Interview de Nicolas Tackian
de Nicolas Tackian
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Nicolas Tackian
Date de parution : avril 2008 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Nicolas Tackian

Rencontre avec un scénariste BD prolifique

ActuSF : Comment est née l’idée du Syndrôme de Caïn ?
Nicolas Tackian : En fait, je pense que le Syndrôme est né de nombreuses sources d’inspirations qui m’accompagnent depuis toujours. D’abord ma fascination pour les mythes, qu’ils appartiennent à la mythologie classique, aux univers imaginaires de la Fantasy ou des jeux de rôles, ou à la religion et puis, sans aucun doute, à l’attachement personnel que j’ai développé pour le thème de la vie éternelle.

ActuSF : La série mélange religion, ésotérisme, histoire : est-ce qu’elle vous a demandé beaucoup de documentation ?
Nicolas Tackian : Bien sûr. L’une des responsabilités que l’on a, en tant qu’auteur, lorsqu’on "manipule" l’histoire est de ne pas faire de révisionnisme ou en tous cas, de toujours mettre en perspective son récit avec la signification qu’il peut donner à l’histoire. L’histoire peut être romancée, dramatisée, fictionnée, mais il faut la respecter car elle est l’héritage des hommes. En conséquence, l’écriture du syndrome de Caïn a nécessite beaucoup de lectures.

ActuSF : Ce sont des sujets qui vous intéressent j’imagine. Pourquoi ?
Nicolas Tackian : Ils m’intéressent principalement car ils touchent à notre être intérieur, à nos angoisses, nos questions existentielles. Les mythes ne font que nous questionner sur nous même, ils sont l’œil tourné vers l’intérieur, le canal permettant d’engager le dialogue avec notre moi profond. C’est pour cette raison que les mystères et les mythes historiques et religieux gardent un public large et captivé. Lorsqu’on s’interroge sur Caïn et l’immortalité de l’âme, on cherche à donner un sens à notre vie...

ActuSF : Le succès de certains films ou de certains cycles de BD, qui exploitent les mêmes thèmes, met-il une pression supplémentaire ?
Nicolas Tackian : Je n’ai aucune pression lorsque j’écris si ce n’est celle de faire du bon travail. Il existe des ouvrages de référence en la matière que j’ai lus et que j’ai aimés et ces livres sont le fruit de la culture, de la vision de leurs auteurs. Etant une personne différente d’eux, je raconte mes histoires à ma façon, selon mes codes, mon rythme, ma vision. C’est ce qui crée la possibilité de traiter des sujets proches en restant "original". Au stade de l’écriture, le plaisir de créer ces univers, ces histoires se suffit à lui même. Je ne pense jamais aux ventes potentielles. Le faire serait risquer d’écrire pour vendre ce qui est, à mon sens, tout sauf le travail d’un auteur.

ActuSF : Comment avez-vous rencontré Andrea Mutti ? Et comment fonctionnez-vous ensemble ?
Nicolas Tackian : Jean Wacquet m’a présenté Andréa. J’écris en français, il a un ami traducteur qui s’occupe de lui transmettre les textes en italien, nous parlons quotidiennement par email en anglais. Andréa est un dessinateur hors du commun. Imaginez que lorsque je lui remets cinq planches de scénario le lundi, il les a dessinées le lundi suivant. C’est un bourreau de travail doublé d’un gentleman au grand coeur. Je l’adore.

ActuSF : Que pouvez-vous dire aux lecteurs sur le quatrième tome ? Est-ce que vous pouvez nous donner des indices ?
Nicolas Tackian : Et bien je peux vous dire que dans ce tome, beaucoup de choses vont se préciser. Vous apprendrez tout sur l’identité des hommes qui protègent Andrèa Balgani ainsi que sur la finalité de l’énigme de la table d’émeraude. Alors que le nombre de protagonistes diminue, les objectifs de chacun deviennent plus clairs et plus urgents. De plus, ce tome verra le mystérieux M. Belmont sortir de l’ombre.

