Interview de Fred Blanchard
( 1 )
de Fred Blanchard
aux éditions ActuSF
Genre : Fantasy

Auteurs : Fred Blanchard
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Très à l’aise Fred Blanchard en arrivant en interview en ce jour de septembre 2005. Après les présentations d’usage ("oui, on est un site internet avec un gros dossier sur votre Label série B"), on attaque en off par quelques plaisanteries sur le net

Actusf  : Votre maman aime-t-elle la BD ?
Fred Blanchard : Elle confond la Bande dessinée avec le dessin animé. Elle m’a dit "j’ai lu ton dernier dessin animé et j’ai beaucoup aimé". (rire). Elle est très fière de ce que je fais et ça suffit amplement à mon bonheur.

Actusf : Comment la bande dessinée est-elle venue à vous ?
Fred Blanchard : Comme beaucoup de monde, c’est une passion d’enfance. Elle a commencé vers les 7 ans et j’ai tout de suite détesté Tintin et Blake et Mortimer, pour plutôt me diriger vers Gaston Lagaffe et Astérix. Et puis à la puberté, j’ai basculé subitement vers Moebius et Métal Hurlant. Ca à l’air anecdotique, mais Franquin et Moebius sont les deux pôles qui peuvent expliquer ma personnalité. Ensuite j’ai pas mal lu jusqu’au moment où je suis rentré en école d’art. J’ai alors tourné le dos à la BD en voulant être graphiste. Diplômé, je me suis retrouvé dans les agences de pub avant de me dire au bout de 9 mois que ce n’était pas pour moi. Je voulais essayer de faire ce qui me plaisait à l’époque : l’illustration. Je parle de la fin des années 80 et du début des années 90. Il n’y avait alors plus de canards de bande dessinée. Et donc j’ai rejoint le seul journal où l’on pouvait encore bosser à l’époque : Casus Belli. Ils m’ont accueillis tout de suite et j’ai pu perfectionner mon trait et faire de petites expériences graphiques ce qui m’a permis d’être repéré par Zenda pour qui j’ai fait un album. Et puis j’ai rencontré Olivier Vatine qui lui travaillait chez Delcourt et qui m’a entraîné avec lui. Et entre 93 et 95 on a créé le label Série B.

Actusf  : Je fais une pause sur votre vie. Vous avez fait beaucoup d’illustrations, et notamment des couvertures de romans...
Fred Blanchard  : En fait, j’ai arrêté il y a quelques temps. L’année où j’ai le plus travaillé, c’était en 2000 avec Série B, le film d’animation Corto Maltèse, StarFix, Science Fiction Magazine et avec en plus des couvertures pour Degliame, Fleuve Noir... Depuis j’ai décidé d’arrêter et de me consacrer à Série B qui prenait de plus en plus d’ampleur. Et puis je me sentais une responsabilité vis à vis des auteurs. Je ne pouvais pas tout faire.

Actusf : SF Mag, Casus, Série B... tout cela reste dans les genres de l’imaginaire. J’imagine que vous aimez particulièrement ça...
Fred Blanchard : Oui. Mes goûts me portent plutôt vers ça l’imaginaire. Mais en faisant un peu de BD et vu mon style, Casus Belli m’a ouvert les bras là où le magazine Elle ne l’aurait pas forcément fait. Le style détermine un peu la direction dans laquelle tu vas travailler. Quand on fait de la BD et de l’illustration, c’est une chance et une malédiction. C’est une chance parce qu’on se trouve au carrefour de ce qui se fait depuis plusieurs années : le mélange entre jeux vidéo, BD, jeux de rôle, animation... En gros si on sait faire de la BD, on est capable de travailler dans tous les médias voisins. Par contre, c’est vrai que pour bosser dans d’autres magazines comme la mode c’est impossible, sauf exception.

Actusf  : Mais plus jeune, vous lisiez de la SF ?
Fred Blanchard : Oui. Même si depuis quelques temps j’en lis moins. Je ne suis plus trop au courant de ce qui se fait. Et puis en ce moment je travaille beaucoup avec Jean-Pierre Pecau et sur ses scénarios avec Arcanes, Hauteville House etc, et du coup je me dirige plus vers des livres d’Histoire contemporaine ou de littérature moderne qui me servent pour ces séries. Mais j’aimerais bien recoller un peu au peloton, voir ce qui se fait depuis 10 ans.

