Interview de Jean-Claude Dunyach sur L’instinct du troll
de Jean-Claude Dunyach
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Jean-Claude Dunyach
Date de parution : mars 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Nous avons posé quelques questions à Jean-Claude Dunyach à l’occasion de la sortie de L’instinct du troll aux éditions l’Atalante

ActuSF : L’instinct du troll est sorti le 4 mars dernier aux Éditions l’Atalante. Il nous propose « quatre récits pour se glisser dans l’intimité d’un Troll ». Pouvez-vous nous en dévoiler un peu plus ?
 
Jean-Claude Dunyach : C’est en fait un roman en quatre épisodes qui s’enchaînent. J’ai essayé de retrouver l’esprit des pulps américains où un auteur comme Asimov pouvait publier le cycle de Fondation en épisodes avant d’en faire un livre. Seul le premier épisode a été publié (dans l’anthologie des Imaginales « Magiciens et Sorciers »). Les autres sont inédits. Le personnage central est bien sûr mon Troll de pierre, au fond de sa mine, entouré de nains, de licornes, de chevaliers, d’un stagiaire… C’est toujours un plaisir de me replonger dans cet univers foisonnant et un brin déjanté, qui doit autant à la bande dessinée Dilbert qu’au Seigneur des Anneaux ou aux Chevaliers de la Table ronde. C’est un magnifique terrain de jeu.
 
ActuSF : Qu’est-ce qui vous attire dans le personnage du Troll ?
 
Jean-Claude Dunyach : Il me ressemble beaucoup : il fait des bêtises qu’il s’efforce de corriger, il est désabusé, mais il avance, il a un sens de l’humour calamiteux… Et, bien sûr, c’est l’occasion d’effleurer, sans avoir l’air d’y toucher, les problèmes du monde actuel (l’omniprésence de la finance, les guerres du pétrole…) C’est un personnage qui s’est imposé tout de suite – sa première apparition date de près de 15 ans (« Nourriture pour Dragons », dans le recueil « Déchiffrer la trame ») et il est toujours revenu à la charge pour que je m’incarne en lui. Je suis en train de réfléchir au prochain roman à son sujet. J’ai déjà quelques jeux de mots lamentables à caser. Et bien sûr il y a les autres personnages de la série… Dont une dame Trollesse dont j’attends beaucoup (oui, il y a de l’érotisme dans ce bouquin, à condition d’être excité par les menhirs…)
 
ActuSF : Dans sa préface, Ayerdhal souligne l’humour qui apparaît dans vos récits. Mais est-on dans le rire bon enfant du troll ou plutôt dans l’humour noir ?
 
Jean-Claude Dunyach : C’est une question bizarre. Pour moi, l’humour est changeant, multiforme, multi-épices. On peut très bien mélanger humour noir et sourire de connivence, rire gras et bon enfant, jeux de mot lamentable et sourire émerveillé. Mon maître Rabelais fait ça très bien. J’ai essayé de mettre un peu de tout. Après, tout le monde ne rira pas de tout, et toutes les références et moqueries ne seront pas détectées par tout le monde. J’espère juste qu’il y en aura assez pour chaque lecteur.
 
ActuSF : L’instinct du troll évoque le monde de l’entreprise. Qu’est-ce qui vous attire dans cette thématique ? Pourquoi le mélanger à un univers Fantasy ?
 
Jean-Claude Dunyach : Je connais bien le monde de l’entreprise, j’y travaille depuis plus de trente ans – et j’adore ça. Le mélanger avec autre chose est une façon de le regarder avec un autre point de vue. Je l’ai fait avec la nouvelle humoristique « Mémo pour action » (qui est reprise dans le recueil « dix jours sans voir la mer ») et ça m’a valu d’être cité dans des cours de management (comme mauvais exemple). Pour moi, le truc, quand on est écrivain, c’est d’apprendre à déplacer son regard, à faire un pas de côté pour voir les choses sous un autre angle. Imaginer un monde de fantasy pure, mais ayant évolué comme le nôtre (avec réunions d’avancement pour la quête du Graal, contrôle qualité des potions magiques, nécromants recyclés aux ressources humaines…), c’est l’occasion de s’interroger sur la pertinence de ce qu’on considère comme acquis autour de nous.
 
ActuSF : C’est Gilles Francescano qui a fait la couverture. Vous avez travaillé de nombreuses fois avec lui. Comment se passe votre collaboration ?
 
Jean-Claude Dunyach : Merveilleusement ! J’avoue que j’aurais du mal à travailler avec un autre graphiste, Gilles est quelqu’un qui voit ce que j’écris – et qui le restitue magnifiquement. En pratique, l’éditeur lui envoie le texte (parfois c’est moi, en avance) et il nous soumet un projet. Il m’est arrivé de lui faire une suggestion, mais c’est rare, je suis totalement incompétent côté graphiste. Par contre, j’adore discuter avec lui – j’aime quand il me regarde avec des yeux ébahis et qu’il me demande « tu avais fumé quoi avant d’écrire ça ? ». Et j’ajoute que son travail sur Étoiles mortes et Étoiles mourantes a été et demeure exemplaire. C’est vraiment lui qui a matérialisé les AnimauxVilles, qui les a habillés de chair. J’ai son tableau dans mon salon depuis mes quarante ans, il m’émerveille toujours autant.
 
ActuSF : L’instinct du Troll est édité chez l’Atalante qui publie également vos nouvelles en sept volumes. Quelles sont vos relations avec la maison d’édition nantaise ?
 
