Interview de Peter Watts (FR) - 2012
de Peter Watts
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Peter Watts
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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ActuSF : La trilogie des rifteurs a débuté avec Starfish, qui tire son origine d’une nouvelle datant de 1991. Lorsque vous aviez écrit cette dernière, aviez-vous déjà en tête ce futur roman, ou le projet ne vous est-il venu que par la suite, avec l’envie de développer plus avant cette thématique ?

Peter Watts : J’ai toujours eu au fond de mon esprit l’idée d’un roman en un seul volume. A l’origine je n’avais pas prévu d’écrire une suite, le premier jet de Starfish se terminait avec Lenie Clarke rampant hors de l’océan Pacifique pour mourir sur le rivage. Mais mon éditeur a estimé qu’une conclusion si pessimiste ne fonctionnerait pas bien auprès du public américain, qui a besoin de triomphalisme dans ses fictions, de la même manière qu’en politique (bien qu’en la matière, vous vous demandez parfois s’il existe même une vraie différence). Donc Lenie a survécu à la fin de Starfish et ce livre a suffisamment bien marché pour que Tor me propose trois fois plus pour la suite.

ActuSF : Pourquoi choisir des personnages plutôt détestables au premier abord, des psychotiques que l’on rejette au lieu d’éprouver de l’empathie ?

Peter Watts : ATTENTION : LES REPONSES SUIVANTES CONTIENNENT DES SPOILERS SIGNIFICATIFS AU SUJET DES DEUX DERNIERS VOLUMES DE LA TRILOGIE DES RIFTEURS

Voulez-vous dire comme Lenie Clarke, dont les souvenirs ont été – pour des raisons purement économiques – altérés sans qu’elle le sache ou y consente pour lui faire croire que son père avait abusé d’elle sexuellement ? Ou comme Achilles Desjardins peut-être : un homme si vertueux qu’il refusait même de s’engager dans une relation sexuelle consentie parce qu’il avait peur de blesser quelqu’un, un homme qui est devenu un monstre seulement après que quelqu’un d’autre (encore une fois, seulement poussé par la plus éthique des intentions) l’ait neurochimiquement délesté de sa conscience. Patricia Rowan, qui a signé la mort de millions de personnes pour pouvoir en sauver des milliards, et qui est ensuite restée sur place après le tremblement de terre pour aider à réparer les dégâts ? Gerry Fischer, qui avait été si déglingué dans son enfance que la pédophilie était la seule manière qu’il connaissait d’exprimer une affection sincère ? Ken Lubin, qui a retenu son instinct de tueur par la seule force de sa volonté même après avoir été piégé ? Le vampire Jukka Sarasti, programmé par l’évolution pour être le prédateur naturel des humains, qui finit pourtant par sacrifier sa propre vie pour nous ?

Vous ne ressentez aucune empathie du tout pour ces âmes ? Vraiment ?

ActuSF : Non, vous avez tout à fait raison. Lorsque je disais « au premier abord », je voulais dire que ces personnages peuvent d’abord nous être antipathiques au début des romans, mais que par la suite, avec l’évolution de l’intrigue, on apprend à ressentir de la vraie empathie pour eux… Qu’en pensez-vous ?

Peter Watts : Je pense que j’aimerais ressentir moins d’empathie pour mes personnages. Je ne suis pas très bon pour créer de véritables méchants.

Le problème, c’est que très peu de gens se réveillent le matin et se posent la question : « Comment vais-je pouvoir être un trou du cul aujourd’hui ? » (En réalité, j’ai le sentiment que certaines personnes sur Internet pourraient le faire, mais c’est seulement une impression subjective). Tous les autres ont de bonnes raisons de faire ce qu’ils font. Tout le monde pense même qu’ils sont en train de faire le bon choix, ou qu’ils peuvent justifier pourquoi ils font le mauvais choix juste cette fois-ci, ou – au plus profond d’eux-mêmes – ressentent au moins une sorte de regret de ne pas avoir le courage de faire les bons choix. Même votre enfant sociopathe typique de deux ans - quelqu’un dont le développement cognitif ne lui permet même pas d’éprouver une réelle empathie, qui pourrait gaiement frapper un autre enfant à la tête avec un rocher juste pour mettre la main sur un jouet désiré – ressentirait probablement une sorte de justification qui donne sens à ses actes : « Je voulais jouer avec cette figurine de Spider-Man, et il ne me laissait pas le faire ! » Nous faisons beaucoup d’efforts pour justifier nos propres actions en nous-mêmes, en tant qu’écrivain c’est mon travail d’entrer dans la tête de mes personnages, et quand vous faites cela c’est difficile de ne pas ressentir de sympathie pour eux.

