Interview de Mélanie Fazi sur Kadath
de Mélanie Fazi
aux éditions
Genre : Fantastique

Auteurs : Mélanie Fazi
Date de parution : octobre 2011 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :


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Mélanie Fazi a pris part à la rédaction du guide sur la ville de Kadath d’H.P.Lovecraft. Nous lui avons posé quelques questions...

ActuSF : Comment est né ce projet et comment as-tu été amenée à y participer ?
Mélanie Fazi : Le projet est né à l’initiative de Raphaël Granier de Cassagnac et de Frédéric Weil, de Mnémos. Raphaël avait déjà dirigé un premier guide sur Abyme, la ville créée par Mathieu Gaborit, et il voulait consacrer le suivant à la Kadath de Lovecraft. J’ai rejoint très tard le projet : tous les autres participants avaient déjà accepté mais il manquait un auteur pour le quatrième personnage, qui serait une religieuse du XIIème siècle. Raphaël, que je connaissais déjà, a pensé à moi pour ce personnage.


ActuSF : Comment as-tu travaillé par rapport à la ville ? Comment est-ce que tu la vois ?
Mélanie Fazi : La Kadath décrite dans notre guide s’inspire très librement de celle de Lovecraft. En réalité, il la décrit extrêmement peu, donc tout ou presque était à réinventer. L’idée était de rester le plus fidèle possible à l’esprit, et de respecter au maximum les textes d’origine, tout en s’accordant une certaine marge de liberté. On a beaucoup relu Lovecraft chacun de notre côté, on s’est mis d’accord sur un certain nombre de points, puis chacun a développé sa propre vision de la ville. L’idée était d’en faire une ville changeante, obéissant à des règles qui lui sont propres, puisqu’elle se situe dans les rêves. Le temps, la géographie, etc, n’y sont pas immuables. Chacun de nos personnages possède un quartier qui lui est propre, et chaque personnage était guidé par une quête personnelle. Sour Aliénor, mon personnage, s’intéressait plus précisément aux temples et aux lieux de culte de la ville. Pour le reste, l’objectif était que chacun d’entre nous décrive un maximum de lieux précis qui puissent être illustrés, placés sur une carte, ou éventuellement faire l’objet d’encarts. Certains provenaient des textes de Lovecraft, d’autres étaient des inventions personnelles.


ActuSF : Tu étais soeur Aliénor, une religieuse enceinte. Quel était l’objectif pour toi ?
Mélanie Fazi : Chacun d’entre nous devait aborder la ville sous un angle différent ; pour moi, c’était « la Kadath des dieux ». Aliénor est appelée à Kadath pour aider à faire revivre un culte mourant et découvre l’existence de milliers de dieux oubliés par les humains, et parfois inconscients de leur propre nature. Elle se lance dans une mission consistant à recenser les dieux et les cultes, mais aussi à redonner une nouvelle vigueur à ces religions mourantes. L’enfant qu’elle porte est celui d’un des dieux de Kadath, et elle place en lui un immense espoir à cet égard. Ce qui pimentait un peu le récit pour moi, c’était de savoir que l’Innommé, le personnage de Raphaël, la décrirait comme folle, ce qui me permettait d’en rajouter dans le délire mystique.


ActuSF : Est-ce que son état de religieuse et de femme enceinte t’a amené à voir la cité différemment ? A-t-il fallu que tu adaptes ton récit à son état ?
Mélanie Fazi : Pas vraiment. Il a seulement fallu réfléchir aux moyens de transport cités dans quelques passages, et notamment celui qui décrit une excursion hors de Kadath pour aller voir le mont Ngranek où est sculpté le visage d’un dieu (un des seuls décors que j’ai empruntés directement à Lovecraft). Pour le reste, les fragments de l’Évangile d’Aliénor sont souvent des descriptions de lieux (temples, cimetière, etc), et les lieux eux-mêmes importent beaucoup plus que le voyage. En revanche, son statut de religieuse a une influence énorme sur le point de vue adopté, mais c’était la consigne qu’on m’avait donnée au départ : écrire une sorte d’Évangile consacrée aux dieux de Kadath.


ActuSF : Quelle a été l’importance de l’illustration dans ta représentation de Kadath ? Est-ce que ça a beaucoup joué ?
Mélanie Fazi : Pas tellement à mon niveau. Les textes ont été écrits en premier. On avait rencontré Nicolas Fructus avant la rédaction pour parler de l’ensemble du projet, mais c’était à nous de fournir les textes d’abord, et les illustrations viendraient ensuite. On s’est efforcés d’imaginer des lieux assez visuels en sachant qu’il les dessinerait, mais le résultat était très différent de tout ce qu’on aurait pu imaginer. Sans compter qu’il n’a pas forcément illustré les lieux auxquels on s’attendait. Mais découvrir les illustrations et la maquette après coup a été une magnifique surprise.


ActuSF : Comment as-tu travaillé avec tes coauteurs ?
Mélanie Fazi : On a d’abord réfléchi à des règles, à des constantes, échangé des idées sur ce qu’on allait conserver ou non des textes d’origine. Chacun a établi son synopsis en essayant de rebondir sur les idées des autres, et puis chacun a écrit son texte de son côté. Ensuite, Raphaël s’est chargé de tout coordonner et d’imbriquer les quatre récits de manière logique. Une fois le récit principal mis en forme, on s’est réparti la rédaction des encarts - par envies, par affinités, ou en exploitant des pistes provenant de nos propres textes. Au stade du synopsis et de la rédaction, j’ai plus particulièrement travaillé avec Raphaël car nos personnages se rencontrent à un moment du récit, et cette rencontre a un impact énorme sur la quête d’Aliénor.


ActuSF : D’une manière plus générale, quelle place ont les villes dans ton travail d’auteur ?
Mélanie Fazi : La ville en général y occupe une grande place, mais pas tellement les villes en particulier. Je trouve très intimidant de décrire une ville existante, surtout si je la connais mal. J’ai trop peur de me tromper ou d’en donner une image fausse. J’ai situé quelques nouvelles à Venise, à La Nouvelle-Orléans ou dans le métro parisien, mais mes autres textes se déroulent dans des décors plus vagues ou des villes imaginaires. J’aimerais beaucoup écrire de nouveau sur Paris, j’ai un vrai attachement à cette ville.


ActuSF : Et puis dernière question plus classique, quels sont tes projets ? Sur quoi travailles-tu ?
Mélanie Fazi : J’ai toujours un projet de troisième recueil qui se construit petit à petit. Pour le reste, je suis en train d’écrire des nouvelles qu’on m’a commandées pour des anthologies, et j’ai récemment terminé un conte de Noël qui sera publié en ligne au mois de décembre.

Jérôme Vincent