Interview de Lise N. et Max Lachaud
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de Max Lachaud et Lise N.
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Max Lachaud , Lise N.
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : décembre 2006

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Vingt ans après la première anthologie du groupe Limite, les éditions La Volte viennent de publier l’acte 2 : Limites sonores. Petites questions aux anthologistes.

Actusf : Avant de commencer, parlez-nous de Limite. Qu’est-ce c’est ? Comment le définiriez-vous ?
Lise N. et Max Lachaud : Le groupe Limite est une collectif d’écrivains qui s’est rassemblé entre 1986 et 1988 autour d’un objectif littéraire commun, celui de dépasser les limites du genre de science-fiction à travers des expérimentations portant tant sur la forme que sur le fond du récit. Ils ont tenté de les dépasser individuellement puis collectivement, jusqu’à la dissolution du groupe. La première cellule de Limite regroupait Emmanuel Jouanne, Jean-Pierre Vernay, Lionel Evrard, Frédéric Serva et Jacques Barbéri. Ils ont été rejoint plus tard par Francis Berthelot et Antoine Volodine.

Actusf : Comment est née l’idée de faire une deuxième anthologie avec le groupe Limite ?
Lise N. et Max Lachaud : Nous connaissions la plupart de ces auteurs et avions lu le premier recueil du groupe, Malgré le Monde , paru en 1987 aux Editions Denoël - Présence du Futur. Nous avons été enthousiasmé à la fois par les écrits individuels des auteurs et par l’énergie qui avait été déployée dans le projet littéraire de Limite. L’enjeu était ici de dépasser d’autres limites, les frontières entre la littérature, la musique et les arts plastiques, en mobilisant ces écrivains, des musiciens et un illustrateur autour d’une thème commun, celui des "Limites sonores et vertus de l’inaudible", tout en favorisant une interaction entre les nouvelles, la musique et les illustrations.

Actusf : Comment avez-vous trouvé le thème ?
Lise N. et Max Lachaud : Ce projet de livre-cd est lié aux activités de notre association Douche Froide, qui visent à faire se rencontrer les univers sonores, littéraires et visuels qui nous intéressent et à favoriser leur diffusion. Les auteurs du groupe Limite se rassemblent autour du thème du travail de la perception : leurs textes manifestent une volonté de jouer avec la perception du lecteur, de dérouter l’ordinarité de ses sens. Par ailleurs, ce qui a retenu notre attention à la lecture de ces auteurs, c’est non seulement les références musicales que l’on pouvait trouver dans leurs textes mais aussi un travail admirable sur le rythme et la musicalité de leurs écrits. Voilà pourquoi nous avons abouti à ce thème des limites sonores

Actusf : Quelles étaient vos envies ?
Lise N. et Max Lachaud : Nous avions envie à la fois de favoriser des rencontres et un travail autour d’un enjeu commun entre des musiciens et des écrivains et de produire un objet poétique et original, pouvant donner lieu à des prolongements, notamment à des spectacles regroupant les différents participants, comme cela s’est produit au Lieu Unique à Nantes et dans le cadre du festival des Utopiales 2006. Il y a eu 4 performances avec des écrivains du recueil et des musiciens ayant participé à la compilation qui accompagne le livre : Philippe Curval, Frédéric Serva, Jacques Barbréi et Francis Berthelot pour les écrivains et BeNe GeSSeRiT, Laurent Pernice, Palo Alto (dont Jacques Baerbéri est le saxophoniste) et Thierry Weyd côté musique.

Actusf : Est-ce que ça été facile de les réunir et de les convaincre ?
Lise N. et Max Lachaud : Si ce projet a pris du temps, les écrivains et les musiciens que nous avons contactés ont été très enthousiastes pour ce projet et se sont énormément investis alors qu’à ce moment-là nous n’avions pas encore idée des conditions de publication de l’objet final. L’idée d’écrire quelque chose qui allait être interprété par des musiciens ou celle d’interpréter musicalement une nouvelle a immédiatement trouvé une réponse favorable chez les participants.

Actusf : Comment avez-vous travaillé avec eux ?
Lise N. et Max Lachaud : Nous avons tout d’abord transmis le thème aux écrivains qui nous ont ensuite fait parvenir une ou deux nouvelles. Nous avons transmis les textes aux musiciens en ne leur donnant aucune contrainte quant à l’élaboration de leur morceau de musique, si ce n’est celle de la longueur de la pièce musicale. Nous avons ensuite travaillé avec Mathias Echenay des éditions La Volte qui a publié ce livre-cd pour compléter les remarques éditoriales destinées aux auteurs. Nous avons contacté l’illustrateur Jef Benech’ (il est également musicien et a participé à la compilation qui accompagne le livre) pour lui proposer de faire la couverture de l’anthologie. Il a souhaité illustrer chacune des nouvelles, nous les lui avons alors envoyées.

