Interview de Jean-Luc Marcastel à propos d’Un monde pour Clara.
de Jean-Luc Marcastel
aux éditions

Auteurs : Jean-Luc Marcastel
Date de parution : octobre 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Jean-Luc Marcastel vient de signer un livre de science fiction : "Un monde pour Clara". Ce roman se situe en France en 2027 après une explosion nucléaire. De quoi donner envie à Bertrand Campeis de lui poser quelques questions...

Actusf  : Bonjour Jean-Luc, tu nous reviens avec un beau roman jeunesse, qui est un melting-pot réussi louvoyant entre l’anticipation à court terme, l’utopie (et la dystopie), et une réflexion sur l’écologie et surtout de ce que les hommes ont font. Acceptes-tu de revenir pour nous sur l’écriture de ce roman, de l’idée au roman finalisé ?
Jean-Luc Marcastel : Et bien bonjour Bertrand (sur le ton de « Bonjour Grishka », soignons les effets spéciaux).
 
Pour faire court, Un monde pour Clara est une sorte de coup de gueule, une réaction personnelle à une dérive que je juge inquiétante.
 
Voici quelques années, mon fils Louis, alors âgé de 5 ans, est revenu de l’école en pleurs. Quand je lui ai demandé la raison de son émoi, il a éclaté en sanglots : "C’est de notre faute, parce qu’on est méchant, que les ours blancs disparaissent."
 
Bouleversé par ses larmes, je lui ai alors demandé s’il avait déjà tué beaucoup d’ours polaires, à quoi il m’a répondu "Non. J’en ai vu qu’à la télé". Je lui ai alors confié que moi non plus, je n’en avais tué aucun et que je ne me sentais pas coupable de leur disparition, pas plus que je ne me reprochais de vivre même si je dégageais du CO2 à chacune de mes respirations.
 
Mon second choc a eu lieu quelques mois plus tard, quand j’ai entendu, dans mon entourage, et dans les médias, des gens que je pensais raisonnablement censés affirmer, avec le plus grand sérieux : "La Terre se porterait mieux sans les hommes."
 
Nous venions à peine de débarrasser nos épaules de cette notion de « pêché originel » qu’on nous a si longtemps cousu sur le dos qu’il fallait déjà qu’on nous en mette un autre, cette fois envers le futur, envers «  La Nature »…
 
J’ai alors réalisé que je voyais ressurgir sous mes yeux, et sous une autre forme, cette culpabilisation qui est la première arme des dictatures et tous les voyants d’alarme se sont mis au rouge.
 
Non. Non et non. Je vis dans un pays où nous avons instauré la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la laïcité, ce n’est pas pour retomber maintenant sous la coupe de nouveaux Torquemada déguisésen vert.
 
Entendons-nous bien, je suis pour la défense de l’environnement. Je suis d’ailleurs le premier à trier mes déchets et à être révolté quand je trouve un emballage abandonné dans un parc, une forêt, une rivière. La terre est notre jardin, celui des hommes. La préserver relève du simple bon sens, du civisme... pas de la religion. Pour qui préservons-nous l’environnement ? Pour la « Nature  » pour Gaïa ? Une espèce de Néo divinité fumeuse inventée par des gourous en soif de pouvoir sur nos esprits ? Ou pour nos enfants ?
 
Quand j’entends autour de moi dire : «  Il y a trop d’hommes sur Terre. Il faudrait limiter les naissances. » je ne peux m’empêcher de me demander qui va s’arroger le droit de choisir ceux qui pourront se reproduire ? Et selon quels critères ? L’intelligence ? L’argent ? La race ? La foi ?
 
