de Georges Panchard
aux éditions ActuSF
Auteurs :
Georges Panchard
Date de parution : janvier 2000
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mai 2005
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Georges Panchard est pour l’instant la bonne surprise de cette année 2005 avec Forteresse. De quoi nous donner envie de lui poser quelques questions.
ActuSF : Première question pour vous découvrir un peu plus, pourriez-vous vous
présenter ? Je crois que vous êtes juristes c’est ça ?
Georges Panchard :
Je me définis, par ordre d’importance, comme occidental, athée, francophone
et suisse. "Juriste" doit figurer aux alentours du dix-septième rang, mais
si j’ai peu de ferveur corporatiste, je tiens à souligner que le droit, avec
ses exigences de rigueur et de précision, me paraît être une des meilleures
formations de l’esprit pour un auteur de SF.
Ah, j’oubliais : j’aurai cinquante ans cette année. Et je n’ai pas d’âge.
C’est vrai. Je n’ai absolument pas l’impression d’être jeune ou vieux, ni de
pouvoir me situer entre ces deux pôles. En fait, les années qui passent ne
me gênent pas, puisqu’elles me rapprochent des deux choses qui ne m’ont
jamais fait peur : la retraite et la mort.
ActuSF :
Pourquoi aimez-vous la science-fiction, qu’aimez-vous en
science-fiction et y’a-t-il des oeuvres qui vous ont marqué dans votre
jeunesse (ou même récemment) ?
Georges Panchard :
Si j’aime la SF, c’est peut-être parce qu’elle est un champ spéculatif non
clos. Les œuvres qui m’ont marqué ? Chronologiquement, Demain les chiens,
de Simak, puis certains romans de Delany : Babel ’7, Nova, Triton.
Rêve de fer et Jack Barron et l’éternité de Spinrad. Inexistencede
Zindell. L’âge de diamant de Stephenson. Ne pas oublier la trilogie Greg
Mendel de Peter Hamilton (pas traduite en français, je crois) ; A Quantum
murder, le deuxième volet, est le seul ouvrage qui a eu une influence
claire et consciente sur l’écriture de Forteresse. Gibson aussi est
important pour ce qu’il a amené en termes d’écriture proprement dite. Depuis
quelques années, mon auteur préféré est Iain Banks. C’est incontestablement
celui dont les romans, ceux que j’ai lus du moins, ont la qualité la plus
constante et élevée. Et L’usage des armes est pour moi LA référence
incontournable : une histoire qui prend son sens à quelques pages de la fin
— et alors, tout ce qui précède s’éclaire et le lecteur cherche les
morceaux de son cerveau.
ActuSF : Avant de parler de votre roman, évoquons simplement vos nouvelles.
Elles sont plutôt espacées dans le temps sur une vingtaine d’années.
Pourquoi ces délais entre chacune de vos publications ? Est-ce
volontaire ou dû aux aléas de l’édition ?
Georges Panchard :
Les deux sont vrais. En gros, il y a deux époques, avec un gros trou au
milieu : celle de la publication de mes nouvelles dans les années
quatre-vingt, et celle qui vient de commencer, avec une nouvelle dans
Galaxies 34 et maintenant mon roman. Il y a plusieurs raisons à ça. D’abord,
je suis fondamentalement un branleur. Ensuite, côté nouvelles, il y a eu une
certaine crise des supports en France, entre la disparition d’Univers et
Fiction et la naissance de Galaxies et Bifrost. Par ailleurs, je ne
croyais pas à ma capacité d’écrire un roman (voir plus bas). Et le temps a
passé. C’est là que je cite Coelho : "C’est maintenant que je commence ce
que j’aurais pu commencer il y a déjà dix ans. Mais je suis heureux de
n’avoir pas attendu encore vingt ans."
ActuSF : Comment est née l’idée de Forteresse ? Qu’aviez-vous envie de faire
avec ce roman ?
