Interview de James Lovegrove
de James Lovegrove
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : James Lovegrove
Date de parution : avril 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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James Lovegrove a réussit avec Days un roman étonnant ! Petite interview à l’occasion de sa réédition.


Actusf : Comment est née l’idée de Days ?
James Lovegrove : La famille de ma mère était propriétaire d’un grand magasin et quand j’y allais enfant, l’endroit me semblait énorme ! Un monde en soi. Nous montions dans les étages par l’ascenseur privé, où mes oncles travaillaient dans la salle de réunion, mais j’errais aussi dans le magasin pendant des heures dans le magasin, seul à regarder tous les rayons et les fontaines décorées. Ce qui fait que j’ai pu voir les deux côtés, celui que tout le monde connait mais aussi les coulisses. C’était un mélange de réalité et d’imaginaire. Quand j’ai commencé mon second roman, l’idée de placer l’intrigue dans un grand magasin a surgit de nulle part. Mais à bien y regarder, elle tournait sans doute dans mon cerveau depuis de nombreuses années.

Actusf : Comment voyez-vous Franck ? Comment vous le présenteriez ?
James Lovegrove : Franck est un solitaire qui a perdu de vue pourquoi il fait son travail. Il s’est également perdu de vue lui-même. Littéralement. En temps qu’agent de sécurité en civil pour le magasin, il doit se rendre invisble au regard des autres, mais il en est venu à devenir invisible à ses propres yeux. Son reflet dans le miroir disparait. Il pense que s’il émigre dans un autre pays cela résoudra son problème. Mais en fait, ce que Franck recherche réellement, c’est quelqu’un qui le remarque. Et le livre décrit la progression vers l’appréhension de la différence entre ce qu’il veut et ce dont il a besoin.

Actusf : Pourquoi les grands magasins vous fascinent ? Et quels souvenirs gardez-vous de celui de votre famille sur Oxford Street ?
James Lovegrove : Comme je le disais plus haut, les heures que j’ai passées dans le magasin familial m’ont définitivement influencées. Mais j’aime aussi cette idée qu’on puisse trouver dans un seul et même lieu tout ce dont vous pourriez avoir envie. C’est d’ailleurs le slogan de Days. Bien-sûr je ne veux pas acheter tout ce qu’il y a. J’aime simplement, d’une manière peut-être enfantine, cette idée que vous pouvez promener dans un bâtiment gigantesque et que la chose que vous cherchez depuis toujours soit là, devant vous. Et puis quand j’ai commencé à écrire ce roman, je me suis dit qu’un grand magasin pouvait être une excellente métaphore de la société de consumérisme et de commerce dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Actusf : On y lit une critique acerbe de la consommation. Qu’est-ce qui vous gène dans le mot « consommateur » ?
James Lovegrove : Je déteste le mot parce qu’il implique que chaque habitant de la Terre doit acheter et acquérir des choses. Et que chacun se défini par ce qu’il a. Cela réduit l’humain à l’état de bétail, engraissant et engraissant encore jusqu’à ce que vienne l’heure de passer à l’abattoir. A chaque fois que j’entends quelqu’un prononcer ce mot à la télévision, j’ai une furieuse envie de mettre un coup de pied dans le poste. De même que toutes les fois où quelqu’un dit "la thérapie de la dépense". La phrase a d’abord été utilisée comme une blague. Mais maintenant c’est devenu quelque chose de sérieux. Les gens semblent en vraiment en être venu à croire qu’aller dépenser de l’argent pour acheter un nouveau gadget les guérira de leurs problèmes. C’est faux. Tout ce que ça peut faire, c’est leur faire dépenser tout leur salaire et peut-être accroître leur endettement. Il manque quelque chose à notre société pour que nous venions à considérer les magasins comme des temples, des endroits dans lequel nous entrons avec respect et vénération. D’où les références au diable dans Days.

