Interview de Laurent Genefort sur Omale
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de Laurent Genefort
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Laurent Genefort
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : avril 2001

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Rencontre avec le nouveau Laurent Genefort !

Nous : Comment présenteriez-vous Omale à quelqu’un qui ne l’a pas encore lu ?
Laurent Genefort : S’il s’agit d’un amateur de SF, pas de problème : je lui dirais qu’Omale reflète mon admiration pour les cycles comme Le Fleuve de l’Eternité de P.J. Farmer, et que je suis attaché à la rigueur d’un Larry Niven. Pour moi, Omale c’est le space opera idéal : la vastitude de l’espace et du temps, des enjeux démesurés - un avenir de l’humanité, dans un melting pot où elle n’a pas forcément une place de premier plan.

Nous : Comment est né l’idée de ce roman ?
Laurent Genefort : C’est une idée que j’avais depuis pas mal d’années, mais je ne me sentais pas la maturité de la traiter convenablement quand je travaillais pour Fleuve Noir. C’est pourquoi il n’y a jamais eu de forme intelligente extra-humaine avant Omale, du moins pas en tant que peuple. L’idée est née d’une frustration : l’absence d’un cadre décent pour développer des espèces extra-humaines avec la place qu’elles méritent. Seul un vaste cycle permet, à mon avis, de développer toutes les facettes d’une espèce avec sa propre biochimie, sa morphologie, sa culture, son Histoire, la diversité de ses arts et de ses mythes... il me faudra des années pour explorer tout cela. Je dois à Ayerdhal de m’avoir encouragé à présenter le projet à Marion Mazauric (fondatrice de la collection "Millénaires") - et celle-ci, de l’avoir accepté. Ensuite, il y a eu le travail de Benoit Cousin - sans oublier celui de ma compagne. Bref, j’ai été bien entouré !

Nous : Omale est un monde très vaste. Vous allez continuer son exploration au cours des prochains romans ?
Laurent Genefort : Le deuxième volume est en route. Il est prévu pour la fin de l’année prochaine, ce qui me laissera le temps de le peaufiner. Entre-temps, j’ai écrit une novella pour Galaxies, et d’autres vont bientôt suivre. Pour moi, j’ai l’impression d’accomplir enfin ce que j’ai étudié dans ma thèse de lettres : un livre-univers. C’est un grand bonheur de conception et d’écriture. Avec la parution du premier volume, j’ai eu l’impression de poser la première brique d’un édifice. Le lecteur devra être patient car c’est un travail de longue haleine...

Nous : La structure de votre récit, entrecoupé de "petites histoires", rappelle Hypérion de Dan Simmons. Est-ce que cela est exact selon vous ? Y’avez vous pensez en écrivant Omale ?
Laurent Genefort : J’avais cela constamment à l’esprit, en me disant : "Il faut que je m’écarte au maximum d’Hypérion !" C’est pourquoi la fonction de ces récits n’est pas la même dans Omale que dans l’admirable tétralogie de Simmons, pas plus que la longueur des récits ou leurs places respectives, qui s’échelonnent tout au long du roman. La variété des structures narratives sera une des marques de fabrique d’Omale.

Nous : Une petite question sur vos personnages. Plusieurs sont issues de différentes races extraterrestres. Etait-ce difficile de se mettre à la place de chacun d’eux ?
Laurent Genefort : A vrai dire, non. J’ai eu parfois plus de mal avec les Humains ! Au début, j’avais même envisagé de ne pas inclure ces derniers... J’ai dû biffer des monologues intérieurs de Chiles et de Hodgqins qui auraient été incompréhensibles à la lecture sans dix pages d’explications. Une fois, j’ai même rêvé que j’étais un Hodgqin ! L’idée de base était de ne pas prendre des personnages représentatifs de leur espèce, mais déjà des marginaux. Cela évitait de tomber dans certains clichés. Je tiens à faire remarquer que mes personnages humains sont des cas à part, eux aussi. L’ambition du roman a consisté à jeter des ponts entre les espèces - donc à briser des frontières qui n’étaient pas clairement établies au départ, puisqu’on partait de zéro.

