Interview de Jack McDevitt (VF)
de Jack McDevitt
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Jack McDevitt
Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : Seeker est le premier opus du cycle d’Alex Bénédict à être traduit en France, bien qu’étant le troisième du cycle. Quel autre volume parmi les cinq autres tomes du cycle souhaiteriez-vous voir traduit en priorité en France ? Y-a-t-il déjà une prochaine parution prévue en français ?

Jack McDevitt : Je n’ai pas de préférence. J’aimerais voir la série dans son entier disponible en français. En ce qui concerne les plannings de publication, comme j’ai récemment changé d’agent littéraire, je ne sais pas encore quels sont les projets immédiats en cours.-
 
ActuSF : Les autres volumes du cycle se passent-ils à la même époque que Seeker  ?
 
Jack McDevitt : L’action des six volumes se déroule dans une période d’approximativement sept ans.

ActuSF : Le métier d’Alex Bénédict pourrait s’apparenter à celui d’archéologue, si ce n’est qu’il revend ses découvertes. Qu’est-ce qui vous passionne dans l’archéologie, est-ce le lien que cette discipline nous permet de construire avec notre passé ?

Jack McDevitt : J’ai toujours été intéressé par les choses de valeur qui ont été perdues. Ce qui peut vouloir dire toutes sortes de choses.

Par exemple, durant les premières années du Siècle des Lumières, les chercheurs italiens qui sont revenus de Grèce avec une collection de pièces de théâtres (ou peut-être d’histoires) grecques jusque là inconnues, qu’ils avaient retrouvées dans un coffre, et qui sont de nouveau perdues quand le bateau fait naufrage dans une tempête. Nous ne savons pas même pas quel en était le contenu.

Ou le temple de Jupiter à Pompéi.

Ou l’Histoire, que nous avons tendance à oublier, comme le courage de ces femmes philippines, qui ont défié les gardes japonais qui les frappaient et leur tiraient dessus pendant La Marche de la Mort, lorsqu’elles apportaient de la nourriture et de l’eau aux captifs.

Je ne pouvais pas résister à l’envie de créer un négociant d’antiquités qui vivrait dans un lointain futur, et qui consacrerait sa vie à recoller les morceaux de notre Histoire. Bien qu’invariablement ces derniers se présentent comme des mystères à résoudre.

ActuSF : Margolia, la cité que recherchent Chase et Alex, revisite à sa façon le mythe de l’Atlantide. A votre avis, pourquoi cette cité perdue fascine –t-elle tant les écrivains, réalisateurs et artistes ?
 
Jack McDevitt : C’est un lieu magique, irrésistiblement romantique. Qui parmi nous n’a pas assez d’imagination pour ne pas avoir envie de visiter un monde perdu ? Particulièrement celui-ci. A ce propos, l’introduction de The Devil’s Eye dépeint Alex et Chase emmenant deux amis Muets dans un sous-marins pour visiter l’Atlantis. Ce qui déconcerte les autres passagers.

ActuSF : Margolia a été fondée sur la base d’une société libre et ouverte, une utopie créée par des individus opprimés. Croyez-vous aux utopies, à la possibilité de développer un monde meilleur, ou pensez-vous que peu importe le point de départ, la nature humaine reprendra le dessus ?
 
Jack McDevitt : Je pense que nous évoluons. Avec le temps, nous devenons meilleurs. Le progrès est lent, malheureusement. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y aura toujours des individus peu intéressés qui rendront l’auto-gestion difficile, qu’il y aura toujours des esprits fermés, qu’il y aura toujours de l’égoïsme. Mais nous nous améliorons progressivement. Les gens qui vivent dans les pays occidentaux sont plus tolérants qu’ils ne l’étaient il y a environ un demi-siècle. Ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas lents à apprendre. Mais nous apprenons. Quelle est la vieille rengaine ? L’espèce humaine avance génération par génération.

ActuSF : Alex et Chase réveillent d’entre les morts Harry Williams, le fondateur de Margolia, par le biais d’un avatar virtuel dont la personnalité est construite d’après les archives disponibles. Est-ce un procédé que vous avez utilisé dans d’autres de vos romans ? L’intelligence artificielle est-elle une thématique sur laquelle vous aimez écrire ?
 
Jack McDevitt : La technologie des avatars est présente dans les romans mettant en scène Alex & Chase. Et oui, j’ai écrit de nombreuses nouvelles au sujet de l’intelligence artificielle. Comment réagirions-nous si une IA se mettait à écrire des romans à la manière d’auteurs décédés, comme Dostoïevski, Voltaire et Dickens ? Et était capable de les écrire dans un format hebdomadaire ? Ou si une IA interprétait le rôle de saint Augustin au sein d’un séminaire et décidait finalement qu’il était catholique, et plaidait pour avoir accès aux sacrements ? Ou si une IA conçue pour interpréter George Washington se présentait lors d’une période aux candidats politiques vraiment impopulaires, et se lançait le défi de se faire élire à la Maison Blanche ?