J’ai seulement essayé deux fois de créer de véritables personnages de méchants dans mes romans. La première fois, j’ai construit mon personnage d’après quelqu’un de fourbe et sordide de mon passé universitaire, quelqu’un pour qui j’ai un mépris le plus total dans le monde réel, mais malgré mes meilleurs efforts, j’ai fini par ne ressentir rien d’autre que de la sympathie pour ce pauvre personnage de fiction bâtard qu’il m’avait inspiré. J’ai dû lui construire un passé, j’ai dû lui créer des motivations, et lorsque cela s’est mis en place je pouvais en quelque sorte voir pourquoi il avait choisi le chemin qu’il avait pris, et j’ai alors perdu la rancœur que j’avais contre lui (Dans le roman, je veux dire. Il est toujours un trou du cul dans la vraie vie).

La seconde fois – et à l’extrême opposé de l’échelle de l’empathie – c’était pour Achilles Desjardins, qui a démarré comme un individu profondément moral jusqu’à ce qu’un rétrovirus génétiquement modifié détruise sa conscience, d’un point de vue neurochimique. A la fin de la trilogie il est devenu un monstre, et beaucoup de lecteurs ont vraiment détesté certaines parties du dernier tome à cause de la violence sexuelle qu’il y commet. Je veux bien admettre que je n’ai pas ressenti de grande empathie pour lui à ce moment-là de l’histoire, bien que son état soit entièrement le résultat de la manipulation de quelqu’un d’autre ; mais je n’ai pas non plus ressenti de grande aversion pour lui. Il ne m’apparaissait plus comme assez réel pour avoir besoin d’y prêter attention d’une manière ou d’une autre. Il était juste ce monstre de carton pâte qui en est arrivé au viol et au meurtre, sans profondeur suffisante pour justifier une vraie haine.

Bien sûr, c’était un des points que j’étais en train d’essayer d’atteindre : il y a certains circuits vitaux indispensables à l’état que nous définissons comme « Humanité », et si vous les enlevez ce qu’il en reste ne peut plus être perçu comme Humain. A la fin de l’histoire l’être moral s’est pratiquement transformé en une sorte de carte d’identité sur pattes avec le degré de sécurité le plus élevé du monde, et c’est entièrement cohérent avec les thèmes que j’étais en train d’explorer et les parcours des personnages. Mais bien que je pense que ce personnage soit réussi si vous considérez l’ensemble de son parcours, je pense qu’il échoue à la fin de son histoire parce qu’il est si unidimensionnel. Même si le propos central est que l’Humanité peut être défaite – même si l’état de régression atteint par Desjardins à la fin fait parfaitement sens – il doit y avoir une meilleure manière de le dépeindre qu’en invoquant des théories trop tirées par les cheveux. Je n’étais alors tout simplement pas un assez bon écrivain pour trouver la bonne manière de l’exprimer. Je ne le suis probablement toujours pas, bien qu’il me faudrait prendre le temps de revisiter cette histoire en profondeur pour en être certain.

ActuSF : Vous semblez très intéressé par le domaine de la psychologie, qui tient une place prépondérante dans vos romans. Pensez-vous que cette discipline soit la clé de notre société humaine, que si nous arrivions à une compréhension plus approfondie du psychisme humain, nous pourrions faire de nombreux progrès ?

Peter Watts : Pas vraiment la psychologie (ou même la psychiatrie), du moins tel que ces domaines existent actuellement ; ils n’ont même pas encore établi le modèle sous-jacent qui est indispensable à toute science mature. Vous avez les disciples de Jung, ceux de Freud et ceux de Kline et Skinner, tout ce petit monde revendiquant l’ascendant sur la même profession – c’est comme si les partisans du Larmarckisme, du Créationnisme et du Darwinisme étaient tous en train d’essayer de coexister sous la même bannière de la « biologie ». Ce n’est pas une science tant que vous n’avez pas au minimum défini des règles fondatrices communes.

Mais lorsque ces disciplines militantes seront englobées par l’étude rigoureuse de la neurologie - un processus qui est en train de se produire en même temps que nous en parlons – alors oui. Une exploration rigoureuse de notre esprit et de son fonctionnement est absolument essentielle au progrès, d’autant plus que presque tout ce que nous pensions savoir à propos de nous-mêmes est en train d’être démontré comme faux. Nous ne prenons pas nos décisions de façon rationnelle mais émotionnelle, et nous essayons ensuite de trouver une justification qui semble rationnelle à des jugements qui viennent du plus profond de nous-mêmes. La plupart de nos processus de prises de décision ne nous apparaissent même pas à un niveau conscient, et de récents résultats sur l’étude du fonctionnement de notre cerveau viennent plus ou moins de mettre à mal le concept de libre arbitre, donc n’importe quel système légal ou judiciaire basé sur des notions de culpabilité personnelle est erroné. Parfois il semble que tout ce que nous ressentons comme juste s’avère empiriquement faux. Admettre ce paradoxe, l’intégrer au fonctionnement de nos systèmes sociaux et légaux, c’est (à mon avis) essentiel pour construire une société saine.

