Interview de L.E.Modesitt Jr
de L.E. Modesitt
aux éditions
Genre : Fantasy

Auteurs : L.E. Modesitt
Date de parution : février 2008 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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L. E. Modesitt, Jr. est un auteur que les lecteurs de fantasy connaissent bien. Depuis quelques années maintenant, les éditions Mnémos publient sa série du Monde de Recluse. Un monde partagé entre l’ordre et le chaos. Petite interview découverte d’un écrivain qui s’installe peu à peu en France.

Actusf : Comment avez-vous découvert la fantasy et qu’est-ce qui vous a donné envie d’en écrire ?
L.E. Modesitt Jr : En fait, j’ai écris et publié de la poésie une dizaine d’année avant d’écrire ma première histoire de science fiction en 1972. J’ai ensuite écris et publié des nouvelles de science-fiction pendant une dizaine d’années avant que mon premier roman de SF [The Fires of Paratime] soit publié, et je n’ai pas terminé mon premier roman de fantasy avant 1989. J’avais décidé d’écrire mon premier roman de fantasy [The Magic of Recluce] après m’être rendu à ma première convention de science-fiction et de fantasy, quand j’ai réalisé que très peu d’écrivains traitaient du genre de problématiques auxquelles je voulais me confronter.

Actusf : Parlez-nous de votre univers de Recluce. Comment l’avez-vous contruit ?
L.E. Modesitt Jr : J’ai déjà écris un long article sur la manière dont j’ai créela magie utilisée dans le monde de Recluse, et ce sera publié dans le courant de l’année dans le magazine américain Black Gate. Pour faire court, j’ai simplement voulu créer un monde où la magie était logique et dans lequel l’économie, la politique et la culture semblaient réalistes. Chaque personnage dans le monde a ainsi un « vrai » métier. Lerris est ébéniste, Cerryl essaye de passer de son emploi dans une scierie au métier de scribe, Justen est ingénieur...

Actusf : On y parle d’ordre et de chaos. Pourquoi faire deux forces aussi opposées et manichéennes ?
L.E. Modesitt Jr :Je n’appellerais pas le système magique de Recluse "Manichéen", pas plus qu’il ne serait le négatif d’une doctrine manichéenne. L’univers de Recluse dépend de la balance entre l’Ordre et le Chaos. Ce concept est loin de l’idée manichéenne que le royaume de la lumière est bon. Mon concept était plutôt basé sur la physique et sur l’idée que la matière structurée tendrait vers l’ordre alors que l’énergie déstructurée, irait plus vers le chaos. Dans les dernières étapes de l’univers de Recluse, à des billions d’années, tout sera à un niveau diffus de Chaos, et très similaire à l’entropie supposée par quelques scientifiques de notre univers. Ma construction était également basée psychologiquement sur le fait que les humains tendent à aller vers les réponses simples. Et l’ordre et le chaos représentent des polarités simples. Comme mes histoires l’illustrent, il faut une grande compréhension et du courage pour se battre contre le populaire et le simpliste.

Actusf : Habituellement, l’ordre est associé au blanc, à la pureté et aussi à la civilisation. Or sur Recluce, les mages blancs travaillent le chaos pour maintenir la civilisation en état, en fait pour maintenir un certain "ordre" dans les villes. Les mages noirs, qui manipulent l’ordre, sont considérés comme des facteurs de déstabilisation. D’où vous est venu ce contre-emploi des clichés habituels ?
L.E. Modesitt Jr :J’ai toujours été sceptique sur les croyances populaires. Lorsque j’étais enfant, je me demandais toujours pourquoi les gens trouvaient que le blanc était bon et pur. En grandissant, bien sûr j’ai appris que tout le monde ne pensait pas ainsi. Chez les Hindous, la couleur sacré est le safran et dans la culture chinoise, les mariés portent du rouge, et pas du blanc qui est la couleur de la mort. L’équation blanc=pureté est un concept européen, et j’ai décidé de renverser entièrement l’adéquation des couleurs aux valeurs .

Actusf : Qu’aviez-vous envie de faire avec ce cycle ?
L.E. Modesitt Jr :Je voulais distaire les lecteurs, tout en leur donnant quelques histoires et pensées qui pourraient bousculer les avis simplistes et les points de vues que si souvent nous avons facilement sans y penser.

Actusf : Parlez nous de Lerris, un héros qui préfère son travail d’ébéniste à celui de sauveur du monde...
L.E. Modesitt Jr : Lerris commence comme un jeune homme qui ne comprend pas vraiment l’importance de l’excellence pour que la vie ait du sens. Comme bien des gens, il veut juste que le boulot soit fait, alors même qu’il pourrait mieux faire. Alors qu’il découvre de plus en plus le monde, il travaille dans différents pays, et commence à comprendre la nature éphémère du pouvoir et la nature plus durable de son artisanat. Il fait ce qu’il faut en tant que mage de l’ordre, mais seulement parce qu’il comprend que personne d’autre ne peut le faire, et il le paie assez cher, mais il survit car il comprend comment l’ ébénisterie représente la vie bien vécue.