ActuSF : Dans Seeker, on aurait aimé en savoir un peu plus sur les Ashiyyuréens, ces extraterrestres baptisés « Les Muets » car communiquant par télépathie. Sont-ils également mentionnés dans vos autres romans ? Avez-vous écrit une intrigue plus développée autour de leurs capacités mentales ?
 
Jack McDevitt : Les Muets sont au cœur du roman A talent for War, et constituent également un élément majeur dans The Devil’s Eye. Il n’y a pas de description détaillée de leur capacités mentales. Ils sont dépeints comme atteignant un niveau à peu près similaire à celui des humains, bien que leurs capacités télépathiques les rendent vraiment impopulaires parmi nous. Après tout c’est troublant de se trouver en présence de quelqu’un qui connaît chacune de vos pensées. Vous passez trop de temps et d’efforts à essayer de ne pas penser à ces choses qui vous mettraient dans l’embarras. Ce qui garantit bien sûr le fait que vous allez y penser.

ActuSF : Lors des voyages spatiaux de Chase et Alex, vous plantez un décor détaillé, décrivant certains phénomènes, comme la naine brune par exemple, de façon à la fois simple mais juste scientifiquement. Est-ce important pour vous de transmettre un univers crédible – même si science-fictif – à vos lecteurs ?
 
Jack McDevitt : Aboslument, je veux que le lecteur puisse expérimenter l’action. Afin qu’il oublie qu’il est assis confortablement dans un fauteuil à la maison et qu’à la place il ressente ce que ça fait d’évoluer sur le pont du Belle-Marie, ou de naviguer à travers les anneaux de Saturn, ou de regarder les lumières d’un monde éloigné apparaître à mesure qu’il se rapproche. Si je fais quoi que que ce soit pour lui rappeler qu’il s’agit seulement d’un livre, alors il ne vivra plus vraiment l’aventure, nous perdons l’illusion. Et son pouls reviendra à la normale, et il se peut qu’il fasse une pause et aille se chercher un sandwich à la cuisine. Cela arriverait si j’intervenais pour expliquer comment fonctionne le voyage spatial, ou pourquoi l’artefact du Seeker est si important, ou comment Chase ressent le fait de devoir traiter avec le petit ami idiot de quelqu’un d’autre. Et c’est aussi ce qui peut arriver si j’intègre mal les éléments scientifiques.

ActuSF : Votre roman allie de façon complémentaire space-opera et enquête policière : quel est pour vous le meilleur dosage romanesque pour tenir en haleine votre lecteur ?
 
Jack McDevitt : Les mystères qu’Alex résout ne sont pas des énigmes, mais plutôt le résultat de faits historiques perdus. Qu’est-il vraiment arrivé après que le Seeker ait quitté la terre il y a des milliers d’années, et qu’il soit allé si loin que « même Dieu ne serait pas capable de nous retrouver » ?
 
Dans Polaris, l’équipage et les passagers disparaissent d’un vaisseau spatial en pleine exploration. Il n’y avait pas de planète habitable où ils auraient pu se réfugier. Non pas que cela ait une quelconque importance, puisque de toute façon leurs combinaisons spatiales sont restées à bord, tout comme le module d’atterrissage. Il n’y a aucune implication d’extraterrestres dans leur disparition, ni de technologie sophistiquée. Cependant trente ans plus tard, quand Alex s’intéresse à cette affaire, personne n’a encore pu résoudre ce mystère.

Les mystères que je décris sont tous plus ou moins construits de cette manière. L’explication doit être rationnelle. Et je veux que le lecteur, quand l’histoire arrive à son apogée, se dise « Oh mon dieu, comment est-ce que j’ai fait pour ne pas voir ça venir ? » Si je peux capter l’attention du lecteur avec un mystère apparemment inexplicable, je peux le tenir en haleine jusqu’à la fin.

ActuSF : Les différents métiers que vous avez exercé (professeur d’anglais, chauffeur de taxi, agent des douanes etc..) vous ont-il inspiré certaines de vos histoires ?

 Jack McDevitt : Bien sûr. C’est probablement une chance pour moi de ne pas avoir commencé à publier lorsque j’avais vingt ans. Je n’avais pas assez d’expérience à ce moment-là pour comprendre ce qui fait une fiction captivante (J’y arrive maintenant, même si je ne parviens pas toujours à réussir à en écrire). Et tous ces métiers y ont contribué. Particulièrement le métier de professeur
 
ActuSF : Mis à part quelques textes dans votre jeunesse, vous avez débuté votre carrière d’écrivain sur le tard. Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’écriture, peu importe leur âge ?
 
Jack McDevitt : Jetez-vous à l’eau, mais ne vous découragez pas. Et rappelez-vous trois règles :
1) Ne soyez pas trop bavard inutilement
2) Gardez à l’esprit que vous n’êtes pas seulement en train de raconter une histoire, mais plutôt que vous êtes en train de créer une expérience.
3) Quand vous avez fini, soumettez votre texte au meilleur éditeur possible. Puis oubliez-le et passez à autre chose.

Chloé