Interview de Michael Hoeye
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de Michael Hoeye
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Michael Hoeye
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : septembre 2004

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"Un jour, Hermux est entré dans mon bureau et a postulé pour ce job. Et depuis, on ne se quitte plus."

Nous : Comment avez-vous commencé à écrire ?
Michael Hoeye : J’ai commencé en étant agité. J’avais l’étrange pressentiment que je devais faire quelque chose, que quelque chose devait se réaliser, mais je ne savais pas quoi. Ce n’est pas un sentiment très agréable à vivre. C’est comme le calme avant la tempête, une chute des pressions barométriques... J’ai revécu cela en mars dernier, juste après avoir fini d’écrire Les Souris mènent la danse. J’étais tellement fatigué que je ne pensais plus écrire avant un bon bout de temps. Puis, un matin, alors que je lisais le journal, un article m’a interpellé. En fait, il m’a surtout mis très en colère. Je me suis assis et j’ai relu l’article et tout à coup, le monde m’a semblé très calme, comme juste avant l’orage. Les personnages sur lesquels je travaillais (Hermux, Linka, Tucka, Mirrin, Terfèle et les autres) ont commencé à se matérialiser tout autour de moi. Imaginez-vous, j’étais assis dans un café à boire un café, et voilà que cela se produit. J’ai essayé de faire comme si de rien n’était, et bien que j’ai l’habitude de voir ces personnages aller et venir régulièrement dans mon imagination, il était plus inhabituel pour eux d’apparaître tous en même temps. Et d’autant plus, après deux ans de dur travail, alors qu’ils auraient mérité du repos ! Quand Tucka est apparue, j’ai su que quelque chose d’important était entrain de se produire. C’est comme si on m’avait convoqué pour une réunion d’urgence sur l’article du journal. On n’a pas attendu longtemps pour remonter les manches et se remettre au travail. On a pondu une intrigue. Chacun avait sa tâche à faire. C’était à eux de trouver une solution, de gérer la situation. Moi, je devais mettre en forme l’histoire. Puis, nous avons levé la séance. J’ai fini mon café, j’ai terminé de lire mon journal. Je ne savais pas comment commencerait l’histoire. Comment elle se finirait. Une chose était sure, j’étais impatient de savoir comment elle allait se dérouler. Je suis rentré avec un sentiment accru de curiosité sur notre étrange, magnifique et terrible monde.

Nous : Est-ce que cela veut dire, qu’il y aura une suite des aventures d’Hermux ?
Michael Hoeye : Oui. Je viens juste de commencer à écrire la prochaine aventure d’Hermux Tantamoq qui en anglais s’intitulera Time to smell the Roses.

Nous : Revenons au personnage que tout le monde adore : Hermux. Comment est-il né ?
Michael Hoeye : L’écriture est plutôt un processus solitaire. Vous êtes assis devant votre bureau. Vous passez le temps entre les yeux dans le vide ou tapotant à vive allure sur votre clavier pour tenter d’endiguer le flot de mots qui surgit de nulle part. Année après année à essayer de tout faire par soi-même, je me suis demandé s’il ne serait pas plus simple de se faire aider par un compagnon, un de mes amis imaginaires. Quelqu’un de calme, de travailleur, de gai et avec qui je m’entendrais bien. Quelqu’un à qui cela n’importerait pas de s’arrêter régulièrement pour boire un café ou manger un petit morceau. Quelqu’un qui ne tenterai pas de récupérer tous les bénéfices quand les choses vont bien et qui ne rejetterai pas les responsabilités quand elles iraient de travers. Un jour, Hermux est entré dans mon bureau et a postulé pour ce job. Et depuis, on ne se quitte plus.

Nous : Pourquoi avoir choisi des rongeurs comme personnages ?
Michael Hoeye : Je ne peux pas affirmer que c’était mon choix. C’était vraiment l’idée d’Hermux. En plus, il avait des contacts à Pinchester et quand j’ai commencé à entendre des histoires, des rumeurs sur ce qui se passait là-bas, j’ai su que Pinchester serait mon cheval de bataille.

