Interview de Karen Miller
de Karen Miller
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Karen Miller
Traduction : Bénédicte Lombardo
Date de parution : novembre 2008 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Actusf : C’est la première fois qu’on vous rencontre en France, dites nous quels sont vos goûs en matière de littérature et quels sont les auteurs qui vous ont influencée ?
Karen Miller : J’aime évidemment la science-fiction et la Fantasy. J’ai commencé à lire de la Fantasy quand j’étais à l’école primaire. Un de mes professeurs m’a fait lire Narnia de C.S.Lewis et je suis tombée totalement amoureuse de ce livre. À la même époque, j’ai aussi découvert Enid Blyton et ses histoires d’enquêtes, de crimes etc. Ça m’a amenée à aimer également le polar. Et puis je m’intéresse aussi pas mal au roman historique et notamment à Dorothy Dunnett, qui a écrit une série de six tomes : The Lymond Chronicles. Pour moi la fiction historique est très proche de la Fantasy, sauf qu’en Fantasy on est obligé de reconstruire tout un monde sur les bases de légendes et d’histoires. Et pour revenir à aujourd’hui, parmi les auteurs que j’aime en Fantasy, il y a notamment Robin Hobb, George R.R.Martin et Kage Baker. Dans le polar, c’est plutôt Michael Conolly, Robert Craig , Robert Parker... parce que leurs personnages sont très forts, très très bien menés et dessinés. Et les intrigues sont également très fortes.

Actusf : Quelle est l’idée de base du Mage du Prince ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ?
Karen Miller : La vérité c’est que je faisais mes longueurs dans ma piscine lorsque soudain, m’est venue l’histoire de deux amis, l’un de sang royal, l’autre non. Et j’avais dans la tête que celui qui était de sang royal allait tuer son ami. Je ne sais pas du tout d’où ça vient. Ça m’est venu comme ça, comme me viennent la plupart de mes idées sur mes livres et sur mes intrigues. Ensuite je me penche sur la vie de mes personnages, sur qui ils sont, d’où ils viennent. Et petit à petit je monte une histoire autour d’eux.

Actusf : Pourquoi avoir choisit la Fantasy, spécifiquement ?
Karen Miller : J’aime la Fantasy parce qu’elle me permet d’explorer la nature humaine et les relations entre les individus. C’est ça qui m’intéresse avant tout. Et par rapport à l’Histoire, je n’ai pas besoin que tout soit véridique pour construire mon récit. Ces deux genres sont fabuleux. Ils permettent de se poser des questions sur ce que donne le pouvoir, la religion, les relations entre les différentes cultures... On comprend mieux comment les relations humaines, et comment tout cela s’entremêle et fonctionne.

Actusf : Est-ce que vous pouvez nous parler un peu du personnage principal Asher et de la manière dont vous le voyez ?
Karen Miller : On m’a souvent dit qu’Asher était un personnage très australien, très courageux, honnête et qui vit selon ses propres règles. C’est un homme bon. Il sait faire la différence entre le bien et le mal et il sait prendre les bonnes décisions, même si ça va à l’encontre de ce qui est bon pour lui ou de ses propres sentiments. Il a un vrai code de l’honneur et ça le met parfois dans de drôles de situations. Mais il a aussi une forme d’intolérance parce que quand il n’aime pas les gens, il ne les aime vraiment pas (rires). Et tant pis si les gens sont choqués d’entendre ce qu’il pense d’eux. C’est quelqu’un de très direct mais qui est aussi assez impatient, qui peut s’énerver et dire les choses de manière très catégorique. Ce n’est pas un personnage simplement gentil et ennuyeux. Il a aussi ses défauts.

Actusf : Et il va devoir apprendre tout un monde qu’il ne connaît pas puisqu’il vient d’un village de pêcheur et va rentrer aux services du Prince...
Karen Miller : En fait Asher ne s’adapte pas vraiment. Il dit aux gens, "soit vous m’appréciez comme je suis, soit vous allez vous faire voir". Et c’est ce qui fait que le Prince va le remarquer et l’engager. Il voit que cet homme est entier et qu’il ne se laissera pas influencer. Bon après, il fait aussi attention notamment à ses relations humaines avec le Prince et les gens autour, parce qu’il sait que ce qu’il fait ou ce qu’il dit peut avoir des conséquences dramatiques pour son employeur. Donc il prend garde. Mais pas complètement. C’est une sacrée tête dure. (rires)

Actusf : Il y a aussi une histoire de prophétie et de destin...
Karen Miller : Que serait un roman de Fantasy sans prophétie (rires) ! Non je plaisante. Je n’écris pas toujours mes romans avec des prophéties. Mais dans celui-ci ça me semblait important qu’il y ait une prophétie qui annonce un destin terrible, quelque chose de sombre qui se profile au dessus de l’histoire, avec au centre de tout ça le personnage d’Asher. Tout le monde sait qu’il est concerné et les gens le regardent et l’observent dès le départ. Dans le récit, cette prophétie est vraiment importante parce qu’il y a un petit groupe de personnages qui la servent et la transmettent depuis 600 ans de génération en génération. Ça m’intéressait d’avoir ces gens nés pour servir la prophétie et de voir la manière dont celle-ci influence toute leur existence. Jusqu’à les empêcher d’avoir leur propre vie et finalement ne jamais devenir quelqu’un d’autre. C’est un peu comme ma Princesse qui est entièrement dédiée à la magie et ne fait rien d’autre de sa vie. Elle doit devenir une grande magicienne et donc tout son temps est consacré à ça.

