Interview de Patrick Delperdange
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de Patrick Delperdange
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Patrick Delperdange
Date de parution : juin 2003 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview
Nombre de pages : 1
Age minimum : 1 ans
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : juin 2003

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" Pour moi c’est le plaisir qui compte d’abord. Celui de l’écriture et celui de la lecture."

Nous : Patrick Delperdange, est-il simple d’être en même temps auteur jeunesse et scénariste BD ?
Patrick Delperdange : Pour l’instant, je mène de front les métiers d’écrivains jeunesse et de scénariste BD. En BD je suis actuellement au scénario de la série STAR. J’ai aussi d’autres projets, notamment un one shot polar qui devrait sortir en janvier, et plein d’autres choses qui vont arriver d’ici peu. En jeunesse, je viens de terminer le cinquième épisode de L’œil du milieu (ndlr : les troisième et quatrième épisodes viennent de sortir en librairie) et je me mets au sixième dans une quinzaine de jours. Ce devrait être le dernier de la série.

Nous : Pour rester sur L’œil du Milieu, est-ce qu’on va voir grandir Sam au fil des épisodes ?
Patrick Delperdange : Non, il va rester dans le même univers, sur la même île, jusqu’à la fin de son aventure. Il n’y aura que quelques mois d’écoulés entre le début et la fin de son aventure…

Nous : Est-ce que les prochains épisodes resteront marqués de la nette influence de Robert Louis Stevenson ?
Patrick Delperdange : Bien évidemment. Lorsque l’on me parle de lui, je ne peux pas répondre " Tiens ? Quelle drôle d’idée… ". C’est mon écrivain fétiche. Quelque soit l’âge auquel on lit L’Ile au Trésor, on ne peut qu’être captivé. Ce n’est absolument pas un roman réservé à une tranche d’âge particulière : on peut être emporté par cette histoire à n’importe quel âge. Si je pouvais m’approcher de ce genre de modèle, je serais aux anges…

Nous : Le métier d’écrivain, au sens large, est-il vraiment différent de celui de scénariste BD ?
Patrick Delperdange : Pas tellement dans le métier mais plus dans la façon d’inventer l’histoire. Quand j’écris des livres, je travaille énormément les mots. Pour les synopsis, il me faut penser en images. Dans le premier cas ce sont les mots qui font naître les images, dans le second, les mots ne servent qu’à décrire des images existantes. La gymnastique mentale est donc totalement différente. Le fait de passer régulièrement de l’un à l’autre depuis trois ans me permet de changer continuellement de manière de penser, et donc de reprendre mon souffle. Je pense à la BD lorsque j’écris pour L’œil du Milieu et vice et versa. Je trouve ça assez constructif.

Nous : Comment s’est passée la rencontre avec le dessinateur de STAR ?
Patrick Delperdange : C’est l’éditeur qui l’a provoquée. Comme dans toutes les relations, il y avait des chances pour que le couple prenne ou pas. En l’occurrence mon projet l’a intéressé dès le départ : il a commencé à plancher sur des études de personnages qui m’ont plu et m’ont donné l’impression que nous pourrions travailler ensemble. Peut-être que dans un mois cette entente n’existera plus. Pour l’instant le " couple " marche bien.

Nous : Est-ce que ce n’est pas perturbant pour un écrivain, de travailler sur les images d’un autre ?
Patrick Delperdange : Lorsque j’écris de la littérature, j’aime faire naître des images dans l’esprit des lecteurs, à partir de descriptions succinctes. Je laisse à l’imagination du lecteur la liberté de créer des choses totalement personnelles. Chaque lecteur a, à mon avis, une idée très différente de Samuel Stone… Quand je fais un découpage de BD, je n’ai pas d’idée précise de ce que ça pourrait donner. Les premiers essais que m’a présentés le dessinateur m’ont beaucoup surpris. Je pense qu’il faut absolument travailler de cette façon là pour ne pas être déçu ou choqué. C’est également donner à l’autre membre de l’équipe la possibilité de laisser son imaginaire s’exprimer, et donc de participer à la création. Avec le peu d’éléments que je lui ai donnés, le dessinateur a réussi à créer et faire vivre des personnages qui m’ont agréablement surpris.