«  On vivait plus sainement il y a 100 ans. » Voici une autre assertion qu’on entend trop souvent, avec l’idée sous-jacente d’un passé idéal et aseptisé qu’on nous vend à la télé ou dans les médias… Mais de quel passé parlons-nous ? L’ex enseignant d’histoire que je suis se pose la question. Vous voulez dire celui où l’espérance de vie moyenne était de 40 ans ? Où 8 enfants sur 10 mourraient avant leur première année ? Où l’eau des puits véhiculait des maladies effroyables, dont la typhoïde, et où dans les campagnes, on arrachait encore les dents à la tenaille sans anesthésie car le médecin coûtait trop cher ? Où on pouvait mourir d’une simple appendicite ? Si ça c’était vivre mieux, je vous laisse y retourner sans moi. Et ne croyez pas que je parle du Moyen-Age, cent cinquante ans en arrière suffisent, voire moins encore pour certains coins de France.
 
Ce passéisme s’accompagne d’une défiance envers la science et le progrès, systématiquement dénigrés, comme le nucléaire (qui bien sûr est dangereux, et pose certains problèmes, mais permet quand même à des millions de gens de se chauffer l’hiver et qu’on ne me dise pas que la fumée de cheminée n’était pas nocive) contre les médicaments, la recherche, les vaccins (qui ont quand même sauvé des milliards de personnes de par le monde depuis leur découverte…) L’avenir de l’homme se trouve dans la recherche, dans la découverte de nouvelles énergies non-polluantes comme la fusion nucléaire, de l’exploration spatiale, la terraformation de planètes habitables, pas dans un nouvel obscurantisme et le retour au Moyen Age cette époque plus « propre » et plus « saine ».
 
En moins d’un siècle nous avons gagné plus de 20 ans d’espérance de vie ; nous bénéficions, tous autant que nous sommes, ou presque, d’un confort de vie que même Louis XIV, à Versailles ne pouvait imaginer et les gens se méfient pourtant de la science car ils ne la comprennent pas et qu’elle leur fait peur… parce que certains entretiennent cette peur pour gagner un pouvoir sur les autres.
 
En poussant au bout de leur logique chacun de ces arguments, de ces «  bonnes idées » destinées à sauver «  la Nature  » avec un grand « N », cette nouvelle divinité, des méchants humains parasites, j’ai voulu explorer le monde qui en découlerait, ce monde plus « propre »… et ce que j’ai découvert m’a fait froid dans le dos tant il ouvrait la porte à tous les excès.
 
C’est cela que j’ai voulu mettre dans ce roman.
 
Un Monde pour Clara n’est pas un roman sur l’écologie, mais sur la dictature. Les gens croient toujours qu’ils verront venir la prochaine dictature, que depuis le temps qu’on leur montre des bottes cirées, des uniformes noirs et des drapeaux rouges et blancs agressifs frappés d’un succédané de croix gammée, ils la reconnaîtront de loin… Ils se trompent. Les pires des dictatures se présentent toujours sous des dehors souriants, avec des « bonnes idées » pour sauver : la République, la Nature, les travailleurs, les ours polaires, les pingouins, le peuple untel, la race machin, la nation truc… (Mettez-y ce que vous voulez je ne sais pas faire les bouquets…). Les pires des dictateurs prétendent toujours agir pour le bien commun et qu’il se trouve malheureusement toujours des gens pour les croire et les suivre…
En prenant l’écologie comme moteur de cette dictature, je voulais justement user du capital sympathie que suscite ce «  prêt à penser » qui s’impose actuellement, pour dénoncer le danger d’un nouveau régime qui s’appuierait sur ce dénigrement de l’homme et de la science pour monter au pouvoir. Je voulais montrer que les meilleures des causes pouvaient servir les desseins les plus inavouables si elles tombent entre de mauvaises mains et devenir un effroyable instrument de pouvoir.
 