ActuSF : Vos personnages sont totalement isolés du monde extérieur dans Starfish ou dans Vision aveugle. Si vous avez fait ce choix narratif du confinement en milieu sous-marin ou spatial, est-ce pour mieux analyser sa répercussion sur la psychologie des personnages ?

Peter Watts : Je suppose que cela fait sens, que ce type de questions pourraient être mieux explorées dans un microcosme, une expérience sur la pensée de façon contrôlée, avec la suppression des variables qu’un lien sur l’extérieur induit. Mais même si cela n’avait pas été le cas, je n’aurais pas pu l’écrire d’une autre manière : n’importe quelle histoire impliquant un voyage aux limites du système solaire, ou la vie au plus profond de l’océan, isolerait les personnages du reste de la civilisation presque par définition. Je n’ai pas eu consciemment l’intention de mettre en place cet environnement comme un exercice de déconstruction psychologique, je suis juste fasciné par les profondeurs de l’océan et de l’espace, et l’isolement en a découlé comme un effet secondaire utile et bienvenu. (Bien sûr, je suppose que cela explique pourquoi à l’origine j’aime tant ce type d’environnement isolé…)

ActuSF : Pensez-vous que l’isolement permet de révéler le caractère profond de l’être humain, ou au contraire le modifie, le déforme, pour permettre une adaptation à une situation qui ne nous est pas naturelle ?

Peter Watts : Je ne crois pas que ces deux éléments soient en opposition. Nous sommes des systèmes complexes qui interagissent avec une grande variété d’environnements différents et chacun d’entre eux nous changent, dans une certaine mesure. Je me comporte différemment lors d’un enterrement ou lorsque je fais des recherches en laboratoire ou quand je fais de la plongée sous-marine, mais cela ne change pas qui je suis.

L’isolement est juste un autre état environnemental, qui nous permet d’utiliser certains outils comportementaux que nous ne sollicitons pas à d’autres occasions – la « révélation du caractère profond » que vous avez mentionné – et si nous n’avons pas utilisé cet outil auparavant, cela peut nous permettre d’apprendre quelque chose de nouveau à propos de nous-mêmes. Mais il en serait de même si vous jetiez quelqu’un de façon inattendue dans une mer en pleine tempête, ou confrontiez quelqu’un à un agresseur dans une ruelle quelque part. Dans tous les cas, le mot d’ordre c’est le stress. Soudainement notre système est confronté à un défi qui nous pousse vers un territoire inconnu – et oui, si le challenge est suffisamment profond, la découverte que vous faites à propos de vous-mêmes pourrait vous changer pour toujours. Mais ce n’est pas l’isolement de façon intrinsèque qui est la cause d’une telle transformation, ce peut être n’importe quel stress qui pousse l’individu à dépasser ses précédentes limites (c’est pourquoi j’aime peupler mes histoires d’individus hors norme, ce sont les extrêmes qui nous éclairent le plus sur le comportement du système).

ActuSF : Vous soulevez la question de l’intelligence artificielle, avec les « gels intelligents », et citez en annexe les travaux de Masuo Aizawa et Charles Thorpe sur les réseaux neuronaux. Croyez-vous que dans le futur il sera possible à l’espèce humaine de créer de véritables « cerveaux artificiels » ? Ne pensez-vous pas que la complexité du cerveau humain, et la méconnaissance que nous en avons, limitera toujours les similitudes entre IA et intelligence humaine ?

Peter Watts : Je pense que cela dépend de la manière dont on a conçu l’IA. Une si grande partie de ce que nous sommes – chaque peur, désir, réponse émotionnelle – prend son origine dans notre structure cérébrale qui a évolué depuis des millions d’années. Sans ces structures profondes, je suis sceptique sur le fait qu’une IA puisse éprouver ce type de réactions, je n’adhère pas au scénario de Terminator dans lequel Skynet ressent de la peur et agit en conséquence pour préserver sa propre existence parce que Skynet, aussi intelligent qu’il puisse être, ne possède pas de système limbique et de ce fait ne craindrait pas pour sa vie comme le ferait un organisme évolué. L’intelligence, même la simple conscience de soi, n’implique pas nécessairement un agenda d’aucune sorte.

L’exception à cela pourrait être la force brute des expérimentations d’émulation cérébrale qui sont actuellement conduites en Suède et (si je m’en souviens bien) sont financées par IBM. Ces projets ont pour but de dresser une carte de la structure cérébrale jusqu’au niveau profond des synapses et de construire ensuite un logiciel sur ce modèle. La dernière fois que je m’y suis intéressé ils étaient encore en train de modéliser des colonnes de neurones isolés, mais le but ultime est de construire une simulation complète du cerveau – et vraisemblablement le produit aurait un tronc cérébral, ou du moins son équivalent électronique. Se réveillerait-il ? Qui sait ? Nous ne savons même pas comment nous éprouvons nous-mêmes notre conscience de soi. Mais s’il s’agissait d’un bon modèle, alors par définition il se comporterait de la même manière que l’original – et maintenant vous êtes en train de parler d’une IA avec des désirs et des besoins.

