Interview de James Blaylock
de James Blaylock
aux éditions
Genre : SF
Sous-genres :
  • Steampunk

Auteurs : James Blaylock
Date de parution : juin 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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James Blaylock est l’un des fondateurs du steampunk. Voici son interview réalisée par Arthur Morgan et Etienne Barillier à l’occasion de la sortie du "Guide du Steampunk" aux éditions Actusf

Ancien disciple de Philip K. Dick, James Blaylock est l’un des trois pères fondateurs du steampunk. Il est l’auteur d’Homunculus (1986), l’une des aventures de sa série Landon St Yves et œuvre pionnière du genre. Il est aujourd’hui directeur du Conservatoire d’écriture créative de l’École de Beaux-Arts d’Orange County, Californie.
Contrairement à ses deux comparses, Blaylock écrit toujours du steampunk.
 
Actusf  : En avez-vous assez que l’on vous demande votre définition du steampunk ?
James Blaylock : Ça n’est pas ma question préférée. Je ne suis pas certain qu’une définition supplémentaire soit nécessaire, alors j’évite d’y ajouter mon grain de sel. Le steampunk est surtout une esthétique. En général, les gens qui participent aux conventions steampunk aiment les armes, la mode, les gadgets, les bijoux, etc. Il suffit d’un coup d’œil pour définir en grande partie l’esthétique du steampunk : des costumes, des chapeaux farfelus, et quelques céphalopodes. Je trouve tout cela plutôt sympathique. Quant à la définition littéraire, j’en ai entendu qui excluaient les romans de Tim Powers, par exemple, parce que l’action était située trop tôt dans le XIXe siècle pour en faire partie. C’est une ineptie. J’ai également lu que mes propres œuvres ne comportaient pas assez de gadgets steampunk, ou qu’elles étaient trop « sérieuses » pour être véritablement considérées comme du steampunk. Il faut un quota minimum de goggles et d’inventions, les descriptions des tenues sont obligatoires, les histoires doivent être légères, en quelque sorte, ou réfléchir sur elles-mêmes, ou être ironiques. Toutes ces notions sont absurdes et vont à l’encontre du processus d’écriture. Plus une définition est précise, plus les détails prennent de l’importance, et plus le concept devient ridicule. C’est vrai, on portait des goggles à cette époque-là. C’est le cas des chimistes, par exemple, ou des gens qui voulaient se protéger les yeux parce qu’ils se trouvaient sous les tropiques. Si un personnage veut des lunettes, je lui en donne volontiers, et on ne pourra jamais m’accuser d’écarter de mon histoire un céphalopode qui viendrait taper à ma porte. D’un autre côté, il y a une tendance aujourd’hui à mettre des accessoires steampunk partout. Dans une publicité de nourriture pour chiens, par exemple... Et hop ! Voilà du steampunk. Ce genre de choses annonce le début de la fin. Cependant, tout ça pose problème, mais il n’y a pas de solution. Et en fin de compte, il est probablement inutile d’en chercher une.
 
Actusf  : Quelle a été votre réaction quand Jeter a apposé l’étiquette steampunk à votre œuvre dans Locus Magazine ?
James Blaylock : J’ai trouvé ça très drôle. Du K. W. Jeter tout craché. C’est un maître de l’ironie. Ce qui est particulièrement amusant, c’est qu’une fois qu’il a inventé le terme, tout le concept s’est formalisé. C’est devenu un objet palpable. Tout à coup, les gens l’ont mieux perçu, et il semblait être visible par un nombre grandissant de personnes. Si un jour on se réveillait et qu’à tous les coins de rue, les gens étaient affublés de chapeaux en feutre, de vestes en tweed et de jupes à panier, l’étiquette inventée par K. W. Jeter en serait en grande partie responsable.
 
Actusf  : Quel est votre auteur préféré du XIXe siècle ?
James Blaylock : Ça, c’est une question facile. Je vais considérer que « préféré » signifie l’auteur dont j’ai le plus relu les œuvres. Selon cette définition, cela se joue entre Robert Louis Stevenson et Charles Dickens. Si je devais allonger la liste, j’ajouterais Mark Twain, John Ruskin, Jules Verne, et sans doute d’autres noms qui m’échappent, et j’y inclurais probablement Conan Doyle et H. G. Wells.
 
Actusf  : Les Voies d’Anubis, Homunculus, et Machines infernales sont des œuvres très différentes, et pourtant, elles définissent toutes le steampunk. Quel est leur point commun ?
James Blaylock : C’est une question difficile. Je garde d’excellents souvenirs d’une époque où K.W., Tim, et moi écrivions des histoires, des romans, et où nous discutions de nos lectures. La conséquence, à mon avis, est que nous avons des sensibilités similaires, et nos expériences communes, notre sens de l’humour, notre intérêt pour les histoires pittoresques de l’époque victorienne, etc., sont autant de choses que nous partageons. Cela se reflète dans nos romans. Évidemment, peut-être que cela vient en grande partie de mon imagination ; c’est un sentiment de nostalgie qui m’est propre et que le lecteur ne perçoit sûrement pas. Je suis fasciné par les folles intrigues à la complexité byzantine de Tim, et d’autant plus impressionné par son souci permanent de précision historique. Je suis épaté par le génie créatif de K.W. et par l’aisance avec laquelle il manie la langue, entre autres choses. J’ai lu Fiendish Schemes, son dernier roman steampunk, et j’ai été frappé par la facilité avec laquelle il a retrouvé la voix de Machines infernales. Le style de Homunculus était empreint d’une démence relative et le livre regorgeait de ce que je considère comme les « traits distinctifs » de la période. Les lecteurs me disent qu’il s’agit d’un roman d’ambiance. Nous sommes tous les trois des écrivains très différents, comme vous l’avez souligné, ce qui signifie peut-être qu’en additionnant nos trois styles, on arrive à un registre est assez large, et c’est le genre de définition qui me convient parfaitement.
 
