Interview de Gaia Guasti sur La Voix de la meute
de Gaia Guasti
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Gaia Guasti
Date de parution : mai 2014 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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La Voix de la meute est la nouvelle série de Gaia Guasti parue aux éditions Thierry Magnier. Elle nous en parle dans l’interview ci-dessous.

Actusf : Comment est née l’idée de la Voix de la meute ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler sur la thématique des loups-garous ?
Gaia Guasti : Le mythe du lycanthrope est étonnamment universel. Présent déjà dans la mythologie grecque, il habite les légendes de toute l’Europe, chaque pays ayant une dénomination spécifique et un caractère particulier de loup-garou, plus ou moins féroce ou mélancolique. Des contes asiatiques mentionnent des hommes-loups, alors qu’en Afrique, ce sont plutôt les hommes-hyènes ou hommes-chacals qui peuplent les récits traditionnels, au Niger, au Mali, en Éthiopie, au Soudan.
À travers cette fascination pour le loup, l’homme trahit sans doute son propre « appel de la forêt », la tentation du retour à la vie sauvage, à nos instincts oubliés mais encore présents et puissants, en nous.
Il y a un passage dans mon roman où j’évoque des fresques préhistoriques, directement inspirées par des grottes ornées réellement existantes, où l’on retrouve entre autres la représentation d’hybrides hommes-animaux. Preuve, à mon sens, que depuis ses premières créations artistiques, l’homme s’interroge sur la part d’animal qui se cache en lui.
 
 
Actusf : On a tous une image des loups-garous par le biais des livres ou du cinéma, y a-t-il des ouvrages ou des films qui vous ont particulièrement marqués ?
Gaia Guasti : Plus que par des références littéraires ou cinématographiques, j’ai été intriguée par un épisode historique, celui de la « bête du Gévaudan ». On est au Siècle des Lumières, mais pendant qu’à Paris on fustige la superstition, dans les Cévennes elle ressurgit puissamment, alimentant les fantasmes les plus fous. L’opinion publique se passionne, des troupes royales sont envoyées contre la « bête » et pourtant le mystère reste entier. Les croyances que cet épisode réveille me fascinent, ça en dit long sur l’homme…
 
 
Actusf : Comment voyez-vous vos trois héros ?
Gaia Guasti : Fragiles et forts en même temps. Dans le deuxième tome, la mère de Mila les observe venir vers elle : « Elle les trouva beaux, éclatant de jeunesse et de cette étrange assurance qui était la leur lorsqu’ils se fondaient dans la campagne. Et pourtant encore si vulnérables. » C’est ainsi que je les vois, moi aussi.
 
 
Actusf : Quelle est leur réaction lorsque les trois ados découvrent qu’ils sont des loups-garous ?
Gaia Guasti : Ils sont d’abord abasourdis. Ils ne comprennent pas ce qui leur est tombé sur la tête. Mais étrangement, ils n’ont pas peur. Au contraire, ils sont vite emportés par le sentiment de liberté et de grande puissance que leur offre leur double nature. Et ils sentent presque une responsabilité sur leurs épaules, comme s’ils étaient la mémoire vivante du passé « sauvage » de l’humanité tout entière.
 
 
Actusf : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en faire une histoire pour le jeune public ?
Gaia Guasti : Dans La Voix de la meute, la figure du loup-garou est surtout un moyen pour parler de l’adolescence. C’est un âge de pulsion, de transformation du corps, d’agressivité renfermée, d’appel au dépassement de ses limites, et même parfois de délire de toute-puissance. Un âge aussi où on a tendance à se réunir, à former « une meute », où les relations de domination et/ou d’affiliation peuvent devenir très présentes. Je pense que ces thématiques parleront aux jeunes lecteurs, mais aussi aux adultes, d’une part car nous avons tous été adolescents, mais surtout parce qu’on peut avoir des pulsions à n’importe quel âge…
 
 
Actusf : Comment travaillez-vous ?
Gaia Guasti : Il faut beaucoup d’autodiscipline pour écrire. J’écris tous les jours, avec constance, en respectant presque des horaires de bureau. Il m’arrive de me réveiller très tôt le matin pour écrire alors que toute la maisonnée dort encore. Parfois ça coule sans entraves, parfois c’est plus laborieux. Et puis, peu à peu, page après page, le récit finit par se construire sous mes yeux.
 
 
Actusf : Les Remplaçants est le tome 1. Pouvez-vous nous donner des indices sur la suite ?
Gaia Guasti : Dans le deuxième tome, le plus noir de la trilogie, Mila, Tristan et Ludo devront faire face à leur côté le plus sombre. Ils n’arriveront pas toujours à se maîtriser, au point de regretter certains de leurs actes. Ils rencontreront également deux nouveaux personnages, qui prendront une importance considérable. Et le danger ne viendra pas forcément de là où ils l’attendent… Dans le troisième tome, les trois personnages devront remonter le fil qui mène aux origines de la malédiction, au risque de se mettre sérieusement en danger.

Jérôme Vincent