Interview de Karl Schroeder
de Karl Schroeder
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Karl Schroeder
Date de parution : avril 2008 Réédition
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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La quarantaine passée, Karl Schroeder est en train de devenir un auteur de premier plan. En france on a pu lire jusqu’ici Ventus et Permanence, deux romans que Folio SF a réédités il y a peu. Interview...

ActuSF : Tout d’abord, comment avez-vous découvert la science-fiction et qu’est ce qui vous a donné l’envie d’en écrire  ?
Karl Schroeder : Ma mère avait une grande collection de romans d’André Norton quand j’étais jeune. Ils étaient stockés juste à la bonne hauteur pour que je puisse les prendre quand j’étais tout petit, donc je suppose que j’ai été d’abord attiré par leurs étranges couvertures. J’ai commencé à lire avec la série de l’atroce "Doc Savage" puis je suis passé aux Norton, qui sont vraiment très bons. Mais le plus important pour moi, cependant, c’est que ma mère (Anna Schroeder) avait publié deux romans autour de la date de ma naissance, j’ai donc grandi en voyant des livres avec écrit Schroeder sur la tranche sur notre étagère. Il m’a semblé naturel et logique d’écrire des livres, donc quand j’ai eu quatorze ans, j’ai commencé à écrire mon premier.

ActuSF :
En France, nous pouvons lire vos deux romans : Permanence et Ventus. Commençons donc par Ventus, comment vous est venue l’idée de ce livre ?
Karl Schroeder : Un court récit peut contenir une ou deux idées, un roman est représentatif de l’ensemble de votre expérience à ce moment de votre vie. Il est tout à fait impossible d’expliquer comment ces romans se sont compilés, à moins de dire qu’ils me représentent au moment où ils ont été rédigés. - Et, on peut dire que ce sont les livres que je voulais lire, à cette époque de ma vie, mais que je n’ai pas pu trouver écrit par quelqu’un d’autre.

ActuSF : Parlez-nous de ces machines Choronzon et 3340. Comment les voyez-vous ?
Karl Schroeder : Eh bien, tout d’abord, ni 3340 ni Choronzon ne sont des machines, ce ne sont ni des processeurs d’information et elles ne sont pas de nature biologique non plus. Un sujet majeur de ces deux romans est d’explorer une quatrième catégorie de l’agence. En passant, Choronzon et 3340 sont beaucoup plus détaillés dans mon roman ultérieur Lady of Mazes, dans ce roman, j’explore la nature des acteurs intentionnels traditionnels qui ne sont pas des machines informatiques ni des entités biologiques. Les deux sont des systèmes émergents, pour être précis-une catégorie beaucoup plus importante de celles utilisées dans la SF ce siècle dernier. Après avoir exploré ces idées, je ne croie plus en l’"intelligence artificielle" par exemple, car tous les livres comme Ventus et Permanence semblent en avoir fait le tour.

ActuSF :
Comment avez-vous travaillé là-dessus ? Avez-vous construit votre monde en premier ou était-ce l’histoire qui s’est imposé à vous d’abord ?
Karl Schroeder : Mon but vient en premier ; en découle un récit, et des choses comme un monde et une histoire sont entièrement subordonnées à leurs besoins. Je ne crois pas avoir plus d’une ou deux pages de notes sur les mondes, les endroits et les histoires que ce soit pour Ventus ou Permanence. Tout prend vie sur la page écrite, ou c’est que je n’en ai pas besoin. Je sais que de nombreux écrivains, notamment d’écrivains débutants, rédigent des centaines de pages de notes et des histoires au sujet de leurs mondes. Ce sont, une distraction au mieux ; un atermoiement dans le cas typique, et un remplacement pur et simple de l’écriture de fiction dans le pire des cas. Je n’ai pas de telles habitudes.

