Interview de Michel Pagel (2002)
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de Michel Pagel
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Michel Pagel
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mars 2002

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Avec presque 20 ans de carrière dans le petit monde de la SF, Michel Pagel jongle avec bonheur avec tous les genres. Et surprise, son nouveau roman s’apparente plus à un récit historique qu’à une intrigue fantastique.

Actusf : C’est Comment vous est venue l’idée du Roi d’Août ?
Michel Pagel : Il y a une vingtaine d’années, je lisais une biographie de Blanche de Castille (La Reine Blanche de Régine Pernoud) dans laquelle il était fait allusion en trois lignes au mystère historique que constitue le mariage entre Philippe Auguste et Isambour de Danemark. Comme j’étais à l’époque bercé de la fantasy de Poul Anderson, Danois d’origine, (notamment Le Dernier Chant des Sirènes) j’ai immédiatement pensé que ladite Isambour n’était pas totalement humaine. Bref, le fantastique m’a semblé pouvoir se plaquer tout naturellement sur la réalité.

Actusf : A-t-il demandé beaucoup de documentation ?
Michel Pagel : Enormément. Le projet de départ était de ne dénaturer en rien l’histoire de France pour ce qu’on en connaît. Idéalement, tous les événements du roman qui sont vérifiables sont exacts. (J’ai dû laisser passer quelques erreurs de détail, naturellement, mais j’ai tenté de les minimiser.) Pour cela, j’ai lu tout ce qui s’est écrit sur Philippe Auguste, y compris les chroniques d’époque et des catalogues d’actes. J’ai couru pendant six mois les bibliothèques à la recherche d’ouvrages rares, et il m’a fallu ensuite effectuer un travail de synthèse de toutes ces sources, parfois contradictoires. (J’avoue que lorsque les historiens se disputaient, j’ai choisi la version qui m’arrangeait le mieux sans me poser de questions : je suis tout de même romancier). Et le plus amusant, c’est qu’à force de me documenter, j’ai trouvé dans les textes d’époque des passages qui corroboraient mes théories fantastiques - je les ai d’ailleurs placés en exergue à la fin des chapitres.

Actusf : Pourquoi avoir choisi cette période particulière de l’histoire et le personnage de Philippe Auguste ?
Michel Pagel : J’ai déjà expliqué d’où était venue l’étincelle de départ. Pour le reste, j’ai toujours été fasciné par le Moyen-Age, et j’ai toujours rêvé d’écrire un gros roman historique, donc la période s’imposait d’elle-même. Quant à Philippe Auguste, c’est un hasard. Quand j’ai commencé à m’intéresser à son règne, j’aurais été bien en peine de dire ce que ce roi avait accompli. Je comptais à l’origine raconter essentiellement l’histoire d’Isambour, avec Philippe en tant que personnage secondaire. Ce n’est qu’à force de réfléchir au livre que j’ai fini par réaliser qu’il devait être mon personnage principal.

Actusf : Pourquoi avoir introduit un peu de fantastique dans ce roman avec Lysamour ?
Michel Pagel : Parce qu’ainsi que je le disais, j’ai toujours vu ce roman comme un livre fantastique. L’idée était d’expliquer les mystères de l’histoire par le biais du fantastique. Ma réflexion à cet égard m’a conduit à imaginer le personnage de Lysamour, mais il est finalement très secondaire : il ne me sert qu’à justifier les relations ultérieures de Philippe avec Isambour.

Actusf : Comment présenteriez-vous ce roman à quelqu’un qui ne l’aurait pas lu ?
Michel Pagel : C’est le genre d’exercice dans lequel je suis absolument déplorable, désolé. Je ne saurais pas quoi dire.

Actusf : Vous racontez l’histoire romancée de Philippe Auguste avec quelques notions fantastiques, avez-vous créé une affinité particulière avec ce personnage historique comme certains biographes ? Le voyez-vous aujourd’hui comme un roi de France ayant existé ou un personnage de roman ?
Michel Pagel : Ma foi, les deux. Comme je le disais plus haut, j’ai lu une dizaine de biographies de l’individu, écrites par les historiens les plus divers. A partir de là, je me suis créé une image du personnage, dont je me suis servi pour commencer le roman. Au fur et à mesure que j’écrivais, cependant, et que Philippe se mettait à vivre devant moi, il a certainement acquis une personnalité différente, non seulement de ce qu’il a été en réalité mais aussi de l’idée de départ que je m’en faisais. Le Philippe Auguste qui agit dans Le Roi d’Août est, je crois, entièrement un personnage de fiction que j’ai créé, du moins en ce qui concerne sa psychologie. Le véritable Philippe Auguste, même s’il n’avait pas les mêmes motivations, a néanmoins bel et bien accompli les mêmes actes (en tout cas, ceux qui sont vérifiables et ne relèvent pas du fantastique pur et simple). Donc, pour répondre à votre question : il s’agit d’un mélange des deux, oui.

