Interview de Pascal Godbillon
de Pascal Godbillon
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Pascal Godbillon
Date de parution : octobre 2010 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : Quelles sont pour toi les grandes étapes de la collection Folio SF sur ces dix ans qui viennent de passer ?
Pascal Godbillon : Même si je n’étais pas là à l’époque, il me semble évident que la période de lancement (2000-2002) était cruciale. C’est un peu comme pour un vol spatial, c’est là où les risques sont les plus importants. Mais heureusement, les moteurs de la fusée Folio SF étaient solides et puissants, avec les classiques publiés auparavant en Présence du Futur (Fahrenheit 451 et Chroniques martiennes, Fondation, Les neuf princes d’Ambre, L’échiquier du mal...). Une fois la collection mise sur orbite, il ne fallait pas, pour autant, se reposer sur ses lauriers. A moins de redescendre en piqué vers la terre ferme et de s’exposer au crash.
C’est donc après 2005, en 2006-2007 (ce qui correspond à la période à laquelle je suis arrivé) que je situe la deuxième étape importante, avec le déclin progressif de l’approvisionnement en provenance du fonds Présence du Futur. Il fallait donc redonner un nouveau souffle, réorienter la collection vers de nouveaux horizons. Pour l’anecdote, le premier contrat que j’ai signé était celui de La Horde du Contrevent et il est indéniable que ça a permis de donner une nouvelle visibilité à Folio SF.
Enfin, et même s’il est encore tôt pour en être sûr à 100%, il semble que les 10 ans de la collection vont constituer une nouvelle étape, un nouveau départ, avec une couverture médiatique sans précédent pour Folio SF à ma connaissance (Livres Hebdo, Télérama, 20 minutes, Métro, France Culture, France Inter et j’en oublie sans doute). L’anniversaire aura également été l’occasion de faire participer les bloggueurs, les libraires, les auteurs... Bref, ça fait vraiment plaisir de voir l’enthousiasme qu’a suscité cette célébration, et il est indéniable que cela donne un nouvel élan pour les dix ans à venir.

ActuSF :
Quelle est la ligne éditoriale de la collection ?
Pascal Godbillon : L’idée qui a présidé à la création de Folio SF était d’offrir une bibliothèque idéale de la SF. Cette idée reste à l’ordre du jour.
Là, je vais devoir faire une petite parenthèse. Par SF, j’entends : tous les genres que certains regroupent sous l’appellation d’imaginaire, appellation que je refuse. Bref, pour moi, la SF recouvre la science-fiction stricto sensu + la fantasy + le fantastique + le bizarre + ... Ca n’est pas très académique, mais c’est comme ça, c’est ma vision des choses, ma façon de penser, de m’exprimer, et ça tombe plutôt bien puisque la collection s’appelle bel et bien Folio SF et publie tout ce que je viens de nommer. Fin de la parenthèse.

Donc, offrir une bibliothèque idéale de ces genres. La sélection est inévitablement subjective, mais force est de reconnaître que bon nombre de classiques sont au catalogue.


ActuSF :
Comment choisis-tu les textes que tu souhaites publier ? Quels sont les critères pour que tu réédites un livre ?
Pascal Godbillon : Subjectivité, disais-je. Eh bien, voilà, mes choix sont fonction de mes coups de coeur. Il faut que j’aime un livre ou une série pour la reprendre. Mais ça ne suffit pas, Folio SF est une collection de poche, il y a donc des impératifs commerciaux à respecter. Si j’ai adoré un bouquin mais que les données économiques montrent que c’est une aberration de le publier... Eh bien, je ne vais pas m’autoriser à le faire. Mais si j’ai aimé et que c’est économiquement viable, ou que le risque est limité, alors j’essaye de le faire. Que ce soit une nouveauté ou la réédition d’un titre plus ancien.

ActuSF :
La collection a longtemps repris des titres parus précédemment dans la collection Présence du Futur. Reste-t-il beaucoup de titres à rééditer selon toi ?
Pascal Godbillon : La réponse à cette question recoupe certaines des réponses précédentes. Comme je le disais au début, en 2005 la plupart des titres qui devaient être réédités de manière évidente l’avaient été : c’étaient des classiques majeurs, au potentiel commercial important. Les titres qui restent, ou que j’ai réédités depuis, sont bons, voire très bons. Mais pour faire écho à la question qui précède, les rééditer reviendrait à courir à l’échec commercial ou à prendre un risque inconsidéré. Pour de multiples raisons. Cela étant, je ne m’interdis pas de le faire de temps en temps. Il y a tout de même une logique de catalogue à avoir, et certains recueils de Ray Bradbury ou d’Isaac Asimov n’ont pas été réédités alors que ce sont des auteurs importants pour le genre et pour la collection.

ActuSF :
Comment choisis-tu les inédits ? Est-ce un atout pour la collection ?
Pascal Godbillon : Comme pour les autres titres, il faut qu’ils me plaisent. Cela étant je distinguerais les inédits français des inédits traduits. Pour ces derniers, s’ajoute une contrainte de taille. En effet, si le livre dépasse, en gros, les 200 pages, la traduction va coûter trop cher pour que la publication directement en poche soit rentable. Attention : je ne dis pas que les traductions sont trop chères. C’est une problématique liée à la publication d’inédits en poche. Si je publie un livre au format poche à un prix de grand format, je n’en vendrai pas. Je suis obligé de garder un prix poche. Et donc un coût de traduction "maîtrisé".
Pour les inédits français, il est indispensable que l’auteur se soit déjà "fait un nom". On ne peut pas promouvoir le premier roman d’un auteur, ex nihilo, sans un minimum d’investissements (pas seulement financiers). Or une collection de poche ne peut se permettre cela.

ActuSF :
La Fantasy semble prendre de plus en plus de place dans la collection (ou du moins celle-ci semble être mise en avant de manière plus soutenue, notamment avec le logo Fantasy). Est-ce un choix commercial ou personnel ? Est-ce que l’apparition de ce logo a changé quelques choses en terme de vente ou de visibilité ?
Pascal Godbillon : En réalité, la fantasy était présente dès le lancement de la collection : Les neuf princes d’Ambre, Alvin le faiseur, Gilgamesh, Gloriana puis un peu plus tard La voie du cygne, Le lion de Macédoine... Alors, effectivement, peut-être l’ajout du logo permet-il de mieux identifier la fantasy au sein de la collection, ce qui était l’objectif. Pour le reste, comment savoir qu’un titre qui s’est bien vendu s’est bien vendu grâce au logo ou se serait vendu de la même manière sans ? A l’inverse, un titre qui s’est moins bien vendu avec logo se serait-il encore moins bien vendu sans ? Ces questions n’ont pas de réponse. Mais cette impression d’une meilleure visibilité ou d’une présence accrue plaide en faveur du logo.
Au passage, je ne savais pas que "commercial" et "personnel" étaient antonymes... De fait, c’est un choix marketing, commercial et personnel. Ca fait presque peur, non ?

ActuSF :
La collection est-elle aujourd’hui en bonne santé ? Quel est l’état du marché du poche ? Est-ce que l’apparition du livre de Poche Fantasy, la disparition de Point fantasy puis l’apparition de Milady a changé la donne ?
Pascal Godbillon : La collection est en très bonne santé, merci. Nous sommes sur une progression de chiffre d’affaires à deux chiffres sur les neuf premiers mois de l’année. Pour le reste du marché, je n’ai pas vraiment de données chiffrées, mais j’ai le sentiment que celui-ci ne connaît pas la même progression. Ensuite, l’arrivée de nouvelles collections, l’arrêt de certaines autres... Tout cela a forcément des répercussions. Maintenant, les titres publiés chez Milady ou Livre de poche Fantasy-Orbit ne sont pas en concurrence directe avec ceux publiés par Folio SF. Pour plusieurs raisons : les réseaux de diffusion ne sont pas tout à fait les mêmes, les acheteurs non plus... Bref... Je ne crois pas que ce soit négatif pour la collection. La preuve au vu des excellents résultats qu’elle obtient cette année.

ActuSF :
La collection est-elle confrontée au "problème" des ouvres "transfictionnelles" qui paraissent en collection plus généralistes alors qu’elles auraient pu paraître chez Folio SF ?
Pascal Godbillon : Les collections plus généralistes sont-elles confrontées au "problème" des oeuvres "transfictionnelles" qui paraissent en Folio SF alors qu’elles auraient pu paraître chez elles ? Ou je ne comprends pas la question, ou je n’en saisis pas la portée. Ou il n’y a pas de "problème" ?

ActuSF :
Parlons des parutions. Peux-tu nous dire un mot des titres qui seront publiés dans les prochains jours : Hal Duncan, Philip K.Dick, Poppy Z.Brite...
Pascal Godbillon : Evadés de l’Enfer, de Hal Duncan est une novella, ou un court roman, qui est très différent du Livre de toutes les heures paru chez Denoël Lunes d’encre. Par la taille déjà. Il est sans doute plus facilement abordable, aussi. Et certains le trouveront moins... profond ? En tout cas, c’est une pure série B qui lorgne du côté des films de Carpenter, ça défouraille à tout va, c’est plein d’humour, c’est plein de compassion, aussi...

Le roi des elfes de P. K. Dick est en fait une reprise du recueil L’homme doré moins une nouvelle ("Ah, être un Gélate..." ou "Quelle chance d’être un Blobel !"). C’est pouquoi je ne souhaitais pas reprendre l’ancien titre. Pour le reste c’est du Philip K. Dick, mais avec des textes plus proches du fantastique, voire de la fantasy pour la nouvelle qui donne son titre au livre. Enfin, tout ça à sa manière, bien sûr.


Pour Poppy Z. Brite, ce sera la reprise du receuil Contes de la fée verte en début d’année 2011, qui verra paraître également Sécheresse de J. G. Ballard et le deuxième recueil de Mélanie Fazi, Notre-Dame-aux-Ecailles. Puis en février, deux énormes (dans tous les sens du terme !) romans Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski et L’énigme du cadran solaire de Mary Gentle. Plus tard viendront des ouvrages de Robert Charles Wilson, Christopher Priest, Norbert Merjagnan, Kelly Link, Stephen Fry... Et puis Le Déchronologue de Stéphane Beauverger, et puis... Bref, plein de bonnes choses, je crois.


ActuSF :
Pour les dix ans une anthologie a été publiée. Comment as-tu choisi les nouvelles qui la compose ?
Pascal Godbillon : Il y avait tout d’abord une contrainte de temps, il fallait aller assez vite, et il ne s’est écoulé que cinq mois entre la décision de faire une anthologie et la mise en fabrication du bouquin. Première idée : avoir des auteurs "classiques" et des "modernes", des auteurs étrangers et des auteurs français, bref, refléter la diversité de la collection en terme d’auteurs. Deuxième idée : avoir quelques inédits. Troisième idée : demander à des auteurs auxquels on ne s’attend pas forcément de donner leur vision de la SF, de la collection, d’un auteur, d’un titre, d’un thème...

Au final, Gilles Dumay m’a signalé le texte de Mary Gentle, dont j’allais reprendre le roman, Gilles Goullet celui de Robert Charles Wison. Ce dernier m’a envoyé le fichier informatique de son texte à peine deux heures après que je le lui ai demandé pour lecture ! C’est l’occasion pour moi de signaler à quel point, en plus d’être un auteur remarquable, Robert Charles Wilson est une personne d’une gentillesse absolument inégalable. Chris Priest a lui aussi été d’une élégance rare. Pour les auteurs français, hormis Thomas Day, qui s’imposait, à mon sens, j’ai demandé à des auteurs qui avaient des titres à paraitre dans les semaines ou les mois qui suivaient. Et tous ont répondu "présent" immédiatement, et je leur en suis très reconnaissant. Pour les auteurs "classiques", les agents ont été d’une aide très précieuse et eux aussi doivent être remerciés. Et que dire des auteurs "hors genre" que j’ai contactés et qui tous, y compris ceux qui ont dû décliner l’invitation, ont montré un enthousiasme qui m’a vraiment porté pendant cette période assez fatigante... Bref, au final, tout s’est déroulé comme dans un rêve, alors que faire une anthologie composée massivement d’inédits, en cinq mois, ça n’était pas gagné d’avance.


ActuSF :
Que nous prépares-tu pour les dix ans à venir ?
Pascal Godbillon : Ce serait présomptueux de dire que tout est planifié à si long terme. D’autant moins que je dépends aussi de ce que vont nous offrir les éditeurs grand format. Ma modeste ambition est d’apporter toujours plus de plaisir aux lecteurs de la collection. Et si j’ai toujours autant de retours positifs sur tel ou tel titre, telle ou telle couverture, si les opérations futures reçoivent le même accueil que celle des dix ans, bon sang, pourquoi se limiter aux dix ans à venir ?

 

Jérôme Vincent