ActuSF :
Pour Permanence, comment est née l’idée de ce roman ?
Karl Schroeder : Je voulais réinventer complètement l’idée de civilisation interstellaire, et inventer une approche viable pour la colonisation et le commerce interstellaire. Alors, je l’ai fait. Je ne suis pas sûr que les cycleurs interstellaires que j’ai créés puissent fonctionner, mais tout ce que j’ai prédit sur la nature des étoiles naines brunes s’est révélé exact. Ce sont vraiment des destinations attrayantes. Nous pouvons en voir quelques indices dans notre propre système solaire avec Jupiter et Saturne, qui semblent avoir plusieurs lunes qui pourraient soutenir la vie. Des rapports récents suggèrent que l’océan sous terrain d’Europa pourrait être entièrement oxygéné, par exemple- capable de supporter des poissons terrestres d’autres espèces dès maintenant

ActuSF : Comment voyez-vous Rue Cassels ?
Karl Schroeder : Rue est une personne traumatisée dans l’enfance quasiment au-delà du point de guérison possible, mais à qui l’on donne une incroyable opportunité de reprendre sa vie. Pour moi, Permanence est un roman à ce sujet : saisir une chance et l’utiliser pour se recréer soi-même. C’est exactement ce qu’elle fait dans le livre.
Rue découvre un météore qui se révèle être un vaisseau spatial extraterrestre.

ActuSF :
Comment voyez-vous ces ET ? Et pourquoi ne les avez-vous pas laissés "vivants" ? Nous ne voyons à peine que des traces de leur existence.
Karl Schroeder : Le sujet entier de Permanence est que les civilisations fabricante d’outils ne peuvent pas être permanentes. Dans Permanence, les espèces intelligentes sont en constante évolution, mais chacune d’entre elles se heurte à un obstacle infranchissable imposées par l’évolution elle-même : la technologie est supérieure pour une espèce capable de déménager dans une nouvelle niche écologique, mais l’adaptation directe à l’environnement est toujours préférable pour une espèce qui reste dans sa propre niche. Les espèces intelligentes font irruption dans la galaxie, en utilisant leur technologie pour explorer et coloniser de nombreux mondes différents, mais finalement, elles sont toujours remplacées sur chaque monde par des espèces qui n’ont pas besoin d’outils pour y survivre. Toujours -c’est une loi aussi inévitable que l’extinction définitive elle-même. Cette loi, qui décrète la perdition éventuelle de chaque civilisation, plane sur le roman comme une malédiction.

ActuSF :
L’humanité dans ce roman semble limitée technologiquement. Pourquoi ? Et comment a t-elle gagné les étoiles ?
Karl Schroeder : Dans Permanence, l’humanité a évolué au-delà de notre brève période historique de l’invention, et utilise des technologies qui sont déjà bien établies. Les gens choisissent les technologies répondant sur leurs besoins immédiats, ce n’est pas le marché ou la concurrence qui les poussent à innover. L’économie et les facteurs environnementaux dictent le mélange technologique nous voyons sur les mondes de Halo, par exemple, pas l’innovation compétitive. Nous oublions parfois que c’est de cette manière que l’humanité a vécu avec la technologie depuis 100 000 ans maintenant. Les poussées d’innovation sont extrêmement brèves.

Quant à la manière dont l’humanité a gagné les étoiles, c’est tout le roman en soi. L’idée des cycleursCycleurs leur ont permis de créer une sorte de "chemin de fer" économique pour traverser les étoiles par l’intermédiaire d’objets tels que les naines brunes et les planètes orphelines (dont il doit y en avoir des milliers, même dans notre propre voisinage stellaire). Cela rend le processus de colonisation interstellaire robuste, car elle ne repose pas sur un seul jet, mais se développe organiquement.

ActuSF :
interstellaires le rend évident, cependant : il s’agit d’une série de petits pas, chacun menant les colons de plus en plus profondément dans l’espace interstellaire. Les Vos romans sont très riches. Vous parlez aussi bien de la nanotechnologie, la terraformation, la réalité augmentée ou voyage interstellaire. A t-il été difficile de mettre tous ces éléments en place dans une intrigue ? Et qu’est ce qui vous intéressait dans chacun d’eux ?
Karl Schroeder : J’ai toujours pensé que je ne pouvais pas écrire sans inclure tous ces éléments. Le problème est que l’avenir n’est pas crédible si vous ignorez l’ensemble des facteurs que l’on sait être entré en jeu maintenant. Si vous êtes en passe de situer quoi que ce soit dans le futur, vous devez prendre en compte la nanotechnologie, la biotechnologie, infotech, et les sciences cognitives, ou bien c’est complètement invraisemblable. Donc j’ai toujours été mû par la nécessité de le faire.