Et puis, je l’avoue, toutes ces histoires où la Nature outragée se venge des méchants humains parasites, ce dénigrement systématique de l’homme et de la science, finissent par me sortir par les trous de nez. La Nature n’est pas une bonne mère bienveillante, elle n’est pas « sympa ». C’est la loi du plus fort, la « Sélection Naturelle » qui élimine les plus faibles ou les inadaptés. Songez aux dinosaures… Qu’avaient-ils fait de mal, eux, pour disparaître ? Rien, si ce n’est des choses de dinosaures. Ils ne polluaient pas, n’avaient pas d’industrie… Ca ne les a pas empêché de prendre une météorite sur la figure. Et si on remonte plus loin encore, songez que tout notre cycle de vie s’est bâti sur la disparition et l’extermination des bactéries anaérobies qui existaient auparavant… Sympa la Nature ? Non. Il n’y a pas de justice dans la nature, la justice est une invention humaine.
 
Il est facile d’aimer les ours polaires, ils ne nous ont jamais rien fait de mal à nous européens bien nourris dans nos maisons chauffées, nous ne les voyons qu’à la télé ou en photo, nous les prenons pour de grosses peluches plutôt sympas… Mais allez demander à un inuit qui pèche sur la banquise dans son Kayak, par moins 40° de température journalière, ce qu’il pense de ces grosses peluches toutes blanches avec de grandes dents et de grandes griffes et qui aiment aussi le poisson… Vous n’en aurez peut-être plus la même vision.
 
Alors qu’un humain, on sait ce que c’est, il y en a toujours eu un, ou plusieurs, depuis notre enfance, parent, frère, sœur, cousin, cousine, professeur, copine, copain, mari, femme, patron ou emmerdeurs en tout genre, pour nous avoir fait des misères… Nous haïssons donc facilement les humains, parfois même intensément… et avons envie de nous venger d’eux, même si nous en sommes un nous-même… On aime détester l’homme, cette saleté à deux pattes, c’est tellement facile… On pourrait même espérer voir le monde débarrassé de lui une bonne fois pour toute pour laisser la place aux ours polaires.
 
Pourtant les ours polaires, eux, ne construisent pas de rampes handicapés, ni de structures pour accueillir ceux des leurs qui ne peuvent vivre en autonomie… dans leur monde à eux, le faible meurt, seul survit le fort.
 
Oui, j’aime la Nature, car elle est notre jardin et les animaux qui y vivent, quels qu’ils soient. Pour tout vous dire, quand je trouve une araignée chez moi, je l’attrape et la mets dehors et jamais de ma vie je ne chasserai, car je n’en ai pas le besoin et que je refuse de tuer une créature vivante sans nécessité. Mais cette nature, j’aime y entendre le rire de nos enfants, et j’aime avant tout l’homme car il a su mettre une justice dans un monde qui n’en avait pas. Il est parfois destructeur et mauvais, c’est vrai, et possède un réel potentiel de nuisance, mais il touche aussi au sublime, et je veux voir toujours voir le meilleur plutôt que le pire.
 
Et comme je suis un conteur d’histoire, ces réflexions, je ne voulais pas les assener, mais les faire vivre à travers des personnages. Si je dois amener mes lecteurs à s’interroger ce sera à travers une aventure, pas en leur faisant un cours.
 
J’ai donc choisi le personnage de Diane, cette jeune fille hantée par le souvenir de sa sœur, morte à douze ans des suites d’un cancer, dans une France traumatisée par un incident nucléaire. Avec elle nous allons marcher à travers Paris, pendant la manifestation d’un mouvement Vert Extrémiste, et recevoir la balle anti-émeute qui la plongera dans le coma pendant dix ans…
 
Quand elle reviendra à elle, Diane découvrira un monde nouveau, un monde où le mouvement auquel elle appartenait, les Enfants de Gaïa, a renversé le gouvernement et instauré les Lois Vertes pour le respect de Gaïa et un nouveau monde où l’homme vit dans « Le Respect de la Nature »…
 
Elle retrouvera Léo, son ami, devenu commandeur des Chevaliers de Gaïa, qui lui présentera cette nouvelle société, et Néo Lutécia, la ville écologique parfaite élevée sur les hauteurs de Montmartre. Lui et Etienne de Ronsard, le Premier Géophile et guide des Enfants de Gaïa, lui apprendront qu’elle est une icône de leur mouvement, l’Enfant de Gaïa, et qu’ils ont besoin de son aide pour raviver la foi du peuple qui commence à douter…
 
