Interview de Pierre Grimbert (2003)
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de Pierre Grimbert
aux éditions ActuSF
Genre : Fantasy

Auteurs : Pierre Grimbert
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : interview par mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : juin 2003

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"Inévitablement, je vais écrire de nouveau pour les adultes, mais j’ignore encore quand, ou sous quelle forme"

Nous : Première question classique, quand avez-vous découvert la fantasy et y’a-t-il un livre ou un auteur qui vous ai marqué ?
Pierre Grimbert : Je ne me rappelle pas avoir eu le sentiment un jour de découvrir la fantasy. Il me semble que j’en ai toujours lu, depuis les albums de l’école primaire, avec des dragons tous ronds et des gentilles sorcières. Ma génération a ensuite connu l’arrivée des jeux vidéo, de D&D, du cinéma à effets spéciaux… Bref, j’ai l’impression d’avoir toujours été entouré de fantasy.Dans mes premières lectures de fan, les auteurs qui m’ont marqué sont Vance, Leiber et Moorcock. J’ai finalement lu le SdA assez tard ; c’était un véritable enchantement, mais je n’ai pas reçu la " claque " ressentie par les profanes, lorsqu’ils découvrent le genre par le biais de Tolkien.

Nous : Quand avez-vous décidé d’être écrivain et pour quelle raison ?
Pierre Grimbert : Comme tout lecteur passionné : un jour, on finit par se dire : " pourquoi pas moi ? " Comme j’étais plutôt branché BD, je me suis d’abord essayé au scénario, sans succès. Il m’a fallu plusieurs années avant d’enfin oser me lancer dans l’aventure d’un roman. J’ai eu beaucoup de chance avec Six héritiers : Mnémos démarrait et cherchait ses auteurs, la fantasy francophone était quasi-inexistante, ce qui a attiré l’intérêt de la presse… Bref, les premiers tomes n’ont pas trop mal marché, et je me suis pris à rêver d’une vie d’écriture. Il y a des hauts et des bas, mais on se sent libre, et tous les amateurs de fantasy connaissent l’immense valeur de la liberté.

Nous : Revenons sur La Malerune, votre deuxième ouvrage. Comment est née l’idée ? Qu’aviez-vous envie de dire ou de faire ?
Pierre Grimbert : Après Ji, je voulais mettre en scène un monde de fantasy où la magie serait beaucoup plus présente, et où les peuples ne se résumeraient pas aux seuls Humains. L’histoire générale du Troisième Monde s’est formée petit à petit, au fil des notes, comme d’habitude. J’envisageais un cycle d’ampleur ; divers événements sur lesquels je ne reviendrai plus ont fait s’interrompre la série après le premier volume. Mais jamais, jamais il n’avait été question de l’abandonner complètement ! Il fallait que la suite de cette histoire soit racontée, et je suis très heureux qu’on y soit enfin parvenu.

Nous : Comment s’est fait le passage de témoin avec Michel Robert ?
Pierre Grimbert : D’après mon sentiment, dans les meilleures conditions possibles ! Au départ du projet, je m’attendais à un tas de difficultés (voire de conflits), mais le talent naturel et l’investissement total de Michel n’ont laissé aucune chance aux obstacles éventuels.
En pratique, j’ai d’abord commencé par trier et réorganiser toutes mes notes pour présenter à Michel quelque chose de lisible et plus ou moins cohérent (mais qui n’était guère plus que des pistes et des idées en vrac). Il a étudié tout ça avec beaucoup (beaucoup beaucoup !) de sérieux et m’a proposé sa vision de l’évolution de l’histoire et des personnages. Il est tout de suite apparu que nous étions sur la même longueur d’onde. Michel s’est alors attelé à la rédaction et je n’ai plus eu grand-chose à faire, mais nous sommes restés en contact pendant toute l’écriture de ce deuxième tome. Je pense qu’il en ira de même pour la suite, même si les destinées des persos ne sont plus entre mes mains depuis longtemps !

