Interview de Jake Raynal
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de Jake Raynal et Jake Raynal
aux éditions ActuSF
Genre : Humour

Scénariste : Jake Raynal
Dessinateur : Jake Raynal
Date de parution : mai 2004 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mai 2005

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L’auteur à l’humour noir et absurde de Combustion spontanée est également le scénariste de Melody Bondage

ActuSF : Le meilleur souvenir chez Fluide ?
Jake Raynal : Je n’ai pas de meilleur souvenir, tout y est merveilleux. Chaque fois que j’y vais, c’est le même bonheur. Mon meilleur souvenir, c’est la prochaine fois peut-être, ah ah !

ActuSF : Fluide est passé à la couleur mais le style Raynal est-il adaptable à la couleur ?
Jake Raynal : , Au lecteur de juger. Dans ma pratique de la BD, ça n’a pas été une rupture mais un prolongement. J’ai toujours travaillé non pas sur le noir, mais sur le contraste, à savoir l’équilibre entre le noir et le blanc. De ce point de vue, le noir est une couleur, tout comme le blanc du papier ! Rajouter des couleurs ne fait que multiplier les possibilités de contraste, et ça n’a rien de contradictoire avec le noir et blanc pur. Sans compter que la couleur adoucit en quelque sorte mon dessin, ressenti par certains comme excessivement violent pour l’œil, du fait, justement, de cette obsession du contraste ! Bon là, je fais le malin, mais en fait j’ai pris des cours de peinture pendant trois ans pour essayer d’apprivoiser l’usage de la couleur ! Quand Fluide est passé à la couleur, j’étais presque prêt, hin hin !

ActuSF : Les marges ou L’Autre côté du miroir de Fluide ?
Jake Raynal : Non, juste une bande de crétins qui sortent du restaurant ivre-morts, et qui se défoulent dans les marges en se dénigrant les uns les autres dans des private-jokes incompréhensibles pour les lecteurs. Bravo, c’est lamentable, ah ah ah !!

ActuSF : Y-a t-il un auteur de bande dessinée plus cynique et à l’humour plus noir que le vôtre chez Fluide ?
Jake Raynal : Je ne suis pas du tout cynique, je suis très bien élevé et aussi innocent qu’un petit enfant. Quand à mon humour, il n’est pas noir, ou alors c’est très occasionnel ; le fait d’utiliser beaucoup d’encre dans mes pages ne fait pas pour autant de moi un auteur "noir". J’aime l’absurde et le fantastique, pas spécialement la "noirceur". Dans mes histoires en solo, je me sens bien plus inspiré par un Dino Buzatti, par exemple, que par le Franquin des Idées Noires. Et à Fluide, je me sens (modestement) attaché à une tradition absurde, qui est celle du "Nonsense", illustrée par les Monty Pythons par exemple, et magnifiée dans le journal par Gotlib, Goossens, et aujourd’hui des gars comme Ferri ou Haudiquet.

ActuSF : Votre style de dessin est plutôt froid, carré et tout en aplats. Au début ce n’était tout de même pas gagné pour faire rire ?
Jake Raynal : Apparemment, ça ne l’est toujours pas, ah ah ! Oui, il y a une froideur, une espèce d’impassibilité chez mes personnages, une raideur certaine, mais j’utilise tout ça pour accentuer l’incongruité de l’irruption de l’absurde. Il est certain que je tends à devenir un dessinateur "réaliste", loin de la tradition du dessin humoristique, mais l’humour, s’il est présent dans mon travail, s’est toujours manifesté dans le texte plutôt que dans l’image. Là, encore je travaille sur le contraste, j’accentue au maximum le décalage entre le côté "sérieux" de l’image et la stupidité du texte. Mais avec ce style de dessin, je pourrais aussi faire de la BD sans humour du tout.

ActuSF : Un petit mot sur vos influences ?

Jake Raynal : Graphiquement, tous les grands américains classiques, de Winsor Mc Cay à Alex Toth en passant par le génial Noel Sickles, Jack Kirby évidemment, et Will Eisner. On a parlé d’une "Ligne Sombre" à propos de ces mecs, comme on parle de "Ligne Claire", mais ça ne veut pas dire grand-chose. Les dessinateurs de Mad aussi, comme Jack Davis, Bernie Kriegstein... qui justement, faisaient de l’humour avec une base de dessin réaliste. Et j’aime tous les grands "latins" aussi ! Pratt, Munoz, Bernet... il y en a trop ! Je n’ai pratiquement aucune influence franco-belge, à part Jijé et Morris, mais bon, pour moi, ils ne sont pas très belges.

Charlotte Volper