Diane, fascinée par Néo Lutécia et ce monde parfait qu’on lui présente, acceptera, se grisera un temps de sa divinité toute neuve et l’adoration des foules… Jusqu’à ce qu’un accident ne la précipite dans l’autre France, celle qui ne profite pas de la Révolution Verte, mais la subit. Loin du mirage de Néo Lutécia, elle découvrira l’envers du miracle, le quotidien de ceux qui vivent sous le joug de fer des géophiles et de leurs lois régressives et passéistes, dans cette France à deux vitesses…Elle ouvrira alors les yeux et découvrira le prix de la perfection… et que l’amour de la Nature n’est pas la haine de l’homme.
 
Actusf : Le titre interpelle fortement, peux-tu nous l’expliquer ?
Jean-Luc Marcastel : Le titre Un Monde pour Clara fait référence à la sœur jumelle de Diane, Clara, morte d’un cancer de la tyroïde foudroyant à l’âge de douze ans. Diane est hantée par le spectre de sa sœur, la meilleure des deux, à qui elle parle et qui lui répond, son double, son alter égo, sa force. C’est pour elle qu’elle marche dans le cortège au début de l’histoire, pour elle qu’elle veut changer le monde… Un monde, qui, finalement, ne sera peut-être pas conforme à ce qu’elle imaginait dans son rêve en noir et blanc, ce rêve sans nuance et sans compromis comme on peut en avoir à l’adolescence, cette idéologie simpliste qui, à vouloir sauver la Nature, en a oublié l’homme.
 
Actusf  : Après nous avoir présenté l’histoire, peux-tu nous en dire un peu plus sur les personnages, et leur évolution au fur et à mesure de l’écriture de ton roman ?
Jean-Luc Marcastel : Il y a deux personnages principaux (ou plutôt trois) dans cette histoire : 
Tout d’abord Diane, mon héroïne, une jeune femme pas vraiment héroïque, ni plus ni moins courageuse que les autres, qui va perdre son monde et ceux qu’elle aime et va devoir se retrouver, se reconstruire dans un nouvel environnement qu’elle ne connait pas. Qu’on va catapulter comme icône, comme déesse, et manipuler… avant qu’elle n’ouvre les yeux.
 
J’ai voulu que Diane soit un vrai personnage féminin, pas une espèce de Rambolina armée d’un arc, d’une épée, d’un flingue, enfin, ce que vous voulez, qui fasse des trucs totalement irréalistes. Diane n’est pas une guerrière. Si elle prend une arme à un moment de l’histoire, c’est pour se défendre et cela n’en fait pas un missile à défourailler les bonhommes… elle reste vulnérable, comme tout être humain. Au départ suiveuse, traumatisée par la mort de sa sœur, elle va peu à peu s’affirmer, ouvrir les yeux et faire son deuil et la paix avec ses fantômes, apprendre à faire ses propres choix, à résister aux épreuves et à défendre ce en quoi elle croit… devenir adulte enfin et avancer dans la vie.
 
Ou cela la mènera-t-elle ? Je vous laisse le découvrir.
 
Ensuite nous avons Clara, la sœur défunte, le double intérieur de Diane, sa force, qui la tire des mauvais pas, sait toujours ce qu’il faut faire, en toutes circonstances, une sorte de spectre, celui de la plus brillante des deux, celle qui aurait dû vivre et à l’ombre de laquelle Diane à toujours vécu jusqu’à sa mort.
 