Nous : Est-ce facile de confier son univers à quelqu’un d’autre ?
Pierre Grimbert : Faire partager la vision d’un univers est très facile ; c’est la base même de l’activité de l’écrivain. Le tout est d’accepter que cette vision soit reprise, et donc altérée par quelqu’un d’autre. Je n’avais pas vraiment de problème de ce côté-là ; j’étais même très curieux, et très impatient de voir comment les éléments du livre allaient évoluer sous une autre plume. Je n’ai pas été déçu, car en plus d’avoir parfaitement respecté l’univers des Armes des Garamont, Michel a largement enrichi le cycle par un tas d’inventions géniales… Il est évident que les plus grandes difficultés étaient pour lui. Je me crois incapable de faire ce qu’il a fait, à savoir rentrer complètement dans une histoire et en écrire la suite tout en conservant son esprit… Surtout, lorsqu’on songe qu’il est " attendu au tournant " par une certaine catégorie de lecteurs et de critiques, ceux qui préféreront critiquer les conditions de ce passage de relais, plutôt que le livre lui-même.

Nous : Avec le recul, quel regard portez-vous sur Le secret de Ji et La Malerune ?
Pierre Grimbert : J’ai beaucoup d’affection pour l’un et l’autre. Comme pour des amis fidèles, je connais leurs faiblesses et leurs qualités… Tout ce que j’écris maintenant fait référence à ces premiers textes, et il en sera toujours ainsi. Six héritiers est mon premier livre et reste celui dont on me parle le plus… Difficile de ne pas avoir, pour lui, une sorte " d’amitié " bienveillante.

Nous : Vous écrivez également pour la jeunesse. Travaillez-vous différemment suivant les publics ?
Pierre Grimbert : Les images que m’inspirent les romans pour la jeunesse sont tout aussi fortes, mais l’écriture est légèrement différente, pour des questions d’accessibilité évidentes. Les textes sont plus courts (quoique la tendance s’inverse au fil des ans), le vocabulaire simplifié, et je tiens moi-même à respecter une certaine morale dans l’histoire. Hormis ces détails techniques, je n’ai pas l’impression d’écrire plus " bêtement " les livres pour la jeunesse, que les autres.

Nous : Comment se passent vos relations d’écrivains avec les enfants ? Selon de nombreux auteurs, c’est un public exigeant…
Pierre Grimbert : Je ne ressens rien de tel… Je dirais que les enfants sont plus spontanés dans leurs critiques : s’ils aiment le livre, ils s’abandonnent complètement à leur plaisir, et s’ils s’ennuient, ils laissent simplement tomber. C’est assez rafraîchissant. Et pour un gamin de 10 ans, un écrivain, c’est encore un peu un magicien… Ça le restera jusqu’à ce qu’on lui apprenne à critiquer, analyser, décortiquer, comparer, résumer, décoder, parfois jusqu’à l’écœurement, et qu’il décide finalement que " les livres, c’est chiant ".

Nous : Vous avez beaucoup écrit pour la jeunesse ces derniers temps. Allez vous revenir aux adultes ?
Pierre Grimbert : Inévitablement, mais j’ignore encore quand, ou sous quelle forme. Ah, si : il y sera sûrement question de fantasy.

Nous : Quels sont vos projets ?
Pierre Grimbert : Actuellement, c’est la BD. Un travail sur une série comique qui, je croise les doigts, a toutes les chances de voir le jour. J’ignore ce que je ferai immédiatement après ; peut-être le tome 2 de cette BD, ou un grand format pour la jeunesse… Cela nous mène dans quelques semaines et je suis dans une période où j’ai honoré tous mes contrats. J’ai donc l’embarras du choix pour les voies à suivre, mais encore le temps d’y penser !

Nous : Quel métier vouliez-vous faire lorsque vous étiez petit ?
Pierre Grimbert : Je ne suis pas encore grand, alors pour répondre à ça…

Jérôme Vincent