Actusf : Pour revenir à Série B, comment s’est passée la rencontre avec Olivier Vatine ? Vous vous souvenez la première fois que vous l’avez vu ?
Fred Blanchard : Oui je m’en souviens très bien. C’était chez Casus Belli où l’on venait chacun livrer un dessin. Et on ne s’est pas parlé (rire). La vraie rencontre, c’est par le biais de Laurent Duvault qui travaillait chez Zenda et qui sachant que je voulais partir m’a montré Aquablue. Et là j’ai vu qu’Olivier avait une vraie puissance narrative et graphique. Et je me suis dit "je veux rencontrer ce gars là !". Un peu plus tard, j’ai passé une soirée chez lui où l’on a pas mal parlé de SF justement en évoquant Starship Trooper d’Heinlein ou des Culbuteurs de l’enfer de Zelazny. C’étaient à chacun nos deux livres de chevet du moment. Du coup je lui ai donné un coup de main sur le tome 4 d’Aquablue et de fil en aiguille on a eu l’idée de Série B pour publier des albums qu’on ne trouvait pas en librairie. On voulait de la BD d’action mais intelligente, qui racontait des choses.

Actusf  : Vous aviez déjà des albums en vue lorsque vous avez lancé le label ?
Fred Blanchard : On avait déjà repéré Gess et son travail sur Teddy Bear. Et Olivier avait rencontré Fred Duval qui bossait sur 500 fusils. De mon côté je travaillais dans le dessin animé avec Didier Cassegrain. On leur a proposé à tous les trois quasiment au même moment de collaborer avec nous et ils ont dit oui. On a l’habitude de dire en rigolant que la collection est née sur un coin de table mais il y a un peu de ça. C’était un pari qu’on pensait un peu inconséquent à l’époque. On est parti la fleur au fusil (rire). Et on a eu pas mal de chance. On a trouvé tout de suite les trois scénaristes qui ont vraiment structuré le label. Pour Damour, c’est Crisse qu’Olivier connaissait un peu qui nous l’a emmené. Christophe Quet, j’ai trouvé son dossier dans un placard chez Casus Belli. Ca s’est monté petit à petit. On ne va pas dire qu’on fait passer l’affectif avant tout mais il y a forcément des affinités pour ce type de projet. C’est comme dans toutes les collaborations. Si les gens ne s’entendent pas, il n’en sort rien de bon.

ActuSf  : Série B à 10 ans. Est-ce que vous en êtes satisfait ? Quel est le bilan ?
Fred Blanchard  : Oui. Je ne renie aucun des albums qu’on a fait. On essaie de faire les séries les plus honnêtes qui soit, avec une narration bien structurée, des champs contre-champs, beaucoup de détails pour qu’elles puissent se lire et se relire... Que des choses qu’on aurait aimé retrouver chez les éditeurs de cette époque là. Et puis je voulais éviter à des jeunes dessinateurs les déconvenues que j’avais eu chez Zenda avec Doug Headline. Ca m’avait vraiment dégoûté de la BD. Donc pour Série B, je voulais que les dessinateurs débutants se sentent bien et aient une vraie chance. Après bien sûr que parfois il y a quelques tensions... c’est la vie. Mais globalement on a quand même réussi à faire plus de 50 albums, on aura vendu plus d’1.5 millions d’exemplaires à la fin de l’année, toutes les séries fonctionnent entre 12 et 80 000 exemplaires par album... Et puis tous les gens qui travaillent sur le label avec nous sont des amis, parfois des amis très proche. Je crois qu’il n’y a que trois auteurs qui nous ont quittés en 10 ans. Donc je suis bien à ma place aujourd’hui et je suis content de ce qu’on a fait. Le seul bémol, c’est sur le nom du label, Série B. Je pense qu’il y a encore des lecteurs qui ont une mauvaise image de la collection à cause du nom. Y’a peut-être parfois une petite mésentente à ce niveau là. Alors qu’on a des séries qui parlent de vrais problèmes d’aujourd’hui, qui disent des choses importantes…