Puis vient Léo, l’ami de Diane, un jeune colosse qui a perdu sa mère dans les mêmes circonstances où Diane à perdu sa sœur. Ils se sont tout deux rencontrés sur le lit de mort de leur proche et depuis, sont restés amis. C’est Léo qui l’a entraînée chez les Enfants de Gaïa, lui le prétorien, l’homme d’action, totalement investi de sa mission, d’une certitude, qui a abdiqué sa liberté de penser et son sens critique sur l’autel de la « Nature » et est devenu le « Commandeur » des Chevaliers de Gaïa, le bras armé d’Etienne de Ronsard, le Géophile. Dans un premier temps, Diane, subjuguée par son feu, son discours, son monde en noir et blanc, se laissera aveugler par sa conviction, avant d’ouvrir les yeux…
 
Mais ils ne sont pas seuls, car cette histoire, comme la vie, est aussi faite de nombreux personnages secondaires, qui, pour aussi brève que soit parfois leur apparition, ont tous leur importance dans le récit et ce qu’ils vont apporter à l’héroïne, je suis sûr que certains marqueront les lecteurs et sauront les émouvoir.
 
Actusf  : Plutôt que de te qualifier de valeur sûre du Roman Jeunesse (toi, comme moi, on sait à quoi s’en tenir avec les étiquettes) je te qualifierai de conteur aux histoires fortes qui réussit à captiver son lectorat, à agrandir celui-ci, sans coup férir, et à s’imposer petit à petit dans l’imaginaire francophone. Histoire que l’on saisisse mieux ce que cela implique, peux-tu nous parler du travail permanent que cela implique pour toi ? As-tu l’impression que les choses ont changé depuis quelques années ?
Jean-Luc Marcastel : Tu as raison Bertrand, je n’aime pas les étiquettes mais bon, pour « Valeur sûre  » je veux bien faire une exception ;-), je ne sais pas si c’est vrai mais ça fait rudement plaisir. Mais c’est sûr, si je devais porter un étiquette, je garderai celui de « Conteur d’Histoires ».
 
En terme de travail ça implique de bosser tous les jours, et quand je dis bosser, je ne fais pas d’abus de langage, il s’agit bien de travail. Pour reprendre un exemple bateau je choisirai cette formule : l’Ecriture c’est 5% d’inspiration et 95% de travail… et c’est vrai. Beaucoup de gens croient que les auteurs s’assoient à une table, et puis qu’ils attendent qu’une « inspiration  » leur tombe dessus et que du coup, le crayon s’agite tout seul et que le livre s’écrit comme par magie… Et bien c’est faux, totalement faux. Oui, parfois, une idée vous vient comme ça, d’un coup, sans crier gare… mais tout le monde a des idées de livres, et parfois même de très bonnes idées… Mon fils en a trois par semaine, au moins… Mais de l’idée à la réalisation, là est l’abîme…
 
Et puis, je vais même aller plus loin, pour que la machine à idées fonctionne, il faut la titiller tous les jours… en écrivant. Attention, qu’on m’entende bien… ce n’est pas parce qu’on la titille tous les jours qu’il en sortira forcément quelque chose de génial… Mais si on ne le fait pas, si on se contente d’attendre avec le stylo en l’air… Là, par contre, je suis sûr qu’il ne se passera rien. Hugo ou Dumas eux même n’avaient pas des fulgurances ou des éclairs de génie tous les jours, il leur arrivait aussi de faire dans le besogneux, mais à force de travail ils atteignaient parfois au sublime…
 
Du coup, et bien je travaille tous les jours matin/après-midi et soir, pour que l’organe reste toujours en éveil, la plume appointée… Une plume, si on ne l’utilise pas, elle rouille. La cervelle c’est pareil. Il faut se mettre dans un certain état d’esprit pour écrire, c’est un peu comme un super pouvoir, ou plus simplement comme un sport. Plus on le pratique, plus c’est facile, moins on le pratique, plus c’est laborieux… Là encore, la régularité est la clef.
 
Et puis il y a la promotion, les salons, les dédicaces, aussi épuisants qu’ils sont exaltants. Pour ma part, je pratique cet exercice de manière assidue car je trouve que c’est une chose merveilleuse que d’aller à la rencontre de ses lecteurs et de raconter ses histoires en direct, cela fait partie de mon métier, de mon plaisir d’écrivain et de conteur.
 
