Interview de Pascal Godbillon
( 1 )
de Pascal Godbillon
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Pascal Godbillon
Date de parution : novembre 2006 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : novembre 2006

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"Pascal qui ?", demandèrent en chœur les habituels morbachs du potin (je m’inclus évidemment dans le nombre), lorsqu’au printemps dernier on annonça le nom du successeur de Thibaud Eliroff à la tête de Folio SF.

Six mois de suspense et de roue libre pour l’une des collections poches les plus importantes du marché, c’était beaucoup, et on se doutait bien que le nouveau venu allait avoir besoin de temps d’un peu de temps pour se mettre un peu dans ses meubles.

Six mois plus tard, le temps est venu de faire un peu mieux connaissance avec cet heureux veinard qui n’en revient toujours pas de vivre son plus vieux rêve. Alors son nom c’est Godbillon, et après cette interview plus personne ne devrait avoir de difficultés à s’en souvenir.

ActuSF : Pour commencer pourrais-tu nous retracer ton parcours professionnel, et nous dire comment tu en es arrivé à l’édition ?
Pascal Godbillon : Cela fait environ vingt ans que je rêve d’être éditeur. Les rêves, souvent, on sait que ça n’arrivera jamais, mais ça reste là, dans un coin de la tête. En l’occurrence, devenir éditeur, de SF qui plus est, était un rêve sur lequel j’avais fait une croix quasi définitive. J’avais pourtant commencé des études de Lettres Modernes à Paris XIII pour pouvoir m’inscrire en DESS d’édition. Un jour, je postule pour un job de vacances, à Noël, à la fnac Forum des Halles et je suis pris pour trois semaines au rayon Littérature. Les trois semaines se sont transformées en cinq mois, ce qui ne m’a pas aidé à avoir ma maîtrise. Notamment je n’ai pas pu rédiger mon mémoire (dont le sujet était « Les femmes dans le cycle de Dune de Frank Herbert », si, si, c’est possible !). À la rentrée suivante j’avais le choix entre la fac et la fnac : c’est à ce moment que j’ai définitivement tourné le dos à mon rêve d’être éditeur. Finalement, être libraire me plaisait et c’était beaucoup plus concret qu’une hypothétique place en DESS et qu’un encore plus hypothétique boulot dans une maison d’édition. J’ai donc poursuivi comme libraire débutant à l’ouverture de la fnac à Vélizy. Puis j’ai fait l’ouverture de la fnac à Saint-Lazare. En définitive, j’ai été recruté au siège, à la direction du livre, où je gérais l’approvisionnement des meilleures ventes en polar et SF pour tous les magasins français. J’ai donc passé près de douze ans à la fnac. Jusqu’à ce que Gilles Dumay m’appelle pour me dire que Thibaud Eliroff s’en allait. J’aurais postulé de toute façon, puisqu’il y avait eu une annonce dans Livres Hebdo, mais bon, c’était peut-être « mieux » comme ça.

Longue parenthèse pour expliquer pourquoi Gilles m’appelle : la SF c’est une passion ancienne. J’ai commencé à graviter dans le milieu à peu près en même temps que Gilles, Olivier Girard, Johan Heliot ; j’ai rencontré Bénédicte Lombardo-Girard au club Présences d’esprit (encore un million de mercis à Yvonne Maillard)… Bref, j’ai fait pour eux des petits boulots : corrections, lectures, rédactionnel. Gilles se doutait bien que ça m’intéresserait et pensait sûrement que ce ne serait pas une mauvaise idée pour la collection. Fin de la parenthèse.

J’avais donc quelques atouts, malgré un handicap : ma méconnaissance de l’édition. Gallimard m’a fait confiance et a parié sur quelqu’un dont la connaissance du genre suffirait sans doute à compenser son léger handicap. À moi de ne pas les décevoir.

ActuSF : Je crois que c’est la première fois que tu passes de ce "côté-ci de l’édition", est-ce que c’est intimidant de se retrouver à la tête d’une collection aussi en vue que Folio SF ?
Pascal Godbillon : Alors là, pas du tout ! C’est peut-être de l’inconscience, mais… Quand tu fais le plus beau rêve de ta vie, tu n’as vraiment pas envie de te réveiller. Alors, chut… Laissez-moi dormir tranquille !

Plus sérieusement, je n’ai jamais vu les choses comme ça. Je m’éclate à faire ce que je fais, j’essaye de le faire du mieux possible, et comme c’est ce que j’ai toujours voulu faire, je ne vais pas me mettre à gamberger maintenant. Cela dit, la première fois que tu reçois un mail de Robert Silverberg, tu fais « Gloups ! », tu recroquevilles tes doigts de pied dans tes chaussures, tu l’imprimes et tu l’encadres ! Après, tu essayes d’y répondre sans dire trop de bêtises, dans un anglais que ma prof de femme ne cautionnerait sans doute pas. Ça, oui, c’est intimidant. Le reste… Fais de ton mieux, il en sortira toujours quelque chose.

ActuSF : Est-ce que pour toi, il y a des éditeurs (passés ou actuels) dont le travail reste une référence absolue ?
Pascal Godbillon : Il y en a tant que j’admire… En SF ou non, d’ailleurs. On va m’accuser de ne vouloir fâcher personne mais ce n’est pas le cas. Par contre, référence absolue ? Je ne sais pas ce que c’est. Si c’est un éditeur qui n’a publié que des chefs-d’œuvre : aucun. Si c’est un éditeur qui n’a publié que des succès : aucun. Mais je peux me tromper.

Maintenant, l’idéal est sans doute d’arriver à publier régulièrement l’un et/ou l’autre, sur une très longue période. Donc, s’il ne me fallait citer qu’un nom, dans le domaine de la SF… Gérard Klein, très probablement. Ça y est, même pas six mois et déjà plein d’ennemis !!!

ActuSF : Quelle est la place accordée par un grand groupe comme Gallimard à la littérature de genre ?
Pascal Godbillon : Je ne peux pas prétendre parler au nom du patron du groupe Gallimard. Je vais donc me contenter de dire comment je vois les choses après seulement six mois. La littérature de genre tient une place importante dans le groupe. Et même une place croissante. Si je mets de côté le polar, que je ne connais pas suffisamment, pour me concentrer sur la SF (ou l’Imaginaire, ou je ne sais comment on doit l’appeler), on a une collection de grand format chez Denoël et la collection Folio SF. Lunes d’encre publie une dizaine de volumes par an. Folio SF une trentaine. Vu l’état du marché, je ne suis pas sûr qu’il soit utile de publier plus. Là encore, ce n’est que mon avis et il mériterait sans doute d’être nuancé. Notamment, on pourrait se demander si la création d’une collection de SF plus « grand public » que Lunes d’Encre au sein du groupe ne nous donnerait pas un peu plus de latitude, mais bon…

Ce que je crois, en définitive, c’est qu’on n’engage pas quelqu’un qui connaît peu de choses aux techniques de l’édition mais qui maîtrise un peu (ou un peu plus) la SF, si l’on ne croit pas un tant soit peu à l’importance du genre.

ActuSF : Est-ce que Gallimard t’a confié un cahier des charges à remplir ?
Pascal Godbillon : Non. Ça ne se passe pas comme ça. « Tu dois faire ci, tu dois faire ça ». Non. On fonctionne sur le dialogue et la confiance, titre à titre, en ne perdant pas de vue ce que nous voulons faire de la collection. Et ça également, on en discute ensemble : des développements, des démarches de marketing, des objectifs commerciaux…

ActuSF : Et est-ce que toi, tu t’es fixé un objectif précis lorsque tu as pris tes fonctions ?
Pascal Godbillon : Oui. Les garder !

Blague à part, pas un objectif, mais plein. Tellement, d’ailleurs, que je suis frustré d’avance en sachant qu’ils ne seront pas tous atteints. En réalité, je suis encore en pleine phase de questionnement, et ça risque de durer un bon moment ! Mais, pour aller vite, je vais essayer de redynamiser la collection. Ce qui ne veut pas dire que mes prédécesseurs ne l’ont pas fait : Sébastien était au décollage (ça va vite, on profite de la poussée que nous donnent les grands classiques du fonds PDF) et Thibaud a branché le pilotage automatique (la collection atteint sa vitesse de croisière, il faut garder le cap). Ça n’était pas gagné d’avance et ils ont fait de l’excellent boulot (ça met un peu de pression, mais c’est motivant aussi). Maintenant, j’arrive et j’ai envie d’allumer le deuxième étage de la fusée, aller plus vite, plus loin, plus haut. Pour faire le lien avec la question précédente, c’est peut-être plus qu’on m’en demande, mais c’est ce que je vise.

ActuSF : Quelle est, à ton avis, la place d’une collection comme Folio SF sur le marché de l’Imaginaire ?
Pascal Godbillon : En six ans d’existence Folio SF est passé de 0 à 15% de part de marché, et ce n’est qu’un début ! Pour ma part, c’est une collection que j’adorais en tant que lecteur pour de nombreuses raisons : le fonds, le travail de « redécouverte », ce côté « bibliothèque idéale de la SF » (bien qu’on trouve de grands textes de SF chez mes confrères et consœurs du poche). Bref, a priori, maintenant que je suis passé de l’autre côté de la barrière, je n’ai pas vraiment de raisons de changer grand-chose au travail qui a déjà été effectué.
Je vais toutefois nuancer un peu mon propos. Si on regarde le programme 2007, on a 30 titres dont 23 rééditions de fonds, 7 reprises de nouveautés et 0 inédits. C’est, à mon sens, déséquilibré. C’est explicable par le fait qu’il n’y a eu « personne » pour acheter des nouveautés pour la collection pendant près de 6 mois (entre le départ de Thibaud et mon arrivée). L’idée est donc de rééquilibrer la balance entre les rééditions et les « nouveautés ». Mais, toujours dans cet esprit « bibliothèque idéale de la SF », avec mes goûts à moi (l’expression entre guillemets est © Sébastien Guillot). En fait, je le dis souvent, je ne souhaite pas être uniquement le « musée des arts premiers de la SF ». Ça m’intéresserait beaucoup d’être aussi le « centre Pompidou » du genre. Bref, j’aimerais que Folio SF puisse refléter, sinon à part égale avec les classiques, du moins en proportion suffisante la SF en train de se faire. Cette belle collection doit être la vitrine de la SF d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Pour cela, il me semble qu’une grosse quinzaine de rééditions, une grosse dizaine de nouveautés et 2 ou 3 inédits serait bien. Reste à les trouver et ça n’est pas forcément simple.

ActuSF : Comme tu as été des deux côtés de la barrière (libraire et éditeur), quel est ton état des lieux ? Quelle est ta vision de ce marché ?
Pascal Godbillon : Honnêtement, je ne peux pas avancer ici d’étude de marketing très poussée. Toutefois, de nombreux éléments montrent que le marché semble globalement stagner et que de nombreux efforts sont nécessaires pour assurer le développement que l’on souhaite tous pour le genre. En ce qui concerne Folio SF, la collection est en légère progression par rapport aux dix premiers mois de l’année dernière, mais ça ne suffit pas. Maintenant, une fois que j’ai dit ça, qu’est-ce qu’on fait. Pocket a une politique marketing et promotionnelle assez agressive qui est peut-être la bonne méthode (encarts dans Livres Hebdo, premiers chapitres offerts en présentoirs en librairie…) Je crois effectivement qu’il faut qu’on mette les moyens de notre côté pour relancer le marché.

Mon analyse est qu’on n’a pas su profiter de deux éléments moteurs importants – et je m’inclue dans ce on même si je n’avais aucune responsabilité éditoriale à l’époque, car je crois que c’est la responsabilité de chaque acteur du genre : l’effet an « 2000-2001 » et l’effet « Seigneur des anneaux ». Il y a eu embellie du marché, on s’en est félicité, mais c’était surtout l’arbre qui cachait la forêt. On n’a pas su capitaliser sur ces deux « phénomènes ». Je crois.

Alors, pour ne pas paraître défaitiste, je pense vraiment qu’on peut faire des choses, tous. Et je compte bien essayer de faire des choses avec Folio SF et pour Folio SF en premier lieu. Mais si on s’y met tous, ça ne pourra qu’être bénéfique au genre. C’est peut-être idéaliste et naïf mais j’ai envie d’y croire. Rappelez-vous, je suis en train de rêver, de toute façon.

ActuSF : On parle d’une remontée en puissance de la SF, passablement mise à mal par la prééminence de la fantasy ces dernières années. Qu’en penses-tu ?
Pascal Godbillon : Pas grand chose. Que la fantasy faiblisse un peu, peut-être, mais que la SF augmente… Je ne sais pas.

Soyons bien clair : de quoi parle-t-on ? Le marché SF, c’est aussi bien Werber, King, Gemmell et Hobb que Egan, Priest, Di Rollo ou Holdstock. Je ne crois pas avoir besoin de m’étendre pour expliquer combien ces livres sont différents en termes de ventes, de genre… Et pourtant, ils font le marché. Ils sont le marché. Rares seront les lecteurs de Werber à se jeter sur Egan (idem Hobb/Di Rollo, etc…) Pourtant, en librairie, ces livres sont dans le même rayon et il faut des lecteurs/acheteurs dans ce rayon, point final. Si les acheteurs exclusifs de fantasy quittent définitivement le rayon, croyez-vous que les libraires augmenteront la place faite à la SF ? Non, ils réduiront, voire supprimeront le rayon. Alors, paradoxalement, je me demande si la bonne santé de la fantasy n’est pas bénéfique aussi pour la SF. Le lecteur de SF arrive encore à trouver un peu de SF au milieu de beaucoup de fantasy. Si demain il n’y a même plus ça…
Je ne suis pas sûr d’être très clair. Ce que je veux dire, en gros, c’est que je connais moins la fantasy que la SF, j’aime, a priori, plus la SF que la fantasy. Mais il ne me viendrait pas à l’idée un seul instant d’envisager de ne pas publier un peu de fantasy en Folio SF. En fait, si 1% des lecteurs du Lion de Macédoine de Gemmell ont acheté un autre Folio SF, c’est que ma démonstration est juste.

ActuSF : Lorsque nous avions discuté pour la première fois, alors que tu venais tout juste de prendre tes fonctions, tu avais semblé assez sceptique quant à la vocation de Folio SF à publier des inédits. Qu’est-ce qui t’a fait changé d’avis ?
Pascal Godbillon : Il paraît que j’étais assez sceptique. Nous ne nous étendrons pas sur les circonstances dans lesquelles j’ai pu dire cela, mais qui expliquent sans doute en partie mon amnésie…

Cela dit, je ne suis pas sceptique : je suis convaincu qu’il est important que Folio SF propose quelques inédits (voir ma réponse à la question 7). Sur un air déjà connu : si 1% des lecteurs de La voie du sabre de Thomas Day ont acheté un autre Folio SF, alors c’est la fête. Donc, faire un inédit n’est pas forcément rentable, en soi. Mais sur l’ensemble de la collection, je pense que ça l’est.

Seulement, il faut savoir pourquoi on fait un inédit. Si c’est juste faire un inédit pour se faire plaisir, ça n’a pas de sens, puisque je le répète, le titre inédit en question risque fort de ne pas être rentable. Donc, il faut qu’il s’intègre dans une réflexion plus générale (rejaillissement sur le reste de la collection, cohérence avec le catalogue…) Un exemple frappant est le livre de Tom Piccirilli, Un chœur d’enfants maudits qui vient de paraître. C’est un excellent bouquin, merveilleusement bien traduit par Michelle Charrier. Je crois que Thibaud a vraiment eu un coup de cœur pour ce livre. Malheureusement, il est parti, et ce livre n’a pas bénéficié du soutien qu’il aurait pu avoir s’il y avait eu quelqu’un pour le défendre (je suis arrivé juste un peu trop tard). Donc, l’effet inédit tombe un peu à l’eau.

Je crois que si on fait un inédit, il faut une bonne raison et le faire savoir. Pour cela, un bandeau « inédit » ne suffit pas. Il faut parler du livre, le mettre en avant d’une façon ou d’une autre. Faire du bruit… Parce que ce livre, bien précis, le mérite : la preuve, on vous l’offre en inédit.

ActuSF : Bon, on a été sages. Alors, c’est quoi ces deux inédits prévus pour 2008 ?

Pascal Godbillon : Sages, sages… Oui, bon, allez. Le problème, c’est qu’après ma question à la réponse précédente, je vais me sentir obligé d’argumenter sur les raisons de ces choix et on va encore y passer un long moment (désolé, je suis bavard).

Le premier titre est en complète cohérence avec le catalogue Folio SF, mais aussi avec ce que veut faire Gilles Dumay chez Lunes d’encre. Je vais donc publier le deuxième roman de Robert Charles Wilson Memory Wire. Il y a déjà quatre titres de Wilson en Folio SF, Les Chronolithes viendra les rejoindre fin 2007, Lunes d’encre publie Spin très prochainement… Bref, nous aimons Wilson et espérons que son prix Hugo lui octroiera un public encore plus large. Il y a donc une certaine logique à publier cette œuvre un peu plus ancienne – mais déjà très « wilsonienne » – directement en poche.

Le second titre s’inscrit plutôt dans la ligne « coup de cœur qui mérite largement qu’on en vende plein, y compris en dehors du lectorat SF pur et dur ». Il s’agit du premier roman d’un jeune auteur relativement peu connu en France, Cory Doctorow (et je dis ça alors qu’il était invité aux Utopiales cette année ce qui est la preuve que 1. il est déjà « relativement un peu plus connu » qu’il y a quelques jours et 2. je ne suis pas seul à penser qu’il mérite amplement d’être traduit). C’est vraiment un bouquin remarquable, court (il ne fait que 200 pages en anglais) mais dense, bourré d’idées… Bref, j’ai adoré et suis vraiment très fier de pouvoir le publier. J’ai envie d’en faire un des titres phares de mon programme 2008 de sorte qu’il soit rentable en lui-même, et que son succès rejaillisse sur le reste de la collection. Après… et bien, nous ferons le bilan ensemble le moment venu.

ActuSF : Folio SF c’est aussi se retrouver à la tête du fond Présence du Futur, qui compte pas mal d’œuvres cultes dont les rééditions sont espérées par pas mal de lecteurs (là comme ça je pense aux Strougatski, mais aussi à Malpertuis de Jean Ray ou à La Mort de la Terre de Rosny Ainé, la liste n’est pas exhaustive, loin de là), qu’est ce qui pourrait en être exhumé dans les prochains mois ?
Pascal Godbillon : Exhumer… On en est donc là ! Il y a dans cette question un certain nombre de mots qui mériteraient qu’on les précise, sinon qu’on les définisse : « culte » et « pas mal de lecteurs » en premier lieu.

Les titres que vous citez sont effectivement des titres, a priori, intéressants et entrant pleinement dans le cadre d’une politique de « Bibliothèque idéale ». Pourquoi « a priori » ? Tout d’abord parce que je ne les ai pas tous lus ! Et que je me refuse à les publier uniquement sur leur statut d’œuvre culte. Un exemple : j’avais beaucoup aimé (malgré ses défauts) Jack Faust de Michael Swanwick, ainsi que quelques nouvelles que j’avais lues en anglais ou en français de l’auteur. J’étais donc plutôt prêt à dire « oui » les yeux fermés quant à la reprise des Fleurs du vide en Folio SF. Eh bien c’est « non » ! Parce qu’entre temps j’ai ouvert les yeux, je m’en suis servi pour essayer de lire le livre et que j’ai abandonné à la moitié (et ça ne m’arrive pas souvent). Tout ça pour dire que je ne publierai pas de livres auxquels je ne crois pas un minimum. Ensuite, si je lis le livre et qu’il me plaît, on se rapproche d’une publication. Mais… Il y a d’autres facteurs à prendre en compte : Folio SF n’a pas vocation à ne publier que des titres patrimoniaux (Cf. question 7), Folio SF n’a pas vocation à ne publier que des titres « géniaux qui se vendent très peu » (et je ne dis pas que ceux que vous citez entrent nécessairement dans cette catégorie)…

En réalité, je rentre des Utopiales et en quatre jours j’ai amassé suffisamment de suggestions pour alimenter Folio SF pendant quinze ans. Donc, il vous faudra être patient si jamais je publie tout, ou compréhensif si je me limite à quelques unes seulement de ces suggestions. La seule chose qui soit sûre, c’est que les livres que je reprendrai seront des livres auxquels je crois et qui me semblent susceptibles de rencontrer de nombreux lecteurs.

ActuSF : Quand on se retrouve avec un tel fond de réserve, et qu’on peut travailler en ligne avec les autres collections de la maison, est-ce qu’on a besoin d’aller chercher ailleurs, chez les petits éditeurs indépendants par exemple ?
Pascal Godbillon : Ma réponse à la question précédente induit forcément ma réponse à celle-ci : oui.

Si je veux réussir à proposer à peu près autant de nouveautés que de titres patrimoniaux, je dois me tourner vers les autres maisons d’édition, et donc, forcément vers les éditeurs indépendants. Remarquez, sait-on jamais ? Peut-être Pygmalion ou Fleuve Noir sont-ils prêts à me céder leurs meilleures ventes ? J’en doute fort, tout de même. Cela dit, Lunes d’encre, éditée par Denoël – filiale de Gallimard – vend bien à J’ai Lu ou au Livre de poche, alors…

Plus sérieusement, je souhaite travailler avec tout le monde : les petits et les gros éditeurs, indépendants ou pas. Je suis d’un naturel plutôt curieux et ne demande qu’à être séduit (pour ce qui est de la littérature, tient absolument à préciser ma femme…) Je lis donc tout ce que je peux, au rythme qui est le mien et qui est… disons, élastique tendant vers le confortable.

ActuSF : Est-ce que tu peux nous dire ce que sera l’actualité de Folio SF pour les prochains mois ?
Pascal Godbillon : On démarrera l’année avec un classique de la littérature : L’oreille interne de Robert Silverberg. On poursuivra avec un autre classique, Les amants étrangers de Farmer. Nous conclurons la trilogie Valentine de S. P. Somtow. Puis il y aura la trilogie de La légion de l’espace de Williamson, Le cycle de Darwath de Barbara Hambly, Une femme sans histoire de Christopher Priest, Croisière sans escale de Brian Aldiss…

Du côté des reprises de nouveautés, il y aura la trilogie de fantasy La guerre des cygnes de Sean Russell, l’énorme (dans tous les sens du terme) La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, La Lune n’est pas pour nous de Johan Heliot, une édition révisée du Double corps du roi d’Ugo Bellagamba et Thomas Day, Hadès Palace de Francis Berthelot (et je m’aperçois que si on y ajoute une réédition d’un Stefan Wul et d’un Serge Brussolo, et en 2008 l’excellent Meddik de Thierry Di Rollo, je peux répondre à une question que vous ne m’avez pas posée mais qui l’était dans l’édito du dernier Bifrost : Folio SF continuera à publier des auteurs francophones).

Bref, j’en oublie sûrement mais j’aurais probablement l’occasion de vous en dire plus sur le forum ou ailleurs.

ActuSF : Qu’est-ce que tu te souhaiterais en tant que patron de Folio SF ?
Pascal Godbillon : Je souhaite faire le meilleur boulot possible, en continuant à aimer ce que je fais. J’ai encore plein de choses à apprendre. Et tout ne sera certainement pas parfait, mais qu’est-ce qui peut l’être. Ce qui est encourageant, c’est que tous les gens avec qui je travaille vont dans le même sens : qu’est-ce qu’on peut faire pour que ce soit encore mieux ? Notamment, depuis quelques jours, on me complimente pour les couvertures les plus récentes. J’en suis très content, mais c’est un travail d’équipe : Anne Lagarrigue, la Directrice Artistique, fait un travail remarquable, sait être à l’écoute et comme je n’ai pas une « culture visuelle » particulièrement développée c’est plutôt confortable de pouvoir se reposer sur des gens qui « ont l’œil ». De même, depuis que je suis arrivé, on me demande sans cesse quelles sont mes contraintes. Eh bien, aucune ! On discute beaucoup avec Yvon Girard qui dirige toutes les collections Folio, et là encore, c’est une chance folle de pouvoir travailler avec un éditeur de sa trempe. La relation que nous avons est basée sur la confiance. Si nous faisons (ou pas) quelque chose c’est que nous l’avons décidé ensemble et nous savons pourquoi. Christine Durietz, l’attachée de presse, les services marketing et commercial sont, eux aussi, très réceptifs, voire force de proposition…

Donc, vraiment, au risque de me répéter : Chut… Laissez-moi rêver.

 

Eric Holstein