J’ai hâte de voir comment cela va évoluer.

ActuSF : Vous vous intéressez à l’humain, à ce qui fait nos particularités. Dans la trilogie des Rifteurs comme dans Vision Aveugle, vos personnages ne sont plus tout à fait humains. Des implants et manipulations génétiques les ont transformés pour les adapter à leur environnement. Que souhaitez-vous explorer, démontrer à travers ces spéculations ? Selon vous, qu’est-ce qui définit l’humain ? Pensez-vous que l’homme tel que nous le connaissons est amené à disparaître ?

Peter Watts :
Je pense que nous sommes ici victimes d’une imprécision de langage. Quand vous dites « Humain », vous voulez dire « une personne » ? La génétique est communément mise au service de la taxinomie, qui je suppose sous-tend votre question : mes rifteurs ont été génétiquement modifiés, donc cela les rend-il moins « humains » ? Même nous, les humains de base, ne sommes que des chimères. Nous avons de l’ADN néanderthalien en nous, diable, un bon dixième des cellules de notre ADN provient de virus. Donc suggérer que l’intégration de quelques gènes de poissons d’eaux profondes nous rendrait moins « humains » me paraît arbitraire.

Bien sûr, nos définitions de l’humanité ont toujours été arbitraires. C’est ce qui permet au mouvement anti-avortement de définir comme un « meurtre » la destruction de quelques cellules qui n’ont même pas de système nerveux, pour ensuite continuer à bouffer leur rôti du dimanche taillé dans une créature capable de ressentir de la peur, de la douleur, de l’anxiété et un attachement familial, qui a été élevée dans une boîte si petite qu’elle ne pouvait même pas tourner sur elle-même. L’excuse, qui permet à de telles personnes de dormir la nuit, c’est que l’un est « humain », l’autre ne l’est pas. C’est une définition qui cause bien plus de problèmes qu’elle n’en résout, à mon avis.

Quand la plupart d’entre nous disons « humain », en fait, nous voulons dire « une personne », et par cela nous entendons quelque chose avec un certain degré de complexité cognitive et émotionnelle. Un nombre croissant de biologistes croient que tous les grands primates devraient légalement être considérés comme des « personnes » parce qu’ils correspondent à de tels critères, et je suis d’accord. (Une pétition pour la reconnaissance de « la personnalité » des cétacés a également été diffusée à la récente conférence de l’AAAS [The American Association for the Advancement of Science] à Vancouver, à cet égard). Le revers de la médaille, c’est le petit nombre de créatures qui sont génétiquement humaines, mais qui n’ont plus aucune sorte de conscience cognitive – Je parle des personnes en situation de mort clinique cérébrale – et je ne classifierais pas ces derniers comme des « personnes ».

Quant à savoir si l’humanité va probablement « disparaître », je suppose que vous me demandez si oui ou non nous nous concevrons nous-mêmes au-delà de l’existence – la complète modification transhumaniste – et non pas si nous nous tuerons tout simplement nous-mêmes par pure stupidité cérébrale (ce qui n’est pas, à mon avis, une possibilité insignifiante). Je ne sais pas. Il y a beaucoup de discussions de nos jours au sujet des singularités, la compilation de l’intellect humain, la transcendance technologique sous la forme d’une sorte d’état post-humain exalté. Je doute qu’actuellement beaucoup de gens accepteraient d’embrasser cette option même si elle leur était offerte, parce que nous sommes programmés à un niveau assez fondamental pour protéger le Moi. Bien sûr, tout le monde voudrait obtenir de l’existence plus qu’ils n’ont déjà : tout le monde voudrait une meilleure santé, de meilleures phéromones, une vie plus longue, plus de vitalité. Tout le monde convoite une sorte d’idéal de l’état humain actuel. Mais il s’agit d’un idéal avec un plafond intrinsèque ; à un certain point, nous allons nous confronter aux limites du modèle, et la seule façon de réellement dépasser cela, c’est de laisser ce modèle derrière nous et de devenir quelque chose d’autre.

Maintenant, dites-moi quelle est la différence entre se transformer en quelque chose de complètement différent, et, eh bien, mourir ? Tout le monde pourrait convoiter un corps robotisé (de forme humaine) sexy et immortel, tant qu’il est humain, ou même un qui ne soit pas de forme humaine, tant que vous vous sentez encore vous-mêmes quand vous êtes à l’intérieur. Mais le point central de la transcendance, c’est que vous ne vous sentez plus comme vous-mêmes à une fois l’intérieur. Vous n’êtes pas vous-mêmes. Vous êtes quelque chose de vraiment, radicalement différent. Beaucoup plus de gens aimeraient être bâtis comme un gymnaste olympique plutôt que comme une limace géante à la peau de banane pelée bleue avec une douzaine d’yeux. Je pense la plupart d’entre nous serait réfractaire à n’importe quelle transformation avancée, parce que le tronc cérébral sait que ce n’est tout simplement pas naturel. Le tronc cérébral sait que la véritable transcendance est l’équivalent du suicide. Donc je pense que même si l’opportunité se présentait, notre propre neurobiologie l’empêcherait de se répandre.

