaray, Hugo... casser du bourgeois avec les Communards ! 

ActuSF :
On sent que la période t’a passionné. Il y a beaucoup d’éléments historiques. Est-ce que ça a nécéssité beaucoup de recherches ?
François Darnaudet :
C’est TRES DIFFICILE d’écrire sur cette période. C’est une période de grandes inventions et mutations. Paris s’éclaire à l’électricité pour la première fois pendant le siège prussien... fantastique ! On expérimente l’éclairage électrique en éclairant les remparts de la ville. J’ai beaucoup beaucoup travaillé sur le Paris des années 1870. Malgré tout, je suis certain d’avoir laissé passer des gaffes. Tout le travail réalisé pour Le Papyrus de Venise m’a beaucoup servi pour démarrer "Emma" (tiens, en ce moment, j’écoute en boucles la chanson éponyme des Têtes Raides, en duo avec Jeanne Moreau. Moi, je vois mon Emma...)

ActuSF :
Pourquoi d’après toi la Commune de Paris a encore autant d’importance ? Et pourquoi est-elle un peu "oublié" des manuels d’histoire ?
François Darnaudet :
 Marx l’a dit avant moi. C’est un modèle de révolution presque réussie qui a fini par un échec sanglant. Elle est volontairement oubliée par l’Education Nationale parce qu’il ne faut pas donner de telles idées aux petits Français. Une tentative de révolution de type anarcho-syndicaliste, quelle horreur ! Il faut travailler plus pour mener un vie de plus en plus con ! La Commune, c’est TRES révolutionnaire et TRES dangereux pour une société capitaliste.

ActuSF :
Pourquoi avoir choisi de placer ce trio amoureux dans cette période troublée ?
François Darnaudet :
C’est très agréable de vivre une histoire amoureuse pendant une période de troubles et de manifestations dans la rue... Si ! Si ! La révolution et le sexe amoureux font un excellent ménage.

ActuSF :
Quels rapports ont-ils tous les trois. Est-ce que Jean-Baptiste est vraiment l’amant et Joseph le petit ami en titre ?
François Darnaudet :
Certains critiques ont fait allusion avec raison au trio de Jules et Jim. Emma tente de vivre un trio amoureux dans la franchise, la bonne humeur et l’enthousiasme révolutionnaire. Joseph est l’amant physique, Jean-Baptiste est l’amant pour discuter... si je puis dire !

ActuSF :
Comment vois-tu Emma ? Elle semble être une femme libérée tant sur le plan personnel que politique...
François Darnaudet :
Emma est une Louise Michel qui serait aussi canon que Scarlett Johansson en brune. Le fantasme d’enfer : une femme belle, libre, super-intelligente, garce, courageuse, énervée et avec laquelle tu peux faire l’amour et parler philosophie pendant des heures et des heures... 

ActuSF :
Quels sont tes projets ? Sur quoi travailles-tu ?
François Darnaudet :
Là, je viens juste de sortir mon deuxième Poulpe chez Baleine (Les Ignobles du Bordelais) et j’en suis très fier ! J’adore le Poulpe et Baleine (la nouvelle direction est très "allumée" et cool !). Philippe Ward qui m’aide beaucoup énormément c’est incroyable ce que ce gars-là peut m’aider a déjà programmé un thriller humoristique sur le fandom de fantastique et de polar, Au Château d’Alcool (Rivière Blanche comme Emma...). En chantier, mille choses ! En vrac : un Dagon à Venise avec Ward, le tome 2 de Xavi avec Ward et Girodeau, un thriller avec Serguei Dounovetz, trois romans relevant du thriller en solo... et l’histoire de SF avec Custer qui me hante de plus en plus... je dois oublier plein d’autres trucs (en BD, notamment).

Jérôme Vincent