Actusf : Quelles ont été les réactions des lecteurs et qu’aimeriez-vous qu’ils gardent de ce livre ?
James Lovegrove : Tous les lecteurs que j’ai rencontré l’on aimé, comme les critiques. Dieu merci. Il y a clairement de nombreuses personnes qui sont tout aussi cyniques et attristées que moi devant le capitalisme du monde occidental (un autre mot pour « cupidité »). Mais j’aime aussi croire que Days est simplement une bonne histoire rapide, bien ficelée et pleine d’action. Le message est secondaire. Ce qui compte, c’est que le lecteur apprécie le livre et qu’il s’identifie à Franck. Et qu’il rit de Gordon et Linda Trivette et qu’il soit énervé par la folie des frères Day et la guerre entre le département librairie et le rayon des ordinateurs. Un roman c’est avant tout une histoire et des personnages. Si un message s’attarde dans l’esprit du lecteur après, c’est du bonus.

Actusf : La science-fiction est un genre qui permet souvent de mettre en relief les travers de notre société. Est-ce pour cela que vous en écrivez ? Ou est-ce par goût tout simplement ?
James Lovegrove : Absolument. Rien n’est plus vite dépassé qu’un roman dont l’action se situe aujourd’hui et qui pioche dans les problèmes de cette société. Les cibles de l’auteur sont vite démodées. Son commentaire perd de son mordant. Avec la SF, vous pouvez écrire à propos du futur ou d’un vaisseau spatial, ou d’une planète lointaine, et toujours écrire à propos du monde tel qu’il est aujourd’hui. C’est pourquoi le roman 1984 de George Orwell a survécu et qu’il est en quelque sorte plus "vrai » aujourd’hui qu’il ne l’était en 1940. Orwell a visé des cibles universelles et les a frappés toutes au centre. La corruption et la paranoïa qu’il détestait tellement sont toujours à l’ordre du jour, peut-être même plus qu’elle ne l’ont jamais été. Je suis sûr qu’il y a plein d’autres livres tout aussi bons et pertinents qui sont sortis en même temps que 1984 mais qui sont aujourd’hui dépassé parce que leur époque est dépassée. La SF est éternelle.

 

Actusf : Parlez nous de votre dernier roman pour adulte : Provender Gleed. De quoi parle-t-il ?
James Lovegrove : Provender Gleed est comme Days un roman à propos de l’avidité et de la corruption et de la manière dont on vit sans donner aux autres. Ca se passe dans un monde d’Art déco dirigé par des familles énormes et puissantes. Provender est le fils le plus âgé d’une des familles les plus puissantes, les Gleeds, mais c’est aussi le mouton noir. Je ne sais pas si vous avez cette expression en France, mais cela signifie qu’il ne souscrit pas à tout ce que ses parents croient. Il veut prendre sa propre voie. Mais il est soudainement kidnappé. Et c’est un tel désastre que toute l’Europe est en crise et que la guerre devient possible.

Actusf : Sur votre site, vous dites avoir eu beaucoup de plaisir à l’écrire. Pourquoi ?
James Lovegrove : En partie parce que j’ai utilisé deux "Anagrammatic Détectives" dans l’histoire pour retrouver Provender. Ils résolvent les crimes en utilisant des anagrames et comme je suis un fan des mots croisés, j’ai pris plaisir à les insérer dans la trame de l’histoire. Et puis j’ai aussi écris comme ça un rapide livre après la naisance de mon premier fils : Monty. Je pense que j’ai été rendu à moitié fou par le manque de sommeil. A moins que j’ai trouvé ça drôle en ayant les yeux injectés de sang.

Actusf :
Vous évoquiez récemment une suite à ce roman. Verra-t-elle le jour ?
James Lovegrove : La suite n’est en fait pas venu. Je n’avais rien à dire de nouveau à propos des personnages et du monde que j’ai imaginé. Cela arrive parfois lorsqu’on écrit de la fiction. Vous commencez un roman et cela ne vient pas. Vous n’avez pas le feu sacré et il vaut mieux abandonner le livre inachevé car vous ne croyez pas entièrement dedans.