Jean-Claude Dunyach : Elles sont assez particulières parce qu’elles dépassent le simple rapport éditorial : ce sont des gens que je respecte énormément et que j’adore sur le plan personnel (même nos enfants sont amis). Travailler avec Mireille est toujours un bonheur, surtout quand on s’engueule ! Ce sont des gens extraordinairement rigoureux, j’apprends des choses avec eux. Et c’est vraiment à l’Atalante que j’ai envie de montrer mes manuscrits quand ils commencent à ressembler à quelque chose.
 
ActuSF : Quatre ans séparent « L’instinct du troll » de votre précédent recueil de nouvelles « Les harmoniques célestes ». C’est une volonté de marquer une pause dans l’écriture au profit d’autres activités, comme celle de parolier par exemple ?
 
Jean-Claude Dunyach : Non, c’est dû au fait que j’ai eu divers problèmes de santé – j’ai été opéré deux fois du cœur, entre autres. Ça n’aide pas à trouver l’énergie de faire autre chose. Et j’ai recommencé à travailler à plein temps – je fais un travail passionnant, mais aussi très prenant (l’un ne va pas sans l’autre). Je manque aussi de temps. J’ai quand même écrit quelques nouvelles entre temps et j’ai géré divers projets. J’ai en particulier été directeur d’ouvrage de « Rêver 2074 » (http://www.rever2074.com), avec des nouvelles de Mauméjean, Paquet, Bailly, Fakhouri, Wintrebert et moi-même (une deuxième nouvelle de ma plume, située dans ce monde, est au sommaire du prochain numéro de la revue Fiction), et je me suis occupé de la réalisation du Millefeuille gratuit de la librairie Bédéciné, qui regroupe une soixantaine d’auteurs d’imaginaire (http://www.bedecine.fr/2015/02/mill...). Les deux sont en téléchargement gratuit. J’ai aussi progressé sur diverses choses en cours, mais chut. Et j’ai aussi finalisé le premier CD de NoW, avec pas mal de mes textes, et je travaille sur plein de chansons avec mon complice de toujours, Norbert Wilhelm…
 
 ActuSF : Étoiles mourantes est ressorti il y a quelques mois aux éditions Mnémos. Quel regard avez-vous sur ce roman presque 20 ans plus tard ?
 
Jean-Claude Dunyach : Un regard apaisé, mais aussi un brin perplexe. Apaisé parce que le livre a déclenché une polémique à sa sortie, en 1999 : certains l’ont détesté et descendu, d’autre l’ont adoré et soutenu. Pas de juste milieu. Maintenant, c’est juste un élément du paysage. Je suis content, car il ne me donne pas l’impression d’avoir vieilli (alors que moi si ), mais ce qui était présenté comme un risque (l’isolement, le communautarisme, les guerres au nom de principes ou de morales) est devenu notre quotidien. On a été des lanceurs d’alerte, mais ça n’a servi à rien. Il va falloir recommencer. Cela m’encourage à songer à la suite – parce qu’il reste des tas de choses à raconter dans cet univers-là. J’ai recommencé à rêver d’AnimauxVilles il y a plus d’un an, c’est bon signe. En plus, Mnémos va republier Étoiles Mortes en octobre (qui reste mon roman le plus personnel), toujours illustré par Francescano. Et on a un magnifique projet pour 2016, mais chut !
 
ActuSF : Vous avez coécrit Étoiles mourantes avec Ayerdhal. Comment avez-vous retravaillé ensemble sur le roman ?
 
Jean-Claude Dunyach : Désolé, j’ai répondu tant de fois à cette question que je n’ai plus rien à ajouter sur le sujet. C’était une expérience inoubliable.
 
ActuSF : Vous avez mis en ligne un tutoriel pour créer ses propres livres numériques, vous avez animé plusieurs années aux Imaginales une master class d’écriture avec Élisabeth Vonarburg et Lionel Davoust. Ce rôle de passeur de savoir-faire, c’est aussi une de vos nombreuses facettes ? Vous prévoyez d’animer d’autres ateliers d’écriture ?
 
Jean-Claude Dunyach : Ce rôle de passeur, comme tu dis, a toujours été associé à mon travail d’écrivain. J’ai été éditeur, rédacteur en chef adjoint de Galaxies, j’ai mis en ligne début 1990 un logiciel Macintosh pour traquer les répétitions, je bosse avec les gens de Cocyclics dont j’aime l’état d’esprit et l’enthousiasme… Et j’ai pas mal d’activités dans le numérique, parce que ça me paraît une voie prometteuse, qui a longtemps été mal exploitée. Mais j’avoue qu’en ce moment, je lève un peu le pied, je préfère consacrer le peu de temps dont je dispose à écrire. Je ne travaille plus qu’avec des amis, je n’accepte plus de projets. Et j’ignore si je referai des ateliers d’écriture (au passage, on peut télécharger une partie du matériel dont on s’est servi sur l’excellent blog de Lionel Davoust, ici : http://lioneldavoust.com/telecharge...). Ça dépendra des circonstances.
 
 ActuSF : Des projets de romans ou de nouvelles à venir ?
 
Jean-Claude Dunyach : Oui, plein. Surtout des projets de roman : le prolongement de ma novella « Trois hourras pour Lady Evangeline », paru dans Bifrost n°58), la suite et fin de « La Guerre des Cercles » (depuis le temps que j’en parle), un roman dans le cycle des AnimauxVilles (titre de travail « Étoiles Libres »), la suite du Troll… Et quelques nouvelles qui me travaillent. Vivement la retraite, que je m’enchaîne à mon clavier !
 
 
 
 
 

Jean-Laurent Del Socorro