Interview de Laurent Genefort sur Des Eres de Wethrïn
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de Laurent Genefort
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Laurent Genefort
Date de parution : mars 2006 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Laurent Génefort est un auteur bien connus dans l’univers de la SF Française. Il a aussi écrit pour la jeunesse et, à l’occasion de son dernier roman de Fantasy, voici une petite interview

ActuSF : Comment est née l’idée Des Eres de Wethrïn ?
Laurent Génefort : La conception de l’univers de Wethtrïn remonte à la fin des années 80 ; j’avais dans l’idée d’écrire les "Chroniques de Wethrïn", une grande saga d’heroic fantasy en plusieurs tomes, qui devait introduire un personnage nommé Alaet. J’ai proposé cela à Fleuve Noir, qui a décliné ; à l’époque, ils n’étaient pas chauds pour ce genre de projet. Je me suis rabattu sur une série de nouvelles formant un fil narratif qui pouvait être lu comme un voyage d’Alaet. Le titre en était "Karnab la Magnifique". Mais allez éditer un recueil de nouvelles de fantasy à cette époque !... Finalement, certaines de ces nouvelles sont parues dans diverses anthologies et revues de fantasy, chez Fleuve Noir et Mnémos. Vers 1996, j’ai également signé avec Le Masque, pour deux romans de fantasy adultes.Cela m’a donné permis de concrétiser deux aventures d’Alaet. Hélas la collection a très vite sombré dans les abysses. Comme on peut le voir, Wethrïn a connu beaucoup de vicissitudes éditoriales... Il y a deux ans, j’ai proposé l’idée des Eres de Wethrïn à un autre éditeur, qui ne s’est pas montré intéressé. L’année dernière, Pierre Grimbert a monté sa propre maison d’éditions et m’a proposé de lui écrire quelque chose. J’ai sauté sur l’occasion et il a été tout de suite emballé. "Le Nom maudit" a été écrit et édité dans la foulée. "La Guerre de l’aube" a suivi immédiatement après.

ActuSF : Pourquoi avoir réutilisé cet univers ? Qu’est-ce qui te séduit en lui ?
Laurent Génefort : L’univers de Wethrïn est plus simple que la "Panstructure" qui sous-tend mes romans de SF. Cette simplicité permet une écriture plus rapide, où l’aventure est plus présente. L’écriture d’une aventure d’Alaet est pour moi comme une période de vacances ! J’essaie de retrouver des sensations de lecture que j’ai eues quand j’étais au collège et que je dévorais les aventures du Souricier Gris ou de Cugel. Cette part de plaisir m’est indispensable pour écrire de la fantasy.

ActuSF : Parle nous un peu d’Alaet, un personnage récurrent depuis de nombreux romans. Comment le présenterais-tu ? Comment le vois-tu ?
Laurent Génefort : Alaet a évolué. D’abord, il a été très "cugelien", avec un côté matois très prononcé, une certaine mesquinerie et des principes moraux à géométrie variable. J’aime ce côté pragmatique des héros américains des années 1950, et une certaine dose de dérision dans la façon de les traiter. Cela rejoint les héros orientaux, comme Sinbad ou Aladin. Mais je suis également très séduit par le côté aventureux de personnages comme le Souricier Gris de Fritz Leiber : des aventuriers bretteurs, qui n’invoquent aucune autorité supérieure, pour leurs exploits comme pour leurs forfaits : ce sont des hymnes à la liberté individuelle. On est à l’opposé du concept d’élu qui pullule dans la fantasy "moderne". Alaet est un "non-élu"... même au coeur d’une quête !

ActuSF : Et quelle relation l’auteur que tu es a avec son personnage ?
Laurent Génefort : Disons que je le regarde souffrir avec compassion ! ;-)

ActuSF : Jusqu’ici, tu avais signé en fantasy essentiellement des romans pour enfants (avec souvent Alaet pour héros), est-ce que ça a été facile d’en faire un pour "adulte", et dans quelle mesure cela a-t-il modifié ton personnage ?
Laurent Génefort : C’est l’inverse qui s’est produit : Alaet est un personnage adulte, et les circonstances éditoriales ont fait que je lui ai créé une jeunesse. Le ton des aventures jeunesse est sensiblement différent des nouvelles et romans pour adultes. Le rythme et les thématiques aussi. Pour la jeunesse, j’insiste plus sur l’aspect oriental : je vais en effet puiser dans des légendes perses, nord-africaines, berbères... Toutes ces mythologies offrent un vivier d’idées inépuisable. En revanche, le personnage d’Alaet est moins cynique - ce qui est logique vu son âge.