ActuSF : Combien de tomes y aura-t-il au final ?
Nicolas Tackian : La série comporte six tomes.

ActuSF : Parlez-nous aussi un peu des Insurgés d’Edaleth, une série orientée très science-fiction. Comment est-elle née ? Quelle était votre idée au départ ?
Nicolas Tackian : Les insurgés d’Edaleth est une série que j’aime beaucoup. Elle est née de ma rencontre avec Alain Brion et s’est développée sur trois ans. Le tome 3 des insurgés d’Edaleth est d’ailleurs ma dernière collaboration avec Stéphane Miquel. Ce récit d’anticipation géopolitique était pour Stéphane et moi, l’occasion de développer un monde d’anticipation proche du nôtre mais auquel on aurait enlevé la couche de verni pour laisser apparaître la matière brute. Notre volonté était de ne pas faire des personnages manichéens. Le monde n’est pas tout noir ou tout blanc, c’est un peu le message des insurgés. On peut également y retrouver l’idée, qui m’est chère, que beaucoup de gens sont "partisans" de grandes causes sans avoir conscience d’être manipulés et qu’il est plus facile de vouloir changer le monde que de vouloir changer ses habitudes...

ActuSF : Même question pour l’album Septième ange. Comment s’est passée la collaboration avec Kenjo Aoki ? Etes-vous satisfait du résultat ? Seriez-vous prêt à recommencer ?
Nicolas Tackian : Franchement non. La collaboration avec Kenjo a été apocalyptique. Le projet s’est étalé sur plusieurs années, les planches que nous recevions ne correspondaient pas au découpage, ni même parfois à l’histoire. Je suis désolé d’avoir à dire cela mais c’est la vérité. Peut-être un problème de communication pour rester positif... En tout cas sûrement pas un problème de culture. J’ai ensuite fait un album avec Mook (RAGE), un dessinateur coréen, et ce fut une collaboration merveilleuse. Septième Ange devait être une série en six tomes (d’ailleurs je développerai l’histoire un jour) ramené à un one shot. Ce que contient ce tome est tout juste une "réflexion" du personnage principal qui aurait dû tenir sur moitié moins de pages. La scène de fin du tome est en réalité l’incident déclencheur de l’histoire que nous avions écrite et qui est toujours dans mon ordinateur. Ca vous donne une idée des figures de style qu’il a fallu faire pour "sauver" cet album.

ActuSF : On a évoqué trois projets, trois styles de dessins différents, est-ce que le style des dessinateurs vous influence ? Ou est-ce que vous choisissez vos scénarios en fonction (ou l’inverse, est-ce que vous choisissez vos dessinateurs en fonction des scénarios) ?
Nicolas Tackian : C’est toujours l’histoire qui choisit ses dessinateurs. Moi, mon plaisir est de créer ces histoires, ces univers, ces personnages. Une fois sur le papier, ce sont eux qui inspirent les dessinateurs et qui prennent vie sous leurs crayons. Très vite, on voit si un personnage ou une planche fonctionne. De même, lorsqu’il s’agit de dessinateurs confirmés, une histoire peut immédiatement sembler correspondre à un type de graphisme. C’est le cas par exemple de La Onzième Plaie avec Joan Urgell le dessinateur et Mamba, la coloriste.

ActuSF : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Nicolas Tackian : En ce moment j’ai beaucoup de travail. Je boucle le Syndrome de Caïn T4 qui doit sortir en juin, je continue la Onziéme Plaie T2. Dans les nouvelles séries, je suis en plein dans Le Cycle des Elfes Noirs, qui lancera un univers Dark Fantasy au sein des éditions Soleil, Black Bank T2 est en cours ainsi que Lilian Cortez T2. J’ai quelques autres nouveaux projets mais ce qui m’occupe le plus c’est la préparation d’un Film (Azad) que j’ai écrit et que je dois réaliser en septembre dans le cadre d’une collection "identité" pour France 2. Un film mêlant animation et prises de vue réelle, une grande aventure !

Jérôme Vincent