Bien sûr, des gens se suicident tous les jours. La vie de certaines personnes est si misérable que la mort est un pas en avant. Et ensuite il y en d’autres, ceux qui accrochent à l’idée d’un Paradis, qui sont d’une façon ou d’une autre convaincus qu’ils vont aller dans une sorte de Disneyland de l’espace lorsqu’ils vont mourir ; et certains d’entre eux pensent que la manière la plus rapide d’y arriver c’est d’emmener avec eux le plus grand nombre de païens possible quand c’est le moment pour eux de s’enregistrer au guichet. Ceux-là pourraient représenter un premier échantillon démographique d’adhérents pour la Singularité.

Là encore, j’ai aussi hâte de voir comment tout cela va évoluer.

ActuSF : En lisant vos romans, on ressent le fait que l’Homme n’est que peu de chose au sein de la vaste vie biologique, et que c’est bien aussi le hasard, en plus de l’évolution, qui a permis à l’espèce humaine de se développer. Mais nous sommes en sursis, c’est ce que vous vouliez signifier ? Selon vous, l’espèce humaine est trop présomptueuse, et oublie parfois l’équilibre fragile qui lui permet de vivre sur la Terre ?

Peter Watts : L’idée d’une humanité présomptueuse devenant trop grosse pour ses propres habits ne m’est pas véritablement originale ; Icare m’a devancé de quelques milliers d’années pour commencer, pour ne pas mentionner Adam et Eve. Et je ne décrierai pas cette idée comme un thème central de mon travail, en tout cas ; mon travail serait plutôt un dérivatif s’il était réduit à cela (Peut-être que mon travail est un dérivé, mais si c’est le cas je suggère qu’il l’est pour des raisons différentes). La présomption humaine tient définitivement une place dans mon travail, mais il en est de même du langage et de la bipédie chez les humains ; tout cela fait partie de ce qui fait de nous ce que nous sommes, mais ce ne sont pas les thèmes fondamentaux de mes histoires. En la matière, ce que vous pourriez trouver de plus proche serait, peut-être, que j’utilise parfois mes fictions pour explorer et savoir pourquoi nous sommes présomptueux (en termes d’évolution) et certaines des conséquences que cela peut avoir ; mais je n’inclurai jamais : « C’est au sujet de la folie de la présomption humaine ! » dans le pitch d’accroche d’aucun de mes romans.

ActuSF : Dans la trilogie des rifteurs comme dans Vision Aveugle et dans votre nouvelle La Chose, c’est la forme de vie inconnue qui prend le dessus sur l’espèce humaine : pourquoi ?

Peter Watts : La réponse désinvolte serait qu’il y a de trop de fins heureuses dans les fictions, et que j’apporte ma contribution pour réparer ce déséquilibre. La réponse anale-rétentrice serait que vous ne savez pas que l’autre forme de vie a gagné, les humains et les non-humains sont encore en vie à la fin de ces deux histoires (cependant, bien sûr, lorsque j’ai écrit « La Chose » j’ai dû rester fidèle au film dont cette nouvelle s’est inspirée, donc sa conclusion n’était pas vraiment ma décision). Mais la réponse honnête est que je ne commence pas à écrire des histoires avec leurs dénouements en tête. Pour moi, raconter une histoire est une sorte d’expérience de pensée : voici les prémisses, quelles en sont les conséquences ? J’explore les éléments de l’intrigue, j’examine les options, je suis les données. Ca arrive simplement comme ça, avec la plupart des situations de départ que j’utilise, les données pointent vers le bas.

ActuSF : Le terme de vampire, qui est évidemment au centre de Vision aveugle car un des personnages est un vampire, apparait également dans Starfish, quand Yves Scanlon le psychiatre appelle les occupants de la station Beebe les vampires. D’où vous vient cette fascination pour les vampires ?