Actusf : Cette fois, ils ont signé de leur nom chaque nouvelle. Pourquoi ? Il y a plus d’égo que dans la première aventure ?
Lise N. et Max Lachaud : Nous ne pensons pas qu’une signature collective soit relative à un "manque d’égo". Les intentions de ces écrivains pour cette anthologie sonore ne sont pas les mêmes que celles qui ont animé l’élaboration de Malgré le Monde , tout simplement.

Actusf : Philippe Curval est arrivé, Alexandre Volodine est partit. Comment s’est fait ce passage ?
Lise N. et Max Lachaud : Antoine Volodine n’a pas souhaité participer à ce projet car son implication dans le groupe Limite est une histoire ancienne qui ne correspond pas à sa démarche actuelle d’écrivain. Nous avons contacté Philippe Curval car nous savions qu’il était très engagé à l’époque dans le groupe Limite. Il devait participer au second recueil du groupe, mais celui-ci n’a pas pu se faire à l’époque.

Actusf : La forme est importante dans cette anthologie. N’avez-vous pas eu peur de la réaction des lecteurs ou de les perdre en chemin ? Et quelles sont-elles pour l’instant ?
Lise N. et Max Lachaud : Cette anthologie sonore forme un tout élaboré à partir de nouvelles et de musiques iconoclastes. Il est évident que sa lecture et son écoute sont surprenantes pour le lecteur/auditeur car elle propose des formes inhabituelles de récit et de mise en musique. Nous avons pris cette direction car nous croyons aux vertus de la déroute, nous pensons que le fait d’être dérouté est stimulant sur le plan de l’imaginaire et de la perception et que cela ouvre le champ des possibles. Il y a une grande liberté dans la manière d’appréhender le livre et le cd, on peut lire le livre dans sa totalité et écouter ensuite l’anthologie, ou le contraire, on peut se focaliser sur une des nouvelles et écouter les interprétations musicales qui en ont été faites, on peut lire le livre tout en écoutant la musique, on peut aborder les choses sous différents angles. Les personnes qui ont joué le jeu, c’est-à-dire qui ont été ouvertes dans la réception de cette anthologie et actifs à un moment donné pour se l’approprier ont eu de très bonnes réactions.

Actusf : Y’a-t-il une nouvelle pour laquelle vous avez une tendresse particulière ?
Lise N. et Max Lachaud : Non, nous les aimons toutes et pour des raisons très différentes. Nous avons une tendresse toute particulière pour chacune des nouvelles et une tendresse protéiforme pour l’ensemble des nouvelles.

Actusf : Comment avez-vous travaillé pour le CD ? Et comment s’est fait la sélection des groupes et des musiques ? Les auteurs ont-ils eu leur mot à dire ?
Lise N. et Max Lachaud : Nous avons transmis deux nouvelles à chacune des formations musicales que nous avions sélectionnées. Les nouvelles envoyées ont été choisies en fonction de ce que nous connaissions de ces musiciens, cela a été fait de manière très arbitraire, mais nous avons précisé que d’autres textes pouvaient être envoyés au besoin. Ils ont eux-même choisi le texte qu’ils souhaitaient adapter, ils l’ont enregistré et nous l’ont fait parvenir. Nous avons ensuite élaboré l’ordre des titres de la compilation et avons demandé à Norscq, un musicien/ingénieur du son de talent, d’assurer le mastering du cd. Peu d’auteurs ont manifesté le souhait de donner leur avis sur l’interprétation de leurs nouvelles avant la parution de l’anthologie. Francis Berthelot a contacté Thierry Weyd pour échanger avec lui, ils se sont très bien entendus et se sont par la suite rencontrés plusieurs fois pour la préparation d’une performance qui s’est tenue au moment des Utopiales. Les écrivains ont aimé cette compilation.

Actusf : Quel regard portez-vous sur le résultat ? J’imagine que vous en êtes assez fier ?
Lise N. et Max Lachaud : Nous sommes très contents du résultat et trouvons que l’objet final forme un tout très cohérent et accessible. Cela n’aurait pas pu se faire sans Mathias Echenay, l’éditeur de La Volte, qui souhaitait lui aussi que cette anthologie sonore soit un bel objet.

Actusf : Et comment la jugez-vous par rapport à la première anthologie ?
Lise N. et Max Lachaud : Cette seconde anthologie permet à certains lecteurs de retrouver les auteurs de Malgré le Monde et de saisir la manière dont ils ont poursuivi leur recherche portant sur l’écriture limite. Ceci dit, par comparaison, « Aux Limites du Son » propose quelque chose de tout à fait différent. Le premier recueil avait été dirigé par les écrivains eux-mêmes alors que le second implique une thématique précise, des musiciens et un illustrateur. Ceci accentue des rapports de sens entre les musiques et les textes, mais aussi entre les textes eux-mêmes.

Actusf : Y’aura-t-il d’autres anthologies "Limite" ?
Lise N. et Max Lachaud : Tant qu’il y aura des sons ultra-poulpes et des flûtes en traverse barbare… la réponse à cette question est illimitée !

Jérôme Vincent

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