Actusf : Autre héros, Ceryll, un adolescent qui n’a pas la vie facile. Comment le voyez-vous ?
L.E. Modesitt Jr : Cerryl mûri bien avant son âge. C’est parce qu’il n’a guère le choix. Il devient un homme doué pour utiliser aussi peu de pouvoir que nécessaire pour atteindre ses fins et quelqu’un qui ne comprend que trop bien ses propres limites et les limites de sa propre culture.

Actusf : Vous avez également pas mal écrit de romans de science fiction. Pourquoi avoir choisit la Fantasy et la science fiction ? Qu’est-ce que ces deux genres vous apportent en tant qu’auteur ?
L.E. Modesitt Jr : La science-fiction et la fantasy sont les derniers endroits où un écrivain peut toucher un auditoire relativement vaste, élever le niveau philosophique et poser des questions qui à la fois menacent de définissent notre temps, tout en étant capable de gagner sa vie. Je crois qu’un écrivain doit à la fois de divertir et d’éduquer. Si l’on ne fait que divertir, le travail n’a pas de valeur. Si l’on ne fait qu’éduquer, alors l’écrivain est susceptible de ne pas avoir l’auditoire… et pas d’avenir en tant qu’écrivain.

Actusf : Vous faites souvent des séries. Vous vous sentez plus à l’aise sur des récits au longs cours ?
L.E. Modesitt Jr : La plupart de mes "séries" sont composées de romans fantastiques, et j’ai tendance à ne poser à mes héros et héroïnes que le genre de problèmes et de questions qui peuvent pas être réglées de manière réaliste dans le laps d’un court roman. Même mes romans « one shot » de science-fiction ont tendance à être un peu plus long que la moyenne, et je soupçonne que c’est parce que j’ai découvert que la vie est plus complexe que ce que de nombreux écrivains souhaiteraient transmettre. Mes enquêteurs privés et les consultants, par exemple, n’ont jamais qu’un ou deux clients seulement. J’ai été un consultant, et dans la vraie vie, ça ne fonctionne pas de cette façon. Vous avez toujours trop peu ou trop de clients. Cependant, j’écris de temps en temps des nouvelles, et mon premier recueil sortira en cartonné chez Tor en mars. Il est intitulé Viewpoints Critical (Points de vue critiques), et les premières critiques ont été plutôt favorables.

Actusf : Vous avez fait pas mal de métiers différents. Qu’est-ce que ces expériences vous apportent en tant qu’auteur ?
L.E. Modesitt Jr : Je n’ai pas écrit ma première histoire avant d’avoir presque trente ans, ni mon premier roman avant d’être proche de la quarantaine. J’ai continué à travailler à plein temps dans d’autres emplois jusqu’à la cinquantaine, et l’expérience de ces emplois imprègne tout ce que j’écris, parce que l’expérience donne une ressenti qu’il est difficile de reproduire par les recherches. Je pense que je peux écrire sur les officiers de l’armée parce que j’en étais un, et sur l’espace et le pilotage parce que j’étais un pilote d’hélicoptère dans l’US Navy. Je me suis impliqué dans le gouvernement et la vie politique pendant de nombreuses années et, comme je l’ai déjà dit, j’ai été un consultant qui a traité avec certains des dirigeants des plus grandes sociétés dans le monde. La plupart des experts suggèrent aux écrivains de s’en tenir à ce qu’ils connaissent. J’ai certainement essayé de le faire… et oui, j’ai vraiment fabriqué des meubles, assez pour savoir que je ne serais jamais aussi bon que Lerris l’est.

Actusf : Vous semblez également très intéressé par l’environnement dans vos écrits. Pour quel raison ? Cela vous semble important ?
L.E. Modesitt Jr : J’ai passé plusieurs années comme Directeur de la législation et des affaires du Congrès pour l’Agence de Protection de l’environnement Américaine, et aussi plusieurs années en tant que consultant sur les questions environnementales. Plus j’ai appris, plus il est devenu évident que l’une des grandes failles dans le système de marché du"monde occidental" est qu’il ne prend pas en compte les facteurs externes à l’économie de la production industrielle. Du coup, ce sont toujours les procédés de fabrication autorisés par la loi ont tendance à être adoptés, et en général ce sont ceux qui occasionnent le plus de dommages à l’environnement. Il y a une analogie directe à cela dans mon Corean Chronicles (les Chroniques coréennes), une série qu’un des lecteurs a appelée "la seule épopée fantastique environnementale jamais écrite." Même si j’ai soutenu la politique républicaine et ait été membre de l’administration Reagan, je crois fermement dans la sensibilisation à l’environnement et au fait de prendre des mesures pour garantir que les coûts écologiques soient inclus dans les prix de tous les produits manufacturés ou des produits agricoles.

Actusf : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
L.E. Modesitt Jr : J’ai travaillé sur un septième roman des Corean Chronicles - Le Lord Protector’s Daughter - qui sera publié en novembre. Après cela, il y aura une toute nouvelle série fantastique – The Imager Potfolio. Le premier livre sera Imager, et il sortira en mars 2009. Je suis entrain de finir le deuxième livre - Imager’s Challenger - et le début d’un autre roman de science-fiction, encore sans titre.

Jérôme Vincent, Stéphanie Morello-Fenouillet