Peter Watts : Je nierais avoir une telle fascination. Je ne suis certainement pas un adepte de la littérature vampirique (j’ai lu le premier roman d’Anne Rice et le Je suis une légende de Richard Matheson – et j’aime bien aussi la série Buffy contre les vampires, mais c’est tout). Le lien avec l’imagerie des vampires fait parfaitement sens dans Starfish, quand Scanlon se retrouve entouré par de pâles créatures aux yeux vides qui évitent la lumière et manquent (envers lui, en tout cas) d’humanité ; et à l’origine je n’avais même pas du tout prévu d’intégrer des vampires dans Vision aveugle. L’origine de ces vampires remonte à une convention de SF à laquelle j’avais assisté quelques années plus tôt. Quelqu’un m’avait collé dans un jury sur le thème des vampires, un sujet que je – avec toutes mes prétentions rigoureuses de hard-SF – ne connaissais pas du tout, et pour lequel je n’avais même pas d’intérêt. Donc j’ai commencé à jouer autour de l’idée des mécanismes biologiques plausibles pour les différents types de vampires, vraiment plus par auto-défense que quoi que ce soit d’autre, et j’ai soudainement trouvé le filon avec le concept du « bug du crucifix ».

Mais même à ce moment là, j’avais déjà esquissé à moitié le scénario de Vision aveugle avant que je ne réalise qu’un vampire hard-SF serait une très bonne illustration de certains points que j’étais en train de développer au sujet de la conscience. Donc ce n’est pas comme si j’avais vraiment décidé, vraiment voulu écrire au sujet des vampires ; J’étais en train d’écrire au sujet de quelque chose de tout à fait autre, et la figure du vampire m’est juste apparue come un outil pertinent.

Bien sûr, en tant qu’outil utile il s’est avéré si amusant qu’un autre vampire figure aussi en évidence dans le spin-off. Il se peut donc que j’ai créé un monstre. Si vous me pardonnez l’expression.

ActuSF : Vous utilisez des notions de biologie marine, et d’autres éléments se rapportant à divers domaines scientifiques. D’ailleurs, à la fin de vos romans, vous précisez les références scientifiques utilisées. Est-ce important pour vous, dans vos fictions, de transmettre également aux lecteurs votre passion  ?

Peter Watts : J’aimerais dire oui. J’aimerais dire que je perçois mes livres comme une amorce permettant d’amener les gens à apprendre plus de choses au sujet de la vraie science, et je pourrais probablement m’en satisfaire ; après tout, Vision aveugle a été utilisé comme un texte central pour des cours de philosophie et de neuroscience à l’Université, et je sais que la trilogie des rifteurs a inspiré au moins un ou deux scientifiques de la vraie vie dans leur propre travail. Et certainement il y a eu de nombreux lecteurs qui m’ont écrit pour me dire qu’ils ont suivi telle ou telle référence, et ont découvert un nouvel intérêt pour quelque chose de complètement nouveau (de temps en temps au point de faire une thèse pour leur diplôme au sujet de ce qu’ils avaient découvert via mon travail). Tout cela me gratifie au plus haut point, et je suis ravi d’avoir été une force de proposition pour la connaissance dans le monde. Que mes fictions se soient avérées beaucoup plus éducatives en matière de science, pour bien plus de gens, que mes véritables publications scientifiques ne l’ont jamais été, est profondément ironique.

Cependant je soupçonne que mes bibliographies peuvent être plus en lien avec le fait que, dans le monde universitaire, vous êtes obligé de vous couvrir les fesses contre les chicaneurs qui essayent toujours de vous devancer en chiant partout sur les recherches des autres. Vous développez un réflexe qui consiste à utiliser les références comme un bouclier. Hé, j’ai un papier dans Nature qui dit que j’ai raison et que tu as tort, donc va t’en prendre à ces types [de Nature], espèce de perdant pathétique.

Aussi, lier des références commentées issues du monde réel avec vos romans est un bon exercice marketing, et me démarque de la foule.

ActuSF : Après avoir lu Starfish, on a une vision un peu différente de la vie sous-marine en eaux profondes. Elle nous paraît encore plus étrange ! Les abysses sont les territoires les plus méconnus de notre planète, les seuls lieux qui restent vraiment inexplorés. Pensez-vous que de grandes découvertes scientifiques restent à venir dans ces eaux mystérieuses ? Croyez-vous qu’une exploration plus approfondie de ce milieu est possible pour l’Homme, ou les conditions y sont trop extrêmes et ces fosses sous-marines trop difficiles d’accès pour nos technologies actuelles ?