ActuSF :
Ces notions sont souvent très scientifiques. Suivez-vous beaucoup les nouveautés Scientifiques ? Quels sont les domaines qui vous intéressent en particulier maintenant ?
Karl Schroeder : Je ne crois pas qu’il soit possible d’être cultivé si vous n’êtes pas aujourd’hui scientifiquement cultivé. Je fais tout mon possible pour me tenir au courant et avec autant de détails que je peux, mais en même temps, j’ai toujours fait cela, tout simplement parce que c’est tellement agréable à faire. La nature est sans cesse fascinante et j’aimerais tout savoir sur tout. En ce moment, mon principal intérêt est la science cognitive, puisque c’est un domaine d’étude susceptible d’être plus révolutionnaire que tout ce que nous avons vu à ce jour. Après tout, cogsci promet de répondre à ces questions fondamentales pour lesquelles nous devons nous fier à la religion à ce jour pour répondre. Avec la physique, il va révolutionner notre compréhension de nous-mêmes, et si vous avez pensé que la découverte de l’évolution a été controversée dans les communautés religieuses, attendez de voir l’équivalent pour cogsci ! Des guerres se livreront pour ce genre de choses.

ActuSF :
Avez-vous des influences ou des auteurs de références sur tous ces sujets, tant pour l’aspect space opera et de Hard science ?
Karl Shcroeder : Deux livres accessibles (en anglais) sont "Cognition in the Wild" par Edwin Hutchins, et "Being There" d’Andy Clark. Aussi « Where Mathematics Comes From" par Lakoff.

ActuSF : Pensez vous faire partie du NSO ? Est-ce que ce terme "New Space Opera" a une signification particulière pour vous ?
Karl Schroeder : Je m’amuse à faire partie du NSO. Je suis l’un de ses inventeurs, pour ainsi dire, mais le space opera n’est guère représentatif de mon travail. Lady of Mazes, par exemple, est quelque chose de complètement différent : une exploration approfondie de la thèse selon laquelle "la technologie est la loi », dans un monde où vous pouvez littéralement brancher ou débrancher quoi que ce soit selon votre goût, et où l’on peut également dicter aux technologies leur travail autour de soi. "Lady" est une exploration de la façon dont la technologie permet le multiculturalisme, et la manière dont elle le mine pour créer une monoculture. Tout à fait un roman de SF dans la perspective canadienne, soit dit en passant.

ActuSF :
Vos deux derniers romans sont Queen of Candesce et Sun of Suns. Ils ne sont pas encore traduits en français. De quoi parlent-ils ?
Karl Schroeder : Queen of Candesce et Sun of Suns sont les deux premiers titres de ma série Virga. Ce sont des aventures de pirates dans un monde sans gravité. C’est dans l’espace, mais avec de l’air. – Tout est possible, pourrais-je ajouter, vous allez devoir lire les livres ou visiter mon site web (www.kschroeder.com) pour savoir comment. Mais ils sont tout simplement fabuleux amusants et entièrement dans la tradition du space opera-même si c’est une sorte de space opera newtonienne ; vaisseaux spatiaux avec des tubes à vide et sans ordinateurs.

ActuSF :
Quels sont vos projets ? Sur quoi comptez-vous travailler ?
Karl Schroeder : Plus que je ne puisse en dire. Je suis au milieu du quatrième livre de Virga et un certain nombre d’histoires courtes dans ce même monde, je me suis aussi lancé dans un projet général que j’appelle le Compas de la Raison (Reason’s Compass), qui est sur la science cognitive. J’ai commencé à publier des histoires courtes encore récemment, et j’ai de séduisantes perspectives quant à l’adaptation en film de l’un de mes romans. J’ai également travaillé d’arrache-pied pour obtenir plus de traductions ! J’ai été très heureux d’avoir le français et les éditions de Ventus et Permanence, et l’espoir de voir le reste de mes livres imprimés là-bas, ne serait-ce que parce que j’ai grandi et tellement changé en tant qu’écrivain depuis ces deux premiers, et je souhaiterais que le public français sache où j’en suis maintenant.

ActuSF : Merci encore, ça a fait beaucoup de questions.
Karl Schroeder : Merci de les avoir posées ! Je suis toujours heureux de répondre.

Jérôme Vincent, Stéphanie Morello-Fenouillet