Interview de François Miville-Deschênes
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de François Miville-Deschênes
aux éditions ActuSF
Genre : Fantasy

Auteurs : François Miville-Deschênes
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : octobre 2004

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Vivant au Québec, on peut découvrir tout le talent de François Miville-Deschênes depuis quelques mois grâce à la série Millénaire aux éditions Les Humanoïdes Associés. A l’occasion de la sortie du deuxième tome, nous lui avons posé quelques questions

Actusf : Comment est né votre goût pour le dessin ? J’imagine que vous avez toujours dessiné. Quel a été votre parcours ?
François Mivilles-Deschênes : J’ai effectivement commencé très jeune : mes parents m’ont mis des crayons entre les mains dès l’âge de deux ans et je n’ai jamais cessé depuis. C’est une passion dévorante ! Mon parcours est celui d’un autodidacte. D’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement puisqu’au Québec, à l’époque, il n’existait aucun "cours de BD" et les "Beaux Arts" avaient été abolis depuis déjà un certain nombre d’années. J’ai suivi des cours de graphisme pendant un an, mais je n’ai pas complété les trois années nécessaires pour obtenir un diplôme, car ma déception était grande en constatant le peu de temps consacré au dessin. Ce que l’on me demandait de faire en dessin d’observation, je le faisais quand j’étais au primaire ! J’ai donc rapidement tourné la page.
J’entrai alors de plein pied dans le monde du travail comme illustrateur à environ 18 ans. Si faire de la BD réaliste et en vivre avait été plus aisé au Québec, j’aurais probablement suivi un parcours différent et tâté sérieusement de la bande dessinée plus tôt, mais la vie est ainsi faite.

Actusf : Comment avez-vous rencontré Richard D. Nolane et comment travaillez-vous ensemble ?
François Mivilles-Deschênes : C’est un heureux concours de circonstances qui fit que je soumis une proposition de projet de BD aux principaux éditeurs européens alors que Richard avait lui-même réalisé le découpage du premier tome de Millénaire pour les Humanos, juste un peu avant. Ils cherchaient justement un dessinateur réaliste. Comme l’action de mon histoire se déroulait en Nouvelle-France, les Humanos me firent remarquer que ça ne correspondait pas tout à fait à leur ligne éditoriale, mais mon dessin leur plaisant beaucoup, ils ont souhaité que je jette un oeil à un projet de BD médiévale. Vous connaissez la suite.

Actusf : Qu’aviez-vous envie de faire au niveau du dessin avec Millénaire ?
François Mivilles-Deschênes : Côté dessin, je ne me suis pas réellement posé de question ; je me suis lancé sur les premières planches en me disant que j’emploierai simplement le genre de dessin et le style d’encrage qui me viendraient le plus naturellement, le plus spontanément. Mon travail et mon expérience d’illustrateur me permettant d’user de plusieurs médium et traitements variés, Millénaire aurait pu être totalement différent...

Actusf : Millénaires est une série entre fantasy et fantastique. Aimez-vous les genres de L’imaginaire et y a-t-il des auteurs, des romans ou des BD qui vous aient marqué ?
François Mivilles-Deschênes : Je tiens à préciser que le côté historique de la série est très important pour moi ; je me fais un point d’honneur à être le plus juste possible et à atteindre la plus grande "véracité historique" à laquelle il me soit possible d’arriver dans le cadre de cet univers où apparaissent sporadiquement des éléments imaginaires. Je pense que le dessin réaliste et le côté historique fouillé "crédibilisent" en quelque sorte ce monde. Millénaire est plutôt, pour moi, une série historico-fantastique avec, pour le moment, un soupçon de S-F. Plus jeune, j’ai été influencé par plusieurs des grands de la BD franco-belge, leur empruntant probablement à chacun un petit quelque chose qu’il serait aujourd’hui difficile d’identifier. Chéret est certainement celui que j’ai le plus imité, puis il y eut Giraud, Gillon, Hermann, Aidans et tant d’autres. J’ai également subi l’influence de dessinateurs des États-Unis, comme Buscema, Adams, Hogarth et de nombreux illustrateurs tels que N.C.Wyeth, Dean Cornwell, Frazetta, etc. Là, je ne parle même pas des peintres ! J’espère être arrivé à m’éloigner de ces influences, à les avoir digérées jusqu’à m’engager sur le chemin d’un style qui me soit propre. L’œuvre littéraire qui m’ait le plus marqué est La Guerre du Feu de J.H. Rosny Aîné, publiée en 1911 et dont les descriptions précises, de même que le côté très " baroquement " poétique m’ont toujours stimulé graphiquement.