Actusf : Depuis vous avez également écrit des romans pour enfant, notamment Kill Swap. De quoi parle-t-il ?
James Lovegrove : Kill Swap est un roman qui fait partie d’une série que j’ai fait pour un petit éditeur écossais qui s’appelle : Barrington Stoke. Ils éditent des livres pour les enfants qui ont des troubles de la lecture ou qui sont dyslexiques. Les romans sont courts et imprimés avec des caractères et un langage renforcés. C’était un vrai challenge d’écrire le plus simplement que je pouvais. J’ai du être discipliné. C’est une des raisons qui font que je suis heureux de ce projet. Et je viens juste de vendre un autre livre à Barrington Stoke, qui s’appelle The Dead Brigade. Il est plus long et est destiné aux adultes qui ont des difficultés à lire.

Actusf : Vous avez souvent des « messages » dans vos romans pour adultes. Essayez-vous de faire également passer des choses dans vos récits pour les plus jeunes ?
James Lovegrove : Il n’y a pas de raison de sous-estimés les jeunes lecteurs. Ils sont aussi sophistiqués, si ce n’est plus, que les lecteurs adultes. Il est donc important que n’importe lequel des messages de vos livres soit subtile et bien incorporé. Les enfants n’aiment qu’on leur parle simplement. Ils sont assez futés pour repèrer ce que vous faites. Et la chose la plus importante pour eux, c’est qu’ils s’amusent

Actusf : Ecrivez-vous différemment d’ailleurs pour eux ? Avez-vous d’autres objectifs avec les plus jeunes ? Et quel est-il ?
James Lovegrove : La seule chose que je change lorsque j’écris pour des adolescents, c’est que j’atténue la violence et j’essaie de ne pas utiliser beaucoup de mots longs. Sinon je laisse mon imagination aller où elle veut comme si j’écrivais pour des adultes. Les jeunes sont parfaitement capable de lire des romans pour adultes. Je l’ai fait à leur âge. J’ai lu tous les romans de James Bond et de Sherlock Holmes par exemple quand j’avais 11 ans. Un enfant a plus de temps devant lui pour comprendre et lire un livre. Et un bon roman pour ado doit être aussi lisible pour un adulte comme s’ils étaient la cible.

Actusf : Vous venez ou vous allez publier plusieurs nouvelles en 2007. Pouvez-vous nous en parlez ? De quoi parlent-elles ?
James Lovegrove : J’ai publié une nouvelle seulement cette année : "The Bowdler Strain", et une autre est prévue bientôt. Mais c’est tout. Malheureusement je crois que j’ai perdu le goût d’écrire des récits courts. J’ai publié un recueil de mes nouvelles, Imagined Slights, et un second doit sortir l’année prochaine. Mais je ne peux pas promettre qu’il y en aura encore beaucoup après ça. Les romans m’occupent trop maintenant.

Actusf : Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?
James Lovegrove : Je travaille actuellement sur une série de fantasy pour les adolescents qui doit sortir sous pseudonyme. Mais je ne suis pas autorisé à dire ce que ce sera (c’est supposé être un secret, bien qu’il ne soit pas très bien gardé). Le premier volume est apparu l’année dernière et il y en a trois autres qui sont prévus. Je suis en train d’écrire le dernier. J’ai déjà vendu les droits de traductions dans de nombreux pays et j’espère bientôt en France. Le prochain roman signé "James Lovegrove" qui sera publié en France sera UNTIED KINGDOM (la faute d’orthographe est volontaire). Il sortira en 2008 chez Bragelonne. Je ne connais pas encore quel titre nousallons lui donner mais c’est un livre qui me tient beaucoup à coeur. C’est un livre qui se passe en Angletterre après un éfondrement social massif et avec un héros qui va essayer de sauver sa femme enlevée par des skinheads. Mais il parle également de mon amour pour ce pays et de aussi de ce que je n’aime pas. J’espère que les lecteurs français retrouveront dans mes sentiments envers ma nation un peu des leurs envers leurs pays. Ou, qui sait, ils auront peut-être juste du plaisir à avoir des rosbifs dans une époque compliquée ! 

Eric Holstein, Jérôme Vincent

PS : merci à Eric pour le coup de main sur la trad