Actusf  : Comment présenteriez-vous Homunculus à un public français ?
James Blaylock : Les Français font partie des plus grands lecteurs au monde, et ils semblent avoir une grande estime de la littérature, qu’elle soit classique, expérimentale, ou bien qu’elle ait surgi de l’espace. J’étais à Paris il y a quelques années, et l’édition « J’ai lu » de Homunculus était encore en vente dans les librairies, alors que la publication française remonte à 1991. Aux États-Unis, cela faisait longtemps qu’il était épuisé. En réalité, pour ce qui est de mes œuvres, les librairies françaises proposaient un choix trois fois plus important que les librairies américaines. Donc, je pense que la France est plus que prête pour Homunculus, qui est, je l’admets, un roman sombre, étrange, saugrenu et d’une extravagance manifeste. Quand je l’ai écrit, j’avais en tête le roman que j’aurais écrit en 1875 avec mes sensibilités littéraires actuelles.
 
Actusf  : Pourquoi avez-vous choisi de continuer à écrire des romans steampunk ?
James Blaylock : Parce que c’est un genre que j’aime à écrire, bien qu’il nécessite beaucoup de travail. Tout y est amusant : les intrigues, les personnages, l’ambiance. Aussi, la langue de l’époque m’attire, et c’est sûrement la raison pour laquelle j’ai lu et relu tout au long de ma vie sans m’en lasser Dickens, Stevenson, Ruskin, et bien d’autres. Je me suis attaché à employer correctement la langue de l’époque, en évitant autant que possible les anachronismes, sans abuser des archaïsmes. J’ai fait beaucoup de recherches sur cette période et j’ai stocké tellement de données sur mon disque dur et dans ma tête que j’ai l’intention d’utiliser ces informations jusqu’à épuisement de mon ordinateur... et de mon cerveau.
 
(...)
 
Actusf  : Quel est votre regard sur le steampunk d’aujourd’hui ?
James Blaylock : Je suis fasciné et heureux de l’intérêt grandissant pour le steampunk dans la culture populaire, et j’espère qu’il va continuer d’augmenter. Cependant, dès qu’une chose devient populaire, et ce dans tous les domaines, elle commence à perdre de sa fraîcheur dès lors qu’elle est dégradée par les fabrications médiocres de ceux qui prennent le train en marche. Malheureusement, c’est inévitable. J’espère que le meilleur du steampunk survivra.
 
Actusf  : Qu’est-ce que cela vous fait d’être considéré comme le père d’un mouvement qui suscite autant d’engouement ?
James Blaylock : C’est parfois un peu surréaliste. Nous étions trois, bien sûr, à être impliqués dans l’écriture de ce genre de récits dans les années 70 et au début des années 1980. Mais je suis heureux d’être un des pionniers. Je garde d’excellents souvenirs de l’époque où j’ai écrit et vendu The Ape-box Affair. On dit que je suis le « père » du steampunk (ou, malheureusement pour moi, le « grand-père ») en vertu de cette nouvelle. J’imagine que j’en ai écrit de meilleures. Pourtant, ma célébrité actuelle (qui reste moindre) repose en grande partie sur le steampunk, autrement dit sur cette nouvelle innovante, et sur l’heureux fruit du hasard qui a fait qu’elle a été publiée avant Morlock Night de K. W., par exemple. Peu de gens auront lu The Ape-box Affair, c’est très probable. Et les gens qui me félicitent d’avoir « inventé » le steampunk sont souvent les mêmes qui me demandent juste après d’expliquer ce qu’est le steampunk, ou si j’ai vu ce film sur Sherlock Holmes qui était steampunk, ou si j’étais au courant qu’on vendait en grande surface des versions steampunk de Raggedy Ann... « Comme vous devez être fier ! » Je ne sais pas trop comment réagir, j’ai du mal à comprendre. Pour être plus clair, c’est la première fois que j’ai des fans qui n’ont pas lu mes œuvres, et ça, c’est surréaliste. Ceci dit, je n’envisage pas les chose différemment. En réalité, j’aimerais avoir des millions de fans comme ça ; il en résulterait quelque chose d’extraordinaire, c’est certain. Après tout, ce sont des lecteurs potentiels, et j’en suis friand. Un des côtés positifs de l’état actuel du mouvement, c’est que les éditeurs veulent que j’écrive plus de steampunk, ce qui est indéniablement une bonne chose. Et là, je suis en train de répondre à ces questions qui devraient, dans l’idéal, attirer encore plus de lecteurs, tout ça parce que je suis l’un des pères de ce mouvement qui suscite tant d’engouement.
 
Actusf  : Votre définition du steampunk a-t-elle évolué au fil des années ?
James Blaylock : Pas du tout. J’écris du steampunk aujourd’hui de la même manière qu’en 1977. Je suis persuadé que je le fais mieux maintenant, que mon style d’écriture a évolué et que les bons auteurs que je lis depuis plus de trois décennies m’ont influencé en tant qu’écrivain, mais je fais la même chose qu’il y a trente-cinq ans. (Ceci dit, c’est dur de se dire que cela fait déjà trente-cinq ans)

(L’interview complète dans Le Guide Steampunk d’Etienne Barillier et Arthur Morgan : http://www.editions-actusf.fr/baril...)