Peter Watts :
Je suis en réalité un peu agacé quand je constate combien de recherches ont été réalisées dans les profondeurs sous-marines ces dernières années. Dans les années 1980, quand j’ai commencé à jouer avec les idées qui se sont en fin compte concrétisées dans Starfish, la découverte des conduits hydrothermaux avait été réalisée il y a seulement quelques années. Rajoutez à cela l’inaccessibilité écrasante de l’environnement abyssal et les déclarations de William Beebe au sujet des poissons-dragons géants aperçus depuis le bâbord de sa bathysphère dans les années 1930, et je me suis imaginé pouvoir décrire tout ce que je voulais dans cet environnement sans m’inquiéter des réelles découvertes qui pourraient me rattraper. Ce sentiment de suffisance a duré environ trente minutes ; tout d’un coup, tout le monde s’y intéresse et installe des réseaux de capteurs à distance au fond de l’océan et fait des recherches autour de Juan de Fuca avec des véhicules manœuvrés à distance. J’ai dû par deux fois changer le cadre géographique dans lequel se déroule Starfish, parce que la vraie science a continué à explorer les lieux que j’avais choisis sans trouver aucun poisson géant. Bon sang, dans les années 2000 je suis tombé sur une pub en ligne pour des promenades d’écotourisme dans les profondeurs sous-marines – quelque chose que j’avais prédit dans Starfish, bien sûr, mais je m’attendais à ce que cela arrive seulement quelques décennies plus tard, pas l’année suivant la sortie de ce maudit livre ! Et le rythme des découvertes s’est accéléré depuis quelques années ; n’est-ce pas justement le mois dernier qu’ils ont découvert une nouvelle sorte de vie autour d’un rift sous l’Antarctique, biologiquement distincte de tout ce que nous connaissions jusqu’à présent ? Sous peu, quelqu’un va probablement ouvrir une franchise Starbucks là-dessous.

ActuSF : La trilogie des Rifteurs est votre première œuvre romanesque, mais qui ne nous est parvenue dans une traduction française que plus de dix ans plus tard. Que changeriez-vous aujourd’hui à cette histoire si vous deviez la réécrire ? Pensez-vous que toutes les thématiques abordées sont toujours d’actualité ? Quelles découvertes réalisées depuis son écriture vous permettraient de développer plus avant vos spéculations, notamment en matière d’IA et d’évolution ?

Peter Watts : Hum. Bonne question.

Je suis satisfait qu’une grande partie de la biologie de base tienne la route – en fait, dans les années qui ont suivi la sortie de Starfish, ils ont découvert de nouveaux faits, et de nouveaux modèles de microbes qui vivent dans les profondeurs sous-marines, et métabolisent le soufre d’une manière qui serait compatible avec quelque chose comme Béhémoth. Et toute la recherche sur les ordinateurs organiques a vraiment décollé. Nous avons actuellement en laboratoire des cultures de neurones qui dirigent des simulateurs de vol et des robots ; donc les « fromages de tête » ne sont pas juste de plus en plus plausibles, ils existent réellement sous une forme rudimentaire aujourd’hui. Tout comme les systèmes météorologiques numériques que j’ai imaginés dans Rifteurs ; il s’avère que le réseau Internet connaît des tempêtes, et qu’il en connaît maintenant depuis des années.

Bien sûr, je ne suis pas un grand prophète ; Je n’ai prédit aucune de ces choses moi-même, j’ai juste lu assez de littérature technique pour voir ce qui était en train de se profiler et ensuite extrapoler un peu. Mais il semble que j’ai sérieusement mal calculé l’échelle à laquelle cela allait arriver ; tout ce qui concerne les « fromages de tête » et l’écotourisme des profondeurs sous-marines est en train d’arriver beaucoup plus rapidement que je m’y attendais. Donc peut-être que la plus importante modification que j’apporterais à l’histoire des rifteurs serait de la situer un peu plus près de notre présent – 2020, 2025 au maximum. Parce qu’à la vitesse où vont les choses maintenant, tout ce que vous voyez dans Starfish sera déjà obsolète aux alentours de 2050.

ActuSF : A la fin de Rifteurs, les dés ne sont pas tout à fait jetés, notamment quant à l’avenir de l’espèce humaine. Que pouvez-vous nous dire sur ce qui nous attend avec Béhémoth ?

Peter Watts : Ma crainte est qu’une déception vous attende ; Béhémoth était mon livre le plus costaud (pour de nombreuses raisons possibles, depuis la qualité littéraire jusqu’au fait que les éditeurs d’origine ont décidé de le diviser en deux volumes lors de sa sortie, obligeant les lecteurs à acheter un roman pour le prix de deux). En ce qui concerne le scénario, cependant, nous faisons un saut de cinq années après les événements de Rifteurs ; tant les rifteurs que les « cadavres  » se sont cachés au fond de l’océan Atlantique pendant tout ce temps, forcés d’accepter une trêve difficile en raison de leur peur partagée de ce que qui était en train de se passer sur le rivage pendant tout ce temps. Mais quelque chose arrive et brise ce fragile équilibre ; les choses se désagrègent dans Atlantis. Et Lenie Clarke remonte à la surface, sur la terre ferme, pour se confronter au désordre qu’elle a créé. Comme vous pouvez vous y attendre, les choses ne vont pas bien.

De la même manière, ce n’est plus vraiment un spoiler de révéler que Clarke et Patricia Rowan sont, étrangement et rapidement, devenues amies entre-temps.

ActuSF : Aimeriez-vous que la trilogie des rifteurs soit adaptée au cinéma ?