Nous : Vous nous avez dit que vous alliez réaliser le scénario BD d’un polar. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Patrick Delperdange : Bien sûr, ce sera une BD en noir et blanc de 74 planches qui paraîtra dans la collection Romans de Casterman. C’est dans cette collection que sont parus un jour Hugo Pratt et Tardy. Casterman essaie aujourd’hui de la réanimer et d’en refaire une collection prestigieuse. C’est chez elle que paraîtra cette BD nommée Assassine.

Nous : Avez-vous également des projets en jeunesse ?
Patrick Delperdange : Il est clair que vu le succès rencontré par L’œil du Milieu, les choses vont s’enchaîner. Du moins je l’espère (rires). J’aimerais bien continuer de travailler sur les deux plans. Malheureusement je n’ai qu’une vie et je voudrais aussi revenir à la littérature adulte que j’ai laissée de côté il y a quelques années. Attention, je ne me sens pas frustré. Ecrire l’aventure de Sam Stone a été un véritable plaisir et il faut que ça le reste sinon ça n’aurait strictement aucun intérêt. A la fin de ce cycle j’aimerais donc me lancer dans une aventure du même genre.

Nous : Nathan est actuellement en train de rééditer L’œil du Milieu en grands volumes…
Patrick Delperdange : Tout à fait, chaque gros volume contiendra deux épisodes précédemment édités dans la collection de petits formats Comète. Les deux collections vont continuer ensemble. A la fin, vous aurez donc le choix entre six petits Comètes ou trois grands. C’est apparemment le succès des deux premiers épisodes qui a fait penser à l’éditeur qu’ils méritaient de sortir sous un format un peu plus " prestigieux "…

Nous : Voyez-vous une réelle différence entre l’écriture pour adultes et l’écriture pour enfants
Patrick Delperdange : Je pense que c’est beaucoup plus compliqué d’écrire pour des enfants. Ce n’est absolument pas un genre de seconde zone. On parlait tout à l’heure de Stevenson. On le réduit souvent au rôle d’auteur jeunesse. Pour moi il est tout simplement un très bon écrivain. Son public principal est peut-être la jeunesse mais il n’en demeure pas moins que c’est un grand auteur. On peut être bouleversé par L’Ile au Trésor, quelque soit l’âge auquel on le découvre. L’écriture jeunesse devient de plus en plus compliquée au fur et à mesure qu’on descend en âge. Faire simple a toujours été le plus compliqué. Il est très facile de faire quelque chose d’alambiqué. Par contre le contraire n’est pas vrai. Ecrire pour des gamins de sept ou huit ans devient vraiment très complexe.

Nous : Avez-vous eu des échos des enfants ayant lu L’œil du Milieu ?
Patrick Delperdange : J’ai déjà fait quelques rencontres dans des classes ou dans des festivals. J’ai déjà écrit une dizaine d’œuvres pour la jeunesse mais c’est la première fois que je sens un intérêt comme celui-ci. Ce roman étant en plus construit comme un feuilleton, je sens qu’il y a une attente de leur côté ce qui me fait plaisir. C’est d’ailleurs ce qui a fait que nous avons commencé à publier en petits volumes. Mon idée était de refaire comme les feuilletons du XIXème siècle avec un nouvel épisode qui sort tous les deux mois. Je suis donc content quand on me demande " Alors ? C’est quand la suite ? "

Nous : Et de la part d’instituteurs ? Est-ce que certains sont venus vous voir pour vous dire qu’ils l’avaient fait lire en classe ?
Patrick Delperdange : C’est en train de démarrer. Cela met toujours un certain temps à se mettre en place, d’autant plus que je vis à Bruxelles et que ça ne favorise pas forcément les contacts avec les écoles françaises. Si on me demande de venir dans une classe en Avignon, le déplacement risque d’être compliqué. Quoique Avignon, j’irais peut-être (rires)...

Nous : Et à Bruxelles, vous n’avez pas la possibilité de le faire ?
Patrick Delperdange : Si, je suis allé à Liège par exemple où j’ai rencontré une soixantaine d’élèves, chez qui j’ai senti cette envie de connaître la suite. C’est une des seules occasions de voir l’effet produit chez mes lecteurs. C’est toujours ce qui manque à un écrivain.