Georges Panchard :
S’il s’agit de savoir comment vient une idée, adressez-vous à un
neurologiste, pas à un écrivain. En ce qui concerne mon roman et sa genèse,
il y a deux choses qui méritent (peut-être) d’être mentionnées :
d’abord, initialement, j’imaginais mon histoire dans un environnement
physique et technologique de fantasy, genre qui m’est largement étranger. La
forteresse était un vrai château médiéval, Clayborne un garde du corps à la
De War (dans Inversions, de Banks), c’est à l’épée ou l’arbalète que l’on
s’entretuait. Mais entre ce moment et le début de l’écriture, j’avais lu
Gibson et quelques autres, et quand je me suis mis à l’établi, je ne pouvais
plus concevoir mon histoire que dans un environnement high-tech. D’autre
part, et ceci nous ramène à mes doutes concernant mon aptitude au roman,
j’ai commencé à la rédiger en pensant écrire une nouvelle. Après vingt ou
trente pages, j’ai réalisé que si je n’écrivais pas un roman avec ça, je ne
le ferais jamais.
ActuSF : Comment présenteriez-vous votre histoire et votre personnage principal
à quelqu’un qui ne l’aurait pas lu ?
Georges Panchard :
Je crois que je dirais : c’est une histoire sur la mémoire. C’est une
histoire sur la paranoïa. C’est une histoire sur l’erreur et le hasard.
Allonge vingt euros ou fais-le toi prêter.
ActuSF : Le monde que vous décrivez n’est pas très optimiste. En même temps,
dans les excès des sociétés que vous mettez en scène, on vous sent
très observateur et très critique du monde actuel. Est-ce vrai ? Et êtes-vous aussi pessimiste que votre livre ?
Georges Panchard :
Largement, c’est ma nature. Et c’est très bien : un vrai pessimiste n’a que
des bonnes surprises.
ActuSF : Forteresse pose beaucoup de questions et utilise beaucoup de thèmes,
qu’ils soient politiques, psychologiques ou économiques. Considérez-vous ce livre comme un livre à « message » ?
Georges Panchard :
Les deux choses qui me gonflent le plus sont les livres à messages et les
chanteurs engagés.
Cette vérité fondamentale étant proclamée, je préciserai que le véritable
enjeu me semble être de ne pas inverser les choses. Il est naturel que la
sensibilité (morale, sociale, politique ou de toute nature ou orientation)
d’un auteur de fiction transparaisse dans ses histoires, et cela sera vrai
aussi longtemps que celles-ci seront l’œuvre d’humains et non
d’ordinateurs.
Ecrire de la SF pour faire passer un message de nature morale ou politique,
c’est-à-dire changer la nature du monde, c’est autre chose. Ça produit
surtout de la daube, indépendamment de la nature de l’idéologie concernée.
Soit dit en passant, c’est ce qui a foutu la SF française dans le mur dans
les années quatre-vingt. Comme on le dit, l’erreur n’est pas très grave. Ne
rien apprendre de ses erreurs l’est beaucoup plus.
ActuSF : Qu’aimeriez-vous que le lecteur en retienne ? De la détente ? Un peu
de réflexion ?
Georges Panchard :
Les deux ne sont pas incompatibles, et c’est heureux.
Idéalement, je voudrais qu’il garde la triple impression d’une mécanique
parfaite, d’une intrigue originale et forte et d’une écriture maîtrisée.
Mais ce que j’en dit...
Joël Champetier a écrit qu’il y avait quatre éléments qui faisaient la
réussite d’un roman de SF : l’intrigue, les personnages, les idées, le
style. Il a doublement raison : dans le choix des paramètres qu’il cite,
mais aussi dans leur ordre. Je ne crois pas avoir le style le plus pataud de
la SF francophone, mais ce qui me semble capital, c’est qu’il soit au
service de mon histoire, pas le contraire.
ActuSF : La structure est plutôt complexe avec un récit qui jongle entre les
années. Forteresse a-t-il été long à écrire ?