Peter Watts : Plus intéressé que n’importe quel véritable réalisateur ne semble l’être, malheureusement. Il y a eu des tentatives occasionnelles au cours des années – ce qui comprend un des juniors de l’équipe qui travaille sur South Park, assez étrangement – mais aucune d’entre elles n’a jamais atteint le stade du financement. Peut-être un jour.

ActuSF : Vous semblez beaucoup aimer la musique, puisque vous citez une « bande originale » pour l’écriture de vos romans (Jethro Tull, Sarah McLachlan, Ian Anderson, REM …). La musique vous aide-t-elle à vous concentrer lorsque vous écrivez, vous permet-elle de vous représenter plus facilement l’univers que vous imaginez ?

Peter Watts : J’avais l’habitude d’écouter tout le temps de la musique lorsque j’écrivais, et il y a au moins une de mes nouvelles que j’ai entièrement composée dans l’alchimie d’un album de Dead Can Dance. Mais un jour j’ai remarqué que même la musique me distrayais de mon écriture, ou que je ne l’écoutais pas du tout et ne le remarquais que par son absence lorsque le CD était terminé (c’était avant l’ère des mp3s). De toute façon, cela ne contribuait pas au processus, donc j’ai arrêté d’écouter de la musique lorsque je suis en train d’écrire il y a quelques années. Peut-être que c’est juste que je suis en train de vieillir.

Cependant chaque fois que je me déplace j’utilise mes écouteurs, et je m’en sers également fréquemment lorsque je fais du sport.

ActuSF : Vous êtes parfois sollicité par l’industrie du jeu vidéo, dans la construction d’univers de science-fiction (Crysis 2 notamment). Qu’est-ce que ce genre de collaboration vous apporte du point de vue créatif ?

Peter Watts : Mon embauche sur Crysis n’était pas vraiment une collaboration mais plutôt une traduction : moi en train de convertir l’essence d’un jeu vidéo dans un roman, en essayant frénétiquement de suivre tous les changements que le jeu subissait pendant sa production. Ce n’était pas mon univers, c’était celui de Crytek. Ce n’était pas mon histoire, c’était celle de Richard Morgan (un super gars d’ailleurs). La meilleure description que l’on pourrait faire de mon travail est que je devais essayer de décrire cet univers, et cette histoire, à travers la lentille fracturée d’une vision du monde de Peter Watts.

Vous pourriez penser que l’entière expérience serait un anathème pour un romancier – quelqu’un qui est habitué à créer ses propres univers et ses propres histoires, obligé d’entrer dans cet univers construit par un groupe de personnes. Mais vous savez quoi ? J’ai vraiment aimé ça. C’était une autre sorte de défi : comme d’être chargé de réécrire un film d’action entièrement à l’aide de pentamètres iambiques. Le produit fini pourrait ne pas être de l’art, loin de là, mais le fait que vous soyez parvenu à le terminer est quelque chose dont vous pouvez être fier. Et j’ai vraiment aimé être capable d’interroger certains des standards du jeu vidéo – des choses qui font qu’un jeu est amusant mais qui n’ont aucune signification scientifique (comme, par exemple, l’idée qu’une espèce alien antagonique, capable de sauter négligemment d’un système stellaire à un autre, ne nous aurait pas tout simplement anéantis avant même que les crédits d’ouverture ne commencent) – et les rationaliser d’une manière qui semble plausible. Je renouvellerai l’expérience.

ActuSF : Quels sont vos projets à venir ?

Peter Watts : Le premier sera un techno-thriller se déroulant dans un futur proche (le titre non définitif est « Le dessein intelligent ») qui implique un calmar géant génétiquement modifié lors de la fonte des glaces de l’arctique canadien ; un autre projet pourrait être d’écrire rapidement quelques histoires complémentaires au cycle que j’ai débuté avec « The Island ». Concernant mon troisième projet, je ne suis pas encore autorisé à en parler.

ActuSF : Enfin, pour terminer, une question très importante : pourquoi avoir mis une photo de chat sur votre site web pour illustrer votre portrait dans la rubrique « l’auteur » ? (Petite précision, si l’on passe la souris sur cette photo, c’est alors votre vrai visage qui apparaît !) Etiez-vous un chat dans une vie antérieure, ou bien êtes-vous un « chat-garou » depuis qu’une expérience scientifique malencontreuse vous a inoculé un gène félin ?

Peter Watts :
Trois raisons : la première, c’est un peu une réaction contre la pose standardisée des auteurs, un grand nombre d’entre elles me semblent esthétisantes et prétentieuses. Deuxièmement, c’est bien connu que les photos de chats font vendre des livres.

Pour terminer, Banana est bien plus charismatique que moi. Même la photo du vrai moi qui apparaît lorsqu’on la survole avec la souris est vieille de six ans. Je suis bien plus taillé à la serpe de nos jours.


Cette interview en hommage à Banana, décédé le 25 février 2012, et qui a eu une belle « saucisse de vie »

Chloé