Interview de Luc Mary
de Luc Mary
aux éditions

Auteurs : Luc Mary
Date de parution : novembre 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Aujourd’hui, on parle d’Uchronie avec Luc Mary à propos de son livre : "Et si JFK n’avait pas été assassiné en 1963 ?" aux éditions de l’Opportun.

Actusf  : Bonjour Luc, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? 
Luc Mary : Agé de 54 ans, je suis à la fois historien, physicien et écrivain. Même si ma période de prédilection est l’Antiquité gréco-romaine, comme en témoigne mon dernier livre sur Hannibal ou mon récit épique sur les Thermopyles, j’ai décortiqué tous les coins et recoins de l’Histoire, des dessous de la Guerre froide aux fortifications de Vauban en passant par la tragédie des Romanov et l’épopée de Jeanne d’Arc. En bref, tous les sentiers de l’Histoire valent la peine d’être explorés. Ma double formation d’historien et de scientifique m’a aussi amené à m’intéresser de très près au concept du voyage dans le temps. Et des paradoxes temporels à l’uchronie, il n’y a qu’un pas… 
 
Actusf  : Après avoir co-écrit avec Philippe Valode, un essai uchronique ré-imaginant l’histoire de France, tu reviens avec un nouvel essai portant cette fois-ci l’histoire mondiale que tu changes à travers 20 uchronies. Tout d’abord, pourquoi ce titre ? Ensuite, peux-tu nous raconter l’histoire de ton essai, de l’idée fondatrice au livre, en passant par les recherches que tu as effectuées et son écriture ? 
Luc Mary : «  Et si JFK n’avait pas été assassiné en 1963 ? » tel est le titre de ce second volet sur le monde infini des uchronies. Pourquoi cet intitulé ? A mon humble avis, ce titre s’imposait pour plusieurs raisons. D’abord, parce que la tragédie de Dallas est l’un des évènements les plus marquants et les plus médiatisés de la seconde moitié du XX ème siècle mais ensuite, car en ce mois de novembre 2013, nous célébrons le 50 ème anniversaire de l’assassinat de Kennedy. Dans l’absolu, l’évènement de 1963 n’est qu’un des vingt chapitres qui illustrent cet ouvrage. L’idée de départ de ce livre est de démontrer que l’histoire que nous avons vécue n’est pas forcément celle qui était la plus vraisemblable. En toute logique, l’Angleterre de Churchill aurait dû être écrasée par la Lufwaffe et les Rouges auraient dû être taillés en pièces lors de la guerre civile russe. En d’autres termes, ce qui s’est passé et ce qui aurait dû se passer appartiennent à deux logiques historiques différentes. La plupart du temps, l’histoire bascule suite à un simple détail comme l’exprime très bien l’échec de la tentative d’assassinat d’Hitler. Le Führer a ainsi sauvé sa peau grâce à un simple geste du colonel Brandt, lequel a déplacé au dernier moment la sacoche de Stauffenberg qui contenait les explosifs. Ecrire sur les uchronies m’a amené aussi à effectuer un exceptionnel travail de recherches, beaucoup plus que pour une simple biographie, car l’histoire est faite de multiples de petits détails, d’aléas et d’imprévus. La partie imaginaire ne consiste pas non plus à inventer n’importe quoi. Concernant le chapitre sur la bombe d’Hiroshima, je me suis rendu compte que les Etats-Unis avaient pensé à un scénario alternatif, à savoir un débarquement massif des troupes américaines sur les côtes nippones ( opération Downfall ). En bref, l’histoire prend souvent des chemins insoupçonnés et n’obéit à aucun schéma logique. Comme je le souligne dans l’introduction de mon livre, les mêmes causes n’engendrent jamais les mêmes effets. Si tel était le cas, le futur serait prévisible… 
 