Georges Panchard :
Oui, pour des raisons diverses. La complexité de la construction, que vous
mentionnez. Mais aussi de petites choses comme un travail à plein temps, une
famille, et les doutes dont j’ai déjà parlé. Ce qui fait qu’en fin de
compte, l’écriture s’est étalée sur à peu près sept ans. L’expérience
venant, en termes d’écriture comme d’organisation, et la confiance avec,
dans une certaine mesure, je pense que l’écriture du suivant sera moins
longue.
ActuSF : La sortie de Forteresse a donné lieu à pas mal de critiques ce qui est
plutôt bien pour un premier roman. En général, elles sont plutôt
positives. Certaines évoquent un malaise devant les sociétés que vous
imaginez et le repli sur certains fondamentalistes. Etait-ce voulu de
votre part ?
Georges Panchard :
C’est peut-être mes yeux, mais j’ai eu l’impression que les critiques
positives représentaient un bon quatre-vingt-dix pour cent de l’ensemble. Je
vous suggère à cet égard de jeter un coup d’œil sur mon site. J’y ai mis le
bon et le mauvais.
Quant au reste, oublions les précautions oratoires. Si d’aucuns se sont
émus, c’est parce que j’avais osé écrire une fiction dans laquelle
l’immigration musulmane massive en Europe pouvait ne pas être totalement
dépourvue de problèmes. Dès lors, il y avait désacralisation de l’Autre, et
donc blasphème. Mieux vaut en rire. Ce qui vaut la peine d’être relevé, et
qui en dit long sur les ravages du politiquement correct et des ses
mirmidons dans le milieu de la SF française, c’est qu’un Pascal Godbillon,
signant dans Bifrost une très bonne critique dont je lui sais gré, s’est cru
contraint de m’exonérer de toute monstruosité morale (comprenez : des idées
d’extrême-droite) à la fin de son papier. On vit une époque formidable !
ActuSF : Parlons juste de l’éditeur. Vous êtes le premier francophone à être
publié depuis un paquet d’année dans la collection Ailleurs et demain
chez Laffont. Comment s’est déroulé cette aventure ?
Georges Panchard :
Je vais essayer de faire court ; je vais échouer. OK, on y va. Je n’ai
jamais eu pour ambition d’écrire trente romans. Plutôt quatre ou cinq d’une
réelle qualité, selon mes critères personnels. Dans ces conditions, Ailleurs
et demain était LA collection cible. Gérard Klein ayant repris trois de mes
nouvelles dans la grande antho du Livre de Poche (soit cinquante pour cent
de ma production de l’époque), j’avais des raisons de penser qu’il accordait
une certaine valeur à mon travail. Donc, je finis mon bouquin et j’envoie un
mail à Gérard en lui demandant s’il était intéressé à sa lecture.
Parallèlement, j’ai demandé à mon ami Jean-Claude Dunyach de lire mon
manuscrit pour me dire ce qu’il en pensait. Les circonstances (maladie, etc)
ont voulu que je ne reçoive pas de réponse de Gérard. Par contre, j’ai eu
droit à un message enthousiaste du Toulousain susmentionné, qui entre-temps
était devenu conseiller pour ISF. En quelques jours, j’ai eu la promesse,
par Jean-Claude et Stéphane Nicot, d’un contrat portant sur un roman que je
ne leur avais jamais soumis pour publication ! Du coup, j’ai signé chez ISF.
Je vous épargne le détail de mes relations contractuelles avec la maison et
sa gérante : vous ne me croiriez pas. Et puis ISF s’est planté, j’ai repris
mes droits et j’ai envoyé le manuscrit à Klein, qui m’a annoncé qu’il le
prenait huit jours après l’avoir reçu. Moralité : les choses se font quand
elles doivent se faire. Merci de votre attention.
ActuSF : Quels sont maintenant vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ?
Georges Panchard :
Je viens de finir une nouvelle pour la prochaine convention Française, dont
je suis un des invités. Je travaille sur un bouquin qui n’est pas vraiment
une suite de Forteresse.
J’ai aussi commencé un autre roman, dans un univers totalement différent,
qui pourrait finir en livre unique ou en triptyque. Mais il faudra être
patient.