Actusf : C’est assez sombre et en même temps il y a plein de moments de légèreté et d’humour...
Karen Miller : Oui. Effectivement. Mais ce n’était pas conscient. Les situations sont parfois tellement dramatiques qu’on en rigole. On a besoin dans ces moments là de rire. On a besoin d’humour. Et donc en écrivant l’histoire, cette légèreté est ressortie au milieu d’un contexte dramatique.

Actusf : Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur le tome suivant ?
Karen Miller : Eh bien je ne veux pas raconter la fin du premier tome mais les lecteurs vont avoir un sacré choc (rire). Il y a un vrai cliffhanger. Dans le deuxième volume, c’est l’histoire de tous ces personnages qui vont devoir affronter une situation qui va vraiment de mal en pis. Et devoir survivre et tenir le coup. C’est un peu comme essayer de retenir une avalanche. J’ai vraiment conçu le livre comme une pièce en deux actes. A la fin du premier, tout est installé. Et dans le deuxième, tout ce qui a été mis en place est complètement explosé... Et tout le monde ne survit pas...Hélas... (rires)

Actusf : Parlons un peu de l’Australie, vous disiez lors d’une conférence aux Utopiales qu’il était impossible d’intégrer dans des écris de Fantasy les légendes et le folklore aborigènes. Pourquoi cela ?
Karen Miller : Ce n’est pas impossible, c’est juste très compliqué parce que l’on pense souvent en Australie que c’est un profond manque de respect. Certains australiens non aborigènes ont essayé de se moquer de leur folklore et ça a été très très mal perçu. J’ai lu beaucoup de choses lorsque j’étais jeune sur la culture aborigène et notamment un livre sur le "temps du rêve" qui est tout ce qui touche à leur mythologie. Mais il y a vraiment très très peu de choses là dessus notamment en littérature...

Actusf : Parlez-nous un peu de la situation de la Fantasy et de la science-fiction en Australie. Il y a beaucoup d’auteurs australiens qui en écrivent ? Comment ça se passe ?
Karen Miller : L’Australie est bien évidemment un continent immense mais finalement assez désert. Il n’y a que 22 millions d’habitants. Les distances entre les villes sont immenses. Du coup nous n’avons qu’assez peu de conventions. Nous avons une convention nationale et parfois quelques festivals çà et là. Nous ne sommes pas très très nombreux et donc on se voit de temps en temps mais ce sont toujours les mêmes têtes (rires). En revanche l’édition de genre en Australie est très vivace. Il y a deux niveaux. Il y a les grosses maisons d’édition comme la mienne, Harper Collins... qui publient l’ensemble des romans de la littérature générale et du genre, mais il y a aussi beaucoup de petits éditeurs qui font énormément de choses, notamment en publiant des nouvelles, des anthologies et parfois quelques magazines.

Actusf : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ?
Karen Miller : Par quoi je commence (rire) ? Il y a à la fois une trilogie de Fantasy qui s’appelle Godspeaker. C’est une Fantasy assez sombre. D’autre part je viens de terminer un roman sur Star Wars qui va sortir un peu avant Noël : Wild Space. J’ai aussi commencé une autre série de Fantasy sous un pseudonyme. J’en ai déjà fait deux tomes et je viens d’attaquer le troisième. Et aussi bien entendu la séquelle du Diptyque sur le Mage du Prince. Ça sera aussi en deux volumes. Plus une préquelle en deux romans qui sera l’histoire des deux magiciens présents dans le Mage du Prince.

Actusf : Petite question à l’éditrice. Comment as-tu découvert ce début de cycle ? Et pourquoi avoir choisi de l’éditer ?
Benedicte Lombardo : En fait j’étais en librairie à Londres, et parmi tous les romans de Fantasy sur les étagères, il y en avait un qui ressortait beaucoup avec une couverture blanche et un mage dessus. Le résumé m’a bien plu, du coup je l’ai acheté et peu de temps après j’ai couru voir l’agent au salon du livre à Londres en lui disant : "je viens de commencer à lire ce roman, c’est vraiment super, il faut que j’achète les droits pour la France" (rire). C’est vraiment une histoire de coup de cœur. J’ai lu les deux volumes à toute vitesse. J’étais complètement prise dans l’histoire. Et en plus j’ai beaucoup ri, ce qui m’arrive rarement en Fantasy. J’ai vraiment été séduite par les personnages et par l’humour... Et je suis très heureuse de l’éditer maintenant en français

Jérôme Vincent