ActuSf  : Comment choisissez-vous aujourd’hui les séries que vous publiez ?
Fred Blanchard : La base c’est surtout les scénaristes ! On en a trois, on cherche toujours le quatrième. Mais en général ça part d’eux, de leurs envies, des projets qu’ils aimeraient faire. Et après ils nous font souvent confiance pour leur trouver des dessinateurs. Ou alors on voit un dossier d’un dessinateur avec un projet qui nous interpellent et on en parle à ces trois là. Une fois le projet lancé, une fois la rencontre dessinateur/scénariste passé, on accompagne de très près les deux-trois premiers albums histoire que tout se passe bien dans leur collaboration. La plupart du temps la greffe prend bien. On n’a plus qu’à regarder la série évoluer du siège arrière de la voiture (rire). Y’en a un qui conduit et l’autre qui a la carte.

Actusf  : A vous entendre, vous avez l’air d’adorer votre job...
Fred Blanchard : Oh oui. C’est tellement de travail. Si en plus il fallait ne pas aimer ça... Il vaudrait mieux que je fasse autre chose.

Actusf  : Quelles sont les orientations de série B pour 2006 ?
Fred Blanchard  : C’est l’expansion permanente mais il va falloir qu’elle se calme un peu. Il va y avoir 4 ou 5 nouvelles séries dans le label. Il y en a une ou deux déjà prévu en 2007. Mais la masse de travail est telle que notre marge de manœuvre est de plus en plus faible. Quand j’ai signé une série, c’est pour m’en occuper. Donc il faut savoir rester raisonnable si je veux rester disponible pour les auteurs. C’est une expansion continue mais contrôlée. (rires)

Actusf  : Vous allez continuer les Arts-Off ?
Fred Blanchard : Oui. Là aussi ce sont des albums qu’on aurait bien aimé trouver en librairie et qu’on ne trouve qu’à l’étranger notamment aux Etats Unis où c’est très répandu. Il n’y a pas de démarche éditoriale chez nous sur des bouquins d’images. Juste quelques exceptions ou des traductions. L’idée c’est de découvrir une autre facette d’un dessinateur. Un peu comme Manchu qui n’a pas fait beaucoup de BD mais qui bosse avec nous sur des designs ou des couvertures et dont je voyais les illustrations sur de nombreux romans de SF depuis 20 ans. Et je me suis toujours étonné qu’il n’y ait pas de bouquin sur ce type là. Alors effectivement, ce sont des BD qui marchent un peu moins bien, qui sont plutôt cher à faire et qui sont lourds au niveau du travail éditorial parce qu’il faut se replonger dans les archives. Et puis il y a un gros travail de mise en page. Mis bout à bout, un Art Off représente pour moi 2 mois de travail. Pour des ventes entre 2 500 et 6 000 exemplaires. Dans les projets, on aura un Stan et Vince et on a encore plein d’idées. Il y en aura un par an. Pas plus. Mais j’ai encore des idées pour 10 ans.

Actusf  : Et pour terminer, vous avez un chouchou parmi les plus de cent albums de Série B ?
Fred Blanchard : non mais il y a plein de souvenir. Le premier Carmen McCallum, c’était le premier à sortir sous le label en librairie. Alors forcément ça fait quelque chose. Je me souviens de la première fois où l’on a dépassé les 50 000 exemplaires vendus avec un Golden City. Je souviens du choc de la couverture du Travis n°3. Et puis son impact sur les ventes. Je pourrais sortir des anecdotes comme ça sur toutes les séries. C’est un peu comme des enfants qu’on met au monde et qu’on voit grandir. Pour tout ça aussi, l’aventure Série B vaut le coup. Ca a bien rempli mes 10 dernières années. Donc pas de chouchou mais forcément des livres qui m’ont marqué plus que d’autre. Et puis même les auteurs, ce sont en général des gens qu’on aime bien. C’est une aventure éditoriale mais aussi humaine.

Actusf  : Quels sont vos projets pour vous ?
Fred Blanchard : Je me réserve le temps qui me reste pour des albums personnels. J’en ai sorti un cette année. Et puis aussi j’ai deux projets de films avec Marc Caro qui pour l’instant ne sont pas montés. Et puis là il veut que je participe aux boards de son prochain film qui se passera dans l’espace.

Jérôme Vincent