Actusf : Avez-vous travaillé sur son caractère ?
Michel Pagel : Evidemment. Par chance, ce caractère avait été assez bien dépeint par les contemporains de Philippe. Dépeint, mais pas expliqué, car il recèle bien des contradictions. Mon travail a donc été de trouver la raison de ces dernières, de cimenter toutes les pièces dont je disposais afin d’obtenir un personnage cohérent.

Actusf : Est-ce un plaisir ou bien une crainte de jouer avec l’Histoire avec un grand H comme dans ce roman ?
Michel Pagel : C’est bien entendu un plaisir, mais qui s’assortit de la crainte de ne pas en être capable. J’avoue qu’avant de commencer la rédaction du livre, je ne savais absolument pas par quel bout la prendre. La deuxième crainte était, du fait de la complexité de l’époque, notamment en matière de politique, de me retrouver à écrire un traité d’histoire plutôt qu’un roman. J’espère avoir réussi la fusion entre les deux.

Actusf : Etait-il destiné dès le départ à une collection de littérature général et cela a-t-il changé votre manière de travailler par rapport à vos romans "SF" ?
Michel Pagel : Il était au départ destiné à la collection Millénaires, de J’ai Lu. Il en a été écarté (par un commun accord de l’auteur et de l’éditeur) parce qu’il se retrouvait trop historique et pas assez fantastique. Ce qui répond je pense à votre question. Je ne cherche absolument pas àm’insérer dans le moule d’une collection : j’ai passé trop de temps à faire ça au Fleuve Noir pour m’y adonner encore. J’écris les romans que j’ai envie d’écrire. Ensuite, les publie qui veut. (Il arrive d’ailleurs que certains restent un bon moment dans un tiroir avant de trouver l’éditeur qui leur convient. Ça n’a heureusement pas été le cas pour Le Roi d’Août).

Actusf : Enorme par rapport à vos autres romans, comment avez-vous travailler et combien de temps y avez-vous passé ?
Michel Pagel : J’ai commencé par une période de documentation pure, qui a duré six mois, puis la rédaction m’a demandé environ un an et demi. (Durant lesquels j’ai cependant effectué aussi deux traductions pour gagner ma vie). En dehors de la lourdeur inhabituelle de la documentation, j’ai travaillé comme je le fais toujours : en m’appuyant sur un plan précis, mais sans hésiter à le modifier au fur et à mesure que l’histoire se construit.

Actusf : J’imagine que sa sortie est un soulagement  ?
Michel Pagel : Sa sortie, d’autant qu’il s’agit d’un très bel objet, me fait un grand plaisir. Mais pour ne rien vous cacher, le soulagement, je l’ai surtout éprouvé quand j’ai écrit le mot FIN au bas de la dernière page. Si on se rendait compte du travail et du stress que représente l’écriture d’un roman de cette taille, on n’en écrirait jamais. (Heureusement, l’inconscience veille.)

Actusf : Avez-vous déjà eu des réactions de lecteurs sympathiques ou insolites ?
Michel Pagel : Quelques avis de lecture positifs, oui, mais il est encore un peu tôt.

Actusf : Ce roman historique publié dans une collection de littérature général annonce-t-il un changement de cap de Michel Pagel ?
Michel Pagel : Non, pas réellement. Plutôt un élargissement des centres d’intérêt et donc des débouchés. Mais je reste dans le domaine de la littérature populaire et du fantastique. D’ailleurs, je prépare en ce moment la suite de la Comédie Inhumaine (qui devrait sortir en Millénaires, cette fois.)

Actusf : Quels sont vos projets ?
Michel Pagel : Outre celui signalé ci-dessus, je viens de terminer un roman fantastique intitulé L’Esprit du Vin, qui n’a pas encore été acheté par un éditeur. Après le Millénaires, je me lancerai sans doute dans un nouvel ouvrage à coloration historique, mais très différent du Roi d’Août. La chose est cependant encore nettement trop floue dans mon esprit pour que j’en dise plus.

Jérôme Vincent