Nous : Si vous étiez un de ces animaux, lequel choisiriez-vous ? Pouquoi ?
Michael Hoeye : Cela dépendrait de mon humeur. Si je veux du calme, de la quiétude, je choisirai probablement Terfèle. Elle a une vie très agréable la plupart du temps. Bien sûr, elle doit s’ennuyer maintenant (Cf. Les Souris Mènent la Danse). Si je veux être serviable et travailleur, j’opterai pour Hermux. Il est toujours occupé à quelque chose. Si j’ai un besoin d’aventure, je choisirai Linka parce qu’elle voyage toujours vers de nouveaux horizons comme les Iles Fanooshian. Et si j’ai envie d’être désagréable, je devrai choisir Tucka car elle a tellement de plaisir à être méchante.

Nous : Quel est votre personnage préféré ? Celui qui vous a plus amusé à créer ?
Michael Hoeye : C’est comme si vous demandiez à un parent quel est son enfant préféré. Si un seul de ces personnages sait que j’ai un chouchou (et que ce n’est pas lui), je risque beaucoup de problèmes. S’il vous plaît, ne me demandez pas de réponse !

Nous : Est-il plus facile pour vous d’écrire une histoire avec des animaux qu’avec des humains ? Est-ce que les jeunes lecteurs accrochent plus facilement à ce genre de personnages ?
Michael Hoeye : Je ne suis pas sûr que l’un soit plus facile que l’autre. Quoique, je vais peut-être le découvrir parce que je suis entrain de travailler sur une nouvelle histoire qui mélange des humains et des animaux. Dans les deux cas -personnages humains ou animaux-, vous devez toujours vous rappeler que ce sont des êtres imaginaires. Ils vivent dans l’imagination de l’auteur. Et si, il ou elle a de la chance, ils pourront vivre dans celle du lecteur. L’imaginaire travaille avec des règles du jeu différentes de celles de notre monde "réel". Ce n’est ni logique, ni illogique. L’imagination peut voguer de l’un à l’autre sans effort. Quand un personnage peut nous entraîner dans ces "va et vient" avec grâce et dynamisme à la fois, alors il prend vie. Je pense que les jeunes lecteurs apprécient des animaux comme personnages, car ils sont plus aptes à les accepter dans leur imaginaire.

Nous : Dans Les aventures d’Hermux, on ressent beaucoup d’influences : Agatha Christie, Indiana Jones... Quelles sont vos inspirations ?
Michael Hoeye : Les grandes histoires m’inspirent. Agatha Christie est bien sûr, un génie pour insérer ses observations sociales lorsqu’elle crée une histoire. Inlassablement, en mélangeant un petit nombre d’ingrédients "classiques", elle invente un nouveau bon petit plat consistant. Aujourd’hui, je me retrouve face à un nouveau problème. Je passe tellement de temps à écrire que je n’arrive plus à lire que ce que je voudrais. J’adorerai m’asseoir et lire du Charles Dickens, du Balzac, du Mark Twain. J’aimerai aussi pouvoir relire les lettres de Vincent Van Gogh, de E.B. White, le journal d’Anaïs Nin (c’est une remarquable friponne !) et celui d’Andy Warhol. La liste est sans fin. Mais malheureusement, le temps s’arrête seulement pour ceux qui n’écrivent pas.

Nous : Les aventures d’Hermux rencontrent un grand succès auprès des jeunes lecteurs. Avez-vous eu des retours de leur part ?
Michael Hoeye : J’ai reçu beaucoup de dessins de la part d’enfants, des dessins d’Hermux, de Terfèle et de Linka. Ce que j’aime, c’est que chaque enfant qui lit ou écoute ces histoires, imagine son "Pinchester" avec sa propre imagination. C’est le même "Pinchester" dans chaque dessin, mais en même temps, ce n’est pas le même. Chaque "Pinchester" est créé en utilisant l’imaginaire de l’enfant. C’est comme des centaines et des centaines de représentations de la même scène, du même opéra par des acteurs, des metteurs en scène ou des décorateurs différents. L’imagination des enfants est sans limite ! Si exubérant ! Si féroce !

Nous : Quels sont vos futurs projets ?
Michael Hoeye : Comme je l’ai dit auparavant, je travaille sur Time to Smell the Roses. Et je suis aussi en train de développer des histoires pour des plus jeunes lecteurs en utilisant des personnages de "Pinchester". Et puis, j’ai commencé à travailler sur deux nouvelles séries avec de nouveaux personnages et de nouveaux mondes imaginaires.

Laure Ricote