ActuSF : Des 6 élus dans le livres, y’en a-t-il qui a votre préférence ? Et pourquoi ?
Laurent Génefort : En dehors d’Alaet, je suppose ? ;-) Chaque personnage incarne une problématique qui m’intéressait : Demetrien est le type même du personnage insipide, qui "est agi" presque contre son gré ; le héros idéal, quoi ! Sokoura, elle, est une magicienne. Elle joue le rôle de conductrice, mais elle est elle-même en proie au doute, et à un sentiment d’infériorité par rapport aux autres magiciens, plus puissants qu’elle. Il y a également une fillette, Kamba, qui se transforme en ourse quand elle perd le contrôle d’elle-même ; c’est chez elle que la dimension formatrice du voyage prend tout son sens. Quant à Bersem, c’est là encore un personnage à contre-courant : c’est un trolque - phonétiquement, un mix de "troll" et "orque", deux espèces abhorrées en fantasy. Cette propension douteuse d’un genre littéraire tout entier à désigner les bonnes et les mauvaises races m’a toujours hérissé le poil ; cette tare dont souffre le genre ne semble pas près de s’éteindre. C’est pourquoi mes trolques, qui possèdent pourtant des caractéristiques physiques communes chez les méchants, sont une espèce pacifique. Tout cela pour dire que tous les personnages m’intéressent. C’est dans l’interdépendance qu’ils se révèlent.

ActuSF : Le monde de Wethrïn a de nombreux côtés très orientaux, qu’est-ce qui t’a attiré dans cette ambiance orientale ?
Laurent Génefort : Tout simplement le fait qu’elle n’existe pour ainsi dire pas en fantasy -du moins, ce type d’ambiance était très rare lors de la création de Wethrïn, en 1988. Tout ce qui s’éloigne du canon tolkienien est forcément intéressant.

ActuSF : Est-ce qu’on peut déjà parle du deuxième tome. Que va-t-il se passer ?
Laurent Génefort : Tout ce que je peux dire, c’est qu’il n’y aura pas trois tomes. Ce qui est en soi extraordinaire, pour un cycle de fantasy ! :-)))

ActuSF : Dans un ordre plus général, J’ai lu a arrêté sa collection Millénaires. Que va devenir la série Omale ? Et vas-tu continuer à écrire pour la jeunesse ?
Laurent Génefort : Deux gros points d’interrogation.
Omale a un destin curieux : je continue à recevoir des réactions enthousiastes de lecteurs, mais mes ventes sont insuffisantes, au gré des financiers de J’ai lu. On a fait savoir à Benoît Cousin (1) qu’il était temps que cela s’arrête. J’ai pu néanmoins vérifier que mes ventes ne sont pas catastrophiques... Un autre éditeur s’est déclaré intéressé pour le reprendre, toutefois j’ai constaté depuis son manque de fiabilité. Donc, pour le moment, Omale poursuit son développement dans le domaine de la nouvelle. Un scoop : le prochain texte paraîtra dans un numéro spécial du magazine "Ciel & Espace", avec pour titre "Aparanta". Et une autre nouvelle dans un prochain "Galaxies".
Quant à l’écriture jeunesse, mon éditeur a déposé le bilan il y a peu. Mais j’adorerais continuer ailleurs les aventures d’Alaet. Je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que l’on retrouve mon héros favori - pas question de le laisser tomber comme ça.

ActuSF : Quels sont tes projets ?
Laurent Génefort : Un texte lié à Wethrïn est à l’étude aux éditions Octobre. Concernant la SF, les perspectives d’édition ne sont pas très florissantes en ce moment, je préfère donc ne pas en parler.

Myriam De Loddere