Nous : Faut-il voir dans la présence de différents peuples et d’actes aussi ignoble que l’esclavage sur Omale une parabole sur la différence et les droits de l’homme ?
Laurent Genefort : Je me suis borné à relater des faits, et rester cohérent avec la nature d’Omale et son évolution probable. Au lecteur de tirer ses propres conclusions, même si différentes pistes sont lisibles : hantises sexuelles et racisme vont souvent de pair, par exemple. S’il y a un discours sur la différence, c’est qu’elle ne se trouve pas toujours où l’on croit.

Nous : En lisant ce roman, on a l’impression que vous avez particulièrementinsisté sur les personnages ? Est-ce extact ?
Laurent Genefort : Cette dimension m’a toujours fait cruellement défaut. Jean-Claude Dunyach n’a fait progresser pendant la rédaction de "Une porte sur l’éther", dont il était le directeur d’ouvrage - bien que cela n’ait pas été mentionné dans le livre. On peut dire qu’avant "Une porte sur l’éther", je n’avais jamais travaillé sur aucun de mes personnages, la création des mondes requérant toute mon attention !

Nous : Les retrouverons-nous au détour de vos prochains romans ?
Laurent Genefort : Il y a peu de chances de retrouver Alessander, Amees ou Hanlorfaïr : fidèle à mes principes, j’évite de prolonger des histoires à l’infini, chaque personnage devant avoir été traité complètement. Peut-être d’anciens personnages resurgiront-ils sous forme de légendes ou de références historiques. Omale est un immense réservoir de personnages, qui n’attendent que de voir le jour. D’ici à ce qu’il s’épuise...

Nous : C’est un roman assez différent de ce que vous faites d’habitude. C’était une envie ?
Laurent Genefort : Comme tous mes bouquins. Dans "Une porte sur l’éther", cette envie était anecdotique : tenir le pari de créer un monde relié par un tube d’air. Pour Omale, il y a l’ambition de créer un monde immense sur plusieurs années, que je pourrais explorer à tous les niveaux, peuplé de créatures étrangères. Mon désir de créateur de mondes, c’est de donner envie au lecteur de partager les expériences et les pensées de créatures extra-humaines.

Nous : Certains considèrent qu’Omale est un de vos meilleurs romans, si ce n’est le plus ambitieux. Etes-vous d’accord avec cette opinion ? Qu’est-ce qui a changé entre Une porte sur l’éther et Omale ?
Laurent Genefort : D’abord, l’éditeur ! C’est un point crucial car pour la première fois, on a porté de l’intérêt à ce que je faisais non pas seulement après la remise du manuscrit, mais avant. Cela signifie un synopsis beaucoup de travail de réécriture. Pour moi, Omale est une expérience nouvelle : c’est la naissance d’un véritable cycle, alors que "Une porte sur l’éther" ressemble plus à ce que je faisais d’habitude.

Nous : 400 pages, des personnages fouillés, une histoire à la fois simple et complexe... vous semblez pleinement à l’aise avec Omale. Est-ce que l’on peut dire que ce roman est un tournant dans votre carrière d’écrivain ?
Laurent Genefort : Ce sera au lecteur de le dire. Mais Omale est le premier univers dans lequel j’ai envie de revenir.

Nous : Et maintenant, quels sont vos projets ?
Laurent Genefort :A part les suites d’Omale, je prépare un space opera dans la lignée de "Une porte sur l’éther", qui n’a pas encore trouvé d’éditeur. Un gros projet de steampunk spatial a trouvé, quant à lui, un éditeur. Une épopée de fantasy se mitonne doucement... plus d’autres projets dont je ne peux pas parler ici !

Jérôme Vincent