Je ne dirais pas que les choses ont changé depuis ces dernière années… ou alors dans le sens où, étant chez un plus gros éditeur, je fais plus de salons et bien sûr que mes œuvres sont mieux connues et bénéficient d’une mise en place et d’une visibilité plus importantes, mais je suis resté le même et mes lecteurs peuvent t’assurer que je n’ai pas changé d’un iota en dédicace ou dans mes rapports avec eux… J’ai plus de reconnaissance et je rencontre plus souvent des gens qui connaissent mes œuvres, mais j’ai encore plaisir à les faire découvrir à d’autres…
 
Actusf  : Tu cultives de nombreuses histoires, certaines bien implantées dans le paysage de l’imaginaire français, d’autres en train de germer, ou encore à l’état de graines, tu peux nous faire un état des lieux ?
Jean-Luc Marcastel : Eh bien oui, Bertrand, tu as raison, j’ai beaucoup de choses sous le coude et je cours pas mal de lièvres à la fois. La marmite est toujours en ébullition. Alors pour faire rapide disons que je suis actuellement en train d’écrire une trilogie pour les Editions J’ai Lu « Les Enfants d’Erebus » une aventure à mi chemin entre Lovecraft et Indiana Jones, dans une ambiance « Pulps  » années 30 mettant en scène une jeune héroïne et se posant un peu comme un « prolongement » des «  Montagnes Hallucinées  »… Je viens de remettre le tome 2 à Florence Lottin, mon éditrice, et le premier devrait sortir en début d’année prochaine.
 
Après, il y a une série de trois livres, « Le Simulacre  » que j’ai déjà écrite et achevée, un récit très enlevé, à mi-chemin d’Alexandre Dumas et de Georges Lucas, mettant en scène un certain mousquetaire gascon, ses compagnons et une héroïne piquante de mon cru dans de nouvelles aventures dans une France du XVIIIème alternative… J’ai essayé d’y retrouver la verve et l’esprit de Dumas,qui reste un de mes maîtres en écriture (tout écrivain d’aventure qui se respecte devrait avoir lu Dumas)… Cela fait un petit moment que je cherche le bon éditeur pour cette série, mais, comme pour le Galoup en son temps, cette histoire étant en frontière de genre, ils sont nombreux à se montrer frileux… Mais j’ai bon espoir que bientôt... Je te tiens au courant…
 
Et puis j’ai deux ou trois autres projets de série qui se promènent actuellement chez d’autres éditeurs et dont j’attends des nouvelles, c’est plus ou moins long… Wait and see… «  La qualité première d’un auteur », me disait un jour un éditeur, « c’est la patience…  » Il savait de quoi il parlait, il ne m’a jamais répondu. Heureusement, ils ne sont pas tous comme lui et certains, je peux vous l’assurer, sont très réactifs et respectueux des auteurs.
 
Une chose est sûre, je n’aurai jamais assez d’une vie humaine pour écrire tous les livres que je veux écrire, et cela m’attriste, certaines de mes histoires ne verront jamais le jour… 
 
Actusf  : Le mot de la fin t’appartient ! Fais-toi plaisir !
Jean-Luc Marcastel : Ne laissez personne, jamais, penser à votre place, n’abdiquez pas votre sens critique, et ne donnez pas à d’autres les moyens de construire les barreaux de la cage dont ils seront les seuls à avoir la clef. N’oubliez jamais les paroles de Descartes : « Je doute donc je suis. »
 
Et surtout… n’oubliez jamais de rêver, d’aimer… et d’espérer en des lendemains meilleurs.
 
Moi je veux croire en l’homme et au futur.

Bertrand Campeis

Le vendredi 11 octobre, Jean-Luc Marcastel dédicacera son roman à la librairie l’Antre-Monde, 142, rue du chemin vert, 75011 Paris, à partir de 18h...