Interview de Jean-David Morvan
de Jean-David Morvan
aux éditions ActuSF
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Jean-David Morvan
Date de parution : octobre 2011 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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A l’occasion de la sortie de Contes cruels du Japon, Jean-David Morvan a accepté de répondre à quelques unes de nos questions...

ActuSF : Quel a été votre parcours ? Comment en êtes-vous venu à la bd ?
Jean-David Morvan : J’ai toujours voulu faire de la bd, depuis ma lecture de Valérian à 11 ans. Je suis allé à l’Ecole St Luc à Bruxelles, mais ce qu’on y apprenait n’avait pas grand-chose à voir avec ce que je voulais faire. On a donc commencé à préparer des projets avec des copains, qu’on a commencé à envoyer à des éditeurs, et c’est comme ça qu’on a été choisi par Zenda, c’était en 1990.

ActuSF : D’où vous vient cette évidente fascination pour l’Asie et sa culture ?
Jean-David Morvan : Les mangas… les livres lus à douze ans, la pierre et le sabre, la parfaite lumière. J’avais également un intérêt pour le Vietnam, donc c’est venu naturellement. Mes parents vendaient des voitures japonaises, je ne sais pas si ça a joué… je crois que le manga a une part très importante dans cet attachement. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier la bd sous toutes ses autres formes, des comics à la franco-belge, à partir du moment où l’histoire m’intéresse. Je ne mets pas de frontières de ce point de vue, toute bd est susceptible d’attirer ma curiosité. Et sinon je suis allé pour la première fois au Japon en 1990, avec mes parents. C’était à la fois très bien et pas du tout surprenant, avec l’impression de connaître ce pays dans lequel je n’étais pourtant jamais allé. Ca m’a d’ailleurs donné pas mal d’idées d’histoires, comme les Sept Yakuzas, même si le Japon et l’Asie ne sont pas mes seules sources d’inspiration…

ActuSF : Vos contes cruels du Japon sont une vraie réussite, comptez-vous réitérer ce type de publication ?
Jean-David Morvan : Ca me paraît difficile, les autres histoires me paraissent mineures, et puis tout dépend de la façon dont ça va marcher auprès du public. Ce qui était intéressant dans ce travail, c’était d’apporter une vision des japonais, de l’étranger, à l’image de ce qu’avait fait Lafcadio Hearn à son époque, à la fin du dix-neuvième siècle… c’est-à-dire reprendre et rassembler la tradition orale japonaise, qui n’était pas forcément si connue, même chez eux. C’est la même chose quand je prends des photos au Japon et que je les montre à des japonais, ils sont surpris de me voir prendre des photos de choses communes pour eux. C’est important d’avoir un regard extérieur, on voit des détails que les personnes sur place ne voient pas (ou plus).

ActuSF : Comment s’est passée la collaboration avec le dessinateur ?
Jean-David Morvan : Je le connaissais déjà depuis assez longtemps, et on avait déjà pas mal d’idées de projets ensemble, mais tout ça a traîné un peu, vu nos activités respectives. On en a commencé quelques uns sans arriver au bout, et on est partis sur cette idée d’adapter Lafcadio Hearn (livres présents et connus dans les deux langues). Le projet a pris pas mal de temps, même s’il est sorti rapidement une fois la machine lancée. Naoki, en tant que mangaka, n’était pas habitué à faire tant de cases sur une page, je lui ai donc expliqué la marche à suivre et comment on fonctionnait, et il s’est très vite adapté, au bout de cinq pages, il avait tout compris. Tout s’est très bien passé !

ActuSF : Les récits rapportés par Lafcadio Hearn sont nombreux : pourquoi avoir choisi ceux-là en particulier ? Comment s’est opéré votre choix ?
Jean-David Morvan : On a pris des histoires qui nous plaisaient à tous les deux, et celles qui étaient les plus connues, notamment pour les japonais, même s’ils ne lisent pas beaucoup de bd. J’aime particulièrement Yuki-onna, celle de l’arbre, et celle du cauchemar. Je ne sais plus si dans le récit original Lafcadio se met en scène ou pas, mais je tenais à écrire une histoire sur lui, à faire une mise en abîme de l’auteur sur l’histoire. C’était sympa, comme exercice.

ActuSF : La partie sur le moine fait appel à la musique ; est-ce que la musique traditionnelle japonaise vous attire ?
Jean-David Morvan : Ce récit est une vraie leçon d’histoire, sur les événements de la bataille entre les Taira et Minamoto. Le côté musical ne m’attire pas plus que ça. J’aime bien le bruit des tambours, il y a une résonnance incroyable, c’est terrible et vraiment prenant, il y a un côté techno au niveau du rythme. Je suis allé dans un temple bouddhiste où ils en jouaient, c’était vraiment impressionnant.

Au niveau du dessin, on a repris des compositions d’estampes qu’on a réintégrées dedans pour donner un côté culturel, j’aime beaucoup le travail d’Hiroshige (je le préfère à Hokusai), donc si la bd permet de découvrir ce monde là… Le but était de faire quelque chose d’amusant sur les légendes japonaises mais que les gens s’instruisent sans s’en rendre compte. Ainsi les détails comme les scènes de repas, qui présentent comment on mange au Japon, la cérémonie du thé mise en scène également…

ActuSF : Les récits adaptés sont courts et incisifs : était-ce une contrainte au niveau de l’adaptation, ou cela a-t-il facilité votre travail ?
Jean-David Morvan : Pour ce qui est de la longueur des histoires, on m’a reproché sur des forums le côté court, c’était assez drôle… mais le but était d’être compact.
Dans Yuki-onna, on a raconté des choses juste évoquées dans l’histoire originale : les enfants, on montre l’enterrement de la grand-mère (c’est aussi l’occasion de montrer comment ça se déroule au Japon). Les histoires sont courtes, mais bourrées de détails.
La première histoire est un peu plus longue, il y a le besoin de prendre son temps, de mettre en place les choses. Ensuite on a essayé de faire quelque chose de rythmé, sans oublier d’ajouter des à côté à l’histoire, avec les textes introductifs notamment, qui sont la partie visible de ce qu’on souhaitait, c’est-à-dire introduire un peu de culture japonaise auprès du lecteur.
Il y a aussi tous les détails invisibles au premier abord, et qui sont cachés dans l’histoire, avec toujours quelque chose qui se passe autour. J’avais envie de montrer un peu le Japon, tout en racontant des histoires intéressantes.

ActuSF  : Quels sont vos projets ?
Jean-David Morvan : Les Vents de Fukushima, qui sera mon histoire sur le tremblement de terre, pas une autobiographie, mais ce que j’ai ressenti face à cet événement : on montrera Tokyo, dans les détails de la vie quotidienne. Ce ne sera pas un catalogue, le plus important reste de raconter une histoire, le décor sert d’ambiance.
C’est un de mes projets parmi d’autres, je suis en train de finir le quinzième volume de Sillage (ce qui me fait penser que le 14 vient de sortir, j’ai de l’avance) ainsi qu’un autre album en même temps, qui sera une surprise. J’ai aussi d’autres projets avec des dessinateurs américains, et pleins d’autres que je ne détaille pas, ça prendrait trop de temps !

 

Tony Sanchez