Actusf : Vous avez été illustrateur dans de nombreux domaines. Ce travail a-t-il eu une influence sur celui de dessinateur BD ? Travaillez-vous de la même façon dans les deux domaines ?
François Mivilles-Deschênes : L’influence du travail d’illustrateur scientifique ou historique m’amène certainement à être pointilleux en ce qui concerne la reconstitution de l’environnement des héros, ainsi que de leurs costumes, armes et autres détails.Effectivement, je travaille de la même façon : je me documente le plus adéquatement possible, j’esquisse, puis je passe à l’étape du crayonné et de l’encrage. J’essaie toujours de ne pas être esclave de la documentation ou des références visuelles. Ainsi, si je n’ai pas le choix et que je dois avoir recours, par exemple, à une image de bateau ou d’édifice nécessaire du point de vue historique, je ne peux me contenter de copier platement et je représente le sujet sous un autre angle. Pas d’effort, pas de mérite !

Actusf : Quelles techniques utilisez-vous pour vos BD ?
François Mivilles-Deschênes : Comme beaucoup de dessinateurs, je réalise de petites esquisses, plutôt sommaires, de mes découpages, puis je trace cadrages et dessins au crayon sur la planche finale (46 x 56cm) avant de passer à l’étape ultime de l’encrage. Pour cette dernière, j’utilise surtout plumes et pinceaux. En ce qui concerne les couvertures de la série, je privilégie l’acrylique ou l’huile selon les cas. À titre informatif, pour ceux qui s’intéressent de près à la technique, je peux vous préciser que la couverture du premier tome de la série a été réalisée à l’acrylique, celle du tome 2, édition standard, à l’huile et à l’acrylique, puis celle du tome 2, édition de luxe (publiée chez "Album"), à l’huile uniquement.

Actusf : On en profite puisque vous vivez au Québec. Comment s’y porte la BD ?
François Mivilles-Deschênes : De mieux en mieux, me semble-t-il. Je me réjouis surtout que nous soyons de plus en plus nombreux à collaborer avec des éditeurs européens, cela permettra peut-être à certains jeunes, avides de "faire de la BD", de constater que c’est désormais tout à fait possible, même en restant ici, au Québec ! Il faudra cependant que la mentalité populaire change et que l’on ne considère plus la bande dessinée comme un truc de "p’tits comiques" ; que l’on se rende compte de ce que c’est réellement. De ce côté, il y a encore du travail à faire. De plus, les éditeurs québécois ne disposent pas -et de loin- des moyens de leurs collègues européens bien établis depuis longtemps, ce qui complique singulièrement les choses. Il leur est difficile de payer un auteur pendant plusieurs mois afin qu’il réalise tranquillement sa BD, de sorte qu’ils comptent souvent sur des subventions gouvernementales.

Actusf : Quels sont vos projets ?
François Mivilles-Deschênes : Je vais terminer le troisième tome de Millénaire et il n’est pas impossible que j’entame un autre projet. Rien n’est sûr, toutefois, mais je pense qu’il est probable que j’aurai envie de tâter d’une autre époque un jour ou l’autre. C’est pour cette raison qu’un projet mijote actuellement, en collaboration avec un scénariste ayant déjà plusieurs albums à son actif. Il n’est pas impossible aussi que Millénaire compte quatre ou cinq titres avant que je ne me consacre à autre chose. L’avenir nous le dira. Ce que moi je peux vous dire, en revanche, c’est que suite à la parution du tome 1, plusieurs propositions m’ont été faites ; je ne manquerai sans doute pas de travail !

Jérôme Vincent