Actusf  : Peux-tu nous présenter succinctement les uchronies que tu as développées ? Lesquelles t’ont posé le plus de problèmes à gérer et à développer ? As-tu été obligé de mettre de côté certaines pistes uchroniques ? Pourquoi ? Y a-t-il eu, au contraire, des pistes uchroniques qui t’ont toi-même surpris quand tu les as développées ? Quelles uchronies t’ont le plus marqué dans ton essai et pourquoi ? 
Luc Mary : Concernant exclusivement notre XX ème siècle, les uchronies présentées dans cet ouvrage sont toutes indépendantes des unes des autres. En se référant au seul exemple du personnage d’Hitler, ce dernier est fusillé dans telle uchronie, assassiné dans une autre, et triomphe de Staline dans une troisième trame historique. D’une manière générale, aucune uchronie n’est facile à traiter. Car les évènements historiques obéissent tous à un faisceau de facteurs qui se combinent, qu’ils soient d’ordre matériel ou d’ordre psychologique. Quoi qu’il en soit, certaines uchronies présentent plus de difficultés que d’autres en raison des multiples acteurs de l’évènement, à l’exemple des dessous du débarquement de juin 1944 ou encore des relations sino-soviétiques en 1969. Parfois, j’ai écarté volontairement certaines pistes uchroniques. La question s’est posé en particulier pour Cuba. Si Khrouchtchev n’avait pas cédé, d’aucuns imaginent que la guerre atomique aurait éclaté. Cette option m’a paru toutefois trop énorme et trop simpliste. J’ai opté pour une autre solution, vous verrez, elle obéit aussi à une logique implacable et néanmoins imprévisible. Je me suis moi-même surpris à emprunter des pistes que je ne soupçonnais pas. Sans dévoiler à l’avance de quoi il s’agit, le dénouement de la guerre civile russe a de quoi surprendre. Cela étant, l’uchronie la plus marquante de mon livre reste sans conteste la victoire des Républicains sur les Franquistes. La défaite de Franco a en effet scellé la rupture de l’alliance germano-italienne laquelle hypothèque durablement les ambitions d’Hitler en Europe. Mais j’en ai déjà trop dit… 
 
Actusf  : Si c’était à refaire, que rajouterais-tu à ton essai ?
Luc Mary : Avec des si, je ne retirerais rien de ce que j’ai écrit mais j’y ajouterais sans doute un chapitre sur le rôle des Etats-Unis pendant la Première guerre mondiale. A savoir, que ce serait-il passé en Europe si le Mexique était entré en guerre contre la patrie de l‘oncle Sam dès 1916 ? Une éventualité qui n’a rien d’utopique, Car on sait, via le télégramme Zimmermann, que le gouvernement allemand avait contacté Mexico pour que ses forces franchissent le Rio Grande. En cas de victoire commune des Allemands et des Mexicains contre les Américains, l’Empire de Guillaume II avait même promis au Mexique de récupérer des territoires perdus lors de la guerre américano-mexicaine de 1848. A savoir le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie. Des perspectives, vous en conviendrez, tout à fait alléchantes pour les amateurs d’uchronie que nous sommes… 
 
Actusf  : Après ces deux essais uchroniques, comptes-tu poursuivre dans cette voie ? Songes-tu déjà à un autre essai uchronique ? Peux-tu nous parler des projets en cours et à venir ? 
Luc Mary :L’Uchronie est vraiment un domaine qui me passionne, car il existe une infinie possibilité de traitement de l’histoire en question. A la croisée du réel et de l’imaginaire, elle permet aussi d’analyser et d’inventer tout en ne basculant pas dans le délire le plus total. En conséquence, je songe à un troisième tome. Sans en révéler le contenu, il portera sur l’histoire mondiale. Mais une histoire du monde qui recouvrira la totalité de l’aventure humaine et remontera à l’aube des temps. Par exemple, comment imaginer le monde d’aujourd’hui si Carthage l’avait emporté sur Rome ? En attendant cette troisième aventure uchronique, vraisemblablement pas avant 2015, je planche actuellement sur une histoire du Vatican. Encore un domaine d’exploration chargé de surprises et de mystères… 
 
Actusf  : Pour conclure, le mot de la fin t’appartient. Fais-toi plaisir !
Luc Mary : Ce ne sera pas le mot de la fin mais une réflexion à propos de l’effondrement de l’Union soviétique. Contre toute attente, la fin du régime communiste au pays des Soviets s’est réalisée pacifiquement, sans la moindre effusion de sang. Et cette transition, ce « miracle » de l’Histoire s’est effectué grâce à un homme : Gorbatchev, le numéro un soviétique en personne. Cet effondrement de la dictature soviétique, personne n’aurait pu la prévoir ne serait-ce que six ans plus tôt. Si j’avais écrit en 1983 que l’Union soviétique disparaitrait sans livrer la moindre guerre et sans la moindre insurrection populaire, tout le monde m’aurait tourné en dérision et aurait souligné le caractère complètement farfelu de ce scénario. D’une certaine façon, dans les années 80, les Russes ont fait de l’uchronie une réalité historique… 

Bertrand Campeis