Interview de Pascal Godbillon à la rentrée 2012
de Pascal Godbillon
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Pascal Godbillon
Date de parution : septembre 2012 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Pascal Godbillon dirige la collection Folio SF. Il revient sur ses sorties de la fin d’année 2012 mais aussi sur la situation en librairie, l’importance des auteurs "classiques" de la science fiction et sur ses premiers titres programmés en 2013...

 Actusf  : Première question sur le contexte général qui ne semble pas très bon en librairie. Comment abordes-tu cette rentrée et les mois qui viennent ?
Pascal Godbillon : Si je suis bien convaincu que c’est plutôt morose en librairie, le chiffre d’affaires de la collection est en progression par rapport aux huit premiers mois de l’année dernière. Donc... ça me permet d’envisager la fin d’année de manière plutôt optimiste. D’autant que 2012 était une année, a priori, plus difficile pour Folio SF, sans très grosse locomotive parmi les nouveautés (par rapport à Spin en 2010, et Le Déchronologue et Gagner la guerre en 2011). Le principal problème se pose peut-être sur le fonds, qui est très important dans l’économie d’une collection comme Folio SF : aujourd’hui, de moins en moins de libraires peuvent se permettre de garder du stock immobilisé trop longtemps. Mais, encore une fois, l’écueil de ce début d’année a été passé sans avarie majeure, c’est donc, pour moi, sans trop de crainte que se profile la fin d’année.
 
Actusf  : Tu publies des livres de Roger Zelazny, Clifford D.Simak et Ian McDonald en septembre. Quel regard portes-tu sur ces trois auteurs ? Quelles places ont-ils dans la science fiction pour toi ?
Pascal Godbillon : Ce sont, bien évidemment, trois auteurs très importants et très différents. Mais ils reflètent bien la philosophie de la collection : publier les classiques d’hier, d’aujourd’hui et de demain (avec tous les paradoxes temporels que cela implique). Roger Zelazny est un des piliers de la collection, avec notamment Les Princes d’Ambre. Clifford D. Simak fait son entrée au catalogue de la collection, et j’en suis ravi, d’autant que ce recueil de nouvelles, publié initialement par Le Bélial’, contient quelques pépites. Ian McDonald, enfin, fait partie des auteurs qui font la SF d’aujourd’hui (même si Roi du Matin, Reine du jour est plutôt de la fantasy, ou disons... de la fantasy sauce SF ou...). Bref, trois auteurs importants, que je suis honoré et fier de pouvoir proposer en poche.
 
Actusf : Même question pour octobre avec Hal Duncan...
Pascal Godbillon  : Là encore, SF, fantasy, littérature "générale"... Difficile de classer l’œuvre de Hal Duncan. Mais Le Livre de Toutes les Heures est un livre hors du commun, à tous points de vue. Très bonne raison pour que je le reprenne en Folio SF, non ?
 
Actusf : Vélum et Encre sont des livres totalement atypiques et un peu fous. Est-ce plus risqué pour toi de sortir ce type d’ouvrages inclassable d’un "jeune" auteur par rapport à un Zelazny ou un Simak ?
Pascal Godbillon : Voilà une question dont je ne suis pas sûr d’avoir la réponse... De plus en plus, on s’aperçoit que les "classiques" souffrent de la disparition du fonds dans certaines librairies (voir ci-dessus). Maintenant, Zelazny et Simak sont des noms connus des lecteurs (de moins en moins ?), donc on peut supposer que ce sera plus facile à vendre. Pour autant, les romans de Hal Duncan sont ceux qui, entre autres, font le genre aujourd’hui, là, tout de suite, maintenant ; il a bénéficié d’un excellent bouche à oreille, d’un très bon accueil critique, donc... Si l’on ramène ça uniquement à une bataille des "anciens" et des "modernes", je dirais match nul. Mais Encre et Vélum sont de très gros bouquins, ils vont être vendus un peu plus cher que le Simak et le Zelazny, on a confectionné un coffret, regroupant les deux volumes, qui devrait être très joli, mais qui ajoute des coûts supplémentaires... Bref, le vrai risque, il est là. Mais... c’est à ce prix qu’on peut arriver à défendre les bouquins qu’on aime : en proposant au lecteur un livre de poche, certes, mais de qualité, en lui montrant qu’on essaye de ne pas se moquer de lui. J’espère que c’est comme cela que les lecteurs de la collection le perçoive.
 
Actusf  : Seigneur de Lumière est un classique de Zelazny qui a été réédité à de nombreuses reprises (1975, 1984, 1993, 1999 et 2008 selon Noosfere), quel est le bon timing pour ressortir un livre comme celui-ci ? Est-ce qu’à chaque fois on peut espérer qu’il trouve un nouveau public ? Y’a-t-il un "éternel" renouvellement ?
Pascal Godbillon : Je nuancerais un peu ta question : en fait de réédition, je pense que Seigneur de lumière est un titre qui a toujours été disponible en Présence du futur. Les différentes éditions présentées par la nooSFere correspondent, à mon avis, à diverses réimpressions, suivant les changements de maquette. Donc, puisque Gilles Dumay a réédité ce titre en Lunes d’encre avec une traduction révisée, il était normal qu’il soit à nouveau disponible en poche, comme c’était le cas depuis sa première parution en France. Donc, pas question de timing, ici. Quant à l’éternel renouvellement, je ne sais pas, mais plein de gens continuent d’acheter Fondation, Le monde inverti, L’oreille interne... Donc... Sans doute. Mais pour cela, il faut qu’ils puissent trouver ces titres en librairie (le fonds est en péril, Acte III).
 
Actusf  : Tu publies Sympathies for the Devil de Thomas Day. C’est un auteur qui a déjà été publié une demi-douzaine de fois chez Folio SF. Quels sont ses qualités ? Et qu’est-ce qui t’a donné envie de publier ce recueil ?
Pascal Godbillon : Les qualités de Thomas Day ? Elles sont multiples et variées (et je ne parle même pas de ses talents culinaires), mais c’est notamment une écriture qui sonne juste (je sais, ça ne veut rien dire, mais... à la lecture, c’est l’effet que ça me fait), ce sont des images parfois outrancières, mais mises au service d’une sensibilité qui affleure. Et il sait ce qu’il fait, même s’il peut (veut) donner l’impression du contraire (genre : "J’ai un super projet avec des démons à grosse bite !" Vu comme ça, j’ai moyen envie de signer... Sauf que le projet, au final, pour l’essentiel, ce n’est pas ça, très loin de là). Bref, je pourrais encore en tartiner des lignes, mais ça ferait un peu trop. Quant à ce qui m’a donné envie de publier ce recueil : le flingue sur ma tempe, indéniablement. Et donc, après, j’ai réussi à me convaincre que ce serait une bonne idée de proposer en poche les textes qui ont, en quelque sorte, fait la (mauvaise) réputation de l’auteur. Des textes bruts, violents, touchants (y compris dans leur naïveté, parfois) mêlant aventure et réflexion...
 
Actusf : Enfin en novembre, il y aura Ces choses que nous n’avons pas vu venir de Steven Amsterdam et L’Insoumis de Carol Berg. Peux-tu nous parler de ces deux livres très différents ?
Pascal Godbillon : Si j’étais taquin, je parlerais plutôt de Retour sur l’horizon, que je reprends en poche le même mois, mais comme je ne le suis pas, L’Insoumis, de Carol Berg : c’est la suite directe de L’Esclave, paru en février, même si chaque tome peut se lire séparément. Celui-ci est d’ailleurs assez différent du premier, et il va permettre d’en savoir un peu plus sur ces fameux démons que sont les rai-kirah. C’est une fantasy atypique, parue chez Bragelonne en grand format, et que j’affectionne particulièrement.
Quant à Ces choses que nous n’avons pas vues venir, c’est un titre qui était paru en littérature dite "générale", chez Albin Michel, et qui est sans doute passé inaperçu de beaucoup de lecteurs de SF. C’est un roman étonnant, qui se place sur le terrain déjà très largement occupé des romans "apocalyptiques", mais qui le fait de manière très intelligente, déroutante, peut-être, vu sa façon de ne, presque, rien dire de ce qui se passe (ou ne se passe pas). J’ai été bluffé par ce court texte et j’invite vraiment les lecteurs à aller y regarder de plus près.
 
Actusf  : Est-ce que tu as déjà titres programmés pour 2013 ? Que peux-tu nous dire ?
Pascal Godbillon : Oh, oui, une bonne trentaine. Qu’en dire ? Qu’il y aura des "ultra"-classiques (Dunsany, Leblanc...), des classiques (Dick, Bradbury, Strougatski...), des modernes (Varley, Wilson, Brussolo, Barker, McDonald, McDevitt, Hughart), des néo-futurs modernes (ultra-)classiques (Depotte, Kloetzer, Mauméjean, Marguerite, Ferrand, Loïc Henry)... Ce serait trop long de parler de chaque titre en détail, mais je suis tout à fait disposé à le faire en temps utile (j’adore les interviews, en fait). Mais signalons tout de même, dès janvier, Loup, y es-tu ? d’Henri Courtade, un roman de fantastique moderne. Ou d’urban fantasy ? Ou de bit-lit ? Enfin, bon, un mélange de thriller et de contes de fées tout à fait réjouissant. Et en février, Les Lames du Cardinal, le magnifique premier tome de la trilogie de Pierre Pevel, du pur roman de cape et d’épée avec magie et dragons (pour simplifier à l’extrême !), qui a déjà fait le bonheur de milliers de lecteurs à travers le monde. Que des bonnes choses, quoi !
 

Jérôme Vincent