Nous : Que pensez-vous de l’effet Harry Potter ?
Patrick Delperdange : J’en pense beaucoup de bien. Il est clair que l’image de marque de la littérature jeunesse est sortie grandie après Harry Potter. Le mépris qui la considérait comme une sous-littérature a complètement disparu. Il n’est plus ridicule désormais pour un adulte d’être vu en train de lire de la littérature pour enfants. Il y a cinq ans c’était impensable. Tout à coup on s’est rendu compte qu’il y avait dans ce genre de vraies histoires, de vrais personnages et beaucoup de choses à prendre. L’image a aussi changé du côté des critiques et des éditeurs. Ils ont compris qu’on pouvait faire pas mal de bénéfices en publiant de la jeunesse. C’est pourquoi on voit pléthore de nouvelles collections en ce moment. Ca va certainement se rééquilibrer mais en attendant je préfère ça au mépris d’il y a cinq ou dix ans.

Nous : Vous avez lu Harry Potter ?
Patrick Delperdange : J’ai commencé. J’ai un fils de dix ans qui l’a dévoré. Je pense qu’il y a là quelque chose qui accroche véritablement les enfants.

Nous : Votre fils a-t-il lu votre livre ?
Patrick Delperdange : Pas encore, il est un peu jeune pour l’instant. Il faudra encore attendre un an ou deux, tant au niveau du vocabulaire que de l’histoire.

Nous : Le fait d’avoir un garçon d’une dizaine d’années vous a-t-il aidé à écrire L’œil du Milieu ?
Patrick Delperdange : Pas du tout (rires). Il est clair que nos rapports quotidiens ont du jouer mais je n’ai pas l’impression d’avoir employé ses expressions ni ses faits et gestes pour créer Sam. Quand je pense à lui, il est clair que je ne me dis jamais : " attention, il n’a que treize ans ". C’est pour moi un personnage à part entière avec sa richesse et ses contradictions. Son âge n’est pas sa caractéristique principale. Il est plongé dans une aventure et réagit comme moi je pourrais réagir, pourtant je n’ai plus treize ans.

Nous : Outre le goût de l’aventure et le fait de développer leur propre imaginaire, y a-t-il un message particulier que vous souhaiteriez que les enfants retiennent de l’aventure de Sam ?
Patrick Delperdange : Non, surtout pas. S’il y a des messages, ils y sont à mon insu. Pour moi c’est le plaisir qui compte d’abord. Celui de l’écriture et celui de la lecture. A partir de là, chacun peut en tirer ce qu’il veut. Mais si le message est là avant, il empêche toute fiction. Elle est légère et fragile, si on lui assène un message, elle se brise. Il n’y a rien de plus insupportable que ces livres faits pour illustrer une leçon de vie ou un fait de société. C’est complètement inintéressant. Evidemment les prescripteurs les aiment bien parce qu’ils peuvent les classer très facilement : si tu veux un bouquin qui parle de fugue, tu n’as qu’à prendre celui là… Ce n’est surtout pas ce que je veux lire ni ce que je veux écrire.

Nous : Juste pour contenter notre curiosité : Delperdange est-il votre vrai nom ?
Patrick Delperdange : C’est mon vrai nom, oui. Il est clair qu’avec un nom pareil, il ne fallait pas de pseudonyme… Merci à mes parents, je n’y suis pour rien.

Nous : Enfin notre dernière question, que souhaitiez-vous devenir quand vous étiez petit ?
Patrick Delperdange : Je m’intéressais à la science, notamment à la paléontologie. Mes idées se sont dispersées au fur et à mesure que je grandissais et à 20 ans je ne savais plus du tout ce que je voulais faire. Il me restait une envie et un plaisir : la lecture. Je me suis donc dit : pourquoi ne pas essayer ? Malheureusement ou heureusement les réactions ont été assez positives dès le départ et je me suis mis à creuser cette voie. Ce n’est pas une vocation d’enfance. J’aime les livres depuis que je sais lire mais c